XIX^ SIÈCLE. FABRIQUE DE SOIEBIES
peu, a moins d'occasions de dépenses, et se contente d'un salaire moindre ; si son métier chôme , il va travailler dans les champs. La belle fabricpie de la Sauvagère , près de lUe-Barbe, ne sera plus visitée par les étrangers : elle n'existe plus ; malgré toute l'économie de son administration, cet établissement coûtait plus cpi'il ne rapportait.
La fabricpie de Lyon a produit, en 18&6, un tissu qui comptera parmi ses créations les plus belles : c'est une somptueuse et immense portière, exécutée par M. Yéméniz pour le duc de Luynes ; elle a quatre mètres de hauteur et trois mètres cinquante centimètres de largeur. C'est la laine qui forme le corps de l'étoffe ; elle est alliée à la soie , à l'or et à l'argent : telle est la perfection de la mise en carte et Fharmonie des couleurs, que ce magnifique tissu a la précision du burin et produit l'effet d'un tableau. Le fond de la tenture est bleu de roi ; il sert de champ à un compartiment formé par de nombreuses losanges , dont les compartiments sont en or et qui renferment le monogramme d*Henri-Âlbert , surmonté d'une couronne. Aux quatre angles , sont des écussons de la famille d'Albert; l'enceinte est occupée par les armes riches et brillantes de la maison de Luynes. La bordure a cinquante centimètres de largeur ; elle rappelle, par le dessin, le style oriental. Douze couleurs, non compris l'or et l'argent , entrent dans le tissu ; deux seulement , le bleu d'azur et le blanc , sont en soie : toutes font corps avec Tétoffe , et sont liées à l'envers par un travail heureusement combiné. Le fond est sans grains , il est compacte comme un drap du plus fin tissu ; l'or , l'argent , les couleurs s'y détachent en produisant un relief éclatant. Il a fallu, pour établir le métier destiné à la fabrication d'une étoffe si large, donner une disposition particulière aux rouleaux , au battant , au régulateur et aux mécaniques. Tous les fils fonctionnaient séparément , sous les mains de deux forts ouvriers. '
I. ~- Après avoir entendu le rap|K>rt d'uoe commission, l'Académie des sciences, belleslettres et arts de Lyon a décerné , le 3 mars 1847 , k M. Yéméoii , en témoignage de sa haute satisfaction , la grande médaille d'argent.
M. Yéméniz a fabriqué six portières pour le duc de Luynes , et il en a fait lisser pour lui. même un septième exemplaire, qui serait fort bien placé dans le salon de la Chambre de commerce.
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I^s intérêts généraux de Tindustrie lyonnaise sont sous la surveillance de la Chambre de commerce, qui leur a rendu de irrs grands services : on sait qu'elle a le droit de nommer deux délégués au Conseil général de commerce, et que l'un d'eux devient membre du Conseil général des manufactures. Une autre institution, de création récente, la Société de garantie, a pour objet la répression des principaux abus qui compromettent la fabrique, par exemple, la contre&çon des dessins et le trafic des soies volées , soit par les teinturiers , soit par des ouvriers infidèles , genre de finaude connu sous le nom de piquage d'onces. Cent soixante-douze fabricants composaient en iSAG l'association , qui poursuit d'office et à ses fixais les délits de sa compétence. Elle a fait soumettre à la patente les individus qui se livrent au petit débit des soies , et les a soumis à l'obligation de tenir des écritures régulières. La Société de garantie n'a pas pris encore tous les développements dont elle est susceptible , mais elle réunira la majeure partie des fabricants dans son sein avant qu'un long temps se soit écoulé. Absorbés par les détails de leurs affaires , beaucoup de négociants connaissent peu les lois qui les concernent et la jurisprudence de l'industrie; c'est pour les éclairer à cet égard que le Conseil municipal a voté la création d'un cours de droit commercial et d'une chaire commerciale et industrielle.
$ IL Je voudrais pouvoir ajouter maintenant que le progrès s'est étendu à la condition des ouvriers en soie; il n'en est rien malheureusement, et aucune amélioration bien manifeste ne peut être indiquée dans leur situation toujours précaire. Ils vivent, comme avant 1830, au jour le jour: industrieux et économes, un certain nombre de chefs d'atelier deviennent propriétaires et acquièrent une certaine aisance; mais la grande majorité des ouvriers est condamnée , comme autrefois , à une vie d'inquiétudes, de privations et de misère. Loyers, pain, vin, viande, tout enchérit d'une année à l'autre dans Lyon , et cependant les salaires ne présentent pas ce mouvement de hausse. Très variables selon les genres divers de fabrication , selon les temps et selon la capacité et l'assiduité des ouvriers au travail , ils sont pour certaines étoffes d'une mobilité presque insaisissable : pour les étoftes façonnées, la moyenne est de trois francs par jour; elle
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descend à on franc cincpiante centimes pour les étoffes unies , et les tissus légers, tels que les gazes, tulles, crêpes, etc Dans d'autres lieux , en Alsace, par exemple, les ouvriers qu'emploie Findustrie cotonniére sont dans une situation bien plus fâcheuse encore.
