‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 38 sur 364 · HISTOIRE DE L ACADÉMIE; POIVRE. — ILVIII*^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L ACADÉMIE; POIVRE. — ILVIII*^ SIÈCLE

Flandrin que remplaça Louis Brediii. L'école de Lyon éprouva , de 1780 à 1785 , une régénération véritable : Bredin releva l'enseignement, et, bien servi par le concours de l'intendant de Fiesselles^ établit sur des bases solides la belle création de Bourgelat. Toutefois elle était mal placée au lieu qu'elle occupait : aucune des parties du bâtiment n'avait été construite pour sa destination; les infirmeries manquaient d'air, de jour et d'espace; il était impossible de loger tous les élèves dans les dortoirs; enfin, l'école était visitée fréquemment par le Rhône. Une autre ère devait commencer , à la fin du siècle , pour cette institution utile.

Non moins célèbre que Bourgelat, Pierre Poivre a droit à une place distinguée parmi les Lyonnais dignes de mémoire qui vécurent pendant la dernière moitié du dix-builiéme siècle.

Elevé par l'institution des Missions étrangères pour de longs voyages, il avait étudié les arts du dessin et l'histoire naturelle. Son activité était extraordinaire, son dévouement infatigable: peu d'hommes ont été aussi bons observateurs. Poivre conçut le projet de transporter dans les Iles de France et de Bourbon les plantes à épices des Moluques, et il y parvint malgré des obstacles sans nombre. Après la ruine de la Compagnie des Indes , en 1758 , il se retira à Lyon, devint membre de l'Académie , et fit à cette compagnie des lectures fort intéressantes sur ce qu'il avait vu pendant ses pérégrinations lointaines. Appelé en 1767 à l'intendance des lies de France et de Bourbon , il fit preuve dans cet emploi d'un vrai talent d'administration, et donna beaucoup d'impulsion à l'agriculture, au commerce et aux travaux publics. De retour six ans après dans sa ville natale , il y vécut entouré d'une grande considération. Poivre possédait, sur les bords de la Saône, une maison de campagne appelée la Fréta; il l'habitait

Démonsiralions éléineiilair -s tle holaniqne (avec La Toiirrelle ). Lyon, 1766, i vol. iu-8*».

— De la firmoiilalion des vins , etc. Lyon, i770 , in-8*». — Quelle csl la meilleure manière «le brider ou de distiller les vins? 1770, in-8o. — Mémoire sur la manière de faire ri do gouverner les vins de Provence. Lyon, 1770 , in-S"».— Sur le rouissage du chanvre \ 1788.

— Observations sur la physique, elc. ParU, 1771-72, 9 vol. in-lâ. — Observations et mémoires sur la physique, sur l'histoire naturelle et les arts. Pans , 1785-87. — Nouvelles Tables des matières de l'Académie des sciences. Paris , 1775-76, 4 vol. in-4*>. — Traité sur la meilleure manière de cultiver la navette et le colza. Paris, 1774, iu-8<»; etc.

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pendant une partie de Tannée , visité par tous les étrangers de marque , et regardé à juste titre comme un des hommes cpii avaient rendu le plus de services au pays. '

Pendant qjj^e François Rozier donnait une grande impulsion a l'agriculture , considérée comme science pratique , Gabriel Jars s'occupait de métallurgie avec infiniment de succès \ Son père était directeur des mines de Sain-Bel et de Chessy : Gabriel Jars ne négligea rien pour mettre à profit cette position. Elève des ponts -et- chaussées ) il fit pour son instruction un voyage minéralogique en Allemagne , en Angleterre , en Suède et en Hongrie, accompagné de son frère : les faits qu'il recueillit dans cette longue exploration devinrent la partie fondamentale d'un ouvrage très estimé qu'il publia , et qu'on recherche encore. Devenu directeur des mines de Chessy ,* il conduisit les travaux avec vigueur , et perfectionna les procédés d'exploitation*

