‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 15 sur 364 · LYON ADHÈRE A LA LIGUE. XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LYON ADHÈRE A LA LIGUE. XVI* SIÈCLE

ron , gouverneur de cette ville , et il se rendit maitre du château de Pipet, ainsi que des forts de Sainte-Colombe et de la Bâtie. Son armée comptait dix mille fantassins et douze cents cavaliers. Cette occupation de Vienne émut beaucoup le Dauphiné ; mais Lesdiguières et d'Ornano accoururent avec des forces supérieures, Varmée des lijjueurs se désorganisa d'elle-même, et Nemours revint à Lyon , qui commença à s'alarmer sérieusement des rapides succès de la cause royale. L'argent manquait , mais non le courage : les hommes de la Ligue employèrent tous les moyens pour ranimer la confiance de leur parti ; ils réclamèrent le secours du duc de Savoie. Malgré leurs revers , ils ne désespérèrent de rien , et envoyèrent quelques troupes dans le Dauphiné et dans le Forez.

La cause de la royauté avait des partisans dans Lyon; on les nommait les politiques. D'abord peu nombreux et sans influence, ils se concertèrent entre eux : leur parti grandit, et se crut bientôt assez fort pour disputer le pouvoir aux hommes de la Ligue; mais le moment n'était pas encore venu. Quelques imprudences commises par les royalistes devinrent l'occasion de persécutions contre les Lyonnais de leur foi politique : on surprit des lettres adressées par Bailloni, sieur de Saillans, à La Guiche; elles ne laissaient aucun doute sur les projets des partisans du roi. Bailloni ne dissimulait nullement ses sentiments d'aversion contre le gouvernement des ligueurs; il se plaignait de l'emprisonnement, à Pierre -Scise , de son beau-père, de Jons, et de ses amis, Servières et du Soleil; il parlait des mesures de surveillance qu'on avait prises contre lui, et de sa maison gardée à vue. Il annonçait au grand-maître de l'artillerie que le roi avait à Lyon beaucoup de partisans , et l'entretenait des services qu'il était en mesure de rendre à la cause royale. Ces lettres Grent sensation ^ Un autre événement de nature plus grave augmenta les inquiétudes des ligueurs : une conspiration formée par Bothéon , pour rendre la ville à Henri de Béarn , fut orga-

f.— Voici l'indication de pamphlets curieux qui se rapporleul aux événements de ce temps :

La Rodomontade de Pierre Bailloni. Lyon , 1590 , in -8°. — Discours sur une lettre escrilc par ledit Bailloni , cunlenaiil la trahison malheureuse couspirée par le sieur Bailloni et ses complices contre la ville de Lyon. Lijon, 1590, in -8<*.

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nisée au mois de mars 1590, et aurait réussi, peut-être, sans un fâcheux concours de circonstances qui la fit découvrir. Bothéon ti'avait pas eu le temps de prendre ses dernières mesures et d'enrôler un nombre suffisant d'hommes d'action : le consulat mit la main sur quelques chefs en sous-ordre, et en fit une justice rigoureuse. Mis à la torture , ces malheureux firent tous les aveux qu'on leur demanda; quatre furent exécutés, comme traîtres, sur la place Confort. Quelques jours après, le capitaine Montgriffon eut le même sort; il subit la peine capitale sur le pont de Saône Ml y avait eu évidemment négligence de la part des chefs de la milice urbaine; ils furent réprimandés par les échevins, qui, tout en poursuivant les royaUstes, n'en parlaient pas moins hautement de leur dévouement au roi. S'ils avaient pris les armes , disaient- ils, contre Henri 111 , c'était pour maintenir dans Lyon la religion catholique , apostolique et romaine. Leurs moyens militaires ne paraissaient pas pouvoir leur suffire ; ils sollicitèrent du roi d'Espagne , Philippe II , l'envoi à Lyon de trois cents cavaUers qu'ils s'engageaient à payer pendant quatre mois. Un fait d'armes, dans lequel leur parti eut l'avantage , releva beaucoup leur courage et enfla singulièrement leurs espérances. Alphonse d'Ornano était sorti de Vienne à la tête d'une troupe de cinq cents hommes , et s'était porté à la rencontre du marquis de Saint-Sorlin , qui commandait le petit corps d'armée des ligueurs : les royalistes furent battus; d'Ornano, leur chef, tomba aux mains de ses ennemis, et n'en sortit qu^au prix d'une forte rançon -. C'était une guerre continuelle : on se

1 . — Response à l'Anti-Espagnol semé ces jours passés par les rues et carrefours de la ville (le Lyoo (par Claude Rubys ). Lyotif Jean PUUhotte ^ 1590, iii-8^. — Response à cer|jain prétendu manifeste publié et semé... de la part des hérétiques Je Vienne , leurs fauteurs et adhérens. Lyon , 1590, in-8^. — Discours au rray de la desloyale trahison et détestable conjuration brassée par le sieur de Bothéon et ses complices sur la Tille de Ljon. Lyon, 1590, in-8*.

Remontrances d'un fidèle sujet du roi aux. habitans de Ljon ( Nouvelles jfrchives du Rhône y II , 116). — Response des habitans de Lyon à certaine remouslrance à eux envoyée de la part d'uo bigarré politique. Lyon , Jean PillehoUe , 1590, in-8". — Response au cartel d'un politique bigarré qui ne s'est osé nommer. Lyon , 1590 , iii-8*.

