XVI* SIÈCLB, PRISB DE L¥ON PAR LES PROTESTANTS
d'intérêt personnel ne les guidait , aucun vol ne fut conunis ; ils tenaient registre de la spoliation des églises, et agissaient au nom et au profit de la cause protestante. Tous les chefs-d'œuvre d'architecture et de sculpture que le génie des siècles précédents avait élevés disparurent en quelques mois; jamais les Vandales n'avaient exercé de semblables dévastations. La fureur de destruction des barbares était aveugle et soudaine ; bien plus terrible , celle des protestants était raisonnée : rien ne leur échappa. C'est par l'église de Saint -Jean qu'ils commencèrent' : ils détruisirent le jubé, brisèrent et profanèrent le maitre-autel ,
I . — Lest déTastations commines par les protestants dans les églises de Lyon ont été contestées par M. P. Gonon, dans une note do la page 19 de l'opuscule suivant , extrait du livre de du Pinet : Plant , pourlraict et description de la ville de L^^on au seizième siècle , par Antoine du Pinot. Lyorty h, Boitel^ 1844 , in-8". Du Pinet s'exprime en ces termes dans son allocution k la ville de Lvon : « Pense à la grande grâce qu'il t'a faite, veu le « changement •• qui advint en tov le dernier d'apvril d«* l'an passé 1562 . que le tout a esté fait sans «< effusion de sang. »
La première observation A fain» , c'est que du Pinet ne nie nulle part la dévastation des églises ; il dit seulement que « le tout a été fait sans effusion de sang. > Mais il n*est pas question de meurtres que les protestants anraient commis ; personne ne les en accuse : il s'agit uniquement de la spoliation des temples , des sacrilèges. Or, du Pinet ne les conteste pas»
Mais écartons du Pinet et examinons : il s'agit de faits matériels , de dévastations commises dans non églises aux yeux de toute la population , de mutilations de monuments publics ; comment les écrivains catholiques contemporains auraient-ils osé dénoncer publiquement de tels actes de vandalisme s'il n'en avait rien été? Les protestants ne se seraient-ils pas écriés : « Vous nous accusez d'avoir démoli de fond en comble vos églises des Macchabées et de « l'Observance ; mais les voici debout et intactes : vous nous reprochez d'avoir brisé vos
- christs d'aigont, vos cloches, vos statuettes, vos pierres tumulaires ; mais ces pierres « tumulaires , ces cloches , ces statuettes , ces christs , nous ne les avons pas touchés , « les voilà. •• On taxe d*insigne mauvaise foi les écrivains catholiques dans ce qu'ils racontent des excès comipis par les protestants h Lyon. Qu'on récuse le témoignage du P. Saint-Aubin et du jésuite Colonia, fort bien; mais voici d'autres attestations qui viennent d'historiens dont le caractère est infiniment respectable ; Mézerai s'exprime ainsi : « Ceux « de Lyon ( les protestants ) qui se défioient de Maugiron , qu'on avoit envoyé de la cour pour •c être compagnon , cela vouloit dire controlleur, au gouvememont de leur ville , à François w d'Agoult , comte de Sault ; d'ailleurs, ayant avis que La Motte- Gondrin , Saint -Chom mont et les d'Apchon levoient des troupes pour les venir voir , ils appelèrent les capi- « laines Aisso , Morel et Grille , et le dernier d'avril ils s'emparèrent des portes et de tous
- les lieux forts , sans aucun meurtre que de .deux ou trois personnes , mais non Mans leurs
- impiétés et harbnriei^fccontumées envers les choses saintes, » (Histoire de France. Paris, 1685, in , 87). T>e Thou , qu'on a plusieurs fois accuse d'une grande partialité en faveur des protestants, tient le langage suivant : « Le prince de Condé ayant rcceu la nouvelle de m la prise d'une ville de cette importance (Lyon), en eut une extrême joye , mais il fut ton-
