FOURNITURE DES EAUX. — XIX* SIÈCLE
à trois millions trois ceut quarante-deux mille six cent quatrevingts francs et à une dépense journalière de cinq cents francs. La commission du Conseil nmnicipal, chargée de Texamen du projet de distribution des eaux du Rhône, substitue judicieusement aux puisards des constructions voûtées en maçonnerie et propose d'autres améliorations. Le réservoir destiné au service du Nord de la ville serait placé sur le plateau élevé de Montessuy; on réaliserait ainsi l'idée capitale de fournir aux besoins des étages supérieurs, sur tous les points de la zone inférieure, jusqu'à une hauteur de vingt-cinq ou trente mètres , en vertu de la seule pression de l'eau. Evaluée à sept millions, au U 1/2 p. iOO, la dépense (y compris celle des égouts), serait remboursée en vingt ans par fractions, et amortie au moyen d'un impôt de quinze centimes additionnels pris sur les quatre contributions . directes. On a dit que la ville de Lyon n'était pas dans une situation financière assez favorable pour se livrer à une opération de cette importance; cette allégation, qui n'est peut-être pas désintéressée chez tout le monde , repose sur une double erreur. De quelque manière que soit fait rétablissement, par la ville directement ou par une compagnie concessionnaire , il faut toujours que le budget soit provisoirement et annuellement grevé d'une somme quelconque. Si c'est la ville qui fait son établissement, cette somme sera l'intérêt de l'emprunt qu'elle aura dû contracter; si c'est une compagnie, cette sonmie sera l'annuité réclamée par cette compagnie : car, au fond , il s'agit toujours d'un emprunt fait sous des formes difiîérentes.
De ce projet de fourniture des eaux de la ville par le Rhône à lexécution, il y a fort loin; cependant tout porte à croire que le Conseil municipal ne manquera pas de persévérance. De son côté la Compagnie des eaux de source persiste; elle a obtenu la fourniture des villes de Vaise , de la Guillotière et de la Croix- Rousse '. Peut-être aurait-elle obtenu plus d'avantages si cette
!• — Voici riiidicalion des principaiit ouvrages qui oui été publiés sur la question très controversée des eaux de Lyon :
Mémoire (couronné par TAcadéroie de Lyon , en 1775) sur cette question : Quels sont les moyens les plus faciles et les moins dispendieux de procurer k la ville de Lyon la meilleore eaa, et d'en distribuer une quantité suffisante dans tous ses qoartif^rs? (Manuscrit). — Etamen chimique des eaux sortant des fontaines publiques de la ville de Lyon et de ses
question d^économie industrielle n*ayait présenté trop manifestement le caractère de la spéculation , et surtout si la cause des
faubourgs, fait en septembre 1807, par la Société de pharmacie de la même ville. Lyon, Bailanche, 1807, grand in-foL — Réflexions sur la nécessité urgente de fournir à la ville de Lyon des eaux salubres ponr la boisson des habitants i et des eaux abondantes pour le nettoiement des rues et des habitations , par M. Rcgiij. Lyon , 1827 , io-8®. — Mémoire (couronné en 1834 par l'Académie de Lyon) sur cette question : Indiquer le meilleur moyen de fournir à la ville de Lyon les eaux nécessaires pour l'usage de ses liabitants , pour l'assainissement de la ville el les besoins de l'industrie lyonnaise ; par Félix-François-Xavîer Thiaffait. Lyon , 1854 , in-8^. — Autre Mémoire sur le même sujet et à l'occasion do même concours , par Alexandre Flachéron. (Manuscrit ). — Considérations relatives aux eaux publiques à Lyon , par Sandrin. Lyon, 1852 , in-8«. ( Var. , t. 67) Au Maire de Lyoà. Projet
