XVI* SIÈCLE. — DÉVASTATION DES ÉGLISES
de la populace , et le mirent en pièces pour le fondre. Des onze cloches qui faisaient Forgueil du clocher , neuf fiirent brisées ; on ne laissa en place que la plus grosse, qui avait été fondue en 155i. Toutes les grilles des chapelles furent abattues et enlevées, tous les vases sacrés emportés et fondus; un ministre, monté dans la chaire, applaudissait à ces spoliations. Titres, Chartres, diplômes, registres de toute nature disparurent des archives; on les brûla. Le magnifique portail de Féglise éprouva des mutilations à jamais regrettables : armés de marteaux , les calvinistes se plaisaient à faire tomber les têtes des figurines et les sculptures les plus délicates. Une statuette de saint Jean surmontait le fronton de la façade ; elle choqua les regards d'un huguenot, qui se fit hisser jusqu'à son niveau; arrivé sur ce point élevé, il la frappa à si grands coups qu'il en perdit l'équilibre : homme et statue tombèrent sur le pavé et s'y brisèrent.
La basilique des Macchabées était l'objet particulier de la haine des protestants ; son chapitre avait refusé de permettre l'érection, dans le quartier Saint-Just, d'un temple calviniste. On n'a point oublié la magnificence de cette ancienne demeure des rois et des papes , on se souvient de sa somptueuse architecture : le baron des Adrets la détruisit de fond en comble. Quand les pierres de taille résistaient trop au majrteau , il les faisait sauter avec la poudre. On transporta en Provence les colonnes de marbre et de porphyre ; on abattit les cloches, et on les brisa pour les fondre. La plus grosse se défendit par son poids; il ne fut pas possible de la traîner plus loin que la place Saint-Nizier. Cette église des Macchabées était riche en précieuses reliques , elles ne furent pas respectées : des soldats s'emparèrent de la châsse d'argent qui renfermait le corps de saint Just et de la célèbre rose d'or. Ils profanèrent les tombeaux , brisèrent les chandeliers, renversèrent les autels , et causèrent de telles dévastations qu'on évalua plus tard le dommage , pour les bâtiments seuls , à plus de quatre cent cinquante mille livres tournoiis. '
I. — Selon M. Gonon, le projet de détruire Téglise Saint -Jiisl, pour cause d*uliiité publique, existait déjà dix-sept ans avant roccupation de Ljon parles protestants ; ils ne firent que le mettre à exécution. (Plant , pourtraict et description de la villi de Lyon an seizième siècle , par Antoine du Pinet , réimpression de IS44 , p. 20). M. Cocliard dit dans sa Notice
Saint-Nizier souffrit un peu moins : le marteau calviniste abattit les statuettes du portail septentrional, et renversa jusqu'-au niveau du sol les bâtiments du chapitre, ainsi que la chapelle de la confrérie de la Trinité. Il mutila , sans la détruire , l'antique chapelle Saint-Jacques. L'église des Jacobins perdit ses vases sacrés , ses riches ornements pour la célébration du culte , ses tableaux , ses autels ; des mains avides dépouillèrent ses tombeaux de leurs croix et de leurs plaques funéraires. Âinay fut ravagé ; les protestants rasèrent son cloître magnifique , ils n'eu laissèrent pas une pierre debout. Ils ouvrirent les tombes , et insultèrent à la cendre des morts ; ils renversèrent l'autel qui portait les reliques de saint Pothin et le corps de saint Badulphe : les ossements calcinés des saints martyrs furent encore une fois jetés à la Saône, mais aucune main pieuse ne se présenta cette fois pour les recueillir. L'abbaye Saint-Pierre ne pouvait échapper à la rage des démolisseurs; elle était parvenue au plus haut point de sa splendeur et de son opulence quand les protestants s'y présentèrent. Avertie à temps, l'abbesse Françoise de Clément avait eu le temps de fîiir avec ses religieuses; mais, avant de partir, elle avait caché dans une retraite qu'elle croyait sûre le trésor et les reliques du monastère. Un ouvrier révéla le secret aux calvinistes , qui s'emparèrent des vases sacrés et dispersèrent les reliques sur le sol : une sœur laie qui n'avait pas suivi ses compagnes , feignant de cueillir des herbes , ramassa les saints ossements dans son tablier et les conserva pieusement à l'abbaye. La chapelle Saint-Saturnin fut démolie. Mêmes dévastations à l'église Notre-Dame-des-Anges à l'Observance; les calvinistes la brûlèrent après l'avoir pillée. Ils ouvrirent le tombeau du frère Bourgeois, et traînèrent dans la Saône les débris du cadavre : un soldat ayant saisi l'épaule du squelette ,
sur Saint-Just : «« Le chapitre de Saiiil-Jusl , en accordant aux Pères Minimes, en 1545 son conseolement pour s'établir à la Croix-dc-Colle , s*était réservé , en cas de démolition de son église , par rapport aux fortifications de la ville, de se prévaloir des couvent et église des Minimes , en remboursant ce qu'il en aurait coAté. » {Notice historique »iir le hourg de Saint- Juxt -tes- Lyon, p. 17.)
