XVIII^ SIÈCLE. COMPLOT ROYALISTE A LYON
Tessonct envoyait des espions dont il se croyait sûr dans les clubs patriotiques , et cherchait à gagner les présidents et les secrétaires de ces sociétés influentes. Quand il comptait sur des prosélytes , il les engageait à faire tous leurs efforts pour soulever le peuple en faveur des princes ; il leur promettait de les présenter au comte d'Artois , et leur disait que , s'ils parvenaient à se rendre maîtres de la municipahté , trois mille hommes armés y déjà prêts , se mettraient en marche pour aller au-devant des princes et du roi. Il y avait chez les agents royalistes de si grandes illusions , qu'ils crurent pouvoir fixer au 13 décembre l'exécution de leurs projets contre -révolutionnaires; mais quelques agents très subalternes, auxquels ils s'étaient confiés, les dénoncèrent. On arrêta Guillin de Pougelon, Tessonet, d'Escars et le comte d'Esgrigny, qui furent conduits au château de Pierre-Scise, accompagnés par les cris du peuple indigné. Jamais complot n'avait été ourdi si maladroitement et avec plus d'étourderie ; les conspirateurs n'avaient ni moyens d'exécution, ni alliés à l'étranger : ils s'étaient complètement abusés sur les opinions des ouvriers qui n'étaient en aucune façon royalistes , et fiirent joués par les quelques hommes qu'ils croyaient avoir acquis à leur cause. Voidel fit, le 18 décembre, à l'Assemblée nationale un rapport sur l'intrigue royaUste de Lyon ; l'abbé Maury prit la parole : il éleva des doutes sur la sincérité des témoins , et se plaignit de la violation des formes judiciaires envers les accusés. Barnave répondit à l'abbé Maury ; après un court débat , l'Assemblée décréta l'emprisonnement au château de Pierre -Scise des accusés Guillin, d'Escars et Terrasse de Tessonet ' , ainsi que leur mise en jugement, et le remplacement du commandant des troupes de ligne , le maréchal-decamp La Chapelle. Elle déclara , en outre , que tous les Français absents du royaume qui n'auraient pas prêté le serment civique dans le délai d'un mois, seraient, par ce fait seul, déchus de leurs grades , emplois et pensions : cette mesure , proposée par
I . — Transférés à Paris , les accusés eurent le boubeur d'être mis en liberté , après huit mois d'emprisonnement , A l'occasion de l'amnistie qui suivit la promulgation de la constitution de 17» 1.
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Bariiave et par Mirabeau, était dirigée évidemment contre le prince de Condé , le duc de Bourbon et le comte d'Artois. »
Le maire de Lyon , Palerne de Savy , et le procureur de la commune , Dupuis , avaient donné leur démission ; de nouvelles élections mirent à la tète de la municipalité un médecin d'un grand savoir, Louis Vitet, auteur d'écrits estimés, et, ce qui le recommandait davantage , partisan enthousiaste de la Révolution. Vitet favorisa l'établissement des clubs , et servit de tout son pouvoir ces sociétés populaires. Au même temps Imbert- Golomès prononçait au sein du corps administratif dont il faisait partie nn discours imprudent qui souleva contre lui un violent orage : une visite domiciliaire fut faite chez lui ; on mit ses papiers sous les scellés , et il fut détenu pendant quelque temps au château de Pierre-Scise. Aucune main n'était assez puissante pour ralentir la marche de la Révolution.
S VIL L'année i 791 s'ouvrit , à Lyon , sous des auspices assez calmes, malgré la situation particulière dans laquelle se trouvait le département relativement au clergé.
