‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 96 sur 364 · SECONDE ABDICATION DE NAPOLÉON. — XIX^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

SECONDE ABDICATION DE NAPOLÉON. — XIX^ SIÈCLE

peu de jours après le maréchal Sucbct révoqua celte mesure , devenue inutile. Lyon envoya ses députés à la chambre des représentants : c'étaient Je général Jomard, et MM Vouly , Dulac , Bissardon, Perrier, Gras, et Sauzey , avocat à Villefranche. Le 26 mai , Madame mère et le cardinal Fesch arrivèrent à Lyon ; Tarchevéque reprit possession de son palais.

Cependant la guerre allait éclater de nouveau; on organisa un corps de fédérés avec un succès médiocre. Quelques dispositions militaires furent prises pour mettre Lyon en état de résister à un coup de main ; on l'entoura d'une ligne de circonvallation en terre , et quatre mille ouvriers , aidés par le concours volontaire d*un grand nombre de paysans , travaillèrent aux redoutes. Le temps manquait pour faire davantage , et, le 48 juin , la désastreuse journée de Waterloo mit fin à ces préparatifs : l'Empire était tombé pour ne plus se relever.

On apprit le 24 , à Lyon , l'abdication de Napoléon par les proclamations du préfet du Rhône , Pons de l'Hérault , et du commandant de la division , le général Dulauloy. Il y avait une grande exaspération parmi les classes ouvrières, et surtout parmi les soldats : on parlait de proclamer Napoléon IL Le général autrichien, baron de Frimont, s'avançait vers Lyon avec une armée de soixante mille hommes que Suchet ne pouvait contenir. Mouton-Duvernet avait fait de vains efforts pour prolonger la résistance; une impérieuse nécessité commandait de l'abréger: il n'y avait pas d'armes. Un armistice fut demandé et accordé aux délégués du maréchal Suchet, le lieutenant-général Puthod , le préfet , le maire et l'adjudant-commandant Ricci. On décidii que les faubourgs et les têtes des ponts des Rroteaux et de la Guillotière seraient livrés le 1 5 juillet, et que l'armée autrichienne ferait, le 17, son entrée dans Lyon. Le lendemain de la capitulation , deux officiers autrichiens avaient été envoyés dans la ville pour s'entendre sur certains détails de l'exécution de la convention : leur présence causa une vive effervescence parmi le peuple ; ils coururent de véritables dangers , et il fallut de grands efforts pour les protéger contre la fureur d'une multitude qui ne se possédait plus. Elle se rua sur quelques maisons dont les habitants s'étaient fait connaître par Texaltation de leur royalisme ; des hommes du peuple brisèrent tout ce qui tomba sou s

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leurs mains, et jetèrent le mobilier par les fenêtres. Le peu de troupes françaises qui se trouvaient à Lyon firent leur retraite sur risère : c'étaient des canonniers et des tirailleurs de la garde impériale. M. de Chabrol se remit en possession de Thôtel de la Préfecture. L'armée autrichienne entra dans Lyon le 17 juillet , à six heures du soir , et le drapeau tricolore céda de nouveau la place au drapeau blanc sur le dôme de THôtel-de-Ville.

Moins circonspects qu'en 181^, les étrangers abusèrent de leurs succès et traitèrent Lyon en ville conquise; leurs exigences et leur insolence allaient croissant chaque jour. Us frappèrent la la ville de réquisitions énormes , et ne consentirent à quelque réduction qu'avec beaucoup de peine. Lyon , une fois encore , se trouvait dans une situation fort critique.

De nouvelles élections envoyèrent à la Chambre MM. de Noailles, d'Albon, de Fargues, de Cotton et Magneval.

$ III. Â l'immense malheur de l'occupation étrangère , trop peu senti par le parti triomphant, se joignit bientôt celui de l'esprit de réaction. Préoccupés par les souvenirs du 20 mars , et certains désormais que rien ne saurait les troubler dans la pleine jouissance de leur victoire , les hommes qui étaient au pouvQir sévirent avec rigueur contre les bonapartistes humiliés et abattus. Un arrêté du préfet Chabrol mit la dénonciation à l'ordre du jour : il invita les habitants de Lyon à signaler à l'autorité ceux qui, par leurs discours, leurs paroles ou leurs actions, troubleraient l'ordre public ; un autre proscrivit sous des peines sévères la cocarde et le drapeau tricolores , ainsi que tous les emblèmes du gouvernement déchu. Une partie des Lyonnais fut traitée avec une injurieuse défiance; on parlait beaucoup chez les fonctionnaires de complots tramés dans l'ombre , et de la nécessité de déconcerter les incorrigibles ennemis des Bourbons par un châtiment exemplaire. Ces menaces et ces craintes n'étaient pas entièrement dépourvues de fondement ; des hommes exaltés , comme il s'en trouve toujours dans les grandes vUles après une révolution, servaient parleurs imprudentes et coupables intrigues le mauvais vouloir des agents de l'autorité. Mais ils n'avaient ni influence ni crédit; ils ne pouvaient jamais compromet Ire sérieusement la paix publique, et l'unique résultat possible

