‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 126 sur 364 · XIX^ SIÈCLE. AMÉLIORATIONS DANS LES HOPITAUX · texte numérisé non relu

XIX^ SIÈCLE. AMÉLIORATIONS DANS LES HOPITAUX

ne suffisent pas encore à leurs dépenses ; ils possèdent , dans la succession de Madame Servien de la Part-Dieu , un capital d'une immense valeur. Mieux administrée, leur fortune a beaucoup augmenté ; le capital s'est amélioré , et les revenus sont devenus plus considérables. '

Beaucoup de changemenls, qui sont des progrès, ont eu lieu à FHôtel-Dieu ; tous ont eu pour but de rendre plus pur Fair que les malades y respirent, et d'établir un meilleur système de ventilation. Placer un hôpital dans de bonnes conditions de salubrité, en écarter avec une infatigable vigilance tous les agents d'infection, c'est diminuer dans une proportion sensible les chances de mortalité : il y a d'autant plus de guérisons que Fair est plus sain. C'est bien plus au moyen de l'hygiène qu'avec des médicaments qu'on rend les malades à la santé dans ces immenses agglomérations d'étrcs soutirants : telle a été la pensée du Conseil général des Hospices ; il Fa exprimée en faits d'une haute importance. J'ai parlé autre part de la boucherie supprimée et transformée en un beau passage qui a placé tout un quartier populeux, celui de FHôpital, dans des conditions hygiéniques bien meilleures. Il n'y avait à la disposition des convalescents , à FHôtel-Dieu , pour faire un peu d'exercice, que des cours étroites et des corridors froids , mal aérés et privés de Faction vivifiante

1. ~- Voici un aperçu du budget des Hospices cirils de Lyon ( Compte administratif des Hospices civils de Lyon , pour l'année 1845. Lyon, Louis Pétrin ^ 1816, in-4®, avec des tableaux ) :

Recettes okdimaires , 1.747,592 fr. ; prévision des recettes extraordinaires, 1,007,291 fr ^ dont 946,189 fr. viendront d'aliénations d'immeubles. Articles principaux des revenus des Hospices : loyers de maisons et terrains , 717,720 fr. ; fermage , eu argent , des biens ruraux, 91,477 fr. ; rentes sur l'Etat, 150,000 fr. ; produit de la vente au public de médicaments , 76,627 fr. ; fits payants, 53,000 fr. ; péage des ponts, 70,000 fr. ; intérêts des fonds placés, 54,703 fr. ; produit des sacristies , 13,000 fr. ; vente des bijoux et effets des décédés, argent trouvé au décès des malades , 5,500 fr. ; vente des graisses de cuisine et des objets hors de service , 10,000 fr. ; dividende sur le prix des terrains cédés par la ville dans le cimetière de Loyasse, 15,958 fr. ; subvention du département et de la commune de Lyon, 447,000 fr.

DApbnsbs , 1,633,486 fr. , ainsi réparties : dépenses communes aux trois bospices ( l'Hôlel- Dieu , la Charité . le Perron) , 74,831 fr. ; Hôtel-Dieu , 597.405 fr. ; Charité, 916,602 fr. ; le Perron, 41,547 fr.

L'hospice de l'Aniiquaille n'est pas compris dans ces chiffres ; voici son budget particulier: recettes ordinaires et extraordinaires , 391,800 fr.; dépenses, 401,069 fr. ; déficit (pour Tannée 1845), 15,968 fr.