Profondément religieuse , la population des campagnes repoussait les prêtres qui avaient prêté serment à la constitution civile du clergé , et entourait de tous ses respects ceux qu'on nommait insermentés ou réfractaires ; il en était de même dans
1. — Gazette nationale , ou le Moniteur universel ; 1790, p. 460. — Délibération du corp.« roomdpal de ta Tille de Lyon , du 13 décembre 1790, relative h uoo conspiration qui do?ait éclater le 13 décembre , et qui fut déjouée , etc. Lyon, À, de la Poche ^ 1790. in-4'> et in-S<*. —- Jngement patriotique , et eu dernier ressort , qui condamne les nommés Guillin de Pougelon , d'Escars , Terrasse dit Tessonet et consorts , h être punis selon la sévérité des lois , pour crime de lèse-nation , etc. (Pamphlet). Lyon, auxdépem de V Aristocratie^ 1790, in-8^. — Extrait du registre des délibérations du Conseil général du département de Rh6ne-c!< Loire, du 17 décembre 1790, Lyon, Brxtyset, 1790, in-4*>. — Décret sur la cons|ûralion de Lyon , précédé du rapport fait à TAssembiée nationale , au nom de son comité des recherches , par Charleg Voidel , membre de ce comité; séance du 18 décembre. Parié, impr. nationale , 1790 , in-8o. — Loi qui ordonne que les sieurs Guillin, d'Escars et Terrasse , accusés de conspiration cl détenus h Pierre-Scise , seront transférés à Paris , pour leur procès leur être fait, soit par la haute Cour nationale , soit par tel antre tribunal provisoire que l'Assemblée nationale jugera convenable. Parit , imprimerie royale ^ 1790 , in-4o. — Ruse contre ruse , ou Récit de l'arrestation du sieur Régny , de Saint-Etienne , neveu du conspimeur Guillin dit Pongelon , détenu ci-devant dans le château de Pierre- Scis«*. Lyon , 1790, in-8o.
89& XVIIl* SIÈCLE. — ASSEMBLÉE CONSTITUANTE^
la ville , quoique à un degré moindre. Beaucoup de paroisses se refusaient à recevoir les soins spirituels des curés constitutionnels ; ils étaient mal vus et quelquefois insultés par les paysans , malgré la protection du directoire du département et de la loi. Encouragés par l'archevêque de Marbœuf , la plupart des curés et des vicaires s'étaient refusés à reconnaître les décrets de l'Assemblée ; ils préféraient leur déchéance et une vie de privations et de misère au malheur de prononcer un serment que leur conscience réprouvait. Grand nombre trouvaient un asile et des secours auprès des familles pieuses ; quelques autres^ redoutant la persécutioa, abandonnèrent la France et cherchèrent quelque tranquillité à l'étranger. Comme la rigueur des poursuites contre les prêtres réfractaires allait toujours croissant, le chiffre des éiiiigrants augmenta dans une proportion rapide. Ce n'était pas toujours sans courir de grands dangers que ces prêtres parvenaient à gagner la frontière : les chanoines de Pingon et de RuUy se rendaient en Savoie sous un travestissement ; ils se disaient marchands drapiers ; arrêtés à Belley , ils fureill obligés de déclarer leur qualité , et n'obtinrent pas sans difficultés la permission de continuer leur route. Tous ces prêtres respectables, qui ne voulaient pas se soumettre à la constitution civile du clergé , étaient nécessairement peu disposés en faveur du nouvel ordre de choses ; leur situation précaire et les persécutions incessantes dont ils étaient l'objet les poussaient dans l'opposition. Leur influence fut considérable. '
Cependant l'Eglise constitutionnelle de Lyon n'avait pas de chef, et le moment de lui en donner un était venu. Assemblés le l*"* mars dans la cathédrale, les électeurs de Rhône-et-Loire procédèrent à la nomination d'un évêque ; sur quatre cent quatre-vingt-qpiinze votants , l'abbé Lamourette , vicaire général d'Arras, réunit deux cent soixante - quatorze suffrages : il fut
1 . — Arrélé du Dirccloire du département de Rli6ne-el-Loire , concernant les ecclésiastiques non assermentés, du 13 août 1791. Lyon ^ J, de la Roche , 1791, in-4o. ^ Arrêté du Conseil général du département do Rhône- et-Loire , concernant le remplacement des curés non conformistes , qui , par leurs discours , agitent les consciences faibles et lt;s éloignent de la soumission ducaux lois de l'Etat. Lyon ^ A. de la Roche , 1791 , in-4o.