Parmi les sciences pour lesquelles les Lyonnais montrèrent au dix-huitième siècle une aptitude remarquable , les mathématiques et la physique demandent une mention spéciale : elles furent portées très loin par quelques hommes , qui formèrent d'habiles maîtres "\ Un de ces savants, le P. Laurent Béraud, jésuite, né au commencement du siècle , avait professé les belleslettres dans les collèges de Vienne et d'Avignon; il fut reçu comme astronome à l'Académie , et fit , pendant dix années , d'utiles études à l'observatoire du Collège royal *. Très vei*sé

I. — Poivre (Pierre) , né à Lyon en 1719, mort en 1786. Vojagea d'un philosophe , ou Obsenrations sur les mœurs et les arts des peuples de l'Amérique , de l'Asie et de l'Afrique. Fverdtm , 1768 , io-12. — Œuvres complètes , précédées d'une notice sur sa vie , par Dupont de Nemours , et accompagnées de notes par Langlés. Parit , Fuchs , 1797 , in-S®.

3. Jars {Gabriel)f né à Lyon en 1732 , mort en 1769. L'Art de fabriquer la brique

et la tuile en Hollande , etc. Parus ^ 1767, in -fol. — Voyages métallurgiques, ou Recherches et observations sur les mines et forges de fer, etc. Lyon , 1774-81, 3 vol. in-4«» , fig.

3. — On peut citer comme tels les PP. François Milliet de Châles (de Chambéry), et Claude Rabuel (né à Pontde-Veyie). Plus ancien qu'eux , le P. Nicolas Sarrabat a joui de quelque célébrité ; il était de Lyon.

4. — Béraod (le P. Laurent), né à Lyon en 1703, mort en 1777* Les animaux et les métaux ne deviennent-ils électriques que par communication? Bordeaux, 1749, in-4^. — Dissertation sur la cause de l'augmentation de poids que certaines matières acquièrent dans leur calcination. hordeanx, 1747, in-8°. — La Lune a-t-elle quelque influence sur la Tégélalioii

sciences; bertholon. — xyui® siècle. 8^9

dans les sciences physiques et mathématiques , le P. Béraud obtint quatre prix qui avaient été mis au concours par des sociétés savantes; il n'a point fait de grandes découvertes, ses ouvrages ont vieilli comme la science de son époque , mais on n*en doit pas moins le considérer comme un des premiers anneaux de cette chaîne de mathématiciens qui s'est continuée sans interruption jusqu'à l'illustre Ampère *. Gassini l'avait en haute estime , et lui écrivait souvent. Béraud eut , pendant vingt-deux ans , la direction de l'observatoire : il a observé deux ibis le passage de Mercure dans le soleil. Profond dans les antiquités , ce savant astronome a écrit des dissertations estimées sur des pierres sépulcrales tirées des catacombes de Memphis , et sur Fas ou livre romaine. Le collège de la Trinité eut pour professeur de mathématiques des hommes fort capables. Venu après eux , l'abbé Nicolas Bertholon s'occupa beaucoup de physique et surtout d'électricité; il était de Lyon, et était entré dans la communauté des Lazaristes. Franklin entretenait avec lui un commerce suivi. Bertholon a écrit sur l'électricité des végétaux , sur celle du corps humain , sur les météores , et sur les causes qui ont fait prospérer les manufactures de Lyon. Il avait une grande facilité , et en abusait peut-être : rien de lui n'est resté*. Montucla, savant mathématicien, a laissé une ropu-

et sur réconomie animale? Bordeaux, 1760, in-S**. — Dissertation sur le rapport qui se trouve eotro la cause des cffols de l'aimant , et celle des phénomènes du tonnerre et de l'électricité. Bordeaux, 1784, in-4^. — Physique des corps animés. Parii , 1755, in-12. — Mémoire sur les éclipses annulaires du soleil , et notamment sur celle du f avril 1764. I.yon , 1764.

