‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 32 sur 364 · LAFAYETTE A LYON. X.V1I1® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LAFAYETTE A LYON. X.V1I1® SIÈCLE

Stricte acception du mot, rempli d'amom* pour son peuple, dévoué à ses devoirs et profondément religieux, l'infortuné petitfils de Louis XV était étranger à la pratique du gouvernement ; il avait peu de résolution, peu de volonté, et ne savait ni prendre Tinitiative d'un acte de vigueur, ni suivre avec fermeté un bon conseil.

Lyon jouit d'un repos profond pendant les douze premières années de ce règne; son commerce était redevenu florissant ^ et le désordre de ses finances avait en grande partie cessé. En 1777, l'empereur Joseph II , qui voyageait sous le nom du comte de Falckenstein , fit sans éclat son entrée dans cette ville ; il visita lHôtel-Dieu dans le plus grand détail, le 11 juillet, voulut tout examiner, et loua fort tout ce qu'il y voyait. Étonné de l'immensité de la ciiarge qu'acceptaient les recteurs , il demanda ce qu'on leur donnait : « Rien , répondit un d'eux ; au contraire , «< chacun de nous en entrant en exercice fait aux pauvres, pour ft toute la durée de son service , l'avance d'une somme de dix « mille livres prêtée sans intérêt : la sonune versée par le tré- « sorier est de cent mille livres. » Joseph II fut conduit dans plusieurs ateliers, et vit avec beaucoup d'intérêt fabriquer sous ses yeux des étoflcs de soie : l'empereur parut charmé de la richesse et de la prospérité de la ville de Lyon. Un autre voyageur, non moins célèbre dans un ordre bien différent , Joseph Balsamo , plus connu sous le nom de Cagliostro , montra la même surprise en 1781. Il revint en 1784, el éblouit les loges maçonniques, ainsi qu'une partie de la population, par ses jongleries et ses prétendus secrets. On lui fit une réception brillante, et on lui offrit de riches présents; reconnu grand -maitre de la maçonnerie égyptienne , il trônait en cette qualité dans un temple qui avait été construit à droite de la grande allée des Broteaux. Cependant l'affaire du collier, qui éclata peu de temps après , affaiblit bientôt le preslige dont ce charlatan s'était entouré.

Un esprit d'indépendance et un vif désir de liberté s'étaient développés dans la population lyonnaise; elle accueillit avec enthousiasme, en 1785, Lafayette qui revenait des Etats-Unis d'Amérique , dont l'émancipation glorieuse était en grande partie son ouvrage. On remarquait déjîi do la fcrnientation parmi

828 XVIIl*' glÈCLB. — LYON 90DS LOUIS XVf.

les ouimers ; les classes moyennes avaient acquis beaucoup de lumières et d'ascendant : elles remplissaient avec activité et dévouement les devoirs civiques qui leur étaient imposés. H y avait une émulation vive parmi les compagnies de la milice bourgeoise , dont Torganisation et Fesprit étaient excellents. Cette garde citoyenne, qui devait rendre de si bons services, était passée en revue plusieurs fois dans Tannée par le prévôt des marchands , qui distribuait^ après l'inspection, des épées d'honneur aux officiers et des médailles d'argent aux sous-officiers ; puis, tous les pennonages défilaient en ordre devant le consulat En 1786, cette milice plantait un mai , en signe d'honneur , devant la porte de Tolozan de M ontfort , prévôt des marchands , et y suspendait cette inscription : cives mlecto civi. Ces grandes revues étaient l'occasion de banquets et de réjouissances publiques; elles inspiraient beaucoup d'intérêt à la population.

Une émeute sans caractère politique troubla la paix publique le 7 août 1786; elle eut quelque gravité. L'archevêque Malvin de Montazct avait ordonné la perception d'une taxe payée autrefois par les cabaretiers , en échange de la permission qui leur était accordée de vendre du vin pendant le mois d'août ; il réclamait encore les arrérages. Cette exigence excita de fortes rumeurs parmi les marchands de vin; ils se refusèrent au paiement de cet impôt suranné, et fermèrent leurs cabarets. Au. même temps les ouvriers en soie sollicitèrent une augmentation de deux sous par aune pour les étoffes unies, et un salaire plus élevé pour les tissus façonnés. D'autres corps de métiers élevèrent des prétentions semblables : ainsi les chapeliers voulurent que le prix de leur journée fût porté de trente-deux sous à quarante sous. Ces demandes n'ayant obtenu , de la part des marchands , que des paroles dilatoires , les ouvriers abandonnèrent en masse leurs ateliers, remplirent les cabarets de la ville et des faubourgs, et formèrent des attroupements considérables. Conduits par les chefs qu'ils s'étaient donnés , ils parcouraient , un bâton à la main, et en longues bandes, les rues de la ville où ne se trouvait pas une force militaire suffisante. Deux comtes de Saint- Jean , les chanoines Pingon et de la Magdeleine, se rendirent aux Charpennes , parcoururent les guinguettes, et parlèrent si bien qu'ils déterminèrent les ouvriers à rentrer paisiblement chez

Page 1