ÉCOLE LA MARTINIÊBE. XIX® SIÈCLE
tiqaes I , la physique générale, la mécanique élémentaire, le dessin linéaire, la théorie de la fabrication des étoffes de soie, en un mot les sciences qui peuvent le mieux servir l'ouvrier dans la carrière dont il fera choix plus tard. L'âge tendre des enfants qui y sont admis est celui où il importe le plus à Fartisan de prendre des habitudes d'activité et d'ordre : considérée sous ce point de vue , l'influence de l'école préparatoire de la Martinière sur la morale publique n'est pas moins grande que son action sur les progrès de l'industrie.
C'est en servant un drapeau ennemi que Claude Martin acquit ses honneurs et sa fortune , l'inflexible histoire ne le taira point; mais elle fera une large part aux circonstances et pardonnera aa major-général, en considération du bel usage qu'il a fait de ses trésors : il y aurait un grand puritanisme , surtout chez un écrivain lyonnais, à réprouver avec amertume une action mal connue dans ses détails , et qui s'est accomplie à de si longues distances. Les torts de Gaude Martin ont été contestés , d'ailleurs , et , en tout état de cause , ne doivent pas être jugés avec trop de rigueur; les bienfaits dont Lyon est redevable à cet homme de génie sont manifestes, immenses, et auront une durée indéfinie. Napoléon, qui se connaissait en patriotisme , autorisa la ville de Lyon à accepter le legs qui la concernait ; il voulut qu'en témoignage de reconnaissance, le préfet du Rhône, pour satisfaire au vœu émis par le Conseil municipal, fit faire une statue en pied et un tableau destinés à représenter l'illustre major -général. Après trente-cinq années d'attente , la statue a été exécutée enfin par l'auteur de Spartacus , M. Foyatier : Claude Martin est représenté debout , une main sur son cœur , et tenant de l'autre son testament. Ce beau monument devait décorer la place Saint- Pierre , paroisse qui vit naître Claude Martin; il a été déposé provisoirement sous l'un des arceaux de la galerie orientale du Palais des Arts : sa destination la plus convenable est l'école de la Martinière. -
i, — Exposition d'une ooaTclle méthode expérimentale appliquée à l'enseignement populaire des sciences industrielles , et désignée sous le nom de Méthode manuelle , par Henri Tabareau.
S. — Telle était Popinion de Napoléon. Après avoir autorisé la ville de Ljon à accepter le legs du major-général, il dit : « En reconnaissance des bienfaits du testateur, le préfet du
§ V. On vient de voir ce que fut l'éducation publique sous Napoléon ; les sciences et les lettres ne demeurèrent point stationnaires, et l'année i 800 fut pour elles une époque mémorable; supprimée depuis huit ans , TAcadémie reparut sous le titre d'Athénée. Le préfet Veminac eut l'heureuse pensée de cette restauration : après avoir fait revivre la cité industrielle , il s'occupa d'organiser un lieu de réunion pour les hommes d'intelligence. Beaucoup de membres de l'ancienne Académie habitaient Lyon , ils formèrent naturellement le noyau de la nouvelle société savante. Verninac la consulta ; on discuta un projet de règlement, et quand tout eut été convenu, un arrêté du préfet instituai au mois de juillet de l'année 4800 , sous le titre d'Athénée , une Société libre des sciences , lettres et arts. Elle se composa , lors de sa formation, de quarante-cinq membres titulaires , d'émuler, d'associés libres et d'associés honoraires ; une séance particulière eut lieu le lundi de chaque semaine, et le public fut admis, deux fois l'année, aux réunions de la Société. L'Athénée proposait des sujets de prix ; il élut Veminac président , le comte de Laurencin vice - président , Roux secrétaire pour la classe des sciences, et Bérenger secrétaire pour la classe des lettres*. On était avide des jouissances de l'esprit , au sortir des temps affireux qu'on venait de traverser; aussi tous les honunes de
Rhône, conformément au vœu du Conseil municipal, fera exécuter aux frais de la cité une statue et un tableau destinés h représenter le général Martin. Cette statue et ce tableau seront placés dans le bâtiment où l'on établira l'institution fondée par le général Claude llartio , et dont l'Académie de Lyon donnera le plan. Au bas de la statue ou gravera une inscription semblable à celle qui doit être mise sur la porte de la maison d'institution , conformément au vœu du testateur. Celle maison sera acquise ou construite sur la place Saint-Saturnin , pour exécuter complètement la dernière volonté du testateur, et pour que sa mémoire soit honorée aux mômes lieux où l'on bénit son enfance. » (Bulletin de Lyon, 24 floréal an XI). Le Conseil municipal , le i«r germinal an VI, avait voulu placer la statue sur la voie publique et le tableau an Musée ; celte délibération fut cassée par un arrêté des consuls du 12 floréal an XI. En 1840, l'administration municipale décida de nouveau que la statue serait érigée sur une place publique (celle de Saint-Pierre); le Censeur s'éleva contre celte détermination (numéros des 15 , 19 et 20 juillet 1841 ) ; Revne du Lyonnais , tome XVIII, p. 90 ( 1843).— Voyex aussi l'opuscule suivant : Rapport {h l'Académie) sur les honneurs à rendre A la mémoire du majorgénéral Cl. Martin , par de Poliniére. Lyon , 1840 , in -8*.