Il faut cependant indiquer , comme un progrès , le succès qu*a fini par obtenir, chez nos ouvriers, la Caisse d'épargne et de prévoyance. Introduite à Lyon vers Tannée 1 828 , cette admirable institution a végété pendant plusieurs années, complètement méconnue par des artisans à qui Ton n'ofirait que des espérances en échange de leurs économies : sur cent déposants on comptait à peine seize ouvriers en soie , en 1839 ; cette proportion s'est élevée à trente-trois pour cent en 4830, et à quarante-trois pour cent, de i 832 à i 8&0. Le nombre des ouvriers en soie déposants , limité au minime chiffre de quatre cent quatre-vingt-sept à la fin de Tannée 1833, a dépassé sept cents en 1 83& ; c'est un excellent symptôme. De toutes les institutions créées pour rendre meilleure la situation de l'ouvrier , aucune ne tend plus directement à ce but que la fondation de la Caisse d'épargne. Non - seulement le travailleur doit renfermer ses désirs et ses besoins dans une limite qui lui permette de les satis&ire, il faut encore qu'une partie de son salaire reste disponible pour Tavenir ; ce n'est point assez pour lui que de suffire à sa dépense quotidienne par le prix de sa main-d'œuvre pour chaque jour, il lui importe encore d'avoir un excédant qui lui constitue un fonds de réserve. C'est pour recevoir ces petites économies et les verser immédiatement dans la Caisse des dépôts et consignations, que la Caisse d'épargne et de prévoyance a été instituée. Les versements ne peuvent être moindres d'un franc , ni excéder trois cents francs pour le déposant dans chaque semaine; la Caisse cesse de recevoir quand les versements d'un même ouvrier se sont élevés à quinze cents francs : l'intérêt est à quatre pour cent. Telles sont les bases de l'institution que régissent vingt-cinq directeurs, vingt-cinq administrateurs , un bureau et un conseil de surveillance : on a entouré de toutes ces garanties le dépôt des économies des ouvriers laborieux. Grâces à la Caisse (Tépargne, grand nombre d'honnêtes travailleurs ont cessé de consommer, le dimanche et le lundi, le salaire de cinq journées diî labeurs; ils ont pris des habitudes d'ordre, et sont devenus
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prévoyants : c'csl une tendance que radministration ne saurait trop encourager.
S m. C est pour faciliter les opérations industrielles dans tous les genres de commerce qu'une ordonnance royale a autorisé, en 1836, la création d'une Banque fondée par une société anonyme. Cette banque escompte les effets timbrés et à ordre sur la ville ; elle se charge du recouvrement des valeurs pour les m<iisons qui ont un crédit ouvert sur ses livres; enfin, elle émet des billets payables à vue : une semblable institution devait nécessairement réussir. La circulation moyenne des billets de la Banque de Lyon , en 48&6, a été de 20,000,000; la caisse a reçu, en comptes-courants, /i9&,i56,25/!i francs, et a payé Û96,9J 6,000 francs»; la moyenne du passif exigible a été de 31 ,670,000 fr. En i 8û5 , la somme totale des effets escomptés a été de près de i 52,000,000 , qui ont produit pour escompte 574,000 fr.; en 1846, l'escompte de 442,856,000 fr., à l'échéance moyenne de cinquante jours neuf dixièmes , au lieu de quarantecinq jours un tiers, a rendu 606,000 fr. Le numéraire est devenu moins abondant , et la Banque de France s'est vue obligée de porter à cinq pour cent le taux de son escompte.
Pour régulariser les spéculations sur les valeurs industrielles , devenues si générales et toujours si dangereuses , le préfet du Rhône a créé, au palais Saint-Pierre, en 1845, un parquet comme celui qui existe à la Bourse de Paris ; du moins la publicité contiendra les joueurs, et donnera plus de régularité à leurs opérations. Cette institution a été organisée d'après l'avis de la Chambre de commerce et de la compagnie des agents de change. Depuis trois années le jeu de la Bourse a pris, à Lyon, une activité déplorable; il a fait et défait de grandes fortunes. Témoin d'énormes bénéfices réalisés en quelques jours par le trafic des actions industrielles, le négociant s'estime à plaindre de ne devoir qu'un gain de petites sommes au travail assidu de toute une année. Cette vie d'économies et de profits, petits mais continuels, qui a conduit lentement à l'opulence tant de chefs de commerce , ne lui convient plus ; il tient peu de compte de ceux qui se ruinent, et n'est frappé que du bonheur inouï de ceux qui réussissent. Les jeux publics et la loterie qu'ont interdits, à Lyon , le Directoire et la Restauration , étaient bien moins nuisibles à une ville de