AJklÊLlORATlONS DANS LES HOPITAUX. Xl&^ SIÉOL^. 1239

du soleil ; l'emplacement occupé par des masures, du côté oriental de la rue Bourgchanin , a été déblayé en très grande partie et transformé en une promenade plantée d'arbres , qui a versé dans une rue obscure et humide des flots d'air et de lumière. Les Hôpitaux ont perdu le produit d'un certain nombre de locations ; mais leurs véritables revenus, c'est l'accroissement des chances de guérison pour les malades : ils ont été institués, non pour tirer le meilleur parti de leurs propriétés, mais pour renvoyer dans leurs habitations le plus grand nombre possible de malades rendus à la santé. Je ne saurais trop reproduire cette idée sous toutes ses faces. Peu importe que le Conseil des Hos-* pices fasse une dépense considérable ou perde un revenu de quelque valeur , si , au moyen de ce sacrifice , la salubrité de l'Hôtel-Dieu a gagné ; encore une fois, il a été institué, non pour faire de bonnes opérations financières au profit des pauvres, mais pour offrir au plus grand nombre possible de malades toutes les chances de guérison que l'hygiène et l'art médical peuvent établir. Un meilleur système de chauffage , de ventilation et d'éclairage a été adopté : aux planchers revêtus de carreaux ou même de dalles humides , on a substitué des parquets en bois dur, frottés et cirés comme ils le sont dans les habitations particulières le mieux tenues. La population moyenne de l'Hôtel-Dieu se compose de mille lits environ pour les nialades, hommes et femmes, soit fiévreux, soit blessés. Vingtcinq lits sont réservés pour les accouchements des femmes mariées : cette salle est si bien conduite que les résultats du mouvement annuel , au point de vue de la mortalité , ont quelque chose de phénoménal; sur six cents accouchements, bioyenne de chaque année, on compte à peine cinq ou six décès. Au !•' janvier 1845, neuf cent trente-huit lits étaient occupés; il y a eu, dans l'année, treize mille six cent soixante-dix-huit entrées, douze mille soixante-dix guérisons présumées et quinze cent cinquante-six décès (1 décès sur 8 1/2). Le nombre des journées s'est élevé à trois cent soixante-quatre mille six cent cinquantetrois ; c'est un très beau résultat. Il y a cent trente lits payants à l'Hôlel-Dieu (un franc vingt-cinq centimes par jour). Une fois par semaine, les conseils d'un médecin et des médicaments sont donnés gratuitement aux pauvres qui viennent les réclamer.

i2&0 XIX^ SIÈCLE. AMÉLIORATIONS DANS LES HOPITAUX.'

$ III. On s*cst toujours occupé beaucoup de THôtel-Dieu dans le Conseil général des Hospices , mais .l'hôpital de la Charité a été abandonné pendant longtemps ; sa rénovation récente a été complète. L'histoire de Lyon a raconté la création de ce nouvel asile ouvert aux pauvres : cette administration , qu'on nommait l'Aumône générale , fit l'acquisition , au commencement du dixseptième siècle, d'un emplacement assez vaste, sur la rive droite du Rhône, au-delà de la place Bellecour, etfiit autorisée, par lettres-patentes de Louis XIII, du 2 décembre 161Ù , à y construire un hospice , dont le P. Martel-Ange fournit les plans. Un généreux citoyen, de Sève de Fromente, fit bâtir à ses frais un corps de logis ; la première pierre de l'édifice de Notre-Dame de la Charité fut posée le 16 avril 1617. Simple, fort bien entendu et de très bon goût, le plan primitif ne tarda point à être singulièrement dénaturé dans ses dispositions intérieures; et cet hospice , oublié en quelque sorte, fut livré pendant un siècle et demi au caprice et à l'incurie d'hommes qui étaient étrangers aux premières notions de la salubrité. Us travaillèrent avec persévérance à murer les fenêtres, à rendre la ventilation impossible, à obstruer les corridors, à couper en deux la hauteur des salles par des planchers, enfin à mettre cette immense maison dans les plus mauvaises conditions hygiéniques qu'on puisse imaginer. Tout, dans l'hospice, présentait l'image de la décrépitude et de l'ignorance des lois sanitaires , quand le nouveau Conseil administratif entreprit l'œuvre de régénération : rétablir l'ordonnance de ^ancien plan, telle fut sa pensée. On déblaya les corridors, qui furent ouverts dans toute leur longueur et terminés par des grilles; on rétablit les fenêtres obstruées en grand nombre; on rendit aux salles leurs dimensions premières, en abattant toutes les cloisons; on commença le long et coûteux travail de la conversion en parquets des carreaux des salles ; la pharmacie et le cabinet du tour pour les enfants trouvés éprouvèrent une métamorphose générale ; enfin, de vastes ouvroirs chauflFés furent disposés pour les vieillards: je ne puis indiquer ici que les améliorations principales. Chauflee par un calorifère , l'église reçut divers embellissements; une statue de saint Vincent de Paul, bien exécutée par Marochetti , vint décorer une des cours intérieures. Cet hôpital a pris depuis quelques années un fori grand

Page 1