‹ Histoire de la ville de Mussy-l'ÉvêqueChapitre 4 sur 133 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

GOUVERNEMENT DE I,\ nOURGOGNE

En 406 et 407, les Burgundes ou Bourguignons passent le Rhin et occupent le pays des Lingons dont Mussy faisait partie. — Mussy fut eompris dans la Bourgogne jusqu'à la fin du dixième siècle. — Preuves à ce sujet. — Princes qui gouvernent ce pays. — I^es ducs de Bourgogne, à la lin du dixième siècle, n'avaient de droit sur Mussy que comme seigneurs de partie de la terre. — Arcliidiaconé du l.assois. — Mussy n'a pas fait partie du comté de Bar-sur-Seinc. — Saint Valentin, né dans le Lassois. — Miracles de saint Vorles à Plaines, etc. — Défenses du clergé au sujet des étrennes ou récréations ir^ipies. — Repas des Francs. — Gérard de Uossillon à I.atiscum, ou Mont-Saint-Marcel. — Bataille qui aurait eu lieu entre ce comté et Charles le Chauve. — Doutes à ce sujet. — Fondation de Tabbaye de Pothières. — Invasion des Normands. — Craintes sur la fin du monde, en Tan 1000. — Horrible famine, de 1028 à 1032. — Chêne planté, depuis le onzième siècle, î\ Cunfin. — Origine du surnom : Bourguignon salé.

Mussy faisait partie du Lassois, canton du pays des Lingons, lorsque les Burgundes ou Bourguignons passèrent le Rhin, en 406 ou 407, au nombre de quatre-vingt mille. Ces peuples s avancèrent peu à peu vers la Saône et le pays Langrois ; ils s'emparèrent successivement, en 413, de cette contrée, de TAutunois, de TAuxerrois, etc.. Leur joug était moins pesant que celui des autres barbares. Leur nom serait tiré, selon les uns, du latin : à Bufgis passim struc-

tis{\); selon d'autres, dune Ile de la mer Raltique, nommée Burgunder-Holmer. Cette dernière opinion serait celle de M. Roget de Belloguet qui, après avoir exposé dans ses questions Bourguignonnes, qu il existe une île des Borgund dans la Scandinavie, ajoute que Bor et Buri sont des noms consacrés par FEdda ; que Fun est le père et l'autre laïeui d'Odin ; que Bor et Byr signifient le vent, dans les vieux dialectes de Suède et de Norwège, et Kunder, un fils, au pluriel, Kûnder ; que la forme Scandinave Bor Kunder^ Burgunder, peut se traduire par les enfants de Bor, ou par les fils du Vent, parce qu'ils étaient poussés par les vents, de rivages en rivages.

Les Bourguignons étaient, suivant cet auteur, véritablement un peuple germanique et vandale, qui avait reçu, par conquête, un élément Scandinave, lequel avait imposé ses croyances religieuses ; et ce peuple aurait reçu encore, par l'adoption de ses esclaves, un élément romain, ce qui peut seul expliquer une partie des faits dont se compose son histoire.

Pour la désignation des souverains qui, depuis l'invasion, ont gouverné la Bourgogne, nous nous bornerons à rapporter ce qu'on lit à ce sujet, dans l'ouvrage publié en 1843 par Bouillet. L'auteur rapporte d'abord que Gondicaire fut le premier roi Bourguignon, de 411 à 435, et que Gondioc, Gondemar P*", Chilpéric, Godégisile, Gondebaud , Sigismond et Gondemar II, furent ses successeurs de 435 à 534 ; puis il s'exprime dans les termes suivants : »♦ Déjà Clovis •• avait soumis les Bourguignons à un tribut ; ses fils expul- •* sèrent Gondemar et réunirent la Bourgogne à l'empire

(I) Rossignol, Histoire de Beaune ; Amédée Thierry, Tableau de vampire romain, \Wi\ Demangin, Diocèse de Langres, Z \o\. in-12, i765; Olivier de Lamarche, Panthéon littéraire.

