LYON ADHÈRE A LA LIGUE. — XVI^ SIÈCLE
protestants. Chanoine-comte de Lyon dès Tàge de dix ans , il fut initié de bonne heure aux affaires du chapitre , devint archevêque de Lyon après la mort de son oncle Antoine d'Albon, s*engagea l'un des premiers dans la faction du duc de Guise , et travailla de tout son pouvoir au renversement de Fautorité du roi Henri.
Mayenne était à Lyon depuis quelques jours , lorsqu'un courrier particulier, envoyé par l'ambassadeur d'Espagne , lui apporta la nouvelle du coup d'état de Blois ; c'était le 25 décembre i 588, fort avant dans la nuit. Effrayé par la mort sanglante de ses frères, Charles de Lorraine prévit le sort qui lui était réservé. Que ferait-il ? pouvait-il compter sur le dévouement des Lyonnais, et seraient-ils assez forts pour le protéger? Sa perplexité était grande; il passa le reste de la nuit a délibérer sur le parti qu'il avait à prendre. Le lendemain matin de très bonne heure il se rendit à Saint-Nizier, fit appeler quelques bourgeois notables , entre autres Guillaume de Gadagne , sieur de Bothéon , lieutenant du gouverneur, leur communiqua la fatale nouvelle , et demanda s'il pouvait demeurer à Lyon. Peu rassuré par la réponse qu'il reçut , ce prince se hâta de se rendre dans son gouvernement de Bourgogne.
Il n'y avait pas un moment à perdre; Alphonse d'Ornano arrivait en poste avec une mission, sanglante sans doute, de la part du roi : il ne manqua Mayenne que de quelques heures. Henri tenait extrêmement à conserver Lyon sous son autorité; il écrivit lettres sur lettres au consulat pour l'exhorter a demeurer fidèle. Mais les événements se succédaient avec une rapidité extraordinaire , et un même sentiment d'indignation entraînait toutes les villes du royaume à se soulever contre le roi meurtrier.
eo débauches. Dans la confession des chefs de l'Union , donnée par la satire Ménippée , Pierre d'Epinac avoue les vices les plus condamnables et finit par ces vers :
Mais loulefois, peu sainct , j'ai grande confiance,
Qu'ayant exécuté ma résulutton
D'employer trie 1 1 biens pour la aaincle Union «
Le mérite est plus grand que n'est grande l'ofrense.
1^ satire Ménippée est un admirable jiampblet : elle fut l'action de bons citoyens ; mais il ne faudrait cependant pas prendre pour des articles de foi toutes ses allégations contre les ligueurs, ses adversaires politiques. Comme dans toutes les luttes de parti, cette satire cherche bien plus à frapper fort qu'à frapper juste.
L'exaspération fiit grande, à Paris, lorsqu'on y apprit la catastrophe de Blois ; à peine informée du coup d'état, la garde bourgeoise prit les armes de son propre mouvement, et se donna le duc d'Âumale pour chef. On organisa un gouvernement nouveau; toutes les chaires retentirent de déclamations violentes contre Henri. Un corps dont la parole avait une grande autorité , la Sorbonne, délia solennellement les Français de leur serment de fidélité au roi. 11 y avait beaucoup d'hésitation dans le parlement , dont la majorité résistait à l'esprit de rébellion ; Bussy-le-Clerc chassa les conseillers royalistes , et la compagnie ainsi épurée se déclara pour l'Union. Elle admit la veuve du duc de Guise à lui présenter sa requête contre les assassins de son mari. Henri fit tous ses efforts pour maintenir les provinces dans l'obéissance qu'elles lui devaient, mais il échoua sur tous les points : la France ne voulait plus de lui.
S Vni. Lyon eut ses barricades comme Paris avait eu les siennes: cette ville avait appris avec une vive indignation la mort du duc de Guise ; elle ne tarda pas à se déclarer ouvertement contre le gouvernement du roi. Ses magistrats appartenaient en très grande partie à l'association catholique; ils eurent peu de peine à organiser leur conspiration : tout le monde en voulait être. Quand l'heure désignée pour l'explosion eut sonné (c'était le 24 février 1589), une foule de citoyens courut aux annes; on tendit les chaînes, on dressa des barricades dans les rues : en un instant tout fut terminé. Une assemblée générale d'échevins et de notables eut lieu à l'Hôtel-de-Ville ; des orateurs prirent la parole , et accusèrent le roi avec une grande véhémence '. On déclara que la ville de Lyon adhérait
I. — Les ligueurs commirent de grands excôs : « Plusiiurs gens de bien furent exécutés injustement par la main du bourreau. » (Les Barricades de 1594 h Lyon. Lyun , 1842, in-8®, p. 9). m II n'est possible de représenter les sacrilèges , violemens , blasphèmes contre Dieu , •* mocqueries de toute religion , notamment de la catholique romaine , perpétrées es villes « ligueuses, et aux champs parmi leurs Irouppes. Leurs soldats , dont une partie estoyent •* presires et moines, tout du lung du Caresme , au mespris des ordonnances du pape, qu'ils « appelloyent Père Sainct , mangeoyent de ta chair , mesmement es lieux où ils a¥Oj(*Dt m abondance de poisson. Plusieurs d'entre eux contraignirent les curez et -vicaires des paît roisses , eu leur mettant le poignard à la gorge , de baptiser ( excusez-moi si j'use de ce m sacré mot en un acte si exécrable ) des veaux , moutons , aigneaux , cochons , clievreaux,