Quand les raroucbes protestants du seizième siècle abattaient les églises , ils suivaient l'inspiration de leur fanatisme , cl ne pensaient iiullemenl h commettre eettc destruction pour cause d'utilité publique.
676 XVI* SliCLE. — DÉVASTATION DES ÉGUSBS.
la lança à une vieille femme qui regardait avec douleur cette profanation : « Tiens, lui dit-il, chienne de papiste, je te doane ta part ; voilà un os à ronger. » Le ministre Rufiy présidait souvent à ces dévastations; revêtu d*ane cuirasse, Tépée au côté et un marteau à la main , il excitait Fardeur des démolisseurs. Ses conseils avaient contribué beaucoup à faire adopter, par le parti protestant, le projet de s'emparer de Lyon. Telle était la violence de sa haine contre TEglise catholique, qu'ayant appris le siège de Malte par les Turcs , il prescrivit un jeune public et des prières pour le succès des armes musulmanes. ^
C'est ainsi qu'un zèle exagéré fit Êiire à la civilisation un immense pas rétrograde ; il^ est le même dans tous les temps. N'y eut-il pas des excès commis , lorsque l'ardente piété des premiers chrétiens renversa les autels et les temples des faux dieux ? Combien de précieux monuments historiques, d'inscriptioqs, de bas-reliefs, de statues tombèrent alors sous le marteau?
t. — Les troubles caatés à Ljoo , de 1560 à 1573 , par la guerrir entre lea protestants et les catholiques , ont donné lieu , à cette époque , k la publication d'écrits dont quelques-uns sont fort rares et très recherchés. Voici les principaux :
Saconat (Gabriel de). Discours des premiers troubles advenus à Lyon (en 156%), avec l'apologie pour la ville de Lyon , contré le libelle faussement intitulé : La juste et saincte défense de la ville de Lyon. Lyon , Michel Jove, 1569 , in-8®. — La Généalogie et la fin des hugnenaux , et découverte du calvinisme , oà est sommairement décrite l'hisloire des troubles excités en France par lesdils huguenaux. Lyon, Ben. ftigaud, 1572, in-S**.
Rica 00 {Jean ). Discours du massacre de ceux de la religion réformée (sans nom de
ville ni d'imprimeur); 1574 , in-12. — Discours de la vie, mort et dernier propos de feu
Mgr de Mandelot Lyon^ 1588, in-8^ — Rubts, 451-470. — Péricacd (Atitoine). Notice;
sur François de Uandelot (Archives du Rhône , VII, 348). — Le même : Notes et documents, 1569-1572.
La Prinse de Lyon par les fidèles , au nom du roy , le dernier d'aoust 1569. (Mémoiras de Condé , III , 319 , édition de 1743 ; et Archives du Rhône , XIV, 93.)
Histoire des triomphes de l'Eglise lyonnoise , avec la prinse de Montbrison. Lyon , 1569 , in-8".
RuBYS {Claude). La Résurrection de la Messe. Lyon ^ 1563 (en réponse à une brochure prolestanlc intitulée : La Mort et la Résurrection de la Messe).
Défense civile et militaire de l'Eglise du Christ ( pamphlet protestant d'une grande violence, attribué à Charles Dumoulin).