« des Francs. Sous les Mérovingiens elle fut tour à tour ♦* soumise aux rois de Neustrie et d'Austrasîe, ou au roi •* unique des Francs ; ou bien elle fut presque indépendante •• sous un raaire particulier. Charlemagne érigea la Bour- «* gogne en duché, et en donna le gouvernement d'abord à M un seigneur, nommé Sanson, qui fut tué à la bataille de •• Roncevaux ; puis à Hugues, son fils naturel. Lors du dé- ^ membrement de l'empire de Charlemagne, la Bourgogne «• fut scindée en diverses parties et se forma : P au nord, du «« duché de Bourgogne, composé de presque toute la Bour- « gogne propre, et comprise entre le Rbône, le Jura et le «• Rhin ; 2° au sud, du second royaume, qui se partagea en

- Bourgogne Cisjurane et Bourgogue Transjurane. n

^ De 884 à 1001, le duché de Bourgogne appartint à ** des princes issus de Robert-le-Fort, Thierry, Richard- " le-Justicier , Raoul , roi de France, Huguesle-Blanc, »* Henri, frère de Hugues-Capet. Après ce dernier, le <• duché de Bourgogne fut pendant trente ans réuni à la «* couronne (de 1002 à 1032). Robert-le- Vieux, fils du roi *« Robert, commença alors une deuxième maison des ducs

- de Bourgogne qui finit en 1361. •»

Nous lisons dans Vignier ; «« A la mort de Raoul, en »• 936, Hugues, surnommé le Blanc, et Louîs-d'Outremer,

«* roi de France, ayant craint que Hugues-le-Noir ne vou- •• lut monter plus haut quau rang de duc, allèrent Tassiéger «* dans la ville de Langres. Puis, par un accommodement « passé en présence du monarque, en 936 ou 937, le duché •• de Bourgogne, qui était alors fort grand, fut partagé en •• deux, de telle façon que les villes et les comtés, qui «* étaient les plus proches de Paris, comme Sens, Auxerre,

- Tonnerre et le Tonnerrois, Bar-sur-Seine et Bar-sur- *» Aube advinrent à Hugues-le-Blanc ; et que ce qui était «• depuis Mussy, en remontant jusqu'à Mâcon, inclusive-

•• ment, entre la Saône et la Loire, fut à Hugues-le-Noir •• en qualité de duc. »»

Le manuscrit de Vignier porte en outre que la portion de Hugues-le-Blanc était tombée à Hugues-Capet, son fils aîné, qui depuis fut roi de France (987). Ce monarque la réunie à la couronne.

Ce serait donc vers 987 ou quelques années plus tard que Mussy aurait cessé de faire partie de la Bourgogne, pour passer dans les Etats du roi de France, province de Champagne.

A cette époque le comté du Lassois, dont il n*est plus fait mention au commencement du onzième siècle, avait été divisé et avait servi en partie à fortner ou accroître les comtés de Châtillon-sur-Seine, de Tonnerre et de Bar-sur- Seine, auxquels Mussy ne fut point rattaché ; sans doute parce que les évoques, qui étaient alors seigneurs temporels ou féodaux dans toute Tétendue de leur diocèse, et avaient droit de souveraineté dans leurs fiefs, conservèrent cette ville pour laquelle, en leur qualité de grands vassaux, ils ne relevaient que du roi(l). Rien, en effet, ne fait connaître que les évêques de Langres aient jamais rendu hommage SLU^ comtes de Tonnerre ou de Bar-sur-Seino, ni aux ducs de Bourgogne ou aux comtes de Champagne, pour la terre et seigneurie de Mussy. L'on voit, au contraire, dans l'histoire des évêques de Langres, par labbé Mathieu, et dans une charte de 1308, que les ducs de Bourgogne, les comtes de Champagne et ceux de Tonnerre, rendaient hommage à

(J) Les évêques curent parlic du Lassois (abbé Mathieu, vol. VI, p. 159 de son.niaDUScnl). Les Sci{;ncurs se partagèrent les villes et les châteaux qui devaient appartenir au souverain. (Henri Martin, vol. III, p. 257.)

ces évoques, pour Châtillon-sur-Seine, pour Bar-sur-Seine et pour Tonnerre (1).

On lit d'un autre côté, dans Brussel, Usage des fiefs, que l'évêque Guy Bernard rendit au roi un hommage direct, le 11 mai 1464, pour tous ses fiefs et pour la temporalité de Tévêché de Langres.

