VILLE - AFFRANCHIE AN II (1793). — XVIII* SIÈCLE
riaient , beaucoup priaient. On vit quelquefois dans le groupe infortuné déjeunes filles, des enfants de dix-huit ans. L'affluence des spectateurs était ordinairement considérable : c'étaient des gens du peuple , des hommes armés de piques, des députés des sections soudoyés pour assister à ce spectacle , des soldats de la garnison à qui Ton avait représenté les condanmés comme des contre-révolutionnaires , irréconciliables ennemis des patriotes. Très souvent des officiers municipaux, étaient présents ; un immense hourra s'élevait de la place lorsqu'une tête coupée tom> bait.dans le panier, et des étrangers, ou des jacobins forcenés, s'écriaient : «< Vive la nation! >» Une mare de sang chaud et fumant couvrait les alentours de l'échafaud, on ne savait où mettre le pied pour l'éviter. La guillotine avait été placée d'abord en face du perron de l'Hôtel- de -Ville, mais le sang n'avait pas d'écoulement : on la transporta à l'autre extrémité de la place, à l'embranchement des rues Saint-Pierre et de la Gage, et un large fossé fut creusé sous l'échafaud.
Toulon fut repris par l'armée républicaine le 9 novembre : cette nouvelle fut célébrée à Lyon par une fête civique et par de nouveaux supplices.
S VU. Mais la guillotine n'était pas assez expéditive ; elle ne tuait les condamnés qu'un à un, et la journée n'était pas assez longue ^ Dorfeuille , président de la Commission de justice populaire , organisa une fête civique pour le 4 2 frimaire ; il y convoqua les corps constitués , les magistrats , toutes les autorités civiles et militaires : « Je voudrais , disait-il dans ses lettres d'invita- « tion , que ce jour de justice fiit un jour de fête ; j'ai dit jour de « fête, et c'est le mot propre. Qaand le crime descend au tom- « beau , l'humanité respire , et c'est la fête de la vertu. » Ce bourreau avait imaginé de faire mitrailler en même temps soixante-quatre condamnés. On alla les chercher à Roanne , et on les conduisit aux Broteaux, dans une plaine en face de la Bibliothèque. Ils étaient liés deux à deux ; derrière eux était une grande fosse creusée d'avance pour recevoir les cadavres , devant
1. — Une arméf révolutionnaire , créée pour protéger Ica exécutions et en hâter le cours , arriva \o 25 novembre à Ljoii ; elle étnit commandée par Ronsin , et composée de palriolet etaltés pris (J;iiis los (lumières classes do in société.
eux trois pièces de canon chargées à mitraille, et à côte d'eux des dragons le sabre en main. Au signal donné, une forte détonation se fit entendre, mais vingt condamnés à peine furent tués sur place ; renversés et mutilés , les quarante - quatre autres poussaient des cris afireux : alors les dragons se précipitèrent sur eux et les achevèrent. Ce fut iftie horrible boucherie.
Et cependant Fouché en préparait une autre plus terrible encore ; il écrivait à Collot-d'Herbois : « Et nous aussi , mon « ami , nous avons contribué à la prise de Toulon, en portant « répouvante parmi les lâches qui y sont entrés , en offrant à « leurs regards des milliers de cadavres de leurs complices. « Soyons terribles , pour ne pas craindre de devenir faibles ou « cruels ; anéantissons , dans notre colère et d'un seul coup , « tous les rebelles, tous les conspirateurs, tous les traîtres, <« pour nous épargner la douleur , le long supplice de les punir « en rois. Exerçons la justice à l'exemple de la nature , vente geons-nous en peuple, frappons comme la foudre, et que la « cendre même de nos ennemis disparaisse du sol de la liberté.... « Adieu , mon ami! les larmes de joie coulent de mes yeux ; elles « inondent mon âme.... P. S. Nous n'avons qu'une seule ma- « nière de célébrer la victoire : nous envoyons ce soir deux « cent treize rebelles sous le feu de la foudre. » Fouché se trompait , il n'y en avait que deux cent neuf. On amena ces malheureux , par une froide matinée de décembre , de la prison de Roanne à l'Hôtel- de -Ville , devant la Commission révolutionnaire ; ils ne furent pas interrogés , on ne demanda à chacun d'eux que son nom et sa profession; puis on les jeta dans une galerie voisine. Ils furent réunis; on les garrotta, des gendarmes les emmenèrent sur la place des Terreaux , et du haut du perron le président prononça leur condamnation en masse. Aussitôt une escorte de gendarmes à cheval s'empara des condamnés ; des hommes armés de piques accompagnaient le convoi. Mais il y avait un prisonnier de plus : c'était un jacobin prévenu de vol , qui réclama vainement contre l'erreur dont il allait être victime ; on le laissa avec les autres. Tous les condamnés , les mains liées derrière le dos , s'acheminèrent aux Brotcaux , vers le lieu du supplice ; on les attacha , un à un , à une longue corde qui entourait chaque arbre d'une ailée de saules. La mitraille