Saint-Aubin est curieux à tire dans cette partie de son Histoire ; son emportement contre |es protestants est grand, et le conduit à d'intolérables exagérations.
Voyez encore le pamphlet suivant :
Description des politiques de notre temps (en vers). Lyon, Jean Pilîehotte , 1561, in-fol. (4 p.).
GCEREBS DÉ RBUGIOM À LYON. — XVl^ SltCLB. 677
N'a-t-on pas bâti des églises et des ponts ayec les pierres des temples ) et détruit ^ 'dans Tardeur exagérée de la foi , tous les chefs-d'œuvre qui paraissaient rappeler le paganisme, au nom d'une religion qui n'a jamais commandé cette dévastation * ? Les écrivains cathpliques ont peint des plus noires couleurs le vandalisme des protestants, ils en avaient bien le droit :i de tels écarts doivent être condamnés, quelle que soit la cause pour laquelle ils ont eu' lieu. ^
n y eut peu de meurtres. Trois prisonniers traversaient le pont de Saône; deux furent jetés dans la rivière , après avoir été
l.—Des papes non moins éclairés que pieux ont sauvé des attaques du temps et des hoamies plotîeurs des plus précieux monuments de l'antiquité, en les mettant sous la. protectio'i de la reli^on chrétienne.
S. — Uu poème latin, longtemps manuscrit, a pour objet les guerres de religion à Ljon ; il est iutitulé : IH Tristibui Frcmciœ, Colonia l'a fait connaître par extraits , et M. CailhaTa l'a publié (i) ; il appartient à la bibliothèque de la ville de Lyon. C'est un in-fbl. de f OS pages , d'une écriture fort lisible du seizième siècle : l'ouvrage est composé d'environ trois mille mauvais vers et de trente- neuf dessins coloriés ï l'aquarelle , très probablement de la main du calligraphe lui-même. Ce manuscrit est-il un original ou une copie? c'est ce qu'on ignore. Le dessin de la première page représente la ville sous son emblème ordinaire, un lion ; l'animal est monté par un huguenot et traîné par des calvinistes qui ont tous une figure de singe. On voit un ministre préchant , et dans le fond le Christ sur la croix , percé par la Unce d'un bourreau. Les figures qui suivent représentent la dévastaiiou de l'église de Saint- Jean , la démolition des églises de Saint- J us t et de Saint-Irénée , et les nombreuses profanation coromistis par les protestants dans les î>asiliques. C'est une satire araère des cp.lvinistes, écrite par un catholique dont le nom est demeuré inconnu. « On uc doit pas craindre , m dit Colouia , que les grAces de la poésie imposent au lecteur. C'est un style décousu qui
• u'a ni nombre , ni liaison , ni harmonie ; c'est une plume grosaière qui écrit durement , et « qui n'a rien , ni de la naïve simplicité des vers léonins , ni de l'élégance et de la bonne « latinité de nos poètes des deux ou trois derniers siècles. Mais si les faits sont défigurés par « la grossièreté de la poésie , ils n'en sont pas moins véritables pour cela , et l'agrément
• des peintures supplée au défaut de la versification. » On peut étudier en effet, dans les deatiafli les «ostumes du temps et quelques détails curieux. Le poème commence ainsi :
Fraeeia , qas mo'mirfs horrendis tola etrebas , Que niifM|ttain haereseos Aie ras msculata Ycneno , rrbU aquosc née fermento Itesa Gebennae , 8ml pla relligio cul Christi et saneta pIteeUit , Mirifieis preribus quam cuitu tamque deeoro Onrabas : plebs eui tanlam donabat bonorem , Paneqoe eolesti et viao paseebat eoden , In qua erat oDum cor, vivendique una volunlas, l*ribeipit loipariia, monitis ttDctîsqae ptrtndo , Heu quaoi disparili oune Tivere more videris !
(I) Da TriUlbaa Frtncia libri qaatuor« ei bibl. c«ra et sumpiibiu L. Cailbava. Lugéuni , per Lttl.iifdttiMMis eodice, aune primum in lucem edhi dovieum Perrir , 1840, in- 4* de 117 p., fi|.