Ces arrêtés furent renouvelés très fréquemment.
élu K Esprit fougueux, ardent, et imbu des idées philosophiques du temps, labbc Lamourette s'était formé à Técole de Mirabeau ; c'est lui qui avait écrit le projet d'adresse aux Français sur la constitution civile du clergé. Cependant , malgré ses sympathies pour la Révolution, il détestait les hommes de sang, combattait Tesprit de faction , et ne voulait que la liberté légale ; il fut sacré à Paris le 27 mars ^. Sa nomination lui donna peu de crédit, et fut l'occasion de quelques désordres : on faisait des prières publiques dans Féglise de Saint-Nizier pour l'ex-archevéque de Lyon , de Marbœuf ; un des assistants s'écria : <c Nous n'avons qu'un évéque constitutionnel, et c'est l'abbé Lamourette. » Ces paroles furent le signal d'un long tapage ; le maire Vitet conduisit lui-même l'abbé Linsolas dans une maison de correction.
Mirabeau venait de mourir , emportant avec lui dans la tombe les derniers lambeaux de la monarchie; la Société des amis de la constitution iit célébrer en son honneur , le 8 avril , un service funèbre dans l'église des Cordeliers. Un catafalque pyramidal avait été dressé au milieu de la nef; Jolyclerc prononça l'oraison funèbre de l'Hercule de la liberté française , en présence de six mille assistants et du corps municipal'*. Le maire Vitet assista à cette cérémonie ; il venait d'envoyer à Paris une dépu-
I .— Procès verbal île l'Asscmbiéc des clecleurs du dépnrlcrocnl de Rhône-et-Loire , réuuis daos l'église métropolitaine de Saint-Jean , le 27 février 1791. Lyon, A, de la Roctiâ, 179l,in-4o. — Lettre pastorale du citoyen Lamourette, évéque du département de RhAneot-Loire, aux fidèles de ce département , datée de- Paris du 7 avril 1701. Lyon , A. Leroy , l791,in-8o.
2. — Voici les titres que prenait le nouvel évéque : « Cîtojen Adrien Lamourette , par la miséricorde divine dans la communion du Sainl-Siége apostolique , èvèque du département de Rbône-et-Loire , métropolitain du Sud-Est. » ( Almanach républicain pour l'année 1795 )
Tu — - Oraison funèbre de Mirabeau , prononcée par Tabbé Jolyclerc , ci-devant bénédictin de la congrégation de Saint-i^laur , dans Téglise des ci-devant Cordeliers y le S avril 1791. Ayoii f Faucheux^ 1791, in-8o. — Ëlogc civique d'Ilouoré-Gabricl-Riquetti Mirabeau, prononcé devant la Société des amis de la constitution , séante dans l'église des Cordeliers , à Lyon , par Charles Caillât. Lyon ^ Périsse, 1791, in-8o.
De grands honneurs furent rendus , à Lyon , à Mirabeau : sur la proposition de Lémontey , tous les membres de la municipalité prirent le deuil pour huit jours ; le maire invita les Lyonnais , par une proclamation , à le prendre ; les membres du Directoire du département imvircDt Peiemple de la municipalité.
