VILLE -AFFRANCHIE. AN 111 (1794). XVIU* SIÈCLE
miracles à la trésorerie nationale *. » Voilà ce qu'était devenue, entre les mains révolutionnaires , Tantique métropole des Gaules, la terre des martyrs , la plus religieuse des villes du sol français ! La dissolution de la Commission temporaire fut prononcée le iO germinal, et celle de Farmée révolutionnaire suivit bientôt. Fouché fut rappelé par la Convention , qui lui demanda compte de sa conduite : l'astucieux représentant défendit ses actes dans un long plaidoyer qui éludait toutes les questions. Jamais sa parole n'avait été plus entortillée : il disait, en substance , qu'il s'était inspiré de la politique de la Convention. Robespierre avait renversé Danton et la Commune , il venait d'envoyer Hébert à l'échafaud ; Fouché ne lui inspirait pas d'inquiétudes , il l'épargna et s'en repentit. Plus libre dans son action , il revenait à des idées gouvernementales et reconnaissait , dans une fèlc pompeuse , au nom du peuple français , l'Etre suprême et l'immortalité de l'àme. Cette solennité fut célébrée, le 8 juin, dans l'église de Saint-Jean : on voyait , au lieu qu'avait occupé le mal tre-autel , la statue colossale du peuple français , entre celles de la Liberté et de l'Egalité , par Hennequin et Chinard. Toute la basilique éfait ornée d'emblèmes; on avait pavoisé les rues qui y conduisaient. Des groupes séparés de jeunes filles, de jeunes garçons , de jeunes femmes, déjeunes hommes et de vieillards, tenant aux mains des couronnes de chêne, précédaient les représentants du peuple, et le cortège marchait au bruit des salves d'artillerie ; des chœurs de musiciens chantaient des hymnes. On arriva sur la place Bellecour , au milieu de laquelle s'élevait un vaste amphithéâtre décoré des figures allégoriques de l'Egoïsme , de l'Athéisme et de la Discorde. Plusieurs orateurs prononcèrent des discours, puis un représentant du peuple mit le feu aux figures symboliques, et l'image de la Raison apparut radieuse. Aussitôt des chants républicains se firent entendre; l'hymne composé par Chénier leur succéda.
1 . — Etal de l'argenterie |)rovenanl des ci-devaoi églises des t'ommunet de Tarrondissemenl du district de la cam|>agDe , de celle de Commune- Affrancli te et de ses faubourgs, de divers dons et séquestres ; déposée i Tadministralion, et par elle remise i la Commission du dépÀt central , à l'hôtel des Monnaies de Commune-Affranchie , eu vertu d'un arrêté des représentants du peuple, du 5 iloréal an II. Commune- Jffranrhie ^ iinprim. de tijntêfanis ^ grand in-ful.
Cette première partie du programme terminée , le cortège reprit sa marche : oa y remarquait un char triomphal traîné par des taureaux , et paré de trophées formés d'instruments aratoires et des outils propres à divers métiers.
Célébrée sur divers points de la France , mais avec plus de pompe et de solennité à Paris que dans toute autre ville, la fête de la reconnaissance de l'Etre suprême ébranla le crédit de Robespierre ; elle excita les railleries et la jalousie de plusieurs membres du Comité de sûreté générale. Ils voyaient leur collègue 'fravaillant à se faire le chef de la République , après avoir détruit tous ses rivaux. Appuyé par les classes inférieures dont il était l'expression et l'idole , puissamment soutenu par la force armée de Paris, et souverain aux jacobins, Robespierre, pour saisir le pouvoir , n'avait plus qu'un pas à faire et quelques montagnards à écarter. Il s'en occupait; mais un danger commun raUia ses ennemis du Comité : ils se concertèrent , et préparèrent les moyens de renverser le tyran qui méditait leur ruine. Une grande lutte s'annonça : d'une part , Robespierre , Couthon , Saint-Just, le maire Fleuriot, l'agent national Payan, Henriot, et le vice -président Coffinhal; de l'autre, Audoin, Léonard Bourdon , Billaud - Varennes , Vadier , Vouland , Cambon , Tallien , et ce qui restait des dantonistes. Robespierre engagea Fattaque le 8 thermidor; son discours fut envoyé à Texamen des comités : c'était une révolution. Tous les partis , dans la Conven*tion , s'alUèrenf le 9 thermidor contre les triumvirs : Couthon , Saint -Just et Robespierre succombèrent; ils furent décrétés d'accusation par la Convention : eUe triomphait ; mais la Commune de Paris, insurgée et soutenue par la Société des jacobins, faillit ressaisir la victoire. Henriot donna Tordre à ses canonniers de tirer sur la Convention ; ils n'obéirent point : abandonnée par les sections , la municipalité, un moment victorieuse à sou tour , se vit privée de moyens de défense et d'attaque. Robespierre fut conduit à Féchafaud le 10 thermidor, placé entre Henriot et Couthon; le règne de la Terreur finit , et la France respira.
Lyon ressentit bientôt le contre-coup des journées de thermidor; déjà Reverchon, successeur de Fouché, avait proclamé un changement de système aux Lyonnais, et annoncé que la justice révolutionnaire aurait bientôt terminé son cours : c'était la