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de leurs inoftensives machinations , c'était la perle de quelques malheureux. Compromis dans un complot de cette nature au commencement de Tannée 1 816 , complot qui n'eut pas même un commencement d'exécution , Jean -Paul Didier se réfugia dans le dépaPiement de l'Isère, parcourut les campagnes, et recruta des adhérents parmi ses compatriotes : il était dauphinois , et avait assisté dans sa jeunesse à l'assemblée de Vizille. Le 5 mai y suivi de quatre à cinq cents paysans, Didier marcha sur Grenoble, ville dans laquelle il avait des intelligences, et ne réussit point à y pénétrer : le lieutenant-général Donnadieu , qui ia commandait , déjoua avec peu d'efforts le complot bonapartiste. Un détachement de la garde nationale et de la garnison de Lyon était parti le 7 pour combattre les insurgés, mais son concours ne fut pas nécessaire. Didier, fugitif, était parvenu à se réfugier en Savoie ; mais le gouvernement sarde le livra. Traduit devant ia Cour prévôtale de l'Isère, Didier fut condamné à mort avec vingtun de ses complices : le télégraphe transmit Tordre d'exécuter immédiatement ces malheureux. Ce complot, si cruellement puni, avait-il des ramifications à Lyon? on Ta dit, mais on ne Ta point prouvé.

Un gracieux épisode vint suspendre pendant un moment les haines de parti : une jeune et spirituelle princesse , issue du sang royal de Naples , mais française par la vivacité et l'amabilité de son caractère , avait épousé le duc de Berri , et allait en France rejoindre son époux. Elle fit son entrée à Lyon le 8 juin 1816, à deux heures de Taprès-midi : un arc de triomphe avait été érigé à trois kilomètres du pont de la Guillotière. S. A. Rfut complimentée par le gouverneur ; elle monta dans une calèche avec la maréchale de Reggio, sa dame d'honneur, et Madame de la Ferronnays , sa dame d'atour : on la conduisit au château du Vivier, où elle se reposa quelques instants. Puis ia duchesse et les dames de sa suite entrèrent dans une voiture de parade , attelée de chevaux blancs richement harnachés, et arrivèrent au pont de la Guillotière au travers d'une double haie formée par les troupes de la garnison et par la garde nationale. Un autre arc de triomphe avait été élevé sur la place de la Charité : le maire , entouré de son Conseil municipal , se trouvait auprès de ce monument; il adressa un discours à la duchesse. Au palais de

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rArchevêché , Madame de Berri fut reçue par cent dames lyonnaises et trente demoiselles : on la conduisit dans ses appartements, et les vins d'honneur lui furent présentés. Après le diner, il y eut réception officielle; la jeune princesse eut beaucoup de succès.

Le lendemain on lui fit voir la ville ; elle alla en calèche au confluent du Rhône et de la Saône : le gouverneur et le préfet l'accompagnaient. Au retour de cette promenade , la duchesse se rendit à THôtel-de- Ville et de là au Musée ; elle fut reçue par les membres de la Chambre de commerce , qui lui firent hom* mage d'une corbeille remplie de châles et des plus riclies étoffes des fabriques de Lyon. Madame de Berri quitta son chàle , et avec une grâce charmante se couvrit d'un de ceux qu'on lui présentait ; elle fit choix d'une étoffe , et voulut qu'on lui en fit immédiatement une robe qu'elle porta le soir même au théâtre. On avait disposé pour elle et pour sa suite une loge richement décorée , et divisée en deux compartiments : le spectacle se composait de la Partie de chasse de Henri IV , d'une pièce de circonstance intitulée le Berceau de Henri IV , et d'une cantate. L'affluence était considérable , et le coup d'œil ravissant.

La duchesse quitta Lyon le 10 juin , à dix heures et demie du matin, accompagnée par un brillant cortège; M. Godinot, premier adjoint, la complimenta à sa sortie de Vaise. Toutes les communes que traversait la voiture de Madame de Berri avaient dressé sur leur limite des arcs de triomphe en feuillage ; Tarare para ses maisons de ses mousselines. La duchesse gravit la montagne à pied, suivie d'un groupe de paysannes qui chantaient des airs du pays. Deux jours après , le duc d'Angouléme arriva sans pompe à Lyon, reçut les visites officielles, et se rendit le 13 à Grenoble. *

Lyon eut bientôt après un doidoureux spectacle: le lieutenantgénéral Mouton-Duvernet avait été un des premiers à se rallier à Napoléon , au retour de l'ile d'Elbe ; après Waterloo , il proposa

1. — Le duc avail promis de revenir bientôt ; il Uni parole el arriva à Lyon le 3 août , ao retour de son excursion en Daupbiné; il passa en revue la garde nationale et les troupes de la garnison , et accepta un banquet sptendide Si t'Hôtel-de-Ville. S. A R. prolongea son séjour jusqu'au 6.

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