M. Roget de Belloguet, dans ses questions bourguignonnes, fait remarquer que Langres se détacha de la Bourgogne dès le neuvième siècle, et fut par suite regardé comme Champagne, Charles-le-Gros ayant reconnu Timmédiateté de ses évêques (2).

D'après Brussel, déjà cité, vers les onzième, douzième et treizième siècles, Châtillon-sur-Seine et tout ce qui s'appelait le bailliage de la Montagne n'était point un membre du duché de Bourgogne, mais un fief particulier que le duc de Bourgogne tenait de l'évêque de Langres. Cet auteur rappelle que Tévêché de Langres ne faisait point partie du comté d^ Champagne (3).

Comme possesseurs dans l'origine du territoire de Mussy, les ducs de Bourgogne ont pu prétendre à quelques droits de ressort ou de souveraineté sur cette ville ; mais on lit, dans louvrage imprimé de labbé Mathieu, que saint Louis aurait statué en 1248 en faveur des évêques, pour des droits

(\) En 1239 et 1268, hommage h Tévéque de Langres, par le comte de Champagne, pour la terre de Bar-su r-Seinc.

En )2ÔS, hommage au même ëvéque, par le duc de Bourgogne, pour Chûtillon-sur-Seine.

En 1308, les comtes de Tonnerre rendirent hommage au môme évoque, pour leur comté qui, dès le neuvième siècle, faisait partie des domaines de Langres, de qui ils le tinrent depuis en fief. {Carlulaire ijénérai de CYoniie, vol. ^^ p. 29.)

(2; Questions Bourguignonnes dans Courtépéc, vol. 1", p. 214. Edition de 1848.

iôi Voir rarliclc 52 de lu Coutume de Chàtitlon-sur-Seinc de 1371.

contestés par les ducs, sur Mussy et Châtillon (1). Nous n'avons pu découvrir cette décision royale.

Delamothe, auteur châtillonnais, a induit de ce que les successeurs de Thibault, comte de Champagne, auraient rendu hommage au duc de Bourgogne en 1282, au ru d'Augustines, près du monastère de la Gloire-Dieu, à la limite des territoires de Mussy, de Plaines, de Courteron et d*Essoyes, que le duché de Bourgogne s'étendait, à cette date de 1282, jusqu'à ce même ru d'Augustines, en telle sorte que Mussy semblerait avoir encore fait alors partie de ce duché.

Cette induction n'est aucunement fondée, attendu que l'hommage rendu en 1282 au ruisseau d'Augustines, n'était que l'exécution de conventions remontant à une époque antérieure à 1143 , que ce ruisseau pouvait être alors, c'està-dire avant 1143, pour l'un des quatre territoires auxquels il est coutigu, la limite du duché de Bourgogne, sans l'être pour le territoire de Mussy. En effet, les ducs prétendaient à un droit de souveraineté sur Essoyes, pays contigu au ru d'Augustines, parce que ce pays leur aurait appartenu avant 1 189 ; mais il fut reconnu dans les Grands Jours de Champagne (2), en 1284, que le fief d'Essoyes relevait du comté de Troyes, et non du duché de Bourgogne.

Nous pensons donc que l'opinion de Delaraothe ne peut porter atteinte à la nôtre, pour ce qui concerne Mussy, que nous avons considéré comme ayant cessé de faire partie de

(1) Histoire des Evoques de Langres, 1808, p. 390.

(2) Les Grands Jours de Champagne élaienl vers la fin du treizième siècle des assises extraordinaires, pour lesquelles des mcnibres de la haute magistrature étaient envoyiîs par le Roi, afin de mellre un terme aux difficultés survenues entre les seigneurs, et de faire cesser les abus. La dernière assise a été tenue à Troyes en 1583.

la Bourgogne, dès la fin du dixième siècle ou au comtnencernent du onzième.

Nous terminerons en rapportant l'extrait d'une lettre du procureur du roi à Langres, adressée en 1787 au garde des sceaux. Elle est transcrite dans le manuscrit de Fabbé Mathieu.