896 XVIIl* SIÈCLE. — MASSACRK 1>E 6UILUN-DUM0NTET.
talion chargée (ruae mission difficile. La situation financière de la ville de Lyon était déplorable; il y avait peu de commerce , peu d'industrie , et les événements politiques avaient introduit une extrême perturbation dans les revenus déjà insuffisants de la cité. On ne pouvait compter sur la perception régulière des octrois, toujours odieux au peuple et continuellement menacés. C'était pour le service du pays que la ville avait contracté une dette de quarante millions ; la députation lyonnaise demandait que la France fôt chargée du paiement , et que l'arriéré de la ville de Lyon fût déclaré dette nationale. L'Assemblée constituante se montra peu favorable à ce projet : elle avait des sujets graves d'inquiétude.
Le comte d'Artois travaillait avec la plus grande activité à soulever l'Europe contre la France ; c'est lui surtout qui pressait les cabinets étrangers de se hâter : une entrevue eut lieu à Mantoue entre ce prince, le ministre Galonné et l'empereur Léopold. Le comte de Durfort vint annoncer w roi de France les secours prochains de la coalition : Louis XYI avait déjà résolu de quitter furtivement Paris. Bouille lui est dévoué, et répond de l'armée qu'il commande; il a déjà fait ses préparatifs : un camp est établi à-Montmédy , et, sous des prétextes spécieux, des détachements seront échelonnés sur la route. Après avoir tout disposé pour leur départ , le roi et sa famille quittent , dans la nuit du 20 juin , le château des Tuileries, et échappent à la surveillance qui les obsède. Mais leurs mesures ont été mal prises , et ils accumulent , dans leur fatal voyage, imprudences sur imprudences; la royale famille ne saurait se cacher avec trop de soin, et elle semble avoir tout fait pour appeler sur elle l'attention publique. Reconnu à Sainte-Menehould, Louis est arrêté à Varennes par le maître de poste Drouet : Bouille ne peut agir ; un aide -de -camp de Lafayette arrive, porteur d'un ordre de la municipalité de faire retourner immédiatement le roi à Paris. Ce désastreux événement produit sur la France une sensation profonde , et n'est pas sans influence sur une catastrophe qui ai lieu peu de jours après aux environs de Lyon : peu d'épisodes de l'histoire de la Révolution sont aussi horribles.
$ VIII. Un vieux marin , ancien capitaine de vaisseau , chevalier de Saint-Louis dès Tàge die seize ans , pour un acte de
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courage mis à Tordre du jour de larmée, Guillin * Dumonte habitait le château de Poley mieux , avec sa femme âgée de vingtdeux ans et quelques dames de sa famille : il avait deux enfants au berceau. Frère de ce Guillin-Pougeion qu'on a vu compromis dans la conspiration royaliste, Guillin - Dumontet avait habité llnde et commandé au Sénégal : c'était un homme d une grande bravoure et d'une parfaite loyauté , mais violent , dur pour les autres comme pour lui-même , et trop peu circonspect dans ses paroles sur la Révolution et les révolutionnaires. Son château passait dans le pays pour un foyer de royalisme ; en 1791 , les seigneurs les plus bienfaisants étaient haïs et menacés par leurs vassaux : Guillin - Dumontet était en même temps suspect et redouté. On avait fait au château de Poleymieux une visite domiciliaire qui n'avait pas cahné la défiance générale, bien qu'elle n'eût fourni aucun motif légitime de suspicion. Tout le pays était sous l'impression vive de la fuite du roi; on parlait beaucoup, dans les campagnes du Lyonnais, de l'invasion des armées étrangères et du concert des royalistes de l'intérieur avec les émigrés. Telle était la situation des esprits , lorsque , le dimanche 26 juin , une vive irritation contre le propriétaire du château de Poleymieux se manifesta parmi les habitants de la