H y a quelques mémoires dn P. Béraud parmi ceux des savants étrangers tie l'Académie des sciences. On conserve de lui un assez grand nombre de manuscrits sur des questions d'astronomie et de physique. — Lefebvrb (le P.). Eloge du P. Séraud. Lt/on , 1780, in-12.

1. — Plusieurs mathématiciens d'élite appartiennent à I.yon, sinon par leur naissance, du moins par l'éducation qu'ils y ont reçue ; un des plus distingués est l'abbé Charles Ho^sut.

i. — BiaTBOLOif (IVicolas) , né en 1742 , mort en 1800. Mémoire sur un nouveau

moyen de se préserver de la foudre. Montpellier y 1777, in-4®. — Qnelles sont les maladies qui fMTOcédent de la plus ou moins grande quantité du fluide éleclrique ? Jlfontpellierf 1779 , iii-8**. — Des moyens économiques d'entretenir les pavés; 1779 , in-8". — Mémoire sur les moyens qui ont fait prospérer les manufactures de Lyon , etc. Pari* , 1782, in-S». — Mémoire sur le moyen de déterminer le moment où le vin en fermentation a acquis toute sn force. Montpellier, 1782 , in 8". — De Télcctricité des végétaux. Paris, 1783, in-8». — De l'électricité du corps humain. Lyon, 1786, 2 vol. in-8®. —Avantages que la phjsique et les arts

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tatioQ infiniment mieux établie ; ses ouvrages sont encore recherchés. '

Lyon produisit, pendant le dix-huitième siècle, des médecins et des chirurgiens d'un vrai mérite, dont la plupart devinrent membres de l'Académie : de ce nombre furent Falconnet * , Pestalozzi, Rast de Maupas , Villennoz et Camille de Boissieu^ Claude Pouteau est demeuré jusqu'à nos jours la plus grande illustration chirurgicale de l'Hôtel-Dieu ; c'était un homme de génie, bon opérateur et observateur excellent. Ses ouvrages, qu'on lit encore avec fruit , lui acquirent beaucoup de renommée et firent faire des progrès à l'art chirurgical *. Après Pouteau vinrent dans un ordre inférieur CoUomb ••, Grassot et Bonnefoi. Deux pharmaciens , Nicolas Gavinet et François Tissier, s'élevèrent au premier rang dans leur utile profession; ils avaient fait une étude approfondie de la chimie.

Les trois Jussieu, que Lyon est fier d'avoir donnés à la botanique , sont comptés parmi les hommes qui ont contribué le plus aux progrès de cette branche des sciences naturelles. An-

peuvciil relirer des glules aérosialiques. Paru , 1784 , in- 8". — De Teait la pluR propre i la ▼égétalion. Paris, 1786, 111-8®. —Do l'éleclricUé ties météores. Paris, 1787, î vol. in-8*. — Mémoire snr la lliéoiie des incendies. Paris, 1787, in-80. — Sur le basalu* de Saiiit- Tibary. Montpellier, 1781, in-80. — Preuves nouvelles de relficacilé des paralonnerres. Paris, 1783, in-4o. — De la nature considérée sous ses difTérents aspects (avec Hoyer). Paris, 1787- 89, 9 vol. in-8o. — Allas modernt? portatif, 2» édition. Lyon, 1804. in 1©.

Charles-Joseph de Villers , né h Rennes en 1724 , a professé longtemps la physique et les malhémaiifpies à Lyon. Il a écrit contre le magnétisme animal, el donné une édition de l'Entomoiogio de Linné. Son cabinet de physique était fort beau.

1. — Mo:<TDCLA (Jean-Etienne) f né à Lyon eu 17i5, mort en 1799. Histoire des matbéma- |iques. Paris ^ Jombert, 1758, 2 vol. in-lo. — Histoire des recherches sur la quadrature du cercle. Paris, Jombert, 1754, in-12.