Ce magistrat, après avoir rappelé que les ducs, comtes et grands seigneurs, &*étant approprié les lieux où ils étaient établis gouverneurs, et les villes qu'ils tenaient à titre de bénéficiers, dans le commencement du onzième siècle, les ducs de Bourgogne s'emparèrent à cette époque dti comté d'Auxois et de tout ce qui est au-delà de la Seine, depuis Montbard jusqu'à Châtillon ; ajouta : •• que si ce ne «* fut par suite du partage entre Hugues-le-Ëlanc et Hagues- •• le-Noir, ce fut par le fait d'un des seigneurs que Mussy «« fut réuni à la Champagne à la fin du dixième siècle ou ^ au commencement du onzième. ^

Les ducs de Bourgogne ont bien été les maîtres de Mussy à diverses époques postérieures au dixième siècle ; mais leur possession ne fut que momentanée. Ce fut notamment pendant l'occupation de la France, par les Anglais, et pendant les guerres intestines que Mussy tomba plusieurs fois au pouvoir des ducs.

Dans une charte de 1262, le duc de Bourgogne nommait toutes les villes de son duché. Il n'y fit et ne dut y faire aucune mention de Mussv.

Les ducs ont eu toutefois, vers 1255, la moitié de la seigneurie de la ville de Mussy, que Guy de Rochefort avait consenti à partager avec eux, moitié qui fut rachetée par Guy Bernard, vers 1464.

]J Histoire de Bar-sur- Seine contient un passage énonçant que Mussy-l'Evêque aurait fait partie d'un bailliage de TAuxois, institué à Semur, au commencement du onzième

siècle. Nous ne connaissons ni charte ni document où Mussy ait été nommé Mussy -l'Evêque avant le quatorzième siècle ; et nous faisons observer que les premiers bailliages sont» selon Brussel, postérieurs à 1178 (1). Il nous paraît donc, sans nous arrêter à Terreur de date, que ce serait une ressemblance de nom qui aurait causé une erreur de lieu, que nous voyons reproduite dans un ouvrage ayant pour titre : Description générale de UEurope, publié en 1560, et d après lequel Mussy-FEvêque aurait dépendu, à cette dernière date, du bailliage de Semur, en Auxois ; ce qui est incontestablement inexact, Mussy ayant été compris dans la circonscription du bailliage de Sens depuis sa création, au douzième siècle, ainsi que cela est établi ci-après au chapitre V de la deuxième section de la première partie, au mot bailliage.

Il est à croire que, dans l'ouvrage de 1660, on a voulu désigner Mussy-la- Fosse, village près de Semur-en-Auxois.

Lorsque la religion chrétienne fut répandue dans le pays qui est devenu Bourgogne et Champagne, Tautorité ecclésiastique eut un siège épiscopal à Langres. Un seul archidiaconé exista dans chaque diocèse jusqu'au huitième siècle. Ce fut alors qu'on institua les archidiaconés ruraux ; plusieurs n'ont été créés que dans les siècles postérieurs (2). Le chef-lieu du canton du Lassois, qui comprenait Mussy, devint le siège d'un archidiaconé ; mais nous ne connaissons pas la date précise de son érection. Cet archidiaconé existait en 1068, comme nous l'avons dit ci-devant, et il a été maintenu sous la dénomination dv. Lassois, non pas seulement jusqu'au traité d'Arras, de 1435, époque où, selon

(1) M. Lefebvrc croit aussi que les bailliages ne datent que de la fin du douzième siècle. Bibliothèque des Chartes, i860.

(li) Guérard, Essai sur le système des divisions administratives.

ï Histoire de Bar-sur-Seine, le doyenné de cette dernière ville aurait dépendu de Tarchidiaconé de Semur(Côte-d'Or), mais bien jusqu*en 1789. Mussy dépendait, dès le quinzième siècle, du doyenné de Rar-sur-Seine, selonlepouilléde 1492, et il en a sans doute dépendu plus anciennement. Cet état de choses n'a cessé qu*à la Révolution de 1789. La désignation des paroisses, qui composaient ce doyenné, se trouve à TAppendice sous le n** 52.

