VÊPRES LYONNAISES. — \V\^ SIÈCLE
lii|ii£8. étaient autorisés à porter Fépée, on refusait cette permission aux calvinistes. Il y eut quelque chose de menaçant pour le parti réformé dans les réjouissances que le consulat ordonna dans la ville à Toccasion des victoires catholiques de Jamac et de Monconiour; aussi grand nombre de familles calvinistes s'empressèrent-elles de fuir à Genève et d'y transporter leurs biens, autant qu'elles en eurent la faculté; mais beaucoup restèrent. On vendait, avec Fagrément du roi, les propriétés immobilières de ceuK des protestants qui avaient été condamnés en divers bailliages , et surtout à Lyon.
Le récit officiel du massacre des protestants lyonnais existait dans le registre des actes consulaires , mais ce procès - verbal authentique des événements du temps présente ici une lacune significative : une main intéressée a enlevé dix feuillets. A-t-elle voulu soustraire à la postérité le tableau des atrocités auxquelles se livra la vengeance populaire , et les noms des acteurs princi • paux qui figurèrent dans ces scènes de carnage ? tout porte à. le présumer. *
Quelques écrivains contemporains , en position d'être parfaitement informés, auraient pu donner de précieux renseignements sur les Vêpres lyonnaises; mais ils étaient catholiques , et la vérité leur aurait trop coûté. Le jésuite Saint-Âubin , si violent et surtout si prolixe quand il raconte les mutilations et les profanations commises par les protestants dans les églises, n'a rien à dire sur le massacre des hérétiques; il passe au rétablissement des foires dans la ville. Le doyen de Beaujeu , Paradin de Guyseaulx , n'est guère moins bref: « Et huit jours aprèi» « (la Saint-Bar thélemi), le même massacre fut faîct à Lyon; « je n'ay rien à dire là-dessus , ajoute Paradin , sinon que ce fut «< un effet de leur révolte , de leurs attentats , et de l'hérésie , « qui en vérité sont des malheurs infiniment plus funestes : je « me dispense de m'en expliquer davantage. » Ténxoin et acteur dans quelquesruns des événements qui précédèrent les assassinats , jMTocureur de la ville, et à la source des renseignements , Claude Rubys aurait eu beaucoup à raconter, mais il se garde bien d'en rien faire : « Et fut suyvie (la Saint-Barthélemi) par
1 . — Le folio 144 , qui a été épargné , contient la fin dA détails de IVxéculion.
686 XVl^ SIÈCLE. GUEERES DE RELIGION A LYON.
« les Vespres lyonnoises , dit-il , fidctes le dimanche suyvant « 31 d'aoust à l'heure de vespres, des particularités desquelles c< je ne peux et ne veux rien dire, parceque j'estoys à Paris... » et en effet , Rubys n'en dit pas davantage. Le jésuite Colonia ne s'est aussi souvenu , dans son histoire , que de la dévastation des églises de Lyon par les protestants , qu'il raconte longuement; il ne sait rien des massacres du M août t562 : telle est la justice que les victimes ont trouvée chez les anciens historiens de Lyon. Mais un écrivain exact ei éloquent devait défendre la cause de la véritable religion et de l'humanité : de Thou a raconté les Vêpres lyonnaises avec d'amples détails ; c'est sa parole que je ferai entendra '. Après avoir parlé du massacre des protestants en divers lieux, le sage historien s'exprime ainsi : *
1. — H. Rabanis a fait de ces pages mémorables de de Thou une traduction qu'ont reproduite MM. Péricaud ( Notes et documents , 51 août 1572)etMoriD (Histoire de Lyon , V, 253) ; e!le n'est cependant ni très exacte ni complète. J'emprunterai à M. Péricaud quelques-unes des notes dont il a accompagné la traduction de M. Rabanis.
2. ^ Quelque soin que j*aie apporté à faire une traduction littérale et fidèle , le texte original de de Thou est trop important pour que je puisse me dispenser de le reprotluire ; c'est un document capital :
« Maxima longe omnium Lugduui laniena édita est. Nam in ea urbe , ut populosissîma , confestim portis clausis complures capti et in vincula conjecti jussu Francisci Mandeloti , pnefecti , sub specie, sicuti aicbat , ut cuslodia regia cos a populi rabie tueretur : muiti tamen , dum a seditiosis quasi in carcerem ducuntur , in TÎcorum obscurorum compitis inlerfecti , et slalim in Ararim et Rliodanura praecipitati , Boidono (1) quodam omnî seelcrum génère cooperto prxcipuo duce et iocitalore , qui postea dignum wïix exitum sortitus est , Claromontii in Arvcrnis capilali judicio afTcctus. Tridunm in diripiendis œdibns aut vesligandis suspectis insumptum est ; quo exacto , Veneris die IV kal. sept. Duperatius Lugdunensis (2) civis , sed nuper concliyliatorum equitum torque donatus, jam a multis annis, postquam indignis communicari cœpit , vilcsccnle Iiujns ordinis décore , a regina Teuit , cum mandatis fiducinriis , adjunctis ellam Claudii Rubii et aliorum urbis aedilîum, qui Luletis et in aula res Lugdunensium procurabant « hominum ejusdem farUue , Hteris ; quibus quid Luteti» actum esset nuntiabatur , addito vellc ac jubere regem ut Lugdunenscs Parisiensium exemplum sequerentur. Mandelotus , homo prudens , quamvis Guisianae factioni addictus crederelur , tamen ad rei atrocilatem cohorruit , et ab insianli seditionum multitudine aliquot dierum induciis impeiralis , dum deliberaret , ut literae a rege , quas se in horas cxspectare aiebat , affcrrentur , intérim publico praeconio edicit ut protestantes omnés ad praetoris ssdes se sistant, ab illo de régis voluntale coguituri. Miseri e latcbris coati -
(I) Boidoii éiait capiisine de la milice Ijronnaisr. ensuite récompenté en Ini accordant la lieulenanee
(9l Est-ce bien de Maurice du Peyral que parle de du roi au gouTemement du Lyonnais. A quel ftgc an-
Thou? Né en iWH , il n'avait que dix-sept ans A l'é- rait-il donc été nommé ehevalier de l'ordre de Saint-
poque de la Saint-Barlhélemi. Ce n'est pas un enfant Michel?
qu'on aurait chargé d'un tel message , et qu'on aurait