POPULATION DR LYON
S I. L'activité et Faccroisseinent du commeree ont pour résultat Taugmentation de la population dans une proportion considérable et rapide. Quand le travail des métiers est suspendu pendant longtemps, beaucoup d'ouvriers quittent la ville. Cette désertion a eu lieu encore après les grandes commotions de 479&, de 1831 et de 183&; mais de tels événements sont rares , et ne peuvent être considérés que comme des anomalies passagères. (Voyez le Tableau statistique.)
La population de Lyon aux différentes époques de son histoire a été le sujet du quinzième tableau : on trouvera à la suite de cette statistique le mouvement de Fétat civil , considéré sous ses trois formes principales , les mariages , les naissances , les décès.
C'est un autre ordre de considérations que j'aborderai ici , en me bornant toutefois à des indications très générales : peut-être me seront-elles pardonnées, en raison de leurs points de contact avec l'économie politique.
Lyon est une ville manufacturière , et se trouve , relativement aux mœurs , dans les mêmes conditions que les grandes agglomérations analogues de population : rien de plus, rien de moins; toutes les capitales se ressemblent; les nuances peuvent diff*érer , mais la couleur est la même. Berlin, Naples , Berne , Milan , sont
dans les mêmes conditions que Londres et Paris. Il y a toujours moins de moralité dans les pays industriels que dans les pays agricoles ; dans tous les lieux où se trouvent réunis de grandes masses d'ouvriers des deux sexes , soumis nécessairement aux conséquences des fluctuations du commerce j la misère , et non moins souvent le bien-être , provoquent et facilitent la débauche. J.-J. Rousseau a porté contre la moralité du peuple de Lyon une imputation formulée en accusation générale, à Foccasion d'un fait particulier dont l'éloquent écrivain eût mieux fait de ne point parler. Echappée à l'humeur misanthro pique de Rousseau, cette calomnie a été reproduite sous difierentes formes : on a dit qu'il n'y avait nulle part plus de mauvaises mœurs dans le peuple , et on a fait à la débauche une part si large, que, selon quelques observateurs très mal informés, l'organisme des classes inférieures en présente fortement l'empreinte. Les causes qui peuplent, à Lyon, les maisons de prostitution sont celles qui existent ailleurs , la misère , les mauvais conseils et surtout le mauvais exemple , l'insuffisance des salaires , les occasions et , par-dessus toutes choses , l'absence d'une bonne éducation première. La débauche produit en moyenne dix-huit cents enfants trouvés (je ne tiens pas compte, en ce moment, des résultats de la surveillance du tour), et les enfants trouvés recrutent plus tard les maisons de débauche. Grand nombre de jeunes filles habitent , sous le nom de compagnonnes , les ateliers de fabrication des étoflTes de soie, et y vivent mêlées aux ouvriers de l'autre sexe. D'autres , sous le nom de dévideuses , d'ourdisseuses , de frangeuses , n'obtiennent qu'un petit salaire d'un long travail ^ et cèdent trop souvent aux séductions et quelquefois à une véritable contrainte morale. Beaucoup de filles des campagnes voisines viennent prendre place au foyer lyonnais, avec la qualité de domestiques : les unes et les autres sont bientôt attaquées par la corruption inhérente aux grandes villes; mais bon nombre cependant résistent. Il serait facile de démontrer que la cause des bonnes mœurs est en progrès dans notre cité : je citerai à l'appui de cette assertion l'extension si remarquable des idées religieuses, le nombre toujours croissant de nos institutions bienfaisantes et pieuses , et l'amélioration incontestable que présente l'intelligence de notre population ouvrière. Voici des preuves