XVII* SIÈCLE. — PESTE A LYON EN
hisloriens de la peste , ne doit pourtant pas étonner ; elle est la conséquence nécessaire de l'analogie de situation. En effet , quelle que soit la diversité des temps et des lieux , les grandes épidémies se ressemblent, et les populations, partout identiques, se comportent toujours d'une manière analogue, sous l*influence des mêmes préjugés, des mêmes passions et des mêmes terreurs. '
La peste de 1628 à Lyon fut tellement exceptionnelle, elle produisit de si énormes ravages, qu'elle doit être considérée comme un des épisodes principaux de l'histoire de cette ville au dix-septième siècle : c'est à des relations contemporaines, et d'une grande simplicité de style , que j'emprunterai l'histoire complète de cette épidémie.
Ëile ne prit point naissance sur le sol lyonnais; déjà répandue et fort meurtrière en Italie , au mois d'avril la peste marcha vers le Nord avec une sorte de régularité , et d'étape en étape , pour ainsi dire. Quelques soldats revenant du Milanais la rapportèrent, dit-on, d'au-delà des Alpes; elle parut tout-à-coup, vers le milieu de juillet , dans le village de Vaux , aux portes mêmes de Lyon. On prit quelques précautions pour retenir sur ce point la maladie contagieuse , mais elles furent inutiles, et bientôt des cas de peste évidents apparurent au mois d'août sur des points divers de la Guillotière. Il était facile d'interrompre toute communication entre la ville et le faubourg infecté , et on n'y manqua pas : cette mesure fut inutile. On raconte que quelques hardes de pestiférés, introduites en fraude et vendues auprès de l'église de Saint-Nizier , importèrent la contagion au cœur de Lyon frappé de terreur. On était aux derniers jours du mois de septembre ; des ouvriers tombèrent comme frappés de la foudre dans les quartiers populeux de Saint-Nizier, de Saint- Jean et de
1. — La pesle , on l'a vu dans cette Histoire (Jp. 279 , 431 , 606) s'est nioutrée très fréquemment à Lyon ; on n'y prenait garde que lorsque l'épidémie était plus meurtrière qu'à l'ordinaire. Etait-ce bien la peste , telle qu'elle est décrite et caractérisée dans les livres de médecine, etn'a-t.-oa pas confondu, sous cette dénomination générique , des maladies d'une nature toute différente? c'est ce qui me parait très vraisemblable. On ne peut méconnaître la véritable peste dans la description des épidémies de 1348 et de 1628; il y eut des maladies contagieuses en 1638 et en 164S , mais rien n'autorise à leur donner un nom dont on a l>eaucoup abusé : elles n'eurent pas d'ailleurs de suites très fâcheuses. La seule de ces pestes qui soit bien authentique et bien décrite , est celle de I6i8.
LYON SOUS LUtlS 2L11I. — XVii* SIÈCLE. 747
Saint-George : toute dénégation sur le véritable caractère de la maladie était impossible ; c'était bien la peste , et une peste terrible.
Et cependant le temps était magnifique; jamais soleil plus beau n'avait animé un ciel plus serein; jamais lair n'avait été si doux et si pur; jamais végétation plus luxuriante n'avait paré les admirables paysages du Lyonnais : point de variations subites dans la température , point de chaleurs extrêmes , point d'orages ; aucune de ces intempéries atmosphériques auxquelles on attribue tant d'influence sur l'apparition des maladies contagieuses. Tandis que la corruption et la mon frappaient à toutes les portes des maisons de Lyon consterné , jamais la nature n'avait été si radieuse.
Etrange dans sa marche comme le sont la plupart des maladies épidémiqucs , la peste épargnait certaines rues et frappait toutes les maisons du voisinage. Elle respectait quelquefois un des côtés de la rue tout entier, et ravageait l'autre; ce n'étaient point toujours les quartiers les plus infects et les plus encombrés de la vieille ville qu'elle couvrait le plus de deuil, on la vit pendant plusieurs mois attaquer de préférence les places de Bellecour et des Terreaux, ainsi que les quais, c'est-à-dire les quartiers les plus beaux et les plus accessibles à l'air et à la lumière '. Toute la partie inférieure de la Grand'Côte fut dévastée par le fléau; il s'arrêta vers la rue Neyret , au niveau d'une petite maison sur la façade de laquelle on vit longtemps une petite statue avec cette inscription : Ejus prœsidio non ultra pesiis, 4628. On assure qu'il n'y eut pas de pestiférés dans le faubourg de la Croix-Rousse. -
!.<— «Les lieux iafects. les maisons pleiues d'immondices, dit Papon , étaient, poar ainsi dire , des lieux de sûreté ; les rues étroites, les logements resserrés, les quartiers étouffés , ces lieux si propres à recevoir les iiitpresâions de la peste , eii préserTuieiit : an lîru quo les coHioes» les lieux aérés , les jardins agréables y étaient pIusex|»osés... Tel homme qui s'était Gonserréen santé dans l'air impur de la ville, trouvait la mort dans la maison de campagne où autrefois il allait rétablir sa sauté. »
i. — Oo lit, à l'angle d'une terrasse, h Fontaniércs , colline située près de L)on,sur le diemiii de Sainle-Foy, cette inscription: • A !a gluiro de Diou. Dame Estiennelle Nalot a « bict eslevor celte cruix , honorant la mémoire de sieur Jehan Prudomme , son mar> , « duquel les os reposent soubs icelle , qui deceda en ce lieu de la maladie contagieuse , le « 7soclol»re 16i8-162». »