renversèrent les murailles du cloître, et n'en laissèrent subsister que quelques débris dans les rues de la Bombarde , Tramassac et des Deux-Cousins; toutes les maisons attenantes au cloître éprouvèrent le même sort. Il y avait un grand nombre de tombes dans TégUse , on les dépouilla de leurs plombs et des plaques qui les couvraient, et on jeta au vent la cendre des morts. Un superbe christ d'argent décorait le choeur, des soldats l'arrachèrent de sa place, le traînèrent dans la rue, aux applaudissements
« M iê eê pillage des êgliiês , qui rendoil son parijr odieux ; et comme il disoit qu'il a voit
• pris let armes contre les infracteurs des édiis du roj , il ne pouvait sovffrir que h» m'enê « eusêeni failly contre tidxt qui deffendoit qu'on abhatisi les statues. Néanmoins il crut « qu'il ne devoit pas trouver cela si mauvais dans les pa^^s éloignez , puisqu'il avoit souffert ,
• bien que ce fust malgré luj , que te soldat ensl fait impiinémftnt à sa veue la mesmc chose « à Orléans. Car le hniil s'estant répandu qu'on avait abhatu les statues dans une église du « faubourg , en mesme temps^ suivant cet eximplc , l*on courut de part et d'autre dans tes « églises pour y faire le mesme désordre, comme si on en eust reçu le commandement par
- un édil du roy. Et lorsque le prince de Condé , à la prière des chanoines de la grande •• église , j eut mis des gardes , ces gardes mesmê ayant fermé les portes , rompirent les m Statues et les images , et dirent hautement que puisque les di'ffondeurs des images et du
- mauvais culte exerçoîent tous les jours tant de cruautez sur les hommes, c'cst-a-diro sur « les vivantes images de Dieu , ils ne voyoient pas pourquoj ils n*abbaltroient pas des sta- •• tues , c'est-à-dire des représentations de choses mortes et par conséquent deffendiies , qui
• donnoient occasion d'oftenser Dieu. » {Histoire de M. de Thou^ 1. XXXI, 1562. Paris j f 659, II , 425.
Mais voici un anire témoignage non moins important et décisif, c'est celui de Calvin luimême qui écrivait à ses frères de Lyon , le 13 mai 1562 : • Nous oyons des nouvelles qui « nous causent grande angoisse. Nous sçavons bien qu'en telles esmotions il est bien
• difficile de se moilérer si bien qu'il ne s'y commelte de l'excès , et excusons facilement si « vous n'avex tenu la hride si roide qu'il eust été è souhaiter ; mais il y a des choses inm supportables dont nous sommes contraints de vous cscrire plus asprement que nous ne « voudrions... Ce n'est pas un acte décent qu*un ministre ( Jacques Ru6 ou Ruiïy ) se fasse
• tondart ou capitaine; mais c'est beaucoup pis quand on quitte la chaire pour porter « les armes : le comble est de venir au gouverneur de la ville , le pistolet en main , et le
m menacer en se vantant de force et violence Maintenant ces vieilles playes nous ont
« été raffraischies quand nous avons ouy que les rapines qu'on avoit tirées de l'esglise de « Saiol-Jebau ont été exposées en vente au dernier offrant , et despeschées pour cent douze
« tscus. Mesmes qu'on a promis aux soldats de leur distribuer à chasqu'un sa portion
•* Or, combien qu*il soit tard d*y remédier, si ne pouvons non pas nous tenir de vous prier, « au nom de Dieu , et exhorter , en tant qu'en nous est , que vous mettiez peine à re-
« compenser les fautes passées , et surtout d'empescher toutes ces voleries et pilliages
« Desia il y a du zélé inconsidéré à ibire tous ces ravages qu'on a faits aux temples... De ces <• bvlins que pourra-t-ondire? A quel titre ravir ce qui n'est à aucune personne privée? Si « les larrons sont punissables , c'est double crime de dérober le bien public. »
Celte lettre importante a été publiée en entier par M. Péricaud dans ses Documents, IS mai 1562.