2, — Falcon:<bt (Camille) , né à Lyon eu 1671, mort en 1762. On trouve plusieurs dissertations de ce médecin dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles -lettres.

5. — Camille de Boissieu était frère atué du peintre Jean-Jacques de Boisseu. Camille était un médecin fort distingué; il obtint de l'Académie de Dijon deux prix et un accessit sur des questions de physique médicale.

4. — PuuTCAD (Claude), né à Lyon en 1721, mort en 1775. Mélanges de chirurgie. Lyon . PegnauU , 1760 , in-80. — Essai sur la rage. Li/on, 1763, in-80. — La Taille au niveau. Pa- Hs, I7G5 , in 8°. — - Œuvres posthumes ' publiées j.ar J. Colombier). Paris , 1783 , 3 vol. in-8»,

5. — CoLLOMB (Barlliélemi , né à Lyon en 1718, mort en 1798. Instruction pour lesmèies nouirices. lyon, 1783, in 12. — Œuvres médico-chirurgicales. Ayon, an VI, in-8".

botanique; les jussieu. — xviii** siècle. 851

toine, l'aîné des deux frères, devint professeur de botanique au Jardin du roi, à Paris, pendant les dernières années du règne de Louis XIV: il fit, en 1716, un voyage botanique en Espagne , accompagné de son frère Bernard , et entra fort jeune à rÂcadéniie des sciences , dont il fut un des membres les plus zélés *. Né à Lyon en 1699, treize ans après Antoine, Bernard de Jussieu se destinait à la profession de médecin. Reçu docleur de la faculté de Montpellier |en 1720 , et de celle de Paris en 1726, il se livra peu à la pratique médicale et se consacra tout entier à sa passion pour Tétude des végétaux. Patient, doué d^une étonnante mémoire , de beaucoup de sagacité et d'une aptitude singulière , soit pour comparer les unes aux autres les parties organiques des plantes, soit pour trouver des rapports entre elles, habile à observer les plus petits objets , Bernard était né botaniste. Il était admirablement sur son terrain dans ses herborisations ù la campagne ; Linné , qui l'y accompagna plusieurs fois, s'étonnait de la promptitude et de la sûreté du coup d'oeil de ce grand naturaliste. A peine âgé de vingt-six ans , Bernard de Jussieu devint membre de l'Académie des sciences ; il donna au recueil des mémoires de cette société plusieurs dissertations sur des végétaux alors peu connus , et un travail estimé sur les polypes d'eau douce. Louis XV l'avait chargé, en 1758, de classer les plantes du jardin de Trianon; ce travail conduisit Jussieu à la découverte de la méthode naturelle : on sait qu'elle est fondée sur le rapprochement des plantes qui se ressemblent par le plus grand nombre de caractères, sur la structure de l'embryon et sur l'insertion des étamines et de la corolle -. Membre

f. — Jc»siKU {Antoine de), né à I.yoïi en 1686, inorl eu 1758. An inveteratis aivi fluiihus simarouba? Parisiû^ 1731, iu-4o. — Appendix ad Joscpiium Pitlon de TourneforC , Inslittitiones rei h.'rbariae ; 1719, in-4o. — Discours sur les progrès de la botanique» Paris , 1718, in-4^. — Disserlalio de analogia ioter plantas et animalia. Londini ^ 1721, in-4o. — Eloge de M. Fagoo. Paris, 1718, in-4o. — Traité des terlus des plantes PaHs, 1771, in- 12.

Antoine de Jussieu a fourni un assez grand nombre de dissertations aux Mémoires de l'Académie des sciences.

S. — JrMiKU (Bernard de), né à Lyon eu 1699 , mort en 1776. Catalogue des arbres et arbrisseaux qui se peuvent élever aux environs de Paris. Paris , 1735 , in- 12. — Qussiio medica: An minor in fœtu quam in adulto partium solidaruro abrasio? 1751, in-i**.

