‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 14 sur 364 · LYON ADHÈRK A LA LIGUE. — XVI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LYON ADHÈRK A LA LIGUE. — XVI® SIÈCLE

à la Ligue; on décida qu'elle s'unirait aux autres villes et qu*elle servirait de tout son pouvoir la cause de TUnion. Lyon , tout en prolestant de sa fidélité , renonça formellement à l'autorité royale et se mit sous la protection de son gouverneur, le duc de Nemours, qui s'était évadé de sa prison : l'archevêque Pierre d'Epinac, détenu an château d'Amboise, avait de son côté acheté de son geôlier la permission de sortir de la sienne , au prix de trente mille écus. Un homme , dont le nom est connu à plus d'un titre , remplit un grand rôle dans les événements qui s'accomplissaient : ardent, obstiné, catholique et ligueur par conviction , ennemi déclaré des protestants, Claude R'ubys devint l'âme de son parti. Nul mieux que lui ne connaissait les affaires de la ville, dont il était le zélé procureur général; sa place lui donnait beaucoup d'influence , il l'occupait depuis longtemps. C'était au reste un citoyen très considéré , malgré la violence de ses écrits et de son caractère; on le nomma échevin. Rubys organisa l'opposition contre Henri de Navarre avec une infatigable activité : ferme et résolu après les plus grands échecs , habile à trouver des ressources quand la situation paraissait désespérée, toujours prêt à servir la Ligue de sa parole , de sa plume et de son bien , il fut un des principaux auteurs de la rébellion, et l'adversaire le plus redoutable de l'autorité du roi.

Nemours fit son entrée dans Lyon, le 22 mai 1589, aux cris mille fois répétés de : Vivent les catholiques ! Vive le gouverneur! On l'acueillit avec un vif enthousiasme , et les corps de métiers vinrent le complimenter. Les échevins lui présentèrent solennellement les clefs de la ville ; il les rendit aux bourgeois , et partit bientôt pour Paris, qui l'appelait à sa défense, après

«• poales et chapons, et leur bailUr des noms de brochets, carpes, barbeaux, soles, iiir-

• bots , harencs , etc. C'est en beaucoup de lieui et par diverses fois que cela s'est fnii , - tandis que la Sorbonne et les prescheurs fouldroyoienl contre leur prince légitime et souvo- ■ rain. Forcer femmes et filles dans les temples , meurtrir les pauvres paysans auprès des H autels f dérober le calice et despouitler les ecclésiastiques , estoil la forme essentielle d'un

• bon et zélé ligueur. « ( Recueil histot-ique sur les règnes de Henri II, François II , Cfutt'les /.V, Henri 111 et Henri If^^ p. 694 ). Les ligueurs mirent à mort plusieurs de leurs adversaires, et dévastèrent leurs propriétés. Voyez l'opuscule suivant :

Coq-à-l'asne et chanson sur ce qui s'est passé en France, puis la mort de Henry de Valois, jusques aux nouvelles deffaictcs; où sont contenus plusieurs beaux équivoques et proverbes. Lsfon, 1590. — Nouvelle édition , publiée par P.-M. Gooon. 7'yon, DumotUin, 1843, in-S".

avoir remis le commandement de la ville à son frère, le marquis de Saint-Sorlin , et fait tracer le plan d*une nouvelle enceinte fortifiée autour de la montagne de Fourvière. 11 n'y eut de terminée que la porte de Vaise , flanquée de deux demi-bastions • . Un conseil d'état institué par les ligueurs fut chargé de l'administration de la ville sous la présidence du duc de Nemours, qui s'était emparé de tous les pouvoirs. Mâcon , Villefranche , Belleville , le Puy et d'autres villes voisines entrèrent dans la Ligue et se confédérèrent avec Lyon.

Cette alliance prit plus de force encore après la mort sanglante de Henri III, assassiné par Jacques Clément le i^^ août i 589 ^. C'est à un prince protestant , c'est à Henri IV qu'appartenait la couronne; mais la Ligue ne voulait pas d'un roi hérétique : elle mit sur le trône le cardinal de Bourbon , fantôme de souverain , sous le nom de Charles X. Nommé gouverneur de Paris , Nemours défendit cette ville contre les attaques de Henri IV : inquiété par Mayenne, il se démit de ses fonctions et se rendit à Lyon , dont il fit le centre de ses opérations militaires 3. Un de ses premiers soins fut de conclure avec d'Omano, lieutenant-général du roi en Dauphiné , une ti'ève qu'il n'avait nullement l'intention de tenir. Il profita en effet de cette suspension d'armes pour s'emparer de Vienne , que lui livra Maugi-

1. — On lisait sur celte porte de Vaise la devise des ligueurs : vm dicv. vn ruy. vne fot.

THF. LOT.

2. — La mort de Henri III fut l'occasion de la publication d'un grand nombre de pamphlets; ▼oici les principaux de ces écrits : Discours de l'estrange et subite mort de Henri III de Valois (attribué à Edmond Bourgoin , prieur des Jacobins). Lyon , Jean Pillehotitt , 1589, in-8®. — Les Meurs , humeurs et comportemens de Henry de Valois ( par André de Rossant). (Sans nom de lieu), i589, in-S**. — Histoire mémorable , récitant la vie de Henry de Valois et la louange de frère Jacques Clément... 1589, in-8^ — La Vie et faits notables de Henry de Vâfcis , 1589, in-8<». Ce pamphlet est attribué à Jean Mercier; M. Péricaud pense qu'il est sorti des presses de Lyon. — Admirable et prodigieuse mort de Henry de Valoys. Ljfon , Louis Taniillon , 1589, in-8®.

3. — Les étals de la province se réunirent, au mois de septembre 1589 (9-15 septembre), i TArbresIe , dans la maison de Lagrange-Crémcaux ; Etienne de la Barge , archidiacre cl grand vicaire de l'archevêque Pierre d'Epinac , avait convoqué les trois ordres. Ce fut l'avocat Pierre Matthieu qui prononça le discours d'ouverture; l'assemblée renouvela le serment de fidélité è l'Union , et vota la levée de douze cents hommes en douze compagnies , et d'un corfts de cavaliers.

Page 1