1. — Règlement de l'Athénée établi à Lyon le 24 messidor an VIII , et liste des mombres qui le composent. Lyon, Ballanche et Barretf in-4^.
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qaelqae valeur dans les lettres et dans les sciences recherchèrent-ils avec le plus vif empressement un fauteuil à TAthénée. Le vieux Ducis, Fontanes, La Harpe, Claret de Fleurieu, J.-B. Say , Delisle de Sales et d'autres écrivains distingués adressèrent au président leur adhésion , qu'ils accompagnèrent des paroles les plus fibtteuses. Suivies avec régularité , les séances de la compagnie présentaient le plus vif intérêt; on y entendait fréquemment des hommes d'un grand mérite , Martin l'ainé , Bérenger, Mollet, Guerre, Delandinc, Marc -Antoine Petit, Gilibert , l'illustre Ampère. (Martin jeune, Grognier, Sainte- Marie et Dugas-Montbel y parurent quelques années plus tard). En 1802 on supprima la classe des émules, ainsi que celle des associés résidents, et on créa la section des émérites; la compagnie reprit son ancien titre d'Académie. Elle accueillit avec une grande distinction les savants italiens qui faisaient partie de la Consulta cisalpine : ils entendirent, dans la première séance à laquelle ils assistèrent , l'éloge de Dolomieu , par M. d'Eymar , préfet du Léman, et une épitre en vers à l'abbé Delille , par Bérenger. Volta répéta devant la compagnie ses expériences célèbres sur l'identité des fluides électrique et magnétique, et il multiplia les preuves au moyen du condensateur de son invention. Ampère lut un mémoire en deux parties : l'une contenait une explication nouvelle des phénomènes de l'électricité , l'autre étudiait Tinfluence de l'électricité sur les affinités et la théorie de la lumière et des couleurs. Une autre bonne fortune était réservée à l'Académie : dans la séance du 7 juin 1803 (48 prairial an XI) , Bérenger fit hommage à la compagnie , au nom de M. de Chateaubriand , alors à Lyon, d'un magnifique exemplaire de la nouvelle édition du Génie du Christianisme qu'accompagnait la lettre suivante , un des titres les plus précieux de notre histoire littéraire : « Messieurs , depuis longtemps lyonnais par ce le cœur, la place qui me rapproche aujourd'hui de votre digne « archevêque* m'a presque rendu votre concitoyen ; c'est à ce « litre que j'ose vous présenter mon faible ouvrage , en le sou- » mettant à vos lumières et à votre indulgence. L'église de Saintn Irénée fîit le berceau du christianisme dans les Gaules , et «« cette même église a sauvé la foi dans les derniers jours de nos «( calamités. La cendre des martyrs de Lyon a été jetée deux fois
« dans le Rhône , et deux fois la religion est sortie de cette « semence sacrée. Le Génie du Christianisme est donc ici dans « sa véritable patrie. Mais, en tous faisant l'honmiage de mon « livre, je n'ignore pas, Messieurs, que je l'expose à une dan- « gereuse épreuve; car, plus vous êtes persuadés de Timpor- <i tance du culte de nos pères , plus vous sentirez combien je « suis demeuré au-dessous de mon sujet. J'ai l'honneur d'être, « Messieurs , avec la plus haute considération , votre très humble « et très obéissant serviteur , Chateaubriand. »
Après avoir lu cette lettre, Bérenger proposa de nommer, séance tenante , M. de Chateaubriand membre associé de l'Académie, quoique le grand écrivain n'eût pas demandé cette distinction. L'infraction à une disposition expresse du règlement était formelle , mais une exception si bien motivée ne préjugeait rien pour l'avenir. M. de Chateaubriand fut nommé associé de l'Académie , après une discussion qui présenta ses titres magnifiques dans tout leur jour.
Deux années plus tard , le 1 2 avril 1 805 , une députation de l'Académie fut présentée à Napoléon; Bérenger adressa un discours et complimenta en vers l'impératrice Joséphine. Napoléon s'informa de l'organisation et des travaux de la Compagnie , et parut prendre intérêt aux réponses qu'il reçut. Il s'entretint assez longtemps avec les académiciens ; Laurencin appela beaucoup son attention sur l'avenir de la presqu'île Perrache. Un grand dignitaire de l'Empire , Lebrun , assista à la séance du 20 décembre 1809; Bérenger le complimenta en vers et en prose. Eynardlut un rapport sur les inventions industrielles qui avaient obtenu le prix utile fondé par le prince , auquel il présenta les hommes qui avaient obtenu cette distinction : c'étaient Jacquard, Breton , Colas et le teinturier Gonin.
A l'histoire littéraire de Lyon sous le Consulat et sous l'Empire il convient de rattacher les noms de quelques écrivains, enfants de la cité ou membres de l'Académie, qui ont parcouru à Paris leur honorable carrière ; Lyon ne les a point perdus de vue, et s'est toujours intéressé à leur gloire. Un d'eux, Pierre- Simon Ballanche , que les lettres ont récenunent perdu,. a pris un rang distingué parmi les écrivains contemporains; homme de