‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 31 sur 364 · ÉMEUTE DE 1768. XVIU^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉMEUTE DE 1768. XVIU^ SIÈCLE

Une émeute grave, et qui fit verser beaucoup de saug, eul lieu en 1768; voici à quelle occasion : la ville s'était réservé la jouissance d'une chapelle située au-dessous de la bibliothèque , dans les bâtiments du collège de la Trinité ; elle la fit partager, au moyen d'un plafond , en deux salles : Tune, celle d'en haut , pour l'école de dessin; l'autre, celle d'en bas, pour le collège de médecine et l'enseignement de Fanatomie , de la chimie et de la botanique , confié à trois hommes distingoés , Vitet , Joly et Gilibert Des rumeurs sinistres circulèrent parmi le peuple : ou affirmait que les médecins arrêtaient les passants pendant la nuit et qu'ils leur brisaient les membres, pour enseigner aux élèves le traitement des fractures; on disait que des enfants avaient été enlevés et disséqués vivants. Ces bruits odieux prirent de la consistance : un dimanche (c'était le 27 novembre) , des femmes passant sur le quai s'arrêtèrent devant la salle de dissection et la firent remarquer à d'autres ; elles se racontèrent ce qu'on en disait , et bientôt une d'elles soutint qu'elle savait positivement qu'un enfant venait d'y être porté. En peu d'insitants un attroupement considérable se forma; après avoir proféré force imprécations , toute cette multitude , s'enivrant de sa colère , se précipita furieuse sur la chapelle, força une porte , pénétra dans Técole de dessin, et brisa avec rage tout ce qui se trouva sous sa main. De la salle supérieure , elle descendit dans celle du collège de médecine et y commit les mêmes dévastations ; aucune représentation ne put la calmer: par bonheur, les professeurs étaient absents. On assembla en hâte les soldats du guet sur la place des Terreaux ; ils se rendirent au collège , et s'introduisirent dans la salle de l'école de dessin qu'ils occupèrent. Cette troupe eut un véritable siège à soutenir; elle fut assaillie à coups de pierres, et contrainte de faire feu : ces démonstrations vigoureuses exaspérèrent le peuple, qui accumula des fagots devant la porte du (îoUège pour brûler le bâtiment et ses défenseurs. De nouveaux renforts arrivèrent à la compagnie du guet, et la lutte redoubla de violence : on dit qu'il y eut trois cents tués et un plus grand nombre de blessés ; enfin l'émeute cessa , et la force militaire demeura niaitresse du collège. Le lendemain un calme parfait régnait dans la ville ; mais beaucoup de médecins et de chirurgiens s'élaient enfuis. On mura la porte du collège de

médecine; Tautorifé municipale invita les citoyens à lui faire la déclaration de tous les enfants qui auraient disparu de leur domicile. Celte enquête , ainsi qu'on devait s'y attendre , ne révéla rien. Plusieurs curés , à la demande de l'archevêque , montèrent en chaire pour éclairer le peuple sur ses préjugés : on distribua dans les maisons des ouvriers , à grand nombre d'exemplaires , un discours fort sensé du chanoine de Géry ^ Quelques honmies avaient été emprisonnés; on jugea et on pendit deux porte-faix. *

Il n'y eut pas d'autre événement remarquable à Lyon pendant les dernières années du règne de Louis XV ; la ville souffrit peu de la banqueroute de l'Etat sous l'administration de l'abbé Terray . Un roi blasé , et tombé au dernier degré de la dépravation, oubliait auprès de la Dubarry ou dans les ignobles voluptés du parc aux Cerfs la nnisère de ses sujets et la dignité de la France. Il consentait au partage de la Pologne , et prenait peu de souci des immenses dangers qu'il léguait à son vertueux successeur. Louis XV mourut enfin en 1774, laissant la France sur un volcan.

$ IV. Tous les étais du trône étaient minés, et il ne restait de l'édifice social qu'une façade sans points d'appui et incapable de résister au premier choc. Menacés de périr dans le bouleversement général , le clergé et la noblesse résistaient aveuglément à toute réforme ; cette aristocratie inintelligente semblait prendre à tâche d'irriter une nation encore patiente, mais déjà convaincue du sentiment de sa puissance, et emportée par un besoin impérieux de rénovation. Ce que cette nation voulait , elle le disait : c'était l'égalité de tous devant l'impôt et devant la loi, la suppression des privilèges et des droits féodaux, la liberté de la conscience et de l'industrie , l'admission des Français capables à tous les emplois , l'uniformité des poids et des mesures , et la reconnaissance du principe de la souveraineté du peuple : Louis XVI aurait accordé sans trop de répugnance une . grande partie de ces réformes , mais sa cour ne le voulait pas. Honnête homme dans la plus

1. — Discours prononcé par un de MM. les curés de la ville do Lyon , le dimanche 4 dt*ccmbre 1768 , à l'occasion de l'émeute populaire arrivée dans celle ville le dimanche précédenc. Lyon, Joseph Bettend , 1817 , in-8o.

2. — PfcRiCAUD (<<^-)* Eineute populaire contre le collège des médecins de Lyon {Rêvue du It/onnait, l, 433). Tablettes chronologiques, décembre 1817 , p. 28.

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