‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 148 sur 364 · XIX® SIÈCLE. — HISTOIRE DE LYON · texte numérisé non relu

XIX® SIÈCLE. — HISTOIRE DE LYON

me condamner un jour, si je n'avais pas rempli mes engagements : mon plan, je puis me rendre cette justice , a été suivi dans tous ses détails , avec une scrupuleuse ponctualité. J'ai dit que j'écrirais une histoire de Lyon , sinon bonne , du moins nouvelle , non en copiant, comme ont fait tant d'autres , Menestrier , Rubys et Colonia , mais d'après les textes originaux reproduits , comme des témoins , au bas de mes pages ; ce que je promettais , je l'ai tenu. Si je ne me trompe point sur un fait matériel, ce livre est bien une histoire générale ; Lyon y est bien examiné sous toutes ses faces : géologie , commerce , industrie, marche de la civilisation , progrès des lettres , des sciences et des arts , mœurs publiques, droit des citoyens, tout a sa place dans mon cadre, et rien, peut-être, de bien essentiel n'a été oublié. Tous les faits, cependant , ne présentaient pas le même intérêt ; je me suis attaché à mettre en relief ceux qui méritaient de l'être , et à condenser dans un espace resserré ceux dont l'importance n'était que secondaire. Si je ne m'abuse point encore, je ne me suis laissé dominer par aucun ; ancien ou moderne , chaque ordre d'événements ou d'idées n'occupe que l'espace auquel il avait droit , et la règle de proportion a été observée avec une inflexible régularité. Interprète impartial du passé , je n'ai écouté ni passions, ni préventions, ni préjugés, et j'ai dit constamment ce qui me paraissait être la vérité, sans me préoccuper un instant des colères et des injustes blâmes que pouvait exciter l'indépendance de mon langage. Si je me suis trompé , c'est de bonne foi, et après avoir fait tout ce qui dépendait de moi pour ne pas l'être. J'ai commis sans doute plus d'une erreur ; quel livre d'histoire en est exempt, et comment arriver à l'exactitude absolue? Quelquesunes de mes opinions peuvent être controversées, sans doute; c'est ce que je ne conteste point : bien éloigné d'en avoir la pensée, j'ai pris en considération immédiate toutes les critiques fondées qui m'ont été adressées; d'autres sans doute viendront encore : elles seront reçues avec reconnaissance , et je m'empresserai d'y faire droit. Ce qui manque à mon travail , je ne l'ignore pas, et cependant peut-être ne suis- je point sans titres à Tindulgence : dans le champ assez imparfaitement exploré jusqu'ici de l'histoire de Lyon, peut-être aî-je défriché quelques parcelles de terrain encore incultes , et même , sur le sol connu et sur les

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routes battues , peut-être ai-je creusé plus d'un sillon qui n'avait point encore été ouvert; peut-être, encore, est-il peu de livres d'histoire qui possèdent un recueil de tables aussi riche et aussi curieux que celui dont j'ai conçu la pensée. Enfin , ce travail a été écrit d'inspiration, s'il est permis de le dire, et sans que Fidéemère ait éprouvé, dans ses évolutions successives, aucune modification essentielle. Voilà, je l'avoue, ce que je pense de mon livre , et ce que je voudrais qu'on en pensât : ai-je donc eu trop de vanité , et me suis-je mal jugé ?

Et maintenant j'ai dit. Quel que soit l'avenir de cette histoire , la vie de l'historien sera désormais bien courte et bien précaire : Lyon n'a pas d'âge; renouvelé par une incessante régénération, il recommence toujours une jeunesse éternelle, tandis qu'usé par le travail, je m'affaisse de plus en plus sous le poids d'études qui me condamnent à une vieillesse anticipée. Il faudra bientôt prendre pour jamais congé et de ce livre , mon ancien et agréable compagnon , et de la ville dont j'aurais voulu être le peintre fidèle. Tant qu'une certaine force m'a soutenu , je l'ai employée , dans des fonctions diverses , au service de la cité dont je suis Tenfant reconnaissant; il faut enfin m'arréter et poser, pour ne plus la reprendre, ma plume fatiguée. Ma carrière littéraire est terminée, mais il me reste cependant quelque chose à faire encore : aimer ceux qui m'aiment, honorer jusqu'à mon dernier instant mon pays, et bien remplir, si je le pui$, le peu de jours qui me restent à vivre , pour mériter de bien mourir.

Palais des Arts , 1«r Septembre 1847.

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