‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 12 sur 364 · LA PESTE A LYON. XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA PESTE A LYON. XVI* SIÈCLE

plateau de la colline Saint-Scbaslicn. Les inutiles états de Blois ne produisirent aucun bien. Un parti nombreux de catholiques exaltés se prononçait à Paris et dans les principales villes de la France contre le gouvernement du roi , qu'il trouvait trop modéré dans les affaires de la religion ; il s'organisa en vaste association qui avait ses chefs et son mot d'ordre : gentilshommes , seigneurs , hommes d'église , bourgeois et notables s'y affiliaient chaque jour. Son but, selon elle, c'était l'extirpation de l'hérésie et le maintien de la couronne dans la dynastie des Valois.

On atrop cru sur parole que la Ligne se composait de mécontents et de factieux vendus à l'étranger: qu'elle en ait enregistré un grand nombre sur ses listes, surtout dans les dernières années de son existence , c'est ce qu'on ne saurait méconnaître; mais beaucoup de Français entraient dans l'association avec le sentiment intime qu'ils servaient en cela la religion et le pays. Attachés de cœur à la foi catholique, ils éprouvèrent les plus vives alarmes lorsque la mort du duc d'Alençon désigna , en i 58Û , un prince protestant pour l'héritier présomptif de la couronne, si Henri III mourait sans enfants. L'exemple de l'Angleterre était peu rassurant; ce royaume §'était détaché entièrement de l'Eglise romaine. Malgré les succès du luthéranisme et du calvinisme en France , il était évident que la grande majorité de la nation ne voulait pas d'autre religion que le catholicisme; mais un roi imbu des opinions de la réforme pouvait faire violence au sentiment national. Quand les ligueurs firent la guerre à leur roi légitime, Henri IV n'était pas encore le grand homme qui porta si dignement la couronne; on ne connaissait de lui qu'une chose , sa religion , ennemie déclarée de la religion de l'Etat. Cette Ligue si calomniée, et que je n'ai nullement l'intention de réhabiliter, professait hautement les doctrines politiques qui sont aujourd'hui la base de notre é(at social, la souveraineté absolue et imprescriptible du peuple, et le droit, pour la nation , d'élire son souverain. Ce furent les intrigues et l'ambition des Guise qui amenèrent l'association catholique à devenir l'adversaire de la royauté ; ce furent surtout les vices scandaleux et Tincapacité de Henri III. Un tel monarque devait nécessairement ruiner le pays et se perdre lui-même; son abjection et la désaffection méritée de ses peuples le condamnaicnt^^à une déchéance

inévitable. Malheureusement pour la cause royale , il y avait un homme d'un haut mérite parmi les princes de la maison de Lorraine ; le duc de Guise grandissait de toute la déconsidération qui rabaissait et rapetissait le frère avili de Charles IX.

L^union catholique prit beaucoup de développement à Lyon, et bientôt elle y donna la loi. Pendant qu'elle y jetait de profondes racines , une insurrection de paysans contre leurs seigneurs faillit renouveler les temps de la Jacquerie : cette manifestation nouvelle de la haine des pauvres contre les riches n'eut pas le temps de devenir dangereuse , Mandelot la réprima par d'énergiques mesures; il n'y eut que quelques châteaux de brûlés. Une guerre sans résultats définitifs troublait toujours le Dauphiné , l'Auvergne et le Forez ; on peut la résumer en quelques mots: toujours même intolérance de la part des catholiques bien déterminés à ne permettre nulle part la prédication évangélique , et même résistance de la part des protestants qui n'étaient ni moins violents ni moins oppresseurs que leurs adveraaires quand ils se trouvaient les plus forts.

Une peste plus meurtrière qu'à l'ordinaire éclata dans Lyon eu i 582 , et suspendit les querelles des partis qui s'étaient ravivées. Cette épidémie fut précédée par Tapparition de myriades de chenilles : elle fît de très grands ravages dans les quartiers Saint-Just et Bourg-Chanîn. Le jésuite Emond Auger se distingua beaucoup par son zèle à servir les pauvres et les malades : malgré l'imminence du danger , son dévouement ne faillit pas un seul jour. Cette maladie cruelle reparut encore quatre années plus tard.

La peur de la contagion ne détourna point Henri III du dessein qu'il avait formé de faire un nouveau voyage.

D'Epernon , qui devait être pour Mandelot un rival dangereux, vint aussi dans cette ville; on sait qu'il faillit y périr d'une chute de cheval entre Ecully et La Tour ; Henri III craignait de perdre son favori. Quand d'Epernon eut recouvré la santé , il fît tous ses efforts pour se créer un parti dans la ville : Ahnard de Poisieux, sieur du Passage, qui lui était dévoué, eut le commandement de la citadelle Saint-Sébastien ; il ne le garda pas longtemps.

