‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 135 sur 364 · XIX* SIÈCLE. — FABRIQUE DE SOIBRIKS · texte numérisé non relu

XIX* SIÈCLE. — FABRIQUE DE SOIBRIKS

et en Italie. Les soies et les soieries anglaises s'ouvrent chaque jour de nouveaux marchés, et nous sommes menacés d'une autre rivalité plus dangereuse , celle de la Chine ' . On n'a exporté , jusqu'à ce jour, du Céleste-Empire, que de grossières étoflRes, produits d'une fabrication lourde et imparfaite ; mais en Chine la matière première, ainsi que la main-d'œuvre, est à bas prix; on y a le secret de teintures éclatantes et solides ; enfin , l'ouvrier chinois a un talent prodigieux pour Timitation. Un jour viendra, peut-être, où l'importation en Europe de la production chinoise sera pour la nôtre un danger sérieux.

Et cependant , malgré cet immense développement de la concurrence étrangère depuis quinze années, le mouvement de notre fabrique n'a pas faibli ; la consommation n'a pas moins d'activité que la fabrication; ce sont, à peu près, les mêmes chiffres, depuis quelques années. Avant 1789, le nombre des métiers ne dépassa jamais 17,000 ; il tomba à 12,000 aux temps les plus florissants de l'Empire; s'éleva à 27,000, delSlû à 1825, 18,000 dans la ville, 9,000 dans les faubourgs et dans la banlieue , et atteignit le chiflfre de Û0,000 en 1835 , 17,000 à Lyon, 9,000 dans les villes ou faubourgs de la Croix-Rousse , de Vaise et de la Guillotière , 5,000 dans les communes du département du Rhône, et 9,000 dans les départements de la Loire, de Saôneet-Loire , de l'Ain et de l'Isère. Aujourd'hui Û8 à 50,000 métiers sont employés au tissage des soieries , soit à Lyon , soit dans les environs de la ville : ainsi leur nombre est toujours allé progressant, malgré la rivalité des ateliers de la Suisse, de la Prusse, de la Lombardie , de la Russie et de l'Angleterre. La matière première, employée par nos cinquante mille métiers, a une valeur brute de cent vingt-cinq à cent trente millions, que le tissage élève à deux cent cinquante millions, si ce n'est davantage. L'exportation officielle des soieries de France dépassait cent soixante millions en 18&2, la consommation intérieure équivalait à cent trente millions : un tiers de l'une et de l'autre somme représente le bénéfice du fabricant et le salaire de l'ouvrier.

f. — On Toit en ce moment, au Palais des Arl8(aoùt 1847), un musée eoliëremeni chinois , qui montre ce que peut faire la Chine dans la fabricaiiou des étoffes de soie. Celle enhiKition curieuse est faite par les soins de M. Hedde.

FABRIQUE DE SOIERIES. — XiX^ SIÈCLE. 1251

L'accroissement progressif, depuis 1830^ de la quantité des soies qui sont présentées chaque année au conditionnement est une autre preuve que l'activité de notre fabrique ne s'est pas ralentie (si Ton fait abstraction de certaines époques pendant lesquelles elle a momentanément faibli). Il est vrai qu'il faut prendre garde à une circonstance particulière, que voici : une ordonnance royale, celle du 23 avril 18&4 , impose à la Condition la pratique d'un procédé qui a pour base la dessiccation absolue des soies ; elles sont pesées au moment de leur entrée dans la Condition et au moment de leur sortie : le poids auquel la dessiccation les a ramenées fait loi entre le vendeur et l'acheteur. Eveillés par leur intérêt , les fabricants envoient maintenant à la Condition bien plus de ballots qu'ils ne faisaient auparavant ; mais , même en tenant compte de cette circonstance , il est évident que Lyon est devenu le siège d'un marché considérable. On en trouve la preuve dans le tableau du mouvement de l'entrepôt des douanes de Lyon : en 18&2, année pendant laquelle le procédé nouveau fut employé pour la première fois , le poids des ballots présentés à la Condition fut de 4,051,71^1 ; il s'est élevé, en 1844, à 1,361,889, et la hausse ne s'est point arrêtée: ainsi donc l'importation et l'exportation entrent, pour un chiffre assez fort , dans cette quantité croissante. Lyon n'est nullement menacé d'être déshérité de son industrie : ses métiers sont condamnés à d'inévitables vicissitudes d'activité et d'inertie ; mais, considérée dans son ensemble , la fabrique fait plus que se maintenir , elle est en progrès.

On comptait à Lyon , en 1845 , dix mille chefs d'atelier, dout treize cent soixante seulement étaient soumis à la patente ; la moyenne de la cotisation pour chacun ne dépassait pas quatre francs soixante-quinze centimes , chifiTe qu'elle n'atteignait pas à la Croix-Rousse. Une observation essentielle doit être faite ici : le nombre des métiers , dans Fintèrieur de la ville , a diminué ; on en comptait dix-huit mille , en 1 825 ; ce chifire s'est abaisse à dix-sept mille, en 1833. Après la guerre civile de 1834, de nombreux métiers pour la fabrication des étoffes unies ont été montés dans les campagnes voisines de la ville , jusqu'à une distance de cinquante ou soixante kilomètres , et certains villages sont devenus de grands ateliers. L'ouvrier de la campagne vit de

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