commune. Informée de ces dispositions malveillantes pendant la messe à laquelle elle assistait , M"°^ Guillin se hâta de rentrer au château et d'avertir son mari qui annonça l'intention de se défendre s'il était attaqué. Deux corps municipaux, venus de Ghasselay et de Quincieux, avaient pris le chemin du château; ils furent rejoints par la municipalité de Poleymieux : les maires étaient ceints de l'écharpe tricolore. L'objet de leur visite était une nouvelle perquisition domiciliaire : on avait parlé d'armes et de munitions cachées. Sommé de faire ouvrir la porte de son château , Guillin-Dumontet déclara qu'il était prêt à obéir si on lui exhibait un ordre légal; il n'y en avait pas. Comme on insistait avec violence pour entrer , Guillin saisit au collet un des hommes qui se présentaient pour forcer le passage , tira un pistolet de sa ceinture et fit feu ; mais le coup ne partit pas. Aussitôt l'irascible vieillard se dégagea des assaillants, ferma brusquement sa porte sur eux et fit ses préparatifs de défense. Il avait auprès de lui un nègre et un petit nombre de domestiques : ses armes con^
sistaient en quelques fusils et en un (romblon. L'exaspération des paysans était devenue extrême; M™^ Guillin parlementa: elle ofirit l'entrée libre du château à une députation des municipalités ; cette proposition fut accueillie. Quelques hommes furent admis dans l'intérieur du château , fouillèrent partout et ne trouvèrent que des armes ordinaires. Leur rapport ne calma nullement la multitude. De nombreux coups de fusil criblèrent la porte et les fenêtres ; Guillin avait revêtu son vieil uniforme : il riposta ; plusieurs paysans furent grièvement blessés. La vue du sang porta jusqu'à la rage l'irritation delà multitude; elle se ruait contre la porte , qui ne pouvait faire une bien longue résistance. Dans cette situation si critique , M™® Dumontet , prenant ses deux enfants entre ses bras , se jeta au milieu des assaillants , fit un appel à leur justice et implora leur pitié; ces hommes furieux ne l'écoutèrent point et la retinrent comme otage. Quelques officiers municipaux s'exposèrent à un véritable danger pour proléger le château , mais leurs efforts échouèrent : on parvint à briser la porte, et la foule, poussant des cris de mort, se précipita dans l'intérieur de l'habitation. Pourchassé de retraite en retraite et d'étage en étage, Guillin faisait toujours feu avec son tromblpn; ses domestiques s'étaient enfuis: provisions de grains, vin, mobilier, argenterie, tout fut pillé et saccagé par les assaillants ; ils mirent le feu au château. Acculé dans un donjon et environné de tourbillons de fumée et de flammes, Guillin défendait l'accès de l'escalier, et refusait obstinément de se rendre; atteint d'une balle au front , il tomba : aussitôt une troupe de forcenés, se précipitant sur lui , le percèrent de mille coups, et dépecèrent le cadavre en lambeaux. Ceux-là se lavaient les mains et le visage dans le sang du vieillard; ceux-ci traînèrent ses membres encore palpitants : un d'eux , boucher de son état , coupa le cou et suspendit la tête à l'extrémité d'une fourche. On assure qu'un des bras du veillard, envoyé au village de Ghasselay, y fut rôti et mangé : une enquête judiciaire constata ces incroyables atrocités.
Protégée par deux paysans , M"® Guillin , pour éviter une mort certaine , s'était échappée avec beaucoup de peine de l'asile dans lequel elle s'était réfugiée ,* portant dans ses bras le plus jeune de ses enfants ; les assassins la poiu*suivirent , et l'attei-
goirent sur le bord de la Saône , aa moment où les pieds ensanglantés de la malheureuse n'avaient plus la force de se détacher du sol. Heureusement un détachement de gardes nationaux lyonnais , conmiandé par Valesque , arriva assez à temps pour prévenir on nouveau crime.