Cette forteresse était pour les citoyens un objet continuel

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d'alarmes ; ils ne pouvaient recouvrer leurs libertés tant qu'elle subsisterait. Le capitaine qui la conmiandait devenait le maître d'une ville dont il tenait la clef principale , et qu il pouvait faire occaper par ses soldats quand bon lui semblait. Vingt fois le consulat avait sollicité auprès du gouvernement du roi la démolition de cette citadelle, et toujours il avait échoué : ce que les moyens légaux n'avaient pu obtenir , les bourgeois le demandèrent à la force. Engagés très avant dans l'Union catholique, ils avaient fort peu de respect pour l'autorité royale : la forteresse appartenait au roi; c'était pour eux un motif de plus pour s'en emparer et pour la détruire. L'expédition résolue , on en confia rexécution à trois compagnies de soldats commandées par du Soleil, capitaine de la ville, Masso, lieutenant, et La Grange, capitaine de la garde de Mandelot. Des détachements de la carde suisse et des arquebusiers furent mis aux ordres de ces officiers; cette petite troupe se rendit sans bruit et par pelotons dans une maison voisine de la porte neuve Saint-Sébastien , et s'y tint cachée toute la nuit. Le lendemain matin elle se glissa silencieusement dans le fossé de la courtine, et, sans être aperçue par les sentinelles , arriva jusqu'à une porte que lui livra un sergent-major gagné par une somme de deux mille écus. Il n'y avait dans le fort qu'une petite garnison ; elle ne se défendit pas. Pendant qu'elle se laissait désarmer (2 mai 1585), le commandant de la citadelle, descendu de bonne heure dans la ville, s'entretenait en parfaite sécurité sur la place Saint- Jean avec Mandelot; il fut arrêté par le capitaine du Fenoyl. Une semblable agression contre une forteresse royale n'aurait pas été possible sous un gouvernement fort, mais celui de Henri III ne l'était pas : le roi approuva ce qu'il ne pouvait punir. Il agréa un don de quarante mille écus que lui offrit le consulat pour obtenir l'autorisation de démolir la forteresse , et écrivit aux Lyonnais qu'il ne voulait pour la conservation de la ville d'autre citadelle que leur cœur. Ainsi le pouvoir royal consentait : on mit une activité extraordinaire à démolir la forteresse ; les trente-six pennons de la ville furent requis pour ce travail ; ils étaient tour à tour de service ; on leur adjoignit les manants de la banlieue qui étaient requis par paroisses , et un certain nombre de maçons aux gages de la ville. Les ligueurs triomphaient.

698 XVl^ SIÈCLE. GUERRES DE RELIGION A LYON.

Mandelol, leur chef, n'avait pas renoncé à ses expéditions^ militaires ; elles ne réussissaient pas toujours. Batlu par le duc de Guise , un corps de reîlres s'était replié sur le Forez et se dirigeait vers le Nord ; Mandelot vint lui barrer le passage avec quelques troupes levées à la hâte : elles furent mises dans une déroute complète, et s'enfuirent précipitamment. Leur chef se hâta de rentrer dans Lyon.

Pendant ce temps de grands événements se passaient à Paris. Dominé par la faction des Guise et dépouillé presque entièrement de son autorité après la journée des barricades, Henri ne vit d'autre moyen de salut que de se mettre à la tète de la Ligue; elle ne le craignait point , et n'avait en lui aucune confiance. Guise parut se réconcilier de bonne foi avec le roi; Mayenne se rendit à Lyon, et y devint le chef de l'Union catholique. Mandelot mourut : Charles-Emmanuel de Savoie , duc de Nemours , fut nommé gouverneur du Lyonnais; son père , Jacques de Savoie, premier duc de Nemours, avait porté ce titre après la ibort du maréchal de Saint-André. Avantageux , entreprenant , très ambitieux, mais peu capable, le jeune duc accepta avec empressement l'important gouvernement qui lui était assigné.

Henri ne s'était rapproché du duc de Guise que pour le perdre: hors d'état de lutter ouvertement avec ce terrible sujet, et tremblant, non sans raison, pour sa couronne vacillante, il se délivra de son ennemi par un assassinat : cette catastrophe mit fin aux seconds états de Blois. Guise avait auprès de lui quelques-uns de ses principaux partisans ; on les emprisonna : parmi eux se trouvaient le duc de Nemours et Pierre d'Epinac, archevêque de Lyon. D'Epinac avait eu dans sa jeunesse beaucoup d'inclination pour la religion réformée ' : son ambition l'éloigna des

1. .. Pierre d'Epinac ust cité plus d'une fois dans la satire Ménippée; elle devait une atteution spéciale à un des chefs ligueurs les plus ardents et les plus ohslinéit. Voici un portrait énergiqucmenl peint de l'arclievéque de Lyon : « Pourquoi ne dira) -je pas que Monsieur de Lyon est luthérien comme il a esté autrefois , encore qu'il fasse sa prunelle toute blanche , en la tournant aux voulles de l'église , quand il adore ou feint d'adorer le crucifix? Et il sait bien ce qu'on lui a dit naguères quand il a proposé de faire faire les pasqnes à cette belle assemblée , su.'* utraque specie. » (Sat. Ménip. , édil. 1824, II, 142). Les royalistes accusaient l'archevêque de Lyon d'inceste avec sa sœur ; ils lui rej)rochaient de faire un commerce simouiaque de toutes les choses sacrées , et d'avoir dissipé tousses bieas

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