ÉMEUTE DE 1786.— XVIU* SIÈCLE
eox. Intimide par des démonstrations dont il avait été témoin , le consulat céda : il accorda l'augmentation des salaires ; mais ces concessions furent retirées dès que l'autorité eut des troupes à sa disposition. On logea militairement chez les habitants, et à leurs frais, un escadron de chasseurs du Gévaudan, un bataillon de Royal-Marine et un bataillon du régiment d'artillerie de la Fère , dans lequel se trouvait Napoléon Bonaparte en qualité de sous-lieutenant. Les chasseurs occupaient la Guillotière , l'infanterie était à la Croix-Rousse , et l'artillerie à Vaise. Une ordonnance de police défendit les rassemblements , sous des peines sévères. Aux approches de la nuit, deux compagnons chapehers et un ouvrier en soie , qui revenaient des Charpennes , voulurent passer, sans payer, le pont de bois du Rhône; ils furent arrêtés, et conduits aussitôt devant les juges de la prévôté qui condamnèrent ces malheureux à être pendus. C'est en vain que les comtes de Saint-Jean intervinrent en leur faveur : on voulait un exemple. Le comte de Clugny sollicita instamment un sursis auprès du baron d'Yzeron, prévôt général de la maréchaussée, et crut l'avoir obtenu : il apprit l'exécution des trois condamnés avec une irritation très vive, et adressa au baron, qu'il avait rencontré sur le pont du Change, des paroles amères suivies de voies de fait. Un duel eut lieu à l'instant même ; le prévôt fut tué d'un coup d'épée. Le supplice, sans la moindre nécessité et sans motifs légitimes , de trois pauvres ouvriers excita beaucoup de fermentation dans le peuple, qui s'en souvint longtemps; le moment de la réaction était proche, et déjà les signes précurseurs de la tempête révolutionnaire apparaissaient de toutes parts.
Mais, avant de raconter ce qu'elle fut à Lyon , reportons nos regards en arriére , et suivons la marche de la civiUsation dans cette ville pendant le dix-huitième siècle.
CHAPITRK Vil.
MARCHE DE LA CIVILISATION A LYON
PENDANT LB XVIU* SlàCLB.
<V l^> Fondation de rAcadémie des sciences et belles-lettres et de la Société des beaui-arts : Claude Broaaelte, Colonia , Bordes , Pernetti , Tolomas « d'Alembert , Aiiamoli , Thomas , Ducis , ete. — % 'i. Sciences : le marquis de JoufTroy et les bateaux 4 Tapeur; Joseph MontgolGer et les aérostats; Bourgelal et l'Ecole vétérinaire; Pierre Poivre , François Rosier, Gabriel Jars, le P. Déraud, Berlholon, Hontucla, etc. — Paleonnet, Pestaloui , Claude Pouteau. — Les Jussieu. — % Z. Commerce : les Tolosan , Philippe de la Salle. — $ 4. Beaux-arts : J.-J. de Boissieu. — §5. Travaux publics : rues nouvelles, ponts sur la Saône. — SouCDot : Grand-Théâtre, Taçadc de rHôiel-Oieu, loge du Change. — Perrache et la presqu'île. —Morand et le pont sur le Rhône ; les Broteaux. — § 6. Préludes de la Révolution à Lyon.
§ I. L'histoire littéraire du dix -huitième siècle, à Lyon, commence par un événement d'une haute importance et d'une grande portée , la fondation de l'Académie des sciences et belleslettres et de la Société des beaux-arts.
Dans les dernières années du siècle précédent , l'avocat Brossetle réunissait fréquemment chez lui quelques hommes qui aimaient à s'entretenir de littérature : c'étaient Falconnet, de Serres, de Puget, Dugas et les PP. Fellon et de Saint-Bonnet. Ces réunions devinrent hebdomadaires, et enfin le maître de la maison eut l'idée de les convertir en séances périodiques d'une société régulièrement organisée. On goûta fort ce projet, et la première séance de la nouvelle société littéraire eut lieu le
UISTOIRE DE LACADÉIIIë; BROSSETTE. XVIIl* SIÈCLE. 8S1
30 mai 1700 ; elle fut remplie par une discussion sur la démonsiration que Descartes adonnée de l'existence de Dieu ^ Brossette eut la satisfaction de voir prospérer cette savante compagnie; des hommes de mérite sollicitèrent Thonneur d'en faire partie. Protégée par l'intendant Trudaine et par François-Paul de Neuville de Villeroi , qui la reçut dans son palais , l'Académie naissante se donna de bons règlements et fit tout ce qui dépendait d'elle pour se rendre utile. L'archevêque était fort assidu aux séances, et prenait part volontiers aux discussions. Ami et commentateur de Boileau , Brossette avait informé l'auteur de l'Art poétique de la fondation de l'Académie , dans une lettre datée du 40 avril 1700 : « Dites à ces Messieurs, lui répondit Boileau, « que c'est à des lecteurs comme eux que j'oflre mes écrits. » Il s'exprime ainsi dans sa lettre du 2 juin 1 700 : « Je suis ravi de « l'Académie qui se forme en votre ville ; elle n'aura pas grand' «< peine à surpasser en mérite celle de Paris, qui n'est maintece nant composée , à deux ou trois hommes près , que de gens t< du plus vulgaire mérite , et qui ne sont grands que dans leur « propre imagination... Je suis persuadé que dans peu ce sera à « l'Académie de Lyon qu'on appellera des jugements de l'Aca- « demie de Paris. » Il écrivait une autre fois à son correspondant : <c Je vous prie de bien témoigner mes regrets à Messieurs «« de l'Académie de Lyon, et de leur bien marquer que je ne « perdrai jamais l'occasion de célébrer une ville qui a été, pour «< ainsi dire , par ses pensions , la mère-nourrice de mes muses
(I) DuMAt {J.-B. ). Histoire de l'Académie royale des scieuces , bellcs-leUres cl arts de Ljon. Li/on, Giherton et Brun ^ 1840, t. I.
L'Académie de Lyon n'est pas la plus ancienne des sociétés littéraires de !a France; d'autres noit-seulement ont existé avant elle, mais encore l'ont devancent sur la liste , peu nombreuse, des compagnies savantes qui publiaient, en province, le recueil de leurs travaux. Mais l'Académie de Lyon n'en a pas moins obtenu de bonne beure beaucoup de renommée , qu'elle a dû , surtout , au mérite cmincnt de plusieurs de ses membres.
Ouvrages manuscrits à consulter sur l'histoire de l'Académie :
Journaux de l'Académie de Lyon, 1714-1758, 1 vo!. in-fol. — Registres des Conférences de l'Académie de Lyon, depuis 1734 jusqu'en 1800, 24 vuL in-fol.— Procèsverbaux des séances de l'Académie de Lyon depuis 1800 jusqu'en 1846 , 1 1 vol. in-fol. — L' Athénée de Lyon rétabli , ou Tableau historique de l'Académie , 1 vol. in-fol. — Comptesrendus de l'Académie, 2 vol. in-fol. — Correspondance de l'Académie jusqu'en 1847, Il vol. grand in-4'*.