de la fourniture générale des eaux de la ville , par Jules Rénaux , Matliieu et C*. Lyon , Perrin, 1854, in-4®. (Mélanges sur Lyon , in-4®). — Rapport présenté au Conseil municipal de Lyon sur la fourniture des eaux de Lyon , par M. Cbinard , premier adjoint à la mairie. Lyon , 1836 , in-4*'. — Mémoire sur un projet de canal de dérivation de l'Ain pour donner des eaux à Lyon, par M. Barrillon, membre du Conseil municipal. Lyon, 1859 , in-8®. — Des eaux de source et des eaux de rivière , comparées sous le double rapport hygiénique et industriel, par Alphonse Dupasquier. Lyoti, Dumoulin ^ Ponet et Sibuet, 1839 , 1 vol. in-8". — Rapport fait à la Société de médecine de Lyon sur cet ouvrage , par le docteur Brachet. Lyon , Marle^ 1840 , iu-8^. — Mémoire sur la fourniture des eaux nécessaires à la ville de Lyon , par la dérivation des sources du Mont-d*Or , combinée avec l'action du moteur hydraulique. Lyon » 1841, in-8®. —; Observations sur la dérivation des eaux de source de la rive droite de la Sa6ne pour le service de la ville de Lyon , par M. Darmés , notaire. Lyon , 1840, in-8^. — Nouvelles études sur la dérivation des eaux de source de la rive droite de la Sa6ne , el sur les réservoirs et tunnels de la montagne de Fourvière , par le même. Lyon , 1841, in-8®. — Examen officiel des eaux potables , proposées pour une distribution générale dans la ville d« Lyon , fait au nom d'une commission instituée par M. le préfet du Rhône; par M. le docteur Imbert. Lyon , 1840 , in-8®. — Enquête administrative ouverte sur le projet de dérivation et de distribution d'eaux de source à Lyon. Lyon , 184i , in-8^. — Eaux publiques et privées ; nouveau système de fourniture à la ville de Lyon , par M. Parisel. Lyon, 184i, in-4<*. — Rapport sur le projet de dérivation et de distribution des eaux de source à Lyon , par la commission d'enquête instituée par arrêté de M. le préfet du Rhône , par L. Bonnardet. Lyon^ imprimerie de Dumoulin , Ronet et Sibuet , 1843 , gr. in-8". — Projet de fourniture d'eaux jaillissaqles à la ville de Lyon , par MM. P. Rozet et Yergnais. Lyon , 1813 , in-8®. — De l'état actuel de la question des eaux potables à Lyon , Mémoire présenté au Conseil monîcipal, par A. Dumont , ingénieur des ponts et chaussées. Lyon, imprimerie de Nigon , 1844, in-4<*. — Réponse au Mémoire do M* Dumont , sur l'état actuel de la question des eaux potables à Lyon. Lyony Dumoulin, Ronet et Sibuet , 1844 , in-4®. —Quelques mots sur un écrit intitulé: Réponse au Mémoire de M. Dumont , par A. Dumont. Lyon , imprimerie de Nigon , 1844 , in-4*'. — Des Eaux potables à distribuer pour l'usage des particuliers el le service public; rapport présenté au Conseil municipal de Lyon , par J.-F. Terme , maire de Lyon , député du Rhône. Lyon, imprimerie de Nigon, 1843, in-4^ et carte. — Seconde édition, revue et augmentée. Paris, imprimerie de Dupont , 1844, gr. in-8<^. — Pièces relatives k la question des eaux & distribuer dans Lyon. Lyon , imprimerie de Nigon , 1844, iu-4o. — Question des eaux. Les eaux de source et les eaux du Rhône. Projet de la Mouche. La rive droite et la rive gauche du Rhône. Les quatres sources de la rive gauche de la Saône. Conclusions ; par Alph. Peyret-Lallier. Lyon, imprimerie de Dumoulin, Ronet el Sibuet , 1844, in-4^— Des
ÉGOUTS. — XIX* 81ÉCLK. 1223
eaux de source ii*avail élé compromise par riutolér<&ble exagération avec laquelle elle était défendue.