Vignier a écrit, au sujet du comté de Bar-sur-Seine, ce qui suit :

«« Je ne doute pas que les lieux dénommés comme limites <« du doyenné (il en donne les noms et comprend Mussy «• dans la désignation) n aient jadis été du comté de Bar- (« sur-Seine, et quelques autres même plus éloignés de la «• ville. 11 faut pourtant reconnaître qu'il y a, depuis trois •• ou quatre cents ans, des bornes bien différentes (Vignier •« écrivait vers 1650), et que Tétendue de la Mourance est «» moindre qu'alors ; comme Tétait celle de son bailliage et •• de son élection. »•

Nous croyons avoir démontré plus haut, à l'occasion du comté du Lassois, que Mussy n a jamais fait partie du comté de Bar-sur-Seine, pas plus que de ceux de Châtillon ou de Tonnerre. Au surplus, Vignier ne donne aucune preuve à Tappui de son opinion qui repose sur la simple présomption que les communes dépendantes du doyenné de Bar- sur- Seine ont dû faire partie du comté de la même ville. Mais il faut observer que le doyenné était une division ecclésiastique, sans rapport avec le comté de Bar-sur-Seine, puisque ce comté fut créé avec des portions du comté du Lassois, divisé en outre entre les comtes de Tonnerre, les seigneurs de Châtillon sur Seine et les évoques de Langres qui durent conserver Mussy.

On voit, par des dénombrements de 1389 et 1397, cités

par Vignier, que Mussy ne dépendait pas alors du comté de Bar-sur-Seine ; et s'il en eût fait partie au onzième siècle, on n'aperçoit pas ce qui Ten aurait fait distraire avant le quatorzième. Ces dénombrements comprennent trentetrois paroisses, au nombre desquelles Mussy ne se trouve pas. Il s est donc glissé une erreur (page 120 de Y Histoire de Bar-siir-Seine) qui fait dépendre soixante-dix paroisses du comté, et y comprend Mussy comme si la preuve de cette dépendance résultait des dénombrements. Nous donnons la copie du manuscrit Vignier, pour les paroisses du comté, au n® 54 de TAppendice.

L'ouvrage de Garreau, qui a pour titre Desmption du gouvernement de la Bourgogne, publié en 1717, ne donne que vingt-deux communes au comté de Bar-sur-Seine. Il n'y a pas été annoncé que Mussy et d'autres communes aient antérieurement fait partie de ce comté.

Courtépée s'exprime ainsi qu'il suit, dans son Histoire du duché de Bourgogne (vol. iv, page 412) édition de 1848 : « Il parait que les évoques de Langres anciennement, soit H comme héritiers en personne, soit comme ayant droit, en - vertu de leur siège, avaient le droit de souveraineté sur Bar* «• sur-Seine; caries comtes de Champagne tenaient d'eux, •« en fiefs liges, les châteaux et seigneuries de Bar-sur- « Aube, Bar- sur-Seine et Chaumont. »♦

Saint Valentin, qui vivait sous le règne deThéodebert T"", roi d'Austrasie, de 534 à 548, était d'origine romaine et issu d'une noble famille du Lassois. Vignier croit qu'il était né à Landunum ou plutôt Vertilium.

D'après l'auteur de Y Histoire de Châtillon, un sépulcre romain existant à Griselles et que l'on dit être celui de Sabinus et d'Eponine, serait recouvert d'une pierre qui passe pour être celle du tombeau de saint Valentin.

Nous lisons dans Y Album pittoresque de l'arrondissement

de Chdtillon, que le château du père de saint Valentin pouvait être en face du moulin de Ville-Dieu, sur une éminence où Ion a découvert des substructions romaines.

Voici sommairement ce qu'on trouve dans Dom Bouquet et dans le manuscrit de Vignier, sur saint Valentin et ses miracles :

Il quitta la maison paternelle pour ne pas contracter un mariage que son père désirait. Il se retira dans un ermitage où il acquit de la célébrité, en guérissant les sourds, les aveugles et d'autres malades. Il rendit même la vie, diton, à un homme qui venait d'être pendu. Ayant été arrêté, dans les plaines de Châlons-sur-Marne, par un voleur qui s empara de sa monture, il suffit à saint Valentin de lever les yeux au ciel, pour que l'animal refusât d'avancer. Le voleur fut contraint d'implorer le secours de celui qu'il avait arrêté (1).

Saint Valentin fut dans sa patrie l'objet d'une grande yénération .

