PIE VII A LYON (1806). XIX® SIÈCLE
Napoléon avait atteiul son but; tout lui avait réussi, il fit ses préparatifs de départ; le 7 pluviôse, il reçut le Conseil municipal, lui fit ses adieux, et, en témoignage de sa vive satis- &ction, il remit aux trois maires de la ville , Parent-Munet , Sain-Rousset et Bernard Gharpieux , une écharpe en soie écarlate, brodée en argent, qu'ils portèrent désormais dans Texercice de leurs fonctions. Après avoir accordé une audience de congé au Conseil général des Hospices , le premier consul partit k 8 pluviôse (28 janvier), à six heures du matin : il avait demeuré dix-huit jours à Lyon.
Parmi les actes administratifs qui eurent lieu dans le Lyonnais après le départ de Bonaparte , il en est deux qui méritent d'être cités. Un arrêté des consuls accorda une indemnité de quatre cent mille francs aux propriétaires des maisons démolies dans le quartier de Bourgneuf en 1793 et en 179&; ce n'était qu'un conmiencement de justice , mais le Gouvernement entrait dans one bonne voie. Il interdit les jeux publics à Lyon; une ville de commerce aurait eu particulièrement à en souflrir, si le goût de ces plaisirs ruineux s'y était propagé. D'autres arrêtés pressèrent les travaux de construction des façades de Bellecour, du pont de l'Archevêché et du quai de la Baleine ; une pépinière départementale fut créée, et rendit bientôt de vrais services. Je dirai ailleurs tout ce que fit à Lyon le premier consul en faveur de la foi catholique.
S IIL Elle fut soumise à une importante épreuve par la présence de Pie VII dans la ville des saints évêques. Napoléon avait invité le pape à venir , à Paris , donner le sceau de la religion à la cérémonie du sacre et du couronnement du premier empereur des Français. Pie VII s'y détermina , moins peut-être pour condescendre à ce désir du successeur de Charlemagné que pour
pACis. On lisait sur le fef ers celte inscription : avspicb bosapartb intek gallos galloktm
RBPOTU CISALPini , ANTlQtVM FOBOVS RENOVANTES ; GENTEll SVAM LBGIBV8 CONOIDERVNT, LTGDTNI , ASmO X REIP. GALL.
De son côté le Comité du gouvernement cisalpin fit graver à Milan une médaille commémoralhre de la constitution. On voit au milieu la représentation figurée de la République cisalpine ; derrière , un génie ailé ; la ville de Lyon est indiquée par une antique tour carrée et deux fleuves , «4 ^ l'horizon est une chaîne de collim^s.
régler directement avec le chef de la France les grands intérêts de la religion : ce fut son motif principal. Beaucoup de causes lui faisaient redouter ce voyage : d'abord son âge et ses infirmités, puis la longueur et les difficultés de la route pendant la saison d'hiver. D'autres considérations se présentaient à son esprit : les longs scandales de la Révolution avaient répandu en Europe, et surtout à Rome, l'opinion que le peuple français était profondément impie ; n'était-il pas à craindre que des insultes ne fussent adressées au chef de la religion catholique ? aurait-il la faculté de rentrer dans ses états , si d'inévitables dissentiments s'élevaient entre lui et le nouvel empereur ? Cependant de graves motifs l'invitaient à ne point écouter ces appréhensions; malgré de pénibles préoccupations , Pie VII commença donc son voyage et entra bientôt sur le territoire français. L'accueil inespéré qu'il y reçut dissipa ses craintes et le combla de joie : de toutes parts les populations des villes et des campagnes se pressaient sur les pas du vénérable pontife , et lui prodiguaient des témoignages d'amour et de respect. Dauphinois, Francs - Comtois , Bourguignons , Lyonnais surtout , accouraient sur la route et se montraient avides de contempler un instant la physionomie douce et majestueuse du saint vieillard, ou à rencontrer son regard singulièrement vif et bon. Pie VII avait peine à se frayer un passage au travers de cette foule compacte : gens de toutes conditions, paysans, ouvriers, vieux soldats, enfants et vieillards, hommes de commerce et fonctionnaires , le saluaient des acclamations les plus vives , heureux s'ils parvenaient à baiser son anneau ou à toucher ses vêtements : ce voyage si redouté était devenu le triomphe de la religion chrétienne. Emu et ravi. Pie VII ne sentit plus ni ses infirmités ni les fatigues de la route; une révolution complète s'était opérée en lui. ^
Le pape était attendu à Lyon, le lundi 19 novembre. A l'heure
1. — Gazelle nationale, ou le Moniteur universel, novembre 1804. — Lettres d'un jeune Lyonnais (Ballauche) A un de »eê amis sur le passage de N. S. P. le pape Pie VII à Lyon le 19 novembre 1804 , et sur son séjour dans la même ville , les 17, 18 et 19 avril 1805 à son retour de Paris , suivies des discours adressés à Sa Saiutelé et d'une instruction sur les indulgences. £yo/i, Ballanche , 1805, in-8®. — Pie VU à Lyon , ou Récit de ce qui s'est passé de plus remarquable lors du passage de S. S. dans cette ville. Lyon, Rusand , 1804 , in-12. — Bulletin de Lyon , du 30 brumaire an XII.