Egouts. De la fourniture des eaux publiques et particulières à rétablissement d'un système complet d'égouts, la transition est naturelle.
Privés d'eaux courantes pour les laver dans tout leur parcours , sans déclivité convenable et d'ailleurs insuffisants , les égouts de Lyon, dans leur état actuel, sont souvent plus nuisibles qu'utiles, et ont été fréquemment l'objet de plaintes fondées ; mais un système général d'organisation de ces utiles conduits souterrains est promis , et est d'ailleurs indispensable. Avant de jeter sur le pavé une grande masse d'eau fournie , soit par les sources de Royes , soit par le Rhône , il faudra de toute nécessité lui assurer un écoulement prompt et facile sur tous les points ; il faudra que les canaux de dégorgement aient une capacité proportionnée à l'abondante quantité des eaux pluviales et ménagères qui les traverseront , et que leur parcours soit réglé sur les niveaux divers du bassin qu'ils devront fitinchir et desservir, depuis le point de départ jusqu'à la Saône ou au Rhône; il faudra enfin qu'ils aient une hauteur suffisante (deux mètres sur un mètre au moins de largeur) pour que les
déclaratioM d'utilité publique i propos de U quesliou des eaux potables i Ljfou, par A.-C. Fajre. Ljfon , LohU Pnrm, iS44 , in-8o. — Notice sur les eaux poubles à fournir i la tille de Ljoo. Lyom, Louis Perrin, 1844 , io-8«. — Etudes sur la question de l'élablissemeut d'un service hydraulique destiné à pourvoir aux besoins de la ville de Lyon et des faubourgs
qui l'entourent. Lyon, Barret , 1844 , in-8° Rapport sur une fourniture d'eau potable à la
ville de Lyon , présenté au Conseil municipal de cette ville par le docteur Pasquier. Lyon , imprimerie de Nigon, 1844, gr, in-8^ — Etudes sur l'établissement d'un service hydraulique destiné à pourvoir aux besoins de la ville de Lyon el des faubourgs qui l'environnent : rapport fait à la Société royale d'agriculture , par G. Pigeon , ingénieur au corps royal des mines. Lyon , imprimerie de Barret, 1844, gr. in-8». — Considérations nouvelles sur les eaux potables, présentées au Couseil municipal par M. Terme, maire de Lyon , député du Rhôue. Lyon, imprimerie de JViyon , 1844, in-4o. — Opinion tur la question dus eaux potables» émise dans les séances des 19 et 23 novembre du Conseil municipal , par M. Menoux. L^m , imprimerie de Nigon , 1844 , iu-8**. — Réflexions sur l'emploi des pompes à feu du Cor- Douailles pour élever l'eau du Rhône destinée k la ville de Lyon , adressées à M. Dumout , ingénieur des ponts et chaussées , par P. J. Baûy. Pari», Crapelet, 1845, iu-4®. — Rapport présenté au Conseil municipal de Lyon , dans sa séance du 4 mai 1846 , sur les divers projeta de distribution d'eaux dans l'intérieur de la ville , par M. Prunelle. Lyon, Nigon, 1846, io-4^. — Err.-urs de M. Prunelle, contenues dans le rapport qu'il a présente au Conseil mmiicipal , etc. , par Louis Bonand. Lyon , Dumoulin ,1846, in-4^
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ouvriers employés au curage puissent y travailler debout. Quelques canaux couverts, à petite section , sont reconnus suffisants pour les rues de second et de troisième ordre. Des égouts à grande section sont indispensables pour les lignes capitales du Nord au Midi, et surtout de l'Est à l'Ouest, qui reçoivent des affluents nombreux ; le bassin occidental verse ses eaux dans la Saône par la grande artère souterraine des rues Dubois et des Souffletiers. Une partie considérable des eaux de la Croix- Rousse aura pour dégorgeoir l'égout de la rue du Commerce à la côte Saint-Sébastien; un canal voûté , de la même dimension, desservira la rue Centrale dans tout son parcours. Quelques-uns des égouts actuels ne reçoivent pas directement les eaux pluviales et ménagères ; elles sont versées sur la voie publique par des gargouilles presque horizontales, et coulent à ciel découvert avant d'arriver aux orifices de communicatiou du canal avec la rue : c'est un inconvénient. Rien ne serait plus facile que de pratiquer, sous le trottoir même des quais , des conduits cou^ verts à petite section, qui recueilleraient les immondices liquides de chaque maison et les porteraient à l'égout principal.