L'enquête sur ce déplorable événement fut faite avec beaucoup de soin par le juge du district de la campagne de Lyon. M™* Guillin présenta sa plainte à T Assemblée nationale, et fut entendue dans la séance du 1 3 août (le président Victor de Broglie lui avait accordé la parole). Elle exposa les faits avec simplicité et sans exagération , nia que son mari eût fait usage de ses armes , et réclama la mise en liberté de son beau-frère Guillin de Pougelon , vieillard septuagénaire , tuteur de ses enfants. Une députation du village de Ghasselay exposa , quelques jours après , les ËdtB à sa manière: Guillin, aggresseur, avait constamment répondu par des actes de violence aux sommations légales qu'on lui adressait. La Société populaire de Lyon appuya ces récriminations, et donna tort à la victime. C'est ce que ne fit point l'évéque constitutionnel Lamourette : « Il n'y a ni liberté ni bonheur à « attendre de la constitution sage et sublime qui vous promet ti l'un et l'autre , écrivait-il à ses concitoyens , si vous vous attric( buez Tépouvantable droit d'immoler tumultuairement tout « citoyen qui vous parait équivoque, et de livrer ses possessions n à la fureur des flammes. » Le meurtre de Guillin-Dumontet n'avait pas été prémédité, rien n'est plus évident; c'était une perquisition domiciliaire que voulaient faire les trois corps municipaux. Guillin était dans son droit en ne voulant ouvrir son domicile qu'à un mandat légal ; il eut tort de tenter une défense impossible. Quand le sang eut été répandu, l'enivrement de la lutte et de la poudre transforma tout à-coup en cannibales les assaillants déjà fort mal intentionnés. Ce meurtre affireux d'un vieillard dans son domicile excita peu de sympathies, et ne fut point puni par la justice impuissante. *
1. — Gazelle nationale , ou le Moniteur , séance du 15 aoât 1791. — Mercure de France , du SOaoût 1791 . (L'articfe est de Mallet du Pan ). — Nouvelles Archives du Rhône , 1 , 185. — Elirait du registre des délibérations des corps administratifs réunis en Thôtel de la Commuoe de Lyon , le 28 juin 1791. Lj/on , À» de la Roche, 1791» in-4". —Discours prononcé
900 XVIU* SIÈCLE. — ASSEMBLÉE GOMSTITUAMTE.
$ IX. Il n'était qu'un acte fort excusable de la vengeanc^^ populaire , selon les clubs de Lyon , dont les opinions démagogiques étaient exprimées avec violence dans le Moniteur du Rhône par un homme dont le nom devait être condamné à une hideuse célébrité , Carrier. Poursuivi par le procureur général à Foccasion de ses prédications furibondes de chaque jour , le journaliste fut acquitté et continua. Les sociétés populaires avaient peu de confiance dans le maire , malgré le zèle avec lequel il persécutait les prêtres réfractaires ; Vilet, découragé, eut plusieurs fois la pensée de se démettre de ses fonctions. Si la majorité des Lyonnais professait des opinions modérées y la fraction jacobine devenait plus violente et parlait haut : elle recevait beaucoup de force des imprudentes manifestations royalistes de quelques groupes déjeunes gens au théâtre. Les applaudissements qu'ils donnaient à Richard-Cœur-de-Lion et à la Partie de chasse de Henri IV servaient de texte aux déclamations de Ghalier, et exaspéraient l'esprit révolutionnaire. Grapd nombre de femmes du peuple , vivement préoccupées par les idées patriotiques , s'étafient aussi organisées en société populaire; elles avaient un secrétaire , un président , un règlement, et s'étaient dévouées à la patrie et à la loi. ^
h la barre de l'Assemblée nationale , à la séance du soir , du 10 septembre 1791 , par l'orateur de la députalioii de Chasselay, et pétition du comité central des trente-une sociétés populaires des amis de la constitution établies à. Ly on. ^Zyon, 1791 , in-4". — Lettre circulaire de l'évéque (Lamourette) du département de Rh6ne-et-Loire... aux municipalités, gardes nationales et habitants des paroisses rurales de son diocèse, du 29 juin 1791. Lyon, J. Leroy f 1791. in-8''.