Si nous faisons mention ici de saint Valentin , c'est qu'il appartenait au canton du Lassois, dont Mussy faisait partie ; sans que Ton sache positivement quel était le lieu de sa naissance ; et encore parce que Landunum ou plutôt Vertilium, Vertault, ainsi que Villedieu, étaient en 1789, depuis trois siècles et plus, des paroisses qui dépendaient de Mussy, pour l'impôt du sel.

Le récit d'un miracle de saint Vorle (2), qui aurait eu lieu à Plaines, paroisse de Mussy, au seizième siècle» se trouve dans l'ouvrage de dom Bouquet ; il a été traduit du

(1) Pour d'autres miracles de saint Valentin, voir le vol. Il in-f* des Uoliandistos, îi la date du 4 juillet

(2) Saint Vorles est mort en 591. Excursion d*un touriste dans Tarrondisscmcnt de Chdtillon-sur-Scinc.

latin en français dans V Histoire de Châtillon, par M. Lapérouse, dans les termes suivants :

- Pendant la vie du serviteur de Dieu, qui exerçait alors •• le sacerdoce à Marcenay, il arriva que le vénérable roi * des Bourguignons, le seigneur Contran (il régna de 561 à •• 592) passa dans ce village. Ce prince, très-zélé lui-même <* ponr la religion, le pria de célébrer en sa présence le •* sacrifice de la Messe. Le ministre du Seigneur, pour ré- •• pondre au désir du roi, commença donc loffice solennel. <» selon Tusage ; mais, après la lecture de TEvangile, il <• parut s*assoupir , comme on rapporte qu'il arriva au M grand saint Âmbroise à Theure du trépas de saint Mar- •• tin. Cependant, le roi et les grands qui raccompagnèrent, M témoins d un événement si singulier, ne pouvaient se dis- « simuler entre eux leur inquiétude et leur surprise ; mais •* aucun d'eux ne voulut se hasarder à parler au bienheu- «• reux prêtre. Enfin, après Tespace d une heure environ, « le serviteur de Dieu, revenu à lui-même, continua loflice •• qu'il avait commencé, et, lorsqu'il eut fini, le roi l'aborda « pour lui demander ce qui lui était arrivé. Alors, l'homme •• de Dieu lui raconta que l'ennemi du genre humain avait «« mis le feu à une maison du village do Plaines, distant de *» Marcenay de quelques lieues, tandis que les habitants « s'étaient rendus à Mussy pour entendre le service divin, « n'ayant laissé dans le village qu'un seul enfant en bas- *» âge. Saint Vorle ajouta que le Seigneur lui ayant fait <» connaître ce qui se passait, il s'était hâté d'obéir à ses - ordres ; qu'il avait retiré l'enfant des flammes et arrêté « entièrement l'incendie. A ce récit, le roi plus encore •* étonné, envoya des personnes sûres, qu'il chargea de •* s'informer sur les lieux de la vérité du fait. Ceux-ci, •« étant donc partis en diligence, trouvèrent que tout ce •* que l'homme de Dieu avait rapporté était vrai ; ils ap-

«« prirent qu on avait vu saint Vorle auprès de la maison <• embrasée, et que cette maison, ainsi que le petit enfant, «* avaient été préservés par le secours prompt qu'il avait «* apporté, w

M. labbé Tridon, dans une notice sur Châtillon (1847), annonce que l'enfant sauvé était le filleul de saint Vorle , et que la maison incendiée existait au lieu même où Ton a bâti depuis une chapelle. On ne voit pas dans les légendes que saint Vorle fut le parrain de cet enfant.

Ce miracle est cité dans VHistoire sainte de Châtillon^ par le père Legrand (1651), qui ajoute et donne pour certain qu une pauvre servante de Plaines, nommée Gudine, entièrement privée de l'usage de la main droite, devenue hideusement torse, fut miraculeusement guérie en allant se prosterner devant lautel où le corps de saint Vorle recevait les honneurs que lui rendaient les fidèles. Le sieur Reynaud ou Régnier, dit-il, seigneur de Plaines et maître de Gudine, qui était née son esclave, la mit en liberté et transporta tous ses droits sur cette fille à saint Vorle, pour qu elle servit à l'église de Châtillon ; ce que Gadine accepta très-volontiers. L'auteur n'indique pas l'époque de la guérison qu'il signale et qui serait fort ancienne; la condition d'esclave ayant dû cesser, à Plaines comme à Mussy, il y a plusieurs siècles. Il serait possible que le père Legrand eût voulu désigner, comme seigneur de Plaines, l'évèqae de Langres Raynard, qui a occupé ce siège de 1065 à 1085 ; les évèques de Langres ayant eu très anciennement des droits seigneuriaux sur Plaines, comme sur Mussy.