Après avoir décidé que les eaux nécessaires à la ville de Lyon seraient fournies par le Rhône, le Conseil municipal a invité le maire à faire procéder, sans retard, à toutes les opérations nécessaires pour obtenir le nivellement le plus exact des rues de la ville, afin d'arriver le plus tôt possible à l'étude d'un système complet d'égouts, calculés de façon à pouvoir être construits successivement : on évalue à soixante et dix mille mètres la longueur totale de leurs parcours. Le sol de Lyon se compose d'une partie basse profondément déprimée entre le Rhône et la Saône , et de collines escarpées placées au Nord et à l'Ouest. Toutes les eaux pluviales et ménagères, soit des quartiers de l'Ouest, soit de la montagne de Saint-Just, sont versées sur la rive droite de la Saône. Celles d'une partie du plateau de la Croix-Rousse et de la ville proprement dite, depuis la rue des Âugustins et la place des Terreaux jusqu'à l'extrémité de la presqu'île Perrache, s'écoulent en très grande partie sur la rive droite du Rhône : ainsi la ville se trouve divisée en bassins qui, sur une échelle restreinte, représentent assez bien ceux du fleuve et de la rivière. Toute la partie centrale de la cité manque
TRAVAUX publics; ÉGOUTS. — XIX® SIÈCLE. 1225
de pente; quelques rues, profondément déprimées, sont au niveau du Rhône ou à peu près : cette configuration topographique explique comment nos égouts , presque sans déclivité , ont rempli si mal , jusqu'ici , leur office. Des égouts bien établis sont un moyen puissant de désinfection ; des égouts qui fonctionnent mal ( c'est en ce moment le cas de la plupart ) sont une cause pernicieuse d'insalubrité.
Lyon romain connaissait l'importance des égouts; on a parlé ailleurs de ceux de ces conduits qui sillonnaient le plateau oriental de la montagne de Fourvière et du canal de la côte Saint-Sébastien : des conduits du même genre ont été construits, au moyen-àge, dans la direction de la rive droite de la Saône. On en a découvert un dans le parcours de la rue Lanterne , et un autre dans la direction du quai Villeroi ; mais il n'y avait pas eu de plan général délibéré d'avance d'après la disposition des localités : on a bâti des égouts selon le besoin du moment , au jour le jour et sur une très petite échelle. Plusieurs tètes d'égouts ont été construites en 18^5 et en 48'i6, par les ponts et chaussées, sur la rive droite du Rhône; ce sont des^ travaux de grande voirie qui n'ont pas dépassé la largeur du quai , mais que la ville utilisera sans doute. Nos deux cours d'eau ne sont pas également propres à servir de voie d'écoulement aux eaux pluviales et ménagères : la Saône a très peu de pente; le Rhône est dans des conditions meilleures. C'est sur sa rive droite que sont assis l'Hôtel-Dieu, l'hôpital de la Charité, l'Hôpital militaire, la prison de Perrache et l'Abattoir, grands établissements dont les égouts méritent une attention spéciale; ils ont si peu de déclivité , qu'ils s'engorgent très facilement. Au temps des basses eaux, les matières fétides qui les traversent ne peuvent arriver jusqu'au courant des fleuves, et stagnent sur la grève d'où elles infectent l'atmosphère. On n'apporte pas assez de soin à la qualité des matériaux dont on se sert pour la confection des conduits souterrains ; nos excellentes pierres calcaires leur conviennent médiocrement : les acides des eaux ménagères et des ateliers de teinture exercent une action corrosive dont il faut tenir compte ; l'intérieur de la maçonnerie du canal doit être revêtu d'un ciment hydraulique bien lisse et bien adhérent , qu'il importerait beaucoup d'étendre aussi sur le radier.