2. — l^a deffaite des compagnies d'Alphonse de Corse, prés la ville de Lyon... Parié 1590, in-8<*.— Le Fouet des hérétiques politiques et traistres de la France. Lifon, Loyê Tan-

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battait , on négociait des deux parts ; on s'emparait de châteaux qu'on perdait bientôt après. Les Lyonnais occupaient Givors ; ils en avaient fait une place d'armes très commode pour tenir Vienne en respect , et ils y entretenaient une forte garnisoUi Cependant tous leurs efforts pour s'y maintenir échouèrent : assaillis par les Dauphinois , Givors leur fut enlevé au mois de juin 1591. Charles de Lorraine sentit vivement cet échec; il excita les échevins et les chefs du parti de la Ligue à reprendre promptement l'offensive. Malgré le nombre et l'importance des affaires dont il s'était chargé, le duc de Mayenne ne perdit jamais un moment Lyon de vue ; ce prince écrivait souvent aux échevins , et ne cessait de leur recommander la plus grande vigilance. Ses émissaires et ses lettres conseillaient la résistance; il promettait continuellement des secours, qu'il n'était pas toujours en mesure d'accorder. Ce fut par son conseil que le consulat demanda aux Suisses de nouvelles troupes pour garder la ville ; quatre compagnies de soldats de cette nation faisaient le service dans l'intérieur de la cité, et en occupaient les postes les plus importants. Sans l'appui de ces étrangers , les ligueurs lyonnais auraient eu beaucoup de peine à maintenir leur domination.

Leur chef, le duc de Nemours , revint se mettre à leur tète ; il avait défendu Paris d'une manière brillante , et s'était acquis une bonne renommée. Pierre d'Epinac reparut aussi dans son archevêché. Ces deux chefe du parti s'aperçurent que l'Union n'avait plus la même puissance ; ils remarquèrent des symptômes de défection et de découragement» Ce fut pour stimuler le zèle de leurs adhérents , et pour engager Lyon plus avant dans les intérêts de la Ligue, qu'ils conçurent le projet d'une procession générale *. Elle eut une grande solennité; tous les corps constitués de la ville , tous les ordres religieux et un clergé nombreux y assistèrent : on y vit , auprès du gouverneur général ,

tiliom , 1590 , in-8''. — Discours véritable des ira) sons doscouverlcs delà ville de L)on el de Moolbrison en Foresl. Lyon ^ Jean Pillehotte , 1591. in-8". — Manifeste des consuls, csclievios , bourgeois et habilans de la ville de Lyon . sur le fait de la prise de Vienne ; rupture de la trefve , et entrée de l'armée de Mgr le duc de Nemours dans le pajs de Daufthiné. Lyon f Jean Pillehotte, 1592, in-8".

1. •— Elle eut lieu le S8 mai 1501 ; c'était une revue des forces du parti.

son frère le marquis de Saint-Sorlin, et Claude Rubys avec les insignes de sa dignité. Il y eut dans les églises des prédications violentes contre les protestants ; rien ne fut négligé par Pierre d'Epinac et par Nemours, et, grâces à leurs efforts persévérants, la Ligue retrouva toute son énergie. Le marquis de Saint-Sorlin se distingua beaucoup à la tête des troupes de l'Union : capitaine expérimenté , très brave de sa personne , et d'une activité extraordinaire , il était l'espoir des ligueurs et le principal soutien du duc de Nemours , son frère. Conduite par un chef qui avait toute sa confiance , la petite armée des ligueurs s'empara de Trévoux et marcha sur la Bombes. Tantôt vaincu , tantôt vainqueur dans de petits engagements qui se succédaient fréquemment, Saint-Sorlin tenait tête aux troupes de Henri IV : s'il était attaqué avec trop de vigueur dans les campagnes du Lyonnais , il se repliait sur la Bourgogne , et reparaissait dès que les conjonctures lui paraissaient favorables. Cette guerre que se faisaient les deux partis se prolongea pendant plusieurs années, sans résultat décisif. C'était la population des campagnes qui en faisait tous les frais; on se ferait difficilement une idée de sa misère : amis et ennemis la pillaient avec une égale ardeur. Ces champs si fertiles présentaient partout l'image de la désolation ; on ne les ensemençait plus ; les vignobles étaient abandonnés , il n'y avait plus de bras pour cultiver la terre. Frappés de ce spectacle , les chefs des deux partis proclamèrent la neutralité des paysans et invitèrent leurs soldats à les ménager; mais cette trêve des laboureurs (tel fut le nom qu'on lui donna) ne pouvait guère être observée. Cependant les ligueurs lyonnais perdaient du terrain ; leurs ennemis les resserraient dans un espace de plus en plus étroit , et faisaient des courses jusqu'aux portes de la ville. Claude Rubys ne perdit pas courage , il ne négligea aucun moyen d'attaque et de défense. C'était par la rive gauche du Rhône et les plaines du Dauphiné que les troupes royales s'avançaient ; les habitants de la Guillotière reçurent l'ordre de placer une sentinelle dans le clocher de leur église de la Magdeleine , de creuser de profondes tranchées aux avenues des chemins et de feire bonne garde aux barrières. Celle des portes et de la tête du pont du Rhône fut confiée à des citoyens notables , qui se relevaient à tour de rôle. Les ligueurs

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