PIB VII A LYON (1804). XIX® SIÈCLE
désignée, le chapitre , le lieutenanl-géncral Duhesme , le maire , le préfet et toutes les autorités civiles et militaires allèrent audevant de Sa Sainteté, accompagnés d*une foule immense. Des salves d'artillerie annoncèrent l'arrivée de Pie VII : il était quatre heures du soir ; les cloches des églises sonnaient à toute volée , même dans les quartiers les plus reculés. Une longue procession, composée du clergé de toutes les paroisses , s'était rendue à la métropole où se trouvait le cardinal-archevêque revêtu de ses ornements pontificaux. Mgr Fesch présenta l'eau bénite au pape , et le conduisit sous un dais que portaient quatre prêtres en dalmatiques. L'abbé JauiFret, premier vicaire général du diocèse, prononça un discours en latin , et Pie VII répondit dans la même langue. Conduit au palais archiépiscopal, le pape reçut les fonctionnaires et fut harangué par le général Duhesme, commandant de la dix-neuvième division militaire; par Vitet, président de la cour d'appel ; par Duguey t , président du tribunal civil ; par Sain-Rousset, au nom du corps municipal, et par Boissieux, procureur impérial auprès du tribunal civil. Le pape fut constamment gracieux et digne : ses paroles et son regard produisaient une émotion profonde. Il parut plusieurs fois sur le balcon de l'archevêché , et donna sa bénédiction au peuple qui encombrait le quai. Il y c^it , le soir , une brillante illumination de la cathédrale et des croix qui en dominent les tours.
Le lendemain 20 novembre. Pie VII, entouré de ses cardinaux, officia pontificalement dans l'église de Saint- Jean; il se rendit à midi sur la place Bonaparte, pour donner sa bénédiction au peuple , du grand balcon de la maison Henri. Il serait difficile de peindre la majesté du spectacle de la vaste place qu'occupait en entier le peuple de Lyon au moment où cette multitude, se livrant à un recueillement profond, s'agenouilla tout-à-coup pour recevoir les saintes paroles du Père des fidèles . De retour au palais , le pape donna audience à de nombreuses députations ; il fit très bon accueil à de pauvres religieuses qu'il avait secourues et protégées, quelques années auparavant, dans son évêché d'Imola où la tempête révolutionnaire les avait poussées. Pie VII continua le lendemain son voyage.Le cardinal Borgia, qu'il avait laissé très malade à Lyon , y mourut peu de jours après. On lui rendit tous les honneurs dus à son rang ; le corps demeura
exposé pendant trois jours dans la chambre ardente de Tarchevêché. M. de Bonnevie , chanoine de la métropole , prononça Toraison funèbre , et le soir un cercueil de plomb qui renfermait rillustre défunt fut déposé dans un caveau de la chapelle Saint-Michel.
Reçu à Paris comme un prince souverain , et magnifiquement accueilli par l'empereur, Pie VII avait vécu avec Napoléon dans les meilleurs rapports, quoiqu'il n'en eût pas obtenu tout ce qu'il aurait désiré dans l'intérêt de la religion chrétienne. Mais les points principaux avaient été réglés à leur satisfaction mutuelle ; la cérémonie du sacre avait eu lieu , le pape était pressé de retourner à Rome , et Napoléon d'aller se faire couronner roi d'Italie à Milan : tous deux firent leurs préparatifs de départ.
S rV. Napoléon était attendu à Lyon; il devait y paraître avec Joséphine dans toute la pompe de la majesté impériale : le préfet , le lieutenant -général commandant de la division , et le maire , se concertèrent pour donner à cette réception solennelle un grand éclat. L'empereur venait de Bourg, et c'est parle quai Saint-Clair qu'il devait faire son entrée. On éleva sur le chemin de la Boucle , à un kilomètre de Lyon , un arc de triomphe d'ordre dorique , décoré intérieurement d'ornements en bronze, de basreliefs allégoriques et de couronnes. Les triglyphcs étaient surmontés de la couronne impériale; on y voyait les lettres initiales des noms de Napoléon et de Joséphine, et on y lisait ces mots : « A Napoléon premier! » sur une majestueuse attique de laquelle un aigle , portant le buste de l'empereur , s'élançait les ailes déployées. On avait sculpté sur les deux portes latérales de l'arc de triomphe deux bas -reliefs qui représentaient , l'un l'union de l'Empire et de la Liberté, et l'autre la Sagesse, sous la figure de Minerve, distribuant des croix d'honneur aux braves , aux artistes et aux savants : deux statues , celles du Rhône et de la Saône, surmontaient ces bas -reliefs. Une autre statue , de grandeur colossale , représentait la ville de Lyon appuyée sur des ballots de marchandises , offrant d'une main ses clefe et tenant de l'autre un gouvernail. Cet arc de triomphe avait été érigé d'après les dessins de Chinard, Blanchard et Perlet ; les vers des inscriptions avaient été composés par M. Justinien Rieussec.