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Par sa délibération du H mai 18^6, le Conseil municipal avait décidé que le maire lui présenterait le projet d'un établissement complet d'égouts ; son vœu a été écouté. L'administration municipale a fait dresser un nivellement général de la ville ^ qui classe en trois catégories les canaux qu'il s'agit d'établir. La première, qui s'applique aux rues principales, aux grandes communications, et aux rues qui, sans être de cette importance, ont par leur situation spéciale un besoin absolu de ces conduits^ comprendrait 45,285 mètres; la seconde, 10,285; la troisième, ii,175 : en tout, 36,7^5 mètres d'égouts» dont la dépense s'élèverait à trois millions six cent soixante -quatre mille cinq cents francs, évaluation qui a paru trop faible.
Un bon système d'égouts est, pour la ville de Lyon, une amélioration fort désirable; c'est une question capitale et de la plus haute importance au point de vue de la salubrité. Avant d'embellir la cité , qu'on l'assainisse d'abord , que ses rues soient propres, bien lavées et d'im parcours facile; que rien, sur la voie publique^ ne blesse la vue ou l'odorat. Il y a beaucoup à faire pour atteindre ce but , mais l'administration municipale est entrée dans une excellente voie; qu'elle persiste : ses cartons sont remplis d'excellents projets et de fort bonnes ordonnances de police; le point difficile , c'est de les en faire sortir.
Lyon étouffait dans son enceinte; le Conseil municipal a récemment reculé les barrières de la ville au Midi et à l'Ouest ; elles ont été portées de l'entrée de l'avenue de Perrache au pont de la Mulatière , et transférées au-delà du faubourg de Saint-Just qui fait maintenant partie intégrante de la ville. A cette question de l'enceinte agrandie de la ville , se rattache celle des fortifications : commencés depuis quinze ans , ces travaux de défense ont été conduits avec une grande activité.
S VI. FoRTiFicATiows. Dcpuis la perte de la Savoie par la France , Lyon est devenu une ville frontière; à peine une journée de marche le sépare de l'étranger : entre son enceinte , ouverte sur tous les points en 4830 , et la ligne sarde , ne se trouvaient ni forts ni retranchements d'aucune espèce. Une armée ennemie qui aurait traversé la Suisse, marcherait sur Lyon sans rencontrer d'obstacles matériels , et arriverait sous nos murs
FORTIFICATIONS DE LYON. — XIX* SIÈCLE. i*227
en quarante-huil heures. Le général Bubua lui a tracé son itinéraire en 1816; la France apprit alors ce que valait la neutralité de nos voisins. Napoléon sentit trop tard Findispensable nécessité de fortifier Lyon : une ville si riche et un centre industriel si important ne peuvent être abandonnés à Fenneiui. Ce projet a été mis à exécution après les journées de novembre 1831 . On pouvait difficilement adopter le système de Tenceinte continue, celui des forts détachés fut adopté. Les premiers travaux de fortification présentent Tinfluence fortement empreinte des souvenirs de la double insurrection de Lyon; on voit, à leur aspect , qu'on ne s*est pas moins préoccupé d'un ennemi venant de Tintérieur que d'une invasion étrangère , ils portent Tun et l'autre caractère : le génie militaire , on le voit , ne voulut pas que les populations de la Croix-Rousse et de Saint-Just continuassent à planer de ces plateaux élevés sur la ville comme un vautoiu: sur sa proie. Une somme qui dépasse vingt millions a été absorbée par l'ensemble de ces travaux ; ils ne feront jamais de la ville de Lyon une place de guerre. Mais il importait beaucoup de la mettre à l'abri d'un coup de main , et d'en faire un point d'appui pour une armée firançaise ; il était fort essentiel , dans le système général de défense du pays , de forcer une armée d'invasion à perdre beaucoup de temps devant une ville dont elle devrait s'emparer avant tout, et à se compromettre par les difficultés toujours croissantes de sa position militaire. Lyon fortifié ne pourrait plus être laissé impunément sur les derrières.