Les Mémoires de TAcadémie df*8 sciences contiennent quelques dissertations très bonnes de Bernard de Jussieu.

852 XVlll" SIÉCLB. — MAHCHB DR LA CIVILISATION.

des plus célèbres sociétés savantes de TEorope , Bernard de Jussieu termina en 1777 sa glorieuse carrière'. Un de se» meilleurs ouvrages fut son neveu, Laurent-Antoine de Jussieu^ qu'il avait appelé auprès de lui pendant les dernières années de sa vie : une même chambre servait de domicile au jeune homme et au vieillard; ils ne se quittaient point, toujours occupés Tan et Tautre de leur science favorite. Présenté par son oncle pour la place de professeur-suppléant de botanique, Laurent fut agréé par Buffbn. Reçu à vingt-cinq ans membre de VAcadémie des sciences, il lui donna un bon mémoire sur la famille des renoncules, et fit paraître en 177^ l'exposition d'un nouvel ordre de classification des végétaux, que suivit quatre ans plus tard le Gênera plantaram , ouvrage qui fît époque en botanique et classa son auteur parmi les savants du premier ordre. Laurent- Antoine de Jussieu vécut jusqu'à une époque très voisine de la nôtre. *

§ III, Lyon ne donna pas aux beaux-arts , dans le dix-huitième siècle , autant d'hommes éminents qu'en avait produit le dix-septième ; mais un seul artiste , Jean-Jacques de Boissicu , suffirait à l'illustration de cette époque.

Né en 1736, dans une famille originaire d'Auvergne, il fut destiné à la magistrature; mais il avait une autre vocation. Un goût impérieux l'entraînait vers le dessin; enfant encore, et sans avoir reçu de leçons, il s'essayait à copier des tableaux. Ses premiers professeurs. Lombard et Frontier, peintres d'histoire, dirigèrent ses heureuses dispositions; mais ses véritables maîtres furent les grands artistes de l'école flamande , dont il chercha toute sa vie à imiter l'originalité et le fini , et surtout la nature

1. — Joseph (le Jussieu, frère d'Aiiloine cl île Beriinril , ei lyonnais comme imix , accompagna, en qualité de bulaiiiste , les astronomes que l'Académie des sciences avait envoyés au Pérou; il voyagea beaucoup dans TAroérique méridionnlt.', et fut absent de Paris pondant trentesix ans.

Grognier a lu à l'Académie de I.yon , le 98 aoiU 1817, une notice historique sur Bernard de Jussieu.

2. — Jussieu {^i moine Laurent de) , né à Lyo:i en 1748 , mort en 1836 Gênera plantarum secundum ordines nalnr<ales disposita. Paiisiis , 1789, in-^o.

Il y a beaucoup de dissertations de Laurent de Jussieu dans les Ménioiics do riuslilut et dans les Mémoires du mus('>nm d'histoire naturelle.

BEAUX -arts; J.-J. de BOlSSieU. XVIII® SIÈCLE. 853

qui D eul jamais d'interprèle plus vrai. De Boissieu étudia beauc<mp les chefs-d'œuvre de la peinture , soit a Paris , soit en Italie; inspiré par ces modèles ^ son talent devint plus correct et plus pur. Peintre, dessinateur et graveur, de Boissieu s'est acquis , dans cette triple carrière , une belle réputation. ^

On n'a de lui qu'un petit nombre de tableaux ; Todeur huileuse de ses couleurs qu'il préparait lui-même, et la faiblesse de sa constitution , Tobligèrent de renoncer à la peinture. U avait une prédilection particulière pour le genre dans lequel se sont illustrés Micris , Van-der-Welde et Ruisdaël , sous le rapport du coloris et du fini de Texécution , sans les égaler toutefois. On cite parmi ses meilleures compositions en ce genre , la Marchande de melons , un Tableau de famille , et une Vue du château de Pierre-Scise. Un ton de couleur un peu trop uniforme , et quelque froideur, sont les critiques qu on peut adresser à son pinceau.

