XVIU^ SIÈCLE. — ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
du parti populaire. Ces diverses opinions politiques furent souvent aux prises, et leurs luttes devinrent des combats de géants. Des honunes d'une haute capacité et d'un vrai patriotisme , d'habiles administrateurs et des orateurs éloquents brillèrent d'un grand éclat dans cette assemblée ; elle était appelée à reconstruire l'édifice social , et ne sut cependant que détruire. A beaucoup d'égards , cependant , la constitution dé 1791 était bien l'expression des idées et des besoins de son époque; elle donnait le pouvoir à la classe moyenne, consacrait l'égalité, supprimait le régime féodal , reconnaissait en principe le dogme de la souveraineté populaire, remettait les offices, les administrations , les municipalités et les tribunaux à la classe éclairée de la nation , et ne laissait au peuple d'autre intervention directe dans les afi*aires que l'élection primaire. Il n'y avait plus de titres héréditaires ni de privilèges. Le défaut capital de cette constitution , c'était d'avoir dans l'autorité royale un contre-poids trop faible. On ne l'exécuta point , et elle ne fiit jamais qu'une utopie, oubliée dès que la guerre eut donné plus de force à la puissance populaire et d'influence à l'élément démocratique. Ce fut une transformation totale que l'Assemblée voulut faire subir à un ordre politique dans lequel il y avait beaucoup à détruire, mais aussi beaucoup à conserver; si la constitution de 1791 rendit impossibles les abus d'autorité de la puissance executive , elle ne mit aucune digue à la licence populaire qui l'anéantit bientôt. Non moins que la monarchie , l'Assemblée abusa de sa force : son enthousiasme exagéré pour l'égalité la conduisit à de grands écarts ; son patriotisme était sincère , mais il lui fit commettre la faute capitale d'exclure ses membres de la législature suivante. Dans le couri espace de vingt-huit mois , elle a rendu deux mille cinq cents lois ou décrets. Appelée à tout consolider, l'Assemblée constituante laissa le pays en pleine révolution : on lui doit toutefois une multitude d'améliorations qui ont survécu, et dont plusieurs sont capitales.
§ X. Arrivé à une époque de transition et de rénovation générale, je ferai connaître l'organisation ecclésiastic[ue , politique, municipale et judiciaire du Lyonnais, telle qu'elle existait encore en 1790 et pendant les six premiers mois de 1791 ; il
AN 111 DE LA LIBERTÉ (1791). WIll'' SIÈCLE. 903
Faut prendre congé de l'ancienne constitution sociale ; d autres temps vont commencer.
L'archevêque de Lyon , Yves- Alexandre de Marbœuf , primat des Gaules , exerçait à ce titre sa juridiction sur les métropoles de Lyon , de Paris , de Tours et de Sens : il avait pour évéques suffragants ceux d'Autun , de Dijon , de Màcon , de Langres, de Chàlon et de Saint-Claude , et était assisté par douze vicaires généraux , un procureur général et un secrétaire. Quoique dépossédé de la plus grande partie de son ancien pouvoir temporel, cependant Tarchevêclié conservait encore un reste de juridiction laïque sur les terres et seigneuries de Pierre-Scise à Lyon, d'OuUins et de Ternand en Lyonnais. Pierre-Scise comprenait les deux côtés de la rue de Bourgneuf , depuis la maison des Quatre-Fils Aymon jusqu'à la porte du château, et depuis cette porte jusqu'à celle du monastère des Deux-Amants (seulement du côté de la Saône). Cette juridiction se composait ainsi: un juge, un procureur fiscal général, un greffier, un commissaire de police et un huissier. Un bureau de conseil charitable était chargé de régler à l'amiable toutes les contestations sur lesquelles les parties voulaient bien s'en rapporter à sa décision: on y comptait trente-quatre membres, présidés par l'archevêque; un officiai primatial , un vice - gérant , neuf assesseurs , un promoteur et un promoteur-substitut formaient la juridiction ecclésiastique. Le tribunal de l'Officialité métropolitaine connaissait des causes qu'on y portait par appel de l'Officialité ordinaire de Lyon et de celle des suffragants ; on appelait de ses décisions à l'Officialité primatiale : ce tribunal se composait de l'official métropolitain , d'un vice-gérant , de cinq assesseurs et des promoteurs de la primatiale. On portait au tribunal de l'Officialité ordinaire toutes les causes personnelles des ecclésiastiques , celles qui regardaient les sacrements , les vœux de religion , la discipline ecclésiastique et les matières spirituelles. C'est de la chambre souveraine du clergé que ressortissaient les appels des jugements rendus par les chambres diocésaines sur les décimes et les autres impositions ecclésiasticpies : elle comprenait dix -huit diocèses, et comptait seize membres assistés d'un promoteur, d'un secrétaire et d'un greffier. Ija chambre diocésaine connaissait en première instance des
décimes et des impositions du clergé de Lyon ; six conseillersdéputés y un procureur et un greflSer la formaient. On comptait parmi les officiers du clergé un receveur général, un greffier, un notaire, un provincial des décimes de la généralité de Lyon , enfin des expéditionnaires en cour de Rome. On sait combien était puissante et vénérée FEglise de Lyon; à l'église primatiale , métropolitaine et cathédrale de Saint-Jean se rattachait le célèbre chapitre composé de trente-deux chanoines, dont le premier était le roi de France. Us prenaient , comme on le sait , la qualité de comtes de Lyon , et étaient tenus de faire preuve de seize cpiartiers de noblesse , soit du côté paternel , soit du côté maternel ; venaient ensuite quatre custodes , sept chevaliers , un théologal , et un nombre considérable d'ecclésiastiques pour le service de Téglise de Saint-Jean et de Féglise paroissiale de Sainte-Croix. Ce noble chapitre avait une justice séculière , haute, moyenne et basse , qui s'étendait dans le cloître de son église et de celle de Fourvière , sur les quartiers de Serin et de l'Observance , et dans cinquante-deux paroisses hors de la viUe : ils possédaient de riches terres , administrées par un seigneur mansionnaire et des officiers. Un autre chapitre d'un ordre élevé était celui de Saint-Just, composé de deux dignitaires et de dix-huit chanoines ; son grand obéancier , orateur-né du clergé de Lyon , portait , en cette qualité , la parole à l'entrée des rois , des papes et de leurs légats. Ce corps ecclésiastique avait une justice du glaive qui s'étendait sur tout le personnel de son église; sa baronnie avait une justice séculière, haute, moyenne et basse , sur les paroisses de Saint-Just et de Saînt-Irénée , sur le territoire de Fourvière et sur diverses paroisses voisines : plusieurs baronnies en dépendaient. Les autres églises de Lyon étaient celles de Saint-Paul et de Saint-Laurent , de Fourvière , de Saint-Nizrer, de Saint-Martin d'Ainay , de Notre-Dame de la Platière, de Saint-Irénée, de Saint-Pierre, de Saint -Saturnin, de Saint-Pierre-le- Vieux , de Saint-Vincent , de Saint-George , de la Commanderie de Saint -Antoine, et enfin les paroisses des faubourgs. Il y avait deux séminaires , celui de Saint-Irénée et celui de Saint -Charles; et des communautés séculières, celles de l'Oratoire, les missionnaires de Saint -Joseph et de Saint- Laurent, et des chanoines réguliers Trinitaires. On comptait de