1. — Règlement de l'association des citoyennes de Lyon particulièrement dévouées à U patrie et à la loi; Tait et clos à Lyon, le l«r octobre 1791 , l'an III de la liberté. Signé: Sobry, président; Martin, vice-président; femme Sobry, présidente.
!«a société tenait ses séances tous les dimanches , à l'heure des vêpres , dans une maison située rue Pas-Etroit , faisant l'angle de la rue Commarmot , et se rendait processionnellement et bannière déployée aux offices religieux de l'église de Saint-Jean. Voici la formule du serment : « Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi ; je jure de porter, en toute m occasion , mon mari , mes frères ou mes enfants & remplir leurs devoirs envers la patrie y - je jure d'apprendre h mes enfants, ou à tous autres sur qui j'aurai autorité , à préférer la •( mort à l'esclavage. »
Attaqué par le journaliste Prudhommc , le club des femmes lyonnaises se défendit. Voyez Réponse des citoyennes de Lyon au citoyen Prudhomme. Signé : Charton, présidente. (Gohon, Bibliogr, histor. , p. 146.)
AN m DK LA L1BSRTÉ (479î). XVIII^ SIÈCLE. 901
Les membres de l'Assemblée nationale avaient accompli leur oenyre en donnant à la France une constitution ; acceptée par le roi , elle fut proclamée solennellement à Lyon. Un Te Deum fat chanté à Saint- Jean en présence de tous les corps constitués ; Lamourette prononça un discours * , et une proclamation des administrateurs du département invita tous les habitants de Lyon à l'union, à la concorde , et à se considérer comme un peuple de frères. On s'occupa aussitôt de la nomination des députés à TÂssemblée législative, et voici quels noms obtinrent la majorité des suffrages : Blanchon de Gbazelles ; George Gaminet , négociant; Gbirat , procureur général syndic; Adrien Lamourette; Pierre-Edouard Lémontey; Jovin-M othe , de Saint- Etienne; Sage , administrateur du département ; Golomb du Guast, juge de paix à Saint-Gbamond; Dupuy, de M ontbrison ; Duvant, homme de loi à Néronde; Larochette, procureursyndic à Roanne; Michon-Dumarais ; Sanlaville, notaire à Beaujeu ; Meunier , propriétaire à Lantignié ; Thevenet , cultivateur. On nomma députés suppléants Dubouchet de M ontbrison , Marcellin Bérard, Henri-Joseph Estourncl, Pcillon et Glerjon.
Aucun des députés du Lyonnais , du Forez et du Beaujolais , à FÂssemblée constituante, n'avait pu être envoyé à l'Assemblée législative; un décret formel s'y opposait: ils avaient rarement pris la parole , et s'étaient peu mêlés aux débats politiques de cette grande époque.
L'Assemblée constituante avait été fractionnée en partis dés les premiers jours de son existence. Maury et Gazalès représentaient la noblesse , le clergé et le gouvernement monarchique. Monnier et Lally-Tolendal voulaient un gouvernement représentatif à deux chambres. Plusieurs hommes habiles , Bamave , Duport , Syeycs , et au premier rang Mirabeau, étaient les chefs
1. — Discours prononcé par l'cvèque mélropolitain du département de Rbône-et-Loire , araot le Te Deum chanté lu 25 septembre 1791, à Toccasiou de la proclamation de la consti. loliou. LyoHj 1791 , iii-S**. — Adresse des administrateurs du département de Rhône-et- Loire 2i tous les citoyens du département. Lyon ^ A. delà Boche , 1791 , in-4<* et in-8^. — Esirait du registre des délibératioas du Directoire du département de Rli6ne-et*Loire , du n septembre 1791 , k deux heures du matin. Lyon , A, de la Boche, 1791, in-4^ — Adresse au roi , les administrateurs du Directoire du département de Ilhàne-ct-Loirc , du 1 7 septembre 1791. Ayow, i. de la Roche ^ 1791, in-4".