Gomme dessinateur , il n a recueilli que des éloges ; il a une manière à lui , et tellement caractéristique , qu'on reconnaît ses productions au premier coup d'œil. Ce qui a frappé en elles , c'est une grâce naïve , le fini achevé des détails et l'effet de l'ensemble. De Boissieu excelle à rendre le mouvement de l'eau et du feuillage , la transparence de l'air et des ombres , la perspective et les accidents de lumière. Ses dessins sont nombreux et de genres divers; il les a exécutés à la sanguine, à la mine de plomb, avec la pierre noire d'Italie et au lavis, toujours original dans cette variété de procédés. De Boissieu a dessiné à la sanguine un grand nombre de portraits et de tètes de caractère , ainsi que quelques autres compositions remarquables par la* vérité , l'expression et la vigueur. Aucun artiste avant lui n'avait tiré un parti aussi liabile de la mine de plomb ; il dépassa tout ce qu'on avait fait avec ce crayon : ses dessins en ce genre sont de petits chefs-d'œuvre; on y admire beaucoup de fini

4. — Jean de Boissieu, aïeul paternel île Jea n- Jacques , fui secrétaire des commandements et exécuteur testamentaire de Marguerite de Valois. Son fils (le P. Antoine de Boissieu, jésuite) eat autenr de Tonvrage suivant :

l^e saint Evangile de Jésus-Clirisl , expliqué en méditations pour chaque jour do l'année , selon l'ordre de l'Eglise ; nouvelle édition. Ayo/i, Rusandf 1821, 4 vol. in-IS.

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sans mollesse, et d'expression sans dureté. Les ouvrages que fit de Boissieu avec la pierre noire d'Italie ont de plus, grandes dimensions : ce sont des têtes d'étude et des portraits. Pour arriver à plus de vigueur, il alliait l'estompe au crayon, et parvenait à rendre parfaitement la vérité des formes et le modelé des chairs. Les artistes dont il se rapproche le plus dans cet ordre de compositions , sont Corneille Wischer et le graveur Nanteuil. Mais le genre dans lequel de Boissieu excelle particulièrement , c'est le paysage au lavis; il le dessinait à l'encre de Chine, sur papier blanc, ou sur papier gris tantôt rehaussé de blanc et tantôt animé par quelques touches de bistre : le pinceau et la plume s'y associent quelquefois. De Boissieu a produit beaucoup d'ouvrages en ce genre : ses paysages au lavis sont d'un effet ravissant ; lartiste y place quelquefois de naïves petites figures, qui leur donnent plus d'intérêt.

Ces titres divers suffiraient à la célébrité d'un homme; de Boissieu en a un autre encore, et d'un mérite non moins relevé : il est un des premiers graveurs à l'eau-forte. Conduit en quelque sorte par le hasard à travailler dans cet art qu'il n'avait point étudié, il couvrit d'abord de petites planches de tètes, de figures et de griftbnnements divers; bientôt plus sûr de lui, il grava d'une pointe fine et spirituelle des paysages et des têtes d'étude : deux planches remarquables, l'Ecrivain public et surtout le Tonnelier , commencèrent sa réputation. De Boissieu aborda ensuite de plus grandes compositions : il fit paraître sa grande Forêt, ses Vaches, son Winantz et son Ruisdaël '. Ses eaux-fortes n'ont ni sécheresse ni dureté; on y remarque autant d'harmonie que si elles avaient été exécutées avec le crayon le plus doux. Telles sont les qualités que présentent au plus hatit degré sa Vue de l'Oratoire, et surtout cette Entrée de Lentilly , appelée les Petits Maçons, qui est peut-être , selon l'opinion de Denon , le chef-d'œuvre de la gravure à l'eau-forte. De Boissieu