l'empereur napoléon a LYON (1805). — XIX* SIÈCLE. 1081
Ce beau monument élail entouré d'un corps nombreux de jeunes Lyonnais organisés en garde d'honneur el de la plus belle tenue ; leur uniforme était d'une grande élégance. Là se trouvaient les maires et le corps municipal ; un peu en deçà de l'arc de triomphe et près de la barrière Saint- Clair était rangé le corps des vétérans en station à Lyon , et vis-à-vis , les élèves du lycée et un corps de musiciens. Napoléon et Joséphine arrivèrent auprès de l'arc de triomphe le 1 0 avril 1 805 , à trois heures après midi ; le maire Parent présenta les clefs de la ville , et prononça deux discours adressés l'un à l'empereur , l'autre à l'impératrice. Il y eut le soir une illumination générale et vraiment brillante; l'Hôtel-de-Ville resplendissait de feux. On voyail sur la façade du Grand-Théâtre un aigle aux ailes déployées , qui emportait dans les cieux un médaillon représentant l'empereur; on avait placé aux deux côtés les emblèmes du travail et de la vigilance , et au milieu les bustes d'Antonin et de Plancus. Beaucoup de maisons particulières étaient ornées de transparents et d'ingénieuses allégories. Il y eut, à neuf heures du soir, un grand feu d'artifice : Napoléon mit le feu à la première pièce.
Le lendemain, jour d'audiences publiques, les membres du clergé furent présentés à leurs Majestés impériales par le cardinal-archevêque Fesch , les officiers supérieiu*s de la division par le général Duhesme , les généraux de brigade par le maréchal Bessière , les fonctionnaires civils par le préfet Bureaux de Puzy , les membres des tribunaux par leurs présidents, et le corps municipal par les trois maires. Napoléon reçut le Conseil général des Hospices , le président et les membres du Consistoire , et toutes les administrations civiles : il conversa avec les divers fonctionnaires de tout ce qui pouvait intéresser le commerce , les manufactures, la salubrité et les embellissements de Lyon, et se fit rendre compte de tout ce qui avait été fait dans la ville depuis son passage en 1802.
Le 22 germinal (12 avril) Napoléon sortit à cheval, à six heures du matin, parcourut la rive droite de la Saône jusqu'au confluent, fit un examen attentif de la presqu'île dont il témoigna désirer vivement le prompt remblai et l'assainissement, repassa le pont de la Mulatière , gravit les hauteurs de Saint-Just , des-
4082 XIX® SlâCLfi. — LYON sous NAPOLÉON.
cendit dans la ville , et alla aux Broteaux examiner les travaux d'endiguement du Rhône. Chemin faisant, il remarquait les positions qu'avaient occupées les armées assiégeante et assiégée au temps de Dubois-Crancé et de Précy , et faisait de lumineuses observations sur les opérations du siège : cette course dura fort longtemps. Rentré à midi , Fempereur reçut les députations des sociétés savantes, les administrations des bureaux de bienÊdsance , les maires , et les députations des villes voisines. Il y eut cercle le soir chez Fimpératrice ; la réunion fut extrêmement brillante. Napoléon causa beaucoup , et Joséphine fut, comme à l'ordinaire , très gracieuse.
L'empereur et Fimpératrice se rendirent le 23 , à une heure , en grand cortège au palais Saint-Pierre pour visiter l'exposition des produits de Findustrie lyonnaise ; ils trouvèrent sous les portiques leur garde d'honneur rangée en bataille, et dans Fintérieur du palais des groupes déjeunes filles vêtues de blanc , qui présentèrent une branche de laurier à Napoléon et une tige de roses à Joséphine. On avait établi dans la salle de Fexposition des velours , des satins , des damas , des étoffes de soie brochées d'or, des mousselines de Tarare , des chapeaux de soie de différentes couleurs , des vases , des coupes et des gobelets en cristal de la fabrique de M. Robichon , à Givors ; des échantillons de soie teinte en écarlate , et une infinité d'autres objets des fabriques lyonnaises. On remarquait, auprès des riches tissus moirés et des brocarts en or et en argent , les clefs de la ville qui avaient été offertes à leurs Majestés; elles étaient ornées d'ingénieux emblèmes ciselés d'après les dessins de Ghinard , et n'étaient pas moins remarquables par le fini de la main - d'œuvre que par l'éclat de la dorure : ce fut une grande fête pour la ville industrieuse. De la salle de l'exposition Napoléon se rendit dans la salle de peinture; il y était attendu par un groupe de jeunes filles de l'établissement de M"* Cosway. L'empereur examina la collection naissante de tableaux^ et promit de l'augmenter. Gomme il remarquait le portrait de La Salle , dessiné par de Boissieu , on lui rendit compte des services dont la fabrique de Lyon était redevable à ce génie inventif: Napoléon ordonna qu'un monument en l'honneur de La Salle fût placé au haut du grand escalier du Musée. Il visita Fécole de fabrication des étoffes , et