Indépendamment des deux miracles que nous venons de rapporter, d'autres furent encore opérés sur le tombeau de saint Vorle. Il y en eut un concernant un homme de Mussy, qui aurait été guéri de la folie que lui aurait causée la perte de son troupeau.

La relation de ces miracles se trouve dans les BoUan- (listes, vol. III, in-r, de 1601, à la date du 17 juin.

Dans l'ouvrage de dom Bouquet, on lit que la vie de saint Vorle a été écrite, au onzième siècle, par un anonyme.

Labbé Papillon, dans son Recueil des Auteurs de Bourgogne (2 vol. in-P*), fait observer que saint Vorle n est pas compris dans les Martyrologes manuscrits.

Baillet, auteur d'une Vie des Saints, en 12 vol. in-8**, 1701, qu'il annonce avoir rédigée, d'après ce qui lui a paru de plus authentique dans leur histoire, n'a mis ni saint Vorle, ni saint Valentin, au nombre des 2555 saints ou saintes que {comprend son ouvrage.

Les prélats, réunis à Auxerre en 587, défendirent de se travestir aux calendes de janvier et d'observer Fusage diabolique des étrennes ou récréations impies. (La BédoUière, vol. I, page 306 (1).

Sous la première race de nos rois, les Francs faisaient des repas aux funérailles et lors des cessions d'héritages.

La nourriture la plus commune était la viande de porc. Les volailles n étaient mangées que par les grands. On buvait du cidre et du vin.

On se servait des mêmes ustensiles que maintenant, sauf les fourchettes. On mangeait la viande, le poisson, tous les mets solides avec les doigts. Les fourchettes n'étaient en usage qu'à la cour, pour quelques mets exceptionnels. {Glossaire de Léon Laborde, 3 vol. in-8", 1858).

On portait des armes aux repas^; et, de là, des meurtres fréquents.

On prenait ordinairement un bain avant d'aller à un repas.

{{) Non licel Kat, Januarii Strenas diaboHcas observare. Voir Ducange, i bis, Strstnse Diabolicdt et Kalendse,

Au huitième siècle, le comté du Lassois était possédé par les ancêtres du comte Gérard de Rossillon, qui habitaient la forteresse de Latiscum, aujourd'hui Mont-Saint- Marcel .

Fanchet {Recueil des antiquités gauloises) rapporte que Charles Martel, en 727, se porta en Bourgogne et prit par force le château du comte de Rossillon, « les ruines da- •• quel, ajoute-t il, se voient entre Mussy-l'Evèque et Châ- «» tillon. «* Cette marche aurait été déterminée par le soulèvement des Bourguignons qui auraient pris le comte pour chef. Ils furent, nous apprend YHistoire de Châtillon, détruits dans la plaine d'Etrochey. D^autres prétendent qu'on a confondu Charles-Martel avec Charles-le-Chauve ; et assigné au huitième siècle ce qui se serait passé au neuvième. Ce serait donc dans.ce dernier siècle que Gérard de Rossillon, beau-frère de Chârles-le-Chauve et possesseur da Lassois, se serait révolté contre son souverain, que Charlesle-Chauve aurait marché contre lui, et qu*il se serait livré entre eux un sanglant combat; on avait pensé que le combat avait eu lieu à une faible distance de Rossillon, entre cette forteresse et la vallée où TArce prend sa source, à Vaubeton, le prince et le comte s*y étant donné rendezvous. Un auteur avait ajouté que la bataille avait été livrée entre Mussy. et Vitry-le-Croisé, près dune voie antique conduisant à Latiscum.