1. — On trouve, parmi les cent sept pierres à l'eau-forte gravées par de Boissieu , plusieurs vues de I^yon ou dos environs. Voici les principales : vue de Saint-Aodéol , vue prise aux environs de Rive-de-Gter , la fontaine de Choulau , vue prise aux environs de rArbresle, l'ancienne porte de Vaisc , promenade de Pie VU sur les bords de la Saône , vue de l'Ile- Barbe.

commerce; tarare. — xviii** siècle 835

arrêtait d abord le trait avec l'acide , et, les premiers eflFets obtenus, il faisait ua emploi fort intelligent de la pointe sèche et de la roulette.

Il conserva jusqu'à la fin d'une vie assez longue une main sdre et son talent tout entier. Sa dernière gravure , la Vue de Tivoli, est une des plus finies ; son dernier dessin au lavis , exécuté pendant les instants de relâche que lui laissait la maladie , présente une touche pleine de vigueur : c'est une Vue de la Saône prise d'une des fenêtres de l'appartement qu'habitait l'artiste mourant. De Boissieu a passé à Lyon une grande partie de sa vie , non moins aimé pour la simplicité de ses habitudes et la bonté de son caractère qu'honoré pour son beau talent >. Les peintres Révoil , Grobon et Richard ont reçu de lui d'excellents conseils.

§ IV. On vient de voir combien le Lyonnais a été fécond, pendant le dix-huitième siècle , en hommes de lettres , en savants et en artistes distingués; il n'est pas moins digne d'attention si Ton étudie le mouvement commercial. De nouvelles industries vinrent se réunir à la fabrique des étoffes de soie , et fournirent à une partie de la population de la province des moyens puissants et féconds pour améliorer sa condition matérielle.

Il y avait au commencement de ce siècle , dans le Lyonnais , sur la route de Paris , au pied d'une haute montagne , effroi des voyageurs, deux lignes inégales de masures qu'on nommait Tarare. Rien n'était plus misérable que l'aspect de cette bourgade, formée d'une seule rue étroite, tortueuse, sans pavés, et couverte d'une boue épaisse presque dans toutes les saisons de Tannée. Une centaine de familles habitaient ces maisons chétives; elles ne connaissaient d'autre commerce que celui de futaines et de toiles grossières , en grande partie fabriquées par des

1. — Etoge historique de J.J. de Roissiou, par Dugas-Monlu'I. Lyon^ Balfanche, 1810, in-8". — Bio^pliie universelle. — Nouvelle Biographie des contemporains. — Histoire de l'AcadoiDie de Ljoii , par J.-B. Dumas , I, 326; If, 99» — Documents (inédits) pour servira uue nouvelle notice biographique sur Jean-Jacques de Boissieu.

On a de Boissieu , dans les Manuscrits de l'Académie, un Discours sur la peinture , prononce en séance publique le IS avril 1780. C'rst son discours de néception.

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tisserands à demi-sauvages , épars dans le groupe des montagnes de cette partie du Lyonnais. Quelques fileuses de coton furent appelées de la Normandie dans le Beaujolais ; plusieurs vinrent s'établir à Régny : leur industrie trouva un grand obstacle dans les préjugés populaires. Elle ne lutta pas sans peine avec la filature du chanvre , et ne fut naturalisée dans le pays qu'après un long espace de temps.

