INSTITUTIONS CHARITABLES. — XIX* SIÈCLE. 12Û
beaucoup trop déprimés; presque toutes ont des parquets frottés et cirés. Les lits sont en fer, et munis de planchettes en bois aux deux extrémités. La promenade des convalescents s'ouvre sur la rue de la Charité ; elle est spacieuse, plantée de beaux arbres , et exposée au midi et au couchant : les officiers du génie militaire ont admirablement tiré parti des localités. Cet hôpital contient neuf cents lits pour le service d'une garnison de dix mille hommes, proportion très convenable que ne présentent point , à beaucoup près , les hôpitaux civils. Depuis l'application large , complète et constante qu'on a faite à cet établissement des lois de la salubrité , la mortalité y est descendue au degré le plus minime : c'est un hôpital-modèle.
§ VI. Les hôpitaux et les dispensaires prennent soin des indigents malades ; un autre genre de pauvres réclame la sollicitude de l'administration : ce sont ceux que des infirmités, ou, ce qui est plus ordinaire, des habitudes invétérées d'oisiveté et de vagabondage , placent en pennanence sur la voie publique , et pour qui la mendicité est une spéculation. On a institué pour eux un établissement dans lequel ils sont recueillis, logés, vêtus, chauffes, et astreints à un travail mesuré à la force physique de chacun. Leurs aliments sont sains et en quantité suffisante : on donne à cette classe particulière de détenus de l'excellent pain , de la viande , des légumes , du vin ; ce régime est fort convenable. Tout individu trouvé en flagrant délit de mendicité sur la voie publique , est conduit à cette maison ; quelques vagabonds y sont envoyés de la prison de Perrache. Cet établissement est situé à mi-coteau de Fourvière, sur un emplacement vaste et dont l'exposition, à l'Est, est excellente. Il est administré par un conseil composé de trois membres ; trois frères de l'ordre de Saint-Joseph sont chargés du service de l'infirmerie et de la surveillance des ateliers; des religieuses, appartenant à la même communauté , ont dans leurs attributions la lingerie, le réfectoire, la cuisine, la pharmacie et la division des femmes. 11 y a dans l'établissement un directeur, un aumônier, un régisseur et un inspecteur; un médecin fait la visite des malades. Cette maison contient environ deux cent cinquante mendianls, plus ou moins valides: ce nombre est
i^iiU XIX^ SIÈCLE — INSTITUTIONS CHARITABLES.
beaucoup trop considérable pour son étendue; elle n'a été d'ailleurs appropriée qu'assez imparfaitement à sa destination ; les ressources financières étaient fort insuffisantes. Cette institution u rendu de grands services : la mendicité pesait d'un poids fort lourd sur le Lyonnais ; elle était , dans l'intérieur de la ville , un inconvénient de tous les moments. On se rappelle l'énorme quantité de vagabonds de toutes sortes qui garnissaient les deux côtés de la longue montée de Fourvière; ils avaient fait une profession de la mendicité : ce n'est pas sans efforts que l'administration est parvenue, jusqu'à un certain point, à réprimer ce fléau dans Lyon et hors de Lyon. Quoique dans les attributions du préfet, à certain titre, le Dépôt de mendicité a conservé le caractère municipal : le maire a reçu l'autorisation de traiter, moyennant une pension journalière déterminée, de l'admission des individus inculpés de mendicité et arrêtés hors du territoire de la ville; il accorde a l'établissement une subvention annuelle de quarante mille francs.
$ VII. Les ouvriers valides et laborieux ont souvent des travaux qui ne leur permettent pas de s'occuper de leurs enfants en bas âge; obligés d'aller à leur journée, quelques-uns ne peuvent prendre aucun soin de leur jeune famille : ceux-là même qui sont dans des conditions meilleures ont rarement la possibilité de donner, à de petites filles ou à de petits garçons, cette éducation première qui a tant d'influence sur le reste de la vie. Abandonnés à eux-mêmes , les enfants du peuple sont exposés à mille accidents divers, el prennent facilement le goût du vagabondage ; ils perdent un temps précieux. C'est pour faire cesser des inconvénients si graves qu'une pensée éminemment philanthropique a institué les salles d'asile et les crèches, une des plus belles créations de la bienfaisance publique. Reçus tout le jour, depuis l'âge de deux ans jusqu'à six, dans des salles bien chauffées et fort bien tenues, les enfants y retrouvent non-seulement tous les soins maternels , mais encore un commencement d'éducation intellectuelle et religieuse. Point de tristesse, point de larmes; des jeux bien dirigés reposent les enfants du travail sans fatigue qui leur est imposé. Cette population si impressionnable contracte de bonne heure des habitudes de propreté, de discipline et d'obéissance ; elle est plus facile à gouverner que celle des