FOURNITURE DES EAUX. - XIX^ SIÈCLE
égouts , etc. Une ville ne saurait avoir trop d'eau , surtout d'eau bien salubre ; si elle n'en a point assez , plusieurs conditions sanitaires ne sont point remplies : il n'y a plus de propreté dans les ménages et sur la voie publique ; il est impossible de nettoyer et d'assainir convenablement les rues ; enfin , une vase épaisse encombre bientôt les égouts. Une bonne administration municipale doit compter au premier rang de ses devoirs le soin de mettre à la disposition de chaque habitant une quantité d'eau qui ne soit pas mesurée avec trop de parcimonie : si les rues de Lyon sont si souvent souillées d'une boue épaisse , c'est que ses rues n'ont pas de pente suffisante et qu'elles manquent d'eau. Celle dont la ville fait usage pour ses besoins domestiques sont fournies par des puits ou par des filtrations, soit du Rhône , soit de la Saône; elle présente rarement les conditions qu'une bonne eau potable doit réunir. Depuis plus d'un demi-siècle l'Administration municipale et l'Académie se sont occupées des moyens de procurer à la ville des eaux d'une qualité irréprochable et en quantité assez grande pour fournir à tous les besoins ; des prix ont été promis aux meilleurs écrits sur cette question si débattue , beaucoup de conmiissions ont été nommées pour la discuter, et de nombreux mémoires l'ont examinée sous toutes ses faces. Il s'agit, d'une part, d'avoir une excellente eau potable , et ensuite de l'amener sur un des points culminants de la ville , de telle sorte qu'elle puisse parvenir à l'étage supérieur de toutes les maisons. On ne peut compter pour cela sur la Saône dont les eaux, si variables en volume, sont fréquemment impures. Filtrées et ramenées à la température moyenne de treize à quinze degrés centigrades , opération difficile , mais cependant possible , les eaux du Rhône réunissent toutes les conditions désirables, et sont de fort bonne qualité. Celles des sources de Neuville et de Royes présentent naturellement ces divers avantages ; elles sont limpides , d'une fratcheur qui ne varie point , enfin aucune eau potable n'est préférable. Reprise depuis quelques années avec une vivacité extraordinaire, la discussion s'est terminée le il mai 18/t6 par une délibération : le Conseil municipal a décidé que les eaux nécessaires à la ville de Lyon, tant pour les besoins économiques et industriels que pour le service de la voirie et des
fontaines de décoration, seraient fournies parle Rhône. Un arrête de M. Jayr a permis aux eaux de source de couler le long des quais et des rues qui sont considérés comme routes royales, mais le préfet lui-même en a suspendu indéfiniment Texéculion. Le 3 juin 4847, M. Reyre, premier adjoint, a présenté au Gonsdl municipal un ayant-projet complet pour la fourniture , par la ville elle-même , des eaux du Rhône ; voici quelles en sont les bases : la distribution est établie sur une quantité de seize millions de litres par jour, fournissant à chaque habitant cent litres par jour d'une eau excellente. Elle est divisée en deux parties, désignées par le bas service (quartiers inférieurs), comprenant les quatre cinquièmes de la ville , et le haut service destiné à tous les quartiers élevés du Nord et de TOuest. Toute cette quantité d*eau sera fournie par des puisards creusés aux Petits-Broteaux , de forme longitudinale, revêtus d'un perré à quarante- cinq degrés d'inclinaison, recouverts d'un toit en tôle, longs d'environ cinquante mètres, séparés les uns des autres par un espace de cent à cent cinquante mètres, en communication par des conduits fonctionnant comme des siphons, et protégés par des digues insubmersibles. Etablies auprès de ces immenses puisards, deux machines à vapeur de la force , l'une de cent chevaux , l'autre de cinquante , dirigeront les eaux vers les réservoirs de pression destinés au bas service. Un de ces réservoirs , assez vaste pour recevoir en dix heures dix mille mètres cubes d'eau , serait placé en dehors des murs de la ville , entre la porte Saint-Clair et le bastion Saint-Laurent -, l'autre réservoir, de la capacité de quatre mille mètres cubes d'eau en huit heures , serait établi dans les casemates du bastion de Saint-Laurent, et desservirait toutes les maisons du bas service jusqu'aux étages supérieurs. Mille mètres cubes d'eau suffisent au haut service; ils seront fournis par dix puits établis sur la rive droite du Rhône , vers la porte de Saint-Clair, et couronnés par une galerie de deux mètres de hauteur et d'un mètre cinquante centimètres de largeur. Deux machines à vapeur, chacune de la force de vingt-cinq chevaux , mais dont une seule fonctionnera , donneront aux eaux leur impulsion vers un réservoir peu éloigné des portes de la Croix-Rousse. Selon les calculs du rapport de M. le premier adjoint, la dépense totale s'élèverait