En 1756, Georges-François Simonet conçut le projet d'introduire la fabrication de la mousseline à Tarare , sa ville natale ; il était bon dessinateur, et parfaitement au courant du tissage des étoffes de soie. Tout était à créer; les Suisses faisaient des tissus de coton , comment s'y prenaient-ils ? Pour le savoir, Simonet' se rendit à Saint-Gall , y demeura pendant un mois , vécut avec les ouvriers qui ne connaissaient nullement son projet , et surprit , comme on Ta dit , l'industrie sur le fait. Ainsi familiarisé avec les procédés de tissage de coton, Simonet revint chez lui et établit un petit atelier de trois métiers dans une maison qu'il possédait à Tarare; ses instances et beaucoup d'argent déterminèrent une Ëimille de tisserands suisses à venir le joindre : ils fabriquèrent, avec du coton du Bugey, filé à Nantua, des mousselines très grossières et d'une grande imperfection. Simonet avait bien pensé aux métiers et aux ouvriers, mais il ne s'était point occupé des moyens de se procurer des cotons , fins et cependant forts, pour en former ce (ju'on appelle la chaîne du tissu. Ses mousselines étaient très inférieures à celles des Suisses, qui filaient du coton bien préférable à celui de Nantua. Ce n'était pas assez que d'avoir des métiers, il fallait encore de bonnes matières premières : Simonet se roidit vainement contre un obstacle insurmontable. Il perdit dans ces essais son repos et sa fortune, et alla mourir pauvre et ignoré dans une petite maison aux environs de Charbonnières.

Mais le germe industriel qu'il avait déposé à Tarare ne devait point périr; d'heureuses circonstances favorisèrent son développement. Brisson , inspecteur du commerce et des manufactures dans le Lyonnais , fournit gratuitement aux fileuses de Tarare un certain nombre de cardes et de rouets; on fit mieux , on demanda à la Suisse une forte quantité de ses cotons filés. Dès-lors tout marcha très bien ; il y avait déjà , en 1789, six cents

commerce; tolozan. — xviii® siècle. 857

métiers de mousseline à Tarare ou dans ses (Miviruns : r.e nombre s'éleva, en d800, à quatre mille. Celte industrie prit un accroissement extraordinaire , et occupa bientôt quarante nulle ouvriers. En moins d'un demi-siècle un bourg misérable fut transformé en une ville grande et belle , dont la prospérité n'a point atteint son terme. '

Bien plus heureux que Simonct, et parti de plus loip, un autre honmie d'une rare capacité , Tolozan de Montfort , avait acquis, à Lyon, beaucoup d'opulence et de renommée dans la carrière de l'industrie. Paysan du haut Dauphiné , son père était venu chercher fortune à Lyon , en sabots et avec une pièce de vingt -quatre sous dans sa poche : c'est de là qu'est partie cette illustre famille pour arriver à un haut degré de richesse et de considération. Antoine Tolozan, son chef, était un homme actif, économe et industrieux; il fît le commerce des étoiles de soie et de la banque, dès qu'il eut amassé un petit pécule D'heureuses spéculations en fîrent un des premiers capitalistes de Lyon. Devenu riche , Tolozan fit bâtir , de 17ftO à 1746, les deux maisons immenses et magnifiques qui portent son nom , l'une sur la place du Plâtre, l'autre au port Saint-Clair. Tolozan fit l'acquisition du fief de Montfort qui relevait de la baronnie de Chasselay, et en prit désormais le nom ; il mourut en 175'i. Son fils Louis continua les traditions de la famille , et fit prospérer pendant vingt-cinq années la maison de commerce et de banque de son père; il fut longtemps trésorier de la ville, et devint prévôt des marchands. Louis Tolozan de Montfort avait une vive inteUigence des affaires , et un talent d'administration dont il donna plusieurs fois la preuve ; il jouissait d'un crédit et d'une considération bien mérités. Comme les Médicis de Florence, ces Tolozan ont prouvé que la science du commerce peut conduire des hommes laborieux et économes à une grande fortune et au faite des honneurs.

Branche principale de l'industrie de la ville de Lyon, la fabrique d'étoffes de soie fit des progrès pendant la dernière

1. — • Napotéon fit, en I8<)4 , ane pf-'nsion riagère h U voirve de George - Anlt>iiic SimoiH.*! , créaimr <li*t mnniifdcltirot de mouAvlinc ilt* Taran*. (Jounial ie BhÔM , n^ des 9 , 10 el II décemlire 1846.)

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