CONSULTA CISALPINE (1802). XIX** SIÈCLB
députation de Lyonnais présenta une corbeille de fleurs à la femme du consul , et fut accueillie avec cette grâce exquise qui caractérisait la future impératrice. D y eut concert et bal; cette fête fut très belle.
Un autre spectacle d'un genre plus imposant, la revue de Tarmée d'Egypte, eut lieu peu de jours après (le 25 janvier); aux bataillons revenus de l'Orient étaient réunis plusieurs régiments de différentes armes, la garde consulaire et l'escadron lyonnais. Il faisait un froid très vif, mais le temps était superbe et le soleil radieux. Quand Bonaparte parut, ses anciens soldats ne purent contenir leur enthousiasme; ils s'écriaient ivres de joie : « Vive Bonaparte ! vive le premier consul ! » Bonaparte allait de rang en rang , pressant la main aux uns , appelant les autres par leur nom , parlant à beaucoup des fatigues et des victoires du temps passé, et distribuant à plusieurs des sabres d'honneur. Le défilé fut superbe.
Cependant la Consulta cisalpine s'occupait de son grand ouvrage ; elle avait des couununications firéquentes avec le premier consul , et se réunissait très régulièrement dans la salle de ses séances , au Grand - Collège. Cette salle rappelait celle qu'occupait à Paris le conseil des Cinq -Cents : d'un aspect imposant et majestueux , elle représentait une demiellipse coupée par une ligne droite. Quinze rangs de sièges, placés dans la courbe , s'élevaient en amphithéâtre ; les dossiers étaient en noyer , et un maroquin vert recouvrait les banquettes. Au milieu de la ligne droite qui formait la corde de l'arc , on voyait sur un plateau élevé le bureau du président , et de l'un et de Fautre côté celui des secrétaires. En avant , et sur un plan plus bas, était la tribune de l'orateur. Cette salle avait été décorée par MM. Cochet et Durand , architectes. La tribune du premier consul faisait face au fauteuil du président ; elle était décorée par des trophées en bronze, qui indiquaient les puissances contre lesquelles Bonaparte avait dirigé les armes françaises. On avait représenté sur les portes de communication les fleuves du Tibre et du Nil.
La Consulta se partagea en cinq sections qui eurent chacune leur président; elle élabora en quinze jours sa constitution, qui ne devait avoir que quelques années d'existence. Analyser et
commenter cet acte législatif n'est pas la tâche de l'historien du Lyonnais , mais il ne doit point oublier de mentionner le patriotique discours de l'orateur de l'assemblée des notables. Ugo Foscolo fut hardi , énergique , véhément; il fit un tableau sévère des vices et des abus du gouvernement cisalpin , de l'immoralité des factions , de la corruption des fonctionnaires , de la triste situation de l'armée et des finances, de la tyrannie et des exactions du gouvernement français. Ce discours, qui dura trois heures, fut écouté avec une attention profonde; il fit une très grande sensation. On y remarqua la force et l'éclat du style, l'élévation et l'indépendance des idées , la mâle énergie et l'élégance de l'expression : c'était à Phocion qu'Ugo Foscolo avait prêté ses idées républicaines ; Napoléon les goûta fort peu.
Tout avait été réglé dans la constitution cisalpine ; mais une grande difficulté demeurait encore : c'était la nomination du président de la répubhque italienne. Qui serait élevé à cette dignité éminente ? On suggéra à l'assemblée la pensée d'élire un vice-président italien pour régler toutes les affaires de détail , et de conférer la direction supérieure du gouvernement au premier consul, ce qui fut adopté. C'était le point où voulait en venir Bonaparte. Le 6 pluviôse (26 janvier) la nouvelle constitution italienne fut acceptée solennellement par le premier consul qu'entouraient ses ministres et une foule de généraux , de préfets et de hauts fonctionnaires. Joséphine assistait à cette imposante cérémonie dans une tribune. Bonaparte ouvrit la séance par un discours en itaUen , langue qu'il parlait avec faciUté ; quand il eut prononcé ces paroles : Aderisco al vostro votOy des cris d'enthousiasme se firent entendre de tous les points de la salle. On lut la constitution , et le premier consul nomma François Melzi d'Eril vice -président de la république cisalpine '. Les députés italiens reprirent la route de leur pays; l'archevêque de Milan , Visconti , ne les accompagna point : il était mort peu de jours après son arrivée à Lyon. *
1. — En 1805, Melzi , à la lète d'une dépulation de la République cisalpine, offril à Napoléon le titre de roi d'Ilalie.
S. — Une médaille frappée i Lyon fut distribuée aux députés cisalpins. La Tace représentait le buste du premier consul , atec cette derisc composée par Talleyrand : lbgbs , mtnkra