FORTIFICATIONS DE LYON. XIX^ SIÂCLK
de restreindre ses efforts à agir contre les forts de Villeurbanne et de la Motte, que leur position, dans le tracé général des ouvrages, indique d'ailleurs comme le seul point d attaque de cette portion de l'enceinte.
Le fort de Villeurbanne est renforcé par un cavalier ; sa gorge et celle du retranchement sont fermées par des casernes organisées pour la défense. Les flancs de ses bastions sont casemates ; les dispositions du fort la Motte sont à peu près analogues. Enfin, ces deux forts sont flanqués parla lunette des HirondeUes, placée en arrière de chacun d'eux et qui agit directement sur un pli du terrain, qui pourrait, sans cela, soustraire les cheminements de l'assiégeant aux vues des deux forts.
Les difficultés que ces moyens défensifs opposeraient à l'attaque par la rive gauche du Rhône ne seraient pas les seules, ni les plus grandes ; outre la prise des autres forts qui pourraient encore présenter de vives résistances , même après la reddition des deux forts attaqués , il faudrait s'emparer du faubourg de la Guillotière , effectuer un passage de rivière , pour se retrouver ensuite dans la position impossible dont il a été parlé plus haut, à propos de l'attaque par la Croix-Rousse.
Ily a, du reste, une considération qu'on ne doit pas omettre en discutant la valeur de cette enceinte: c'est que le système des forts de la rive gauche pourrait, par la facilité de ses communications avec la ville, renouveler sans cesse sa garnison et son artillerie, ce qui le placerait dans des conditions de défense.que ne peuvent jamais réaliser des fortifications ordinaires que l'on peut isoler par un investissement complet.
Avant d'abandonner cette dernière partie des ouvrages construits pour la défense de Lyon, je ne négligerai pas d'indiquer Faction étendue que prend sur la presqu'fle de Perrache la gorge du fort de la Vitriolerie, qui , par des plans brisés, bat la rive droite du Rhône depuis le pont de la Mulatière jusqu'à celui de la GuiUotière.
Je n'ai pas parlé du blocus de Lyon , qui , avec les moyens de communication nombreux que possède la ville, n'aurait une valeur sérieuse que dans le cas d'un blocus hermétique. Or il faudrait, pour y arriver, construire une ligne de contrevallation qui n'aurait pas moins de 250,000 mètres de développement et
qui demanderait, tant pour les travaux que pour Tinvestissementi plusieurs centaines de mille hommes. On ne peut pas discuter sérieusement une entreprise aussi insensée; mais on peut prévoir le cas du siège, qui ne pourrait se faire qu'avec deux cent mille hommes pour avoir quelques chances de succès : ceci , supposant toutefois que les débris de Farmée renfermée dans Lyon se monteraient à vingt mille hommes, et qu'on pourrait trouver tant dans ses murs qu'au dehors environ dix mille volontaires.
Les casernes de Lyon appartiennent au système de défense , du moins celles qui sont fortifiées : elles résisteraient à un coup de main, surtout à celui qui serait tenté par un ennemi intérieur. On a parlé déjà de celle des Bernardines.
De tous les édifices destinés au casernement, le plus important est celui de la Part-Dieu : il doit recevoir deux régiments d'artillerie, avec leur nombreux personnel et tous les accessoires. Peu de villes en Europe auront un établissement construit sur de si larges proportions. Une école d'artillerie a été placée à Lyon par une décision du ministre de la guerre ; elle réunira tous les moyens d'instruction que demande cette arme : l'emplacement qui a été choisi parait très convenable sous ce rapport. Sans cesser d'être un grand centre de fabrication industrielle, Lyon est devenu une ville de guerre , le quartier général permanent d'une armée , et le boulevard de la France du côté de l'Est.
BDDGKT UB LA VILLK.
lostruction publique, beaux-arts, littérature, sciences, institutions philanthropiques, secours publics, toutserésunoie en un chifire au budget de la ville ; tout est tarifé en une somme payée ou à payer. Le budget est le dernier mot de l'histoire d'une ville ou d'un royaume, ou plutôt, c'est cette histoire elle-même résumée en une langue arithmétique. Si nous possédions un compte exact des dépenses et des recettes (sous une forme quelconque ) de la cité, aux diverses époques de ses annales, combien la tâche de l'écrivain deviendrait plus certaine et plus facile ! C'est beaucoup qu'un bon commentaire sur un fragment d'inscription ; mais des documents authentiques sur la situation financière de Lugdunum au temps des Romains, ou même sur celle de Lyon au temps des archevêques, seraient un enseignement plus profitable et infiniment plus utile. Cette considération m'a déterminé à reproduire en entier le budget de la ville de Lyon, recettes et dépenses de toute nature, et à faire connaître sa dette ainsi que le service des annuités auquel elle doit pourvoir. Tel est l'objet de la quatorzième table.
La contribution foncière s'élevait, en 18ùù, à 2,157,000; elle a été portée, en 18&5, à 2,175,000, augmentation qui résulte de la construction de douze cents maisons. La contribution des portes et fenêtres a présenté, la même année, un accroissement
de douze mille francs en 18&& ; il n'y avait dans le département du Rhône que 28,173 patentes, un recensement plus exact en a donné 33,2û9.
Un mot encore avant de terminer ces courtes notions statistiques : le maire de Lyon a substitué , au droit perçu aux barrières par tête de bétail, le droit au poids, comme plus équitable et plus propre à encourager Famélioration du bétail de petite race : vivement attaquée , cette mesure a triomphé de toutes les résistances ; le Gouvernement Fa adoptée, et elle a été appliquée à toute la France.
On peut voir (table XIV®) que le mouvement financier de Lyon (dépenses et recettes ordinaires) consiste en un roulement annuel de sept millions, auquel il faut ajouter en moyenne un million par année, au moins, pour les dépenses extraordinaires : total, huit millions. Les recettes dépassent maintenant les dépenses de onze cent mille francs , chiflFre nécessairement variable. Mais la ville aura de lourdes charges à supporter pendant douze ou quinze années ; elle sera contrainte par la nécessité de contracter fréquemment des emprunts que l'amortissement n'éteindra qu'avec lenteur, et probablement de recourir à des taxes nouvelles. Ses ressources extraordinaires s'épuisent , et bientôt elle n'aura plus de terrains à vendre : ces considérations sont présentes a la pensée du Conseil municipal. Au reste, la publicité fedt aujourd'hui l'oflBce d'un censeur indiscret et sévère souvent, injuste quelquefois , mais fort utile : ce contrôle de chaque jour protège la situation financière de la ville, et ne permettrait pas à l'administration de s'engager dans des opérations désastreuses. L'amélioration de la position, maintenant fort difficile, n'est qu'une question de temps.
Ul.