Le tableau que je vais exposer du système général des fortifications de Lyon (15 août 1867) est présenté au point de vue de la défense du pays. Je n'ai rien à dire de l'excellente situation topographique de la ville; elle a été exposée ailleurs avec beaucoup de détails. On peut jusqu'à un certain point assigner au système des fortifications de Lyon , dans la défense générale du pays, un rôle analogue à celui des fortifications de Paris, quoique dans une zone plus restreintje et dans des conditions moins étendues. En efiet, il devient désormais impossible à une armée d'invasion de pénétrer par une brusque irruption sur le territoire , en franchissant les frontières de TËst ou du Midi et en évitant les places. Certaine d'ailleurs de rencontrer sur son chemin uu aussi redoutable obstacle que Lyon fortifié,
1228 \IX® SlâCLR. — TRAVAUT PUBLICS.
elle serait doiu* contrainte d'accepter la dangereuse lenteur d'un siège, pour dépasser avec sécurité la ligne de nos places frontières et assurer ses derrières ; mais alors quelle dépense d'argent , de temps et d'hommes ne faudra-t-il pas à l'ennemi pour suffire à une semblable lutte , vers la fin d'une guerre sans doute longue et chanceuse !
On peut donc l'affirmer, les travaux exécutés à Lyon auront pour résultat essentiel d'augmenter beaucoup la valeur de nos places frontières : on peut à ce point de vue regarder les ouvrages défensifs construits , à Grenoble particulièrement , comme tout-à-fait solidaires de ceux de Lyon.
La ville est entourée d'une enceinte composée de trois parties : la première , comprise entre les deux rivières , forme la presqu'île sur laquelle la ville est construite, et s'étend, de la Saône jusqu'au Rhône , entre le fort Saint-Jean et le bastion Saint- Laurent; la deuxième, placée sur la rive droite de la Saône, défend le versant ouest du plateau de Fourvière, isolé de la ville parle cours de la rivière ; enfiala troisième, qui couvre Lyon sur la rive gauche du Rhône, s'appuie au fleuve par ses deux extrémités, l'une derrière le bois de la Tète-d'Or, l'autre à la Vitriolerie.
L'enceinte de la Croix-Rousse est la première : elle se compose de six bastions aplatis, réunis par des murailles en maçonnerie. Ces courtines étaient autrefois couvertes par de petits ravelins, détruits maintenant et qu'on a jugé inutile de relever. *
Cette ligne défensive forme une pointe vers le milieu de sa longueur; le fort Saint-Jean, placé à l'une des extrémités , est disposé de manière à donner plusieurs étages de feu de revers et de flanc sur les attaques que l'ennemi pourrait diriger contre l'enceinte de Fourvière : il rendrait impossible l'occupation du
f . '— L'enceinte de ta Croix-Ronsse a probablement été construite d'après les plans , oa av moins snivant les principes des ingénieurs italiens que Catherine de Mcdicis avait attirés a» senrice de France , et qui fortifièrent beaucoup de places pendant les règnes de son époux et de ses fils. Le célèbre ingénieur Deville , dont le traité fut imprimé à Lyon en 1628 , cite certains détails de l'organisation de cette enceinte , qui me paraissent confirmer cette opinion. Il parle aussi dans le mt^me ouvrage de l'enceinte d*Ainay et de celle de Saint-Clair , et la des^ cription qu'il en donne se rapporte aux dispositions indiquées par les ingénieurs Girolama l^ftggi et Jncomo Cnstrioto dans leur traité.