CHAPITRE II
LYON sous L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.
(!•' OCTOBRE 1791 AU 21 SRPTBMBRB 1792.)
S i. Paitii poIitiqQCi dant l'Afienblée UgUlative. — $ 9. Joseph Cba1i«r, olBeier nantciiMl à Lyon.— { 8. iMarrectioa girondiiM du 90 jain ; invasion de la France par l'amiée prussienne ; manifesta du due df Bnnswiek; Journée du 10 août. —% A. Renversement de la sutae équestre de Louis XIV à Lyon; matsacres des prisons, à Paris; journées des 9-6 septembre. — $ K. Massacre des officiers de Royal-Polofno, à
- Lyo«. Jnfanent sur TAssemblée législative.
S l. Il n'y avait plus de partisans des privilèges et de la monarchie absolue dans l'Assemblée législative; elle était entièrement démocratique , mais cependant avec des nuances très distinctes. On y voyait le parti feuillant , dévoué au principe de la légalité , et appuyé sur son club , sur la bourgeoisie et sur la garde nationale; il avait pour chefs Ramond et Vaublanc : le parti girondin, qui voulait le triomphe de la Révolution par tous les moyens, même en dehors de l'ordre légal, et qui se composait d'hommes d'un immense talent; ses principaux membres étaient Vergniai^ y Gensonné , Guadet , Brissot , Gondorcet : enfin le parti extrême, qui, sans professer encore d'opinion positivement
916 XVlll*' SIÈCLE. — ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.
républicaine, inclinait à la démocratie absolue, et avait pour représentants Chabot, Bazire, Merlin, et, bientôt après Maximilien Robespierre : il s'était fractionné en deux clubs, celui des Jacobins dont Robespierre était l'âme , et celui des Cordeliers , plus démocrate encore et conduit par Danton et Camille Desmoulins. C'était dans le parti extrême que se trouvait la force vitale; il avait pour points d'appui les classes inférieures et les faubourgs.
De tous ces partis , celui qui prit le plus d'ascendant sur les classes supérieures et sur les classes moyennes , ce fut le parti de la Gironde : vues élevées , patriotisme , don de l'improvisation , véritable éloquence parlementaire , et grande union , malgré quelques dissidences, telles furent les qualités que montrèrent, dès leur début, les hommes illustres dont il se composait; leurs défauts apparurent plus tard. Une femme, M™® Roland, en était la poésie; à tous les dons de la nature, elle réunissait un grand caractère et une âme admirable : sa beauté , le charme de sa parole, et bien plus encore l'énergie de sa pensée, ajoutaient un grand prestige a la puissance de l'opinion girondine.
Epoux de Jeanne Phlipon , malgré une assez forte différence d'âge , Roland de la Platière était un excellent citoyen ; grand travailleur, très profond dans la théorie des arts industriels, versé dans la science de l'économie politique , il avait voyagé avec fruit en Italie et en Angleterre, et fait une étude particulière des manufactures de Lyon, pendant un séjour assez long dans cette ville commerçante. Homme de détails, observateur patient , sans ambition , bon pour des emplois secondaires , Roland n'avait ni assez d'expérience des hommes, ni des vues assez élevées pour occuper convenablement le rang qui lui ftit donné dans l'administration. C'était un très honnête homme , de mœurs austères, même un peu puritain, et un ministre fort médiocre.
Au reste, le génie d'un Richelieu n'aurait peut-être pas dominé les difficultés de la situation : peu corrigée par d'immenses revers, la cour n'était pas et ne pouvait pas être franchement constitutionnelle ; elle n'avait point abandonné ses projets de contre-révolution , mais tout son espoir était ^sormais dans les armées étrangères. Une déplorable manie , celle de
rémigration , avait saisi ceux-là mêmes qui auraient pu , s'ils s'étaient entendus, sauver le monarque et ralentir le mouvement révolutionnaire. Tous les officiers nobles abandonnaient leurs drapeaux ; il n'y avait plus de gentilshommes à bord des vaisseaux, et une France aristocratique se formait au-delà du Rhin, violente , étourdie , présomptueuse , et animée contre la révolution d'une haine qu'elle ne prenait plus la peine de dissimuler. Dévoués à leur prince , les émigrés ne connaissaient ni leur situation ni la volonté nationale ; braves , mais légers , ils ne considéraient Tinvasion d'î la France et l'occupation de Paris que comme une courte promenade militaire. Les prêtres réfrac taires étaient pour la Révolution des ennemis non moins dangereux ; épars dans les campagnes, ils exerçaient une grande influence sur la population de plusieurs provinces. Beaucoup habitaient Lyon ; aucune église ne leur était ouverte , mais ils célébraient la messe dans dés chambres ou dans des chapelles particulières , que fréquentaient grand nombre de personnes dévotes. Ces pieuses réunions déplaisaient fort aux partisans des idées révolutionnaires; souvent la foule attendit les fidèles, et les accompagna de ses huées quand ils sortaient de la messe; plus d'une fois elle fit subir publiquement le traitement le plus ignominieux aux femmes qui avaient assisté à l'office dit par le prêtre insermenté ^ Plus sévère encore que la Constituante, l'Assemblée législative exigeait rigoureusement l'obéissance à la constitution civile du clergé : les prêtres qui ne la reconnaissaient point étaient, de nouveau, destitués de toutes fonctions sacerdotales salariées par TEtat. Il leur était encore permis de dire la messe, mais sous la condition expresse qu'ils n'en retireraient aucune rétribution : cette concession devait leur être bientôt retirée. De nombreux arrêtés du Directoire du département de Rhône-et- Loire prescrivaient le remplacement inmiédiat des curés désobéissants par des constitutionnels. Selon le procureur général syndic, les prêtres rebelles à la constitution civile du clergé étaient des factieux et des fanatiques , qui semaient partout le
t. — l<a loi et la religion rengées des Tioleiicei commises aux portes des églises catholiques de Lyon , par le citoyen Simon. Lyon , i79i , in -8". Cet écrit n'est point de Camille Jordan , auquel on Ta attribué.