Ces détails semblent reposer sur une erreur qu'explique Touvrage publié par M. Mignard, en 1858, et déjà cité. Le récit d'une bataille entre Gérard de Rossillon et Charlesle-Chauve, dans la vallée de TArce à Vaubeton, serait une invention de l'auteur du roman de Gérard, aân d'appeler plus d'intérêt sur son héros, parla description d'une grande bataille qui ne serait autre que celle de Fontenay près de Ton • nerre, qui eut lieu en 841 entre les fils de Louis-le-Débon-

naire, et à laquelle le comte Gérard ne prit point part. La rivière d'Arce serait la rivière de Cure, autrefois appelée Arsis ou Arse, près de Vézelay, qui se perd dans l'Yonne, et qui, après la bataille, aurait pris le nom de Chore ou de Chorée (1) ; enfin, Valdebeton paraît exister près de Pierre- Pertuis, sous Vezelay. Il faut ajouter qu'il n'existe de pays appelé Val-de-Beton ou Vaubeton, ni de trace de bataille dans la vallée deTArce, près de Vitryle-Croisé (Aube).

Divers combats auraient toutefois eu lieu, à ce qu'on croit, entre Charles-le- Chauve et Gérard de Rossillon. Un de ces combats paraîtrait avoir été livré au pied du Mont-Lassois, et peut-être y en a-t-il eu d'autres à proximité. A ce sujet, nous croyons devoir faire connaître que, à peu de distance du Mont-Lassois (2 kilomètres), sur la commune de Charrey (Côte-d'Or), il existe une contrée qui portait anciennement le nom de Champ-de-Bataille , suivant des actes authentiques de 1716, 1759, 1771, 1773, que nous possédons. Cette contrée porte, depuis le cadastre, le nom de Sermanvins. Tout près de là, des cultivateurs ont découvert, il y a peu d'années, deux pierres de la forme des cercueils actuels, recouvertes de dalles ou pierres plates, et où se trouvaient des squelettes, une pièce de monnaie dans l'un et une arme entièrement détériorée dans l'autre. Rien n'a été conservé. Nous avons vu un de ces cercueils, et il nous a paru par sa forme, appartenir à l'ère chrétienne.

La destruction de la forteresse de Rossillon, par Charlesle-Chauve, date de 859, selon le Chronicon Lingonense de Vignier.

Plus tard le comte Gérard se réconcilia avec son souve-

(1) Le nom de la rivière d*Arcc aurait ëlé changé en celui de Chorée, parce que, après la bataille, cette rivière fut grossie par le sang des combattants.

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rain. Ce seigneur et sa femme fondèrent labbaye de Pothières, ordre de Saint-Benott, en 863 (1). L'église fut consacrée en 878 par le pape Jean VIII, qui se rendait au concile de Troyes et qui y couronna Louis-le-Bègue, le 7 septembre 879.

Un édit de Charles-leChauTe, de 847, contraignit tous les hommes libres à faire choix dun seigneur (2).

Charles -le- Chauve fit don, en 877, au monastère de Saint-Robin (Montiéramev), de ce qu'il possédait dans le canton du Lassois, notamment à Lanty.

Ce fut du même monarque que l'évéque de Langres obtint, en 874, le droit de battre monnaie, droit qui fut confirmé par Charles-le-Gros en 885. (Voir le chapitre I®', 52, de la deuxième section de la première partie, relatif à révèché de Langres.)

Dès le neuvième siècle il fut défendu de déposer des ordures contre les églises, et de se permettre aucune incongruité près des églises ou des chamelles. (La Bédallière, y 61. II, page 211, et vol. m.)

De 850 à 855, et pendant les années 888, 889, 890, 892 et 925, les Normands envahirent une partie de la France, en remontant le cours des fleuves. Ils sie répandirent dans le diocèse do Langres, en Champagne et en Bourgogne, et ils commirent dliorribles dévastations. En 866, labbé de Ferrières (3) fut sur le point de s'enfuir avec

(1) Ce fut saint Alhanase, exilé à Trêves, au qualrième siècle, qui Tonda les plus anciens monastères de la Gaule. En ÎU3, on y compiail 3i5 inonastèrcs de Tordre de Saint-BenolL (Giraud, Histoire du droit français au moyen-âge^ vol. I*'.

(â; Baluze, vol. Il, p. 44. La Bédollière, vol. II.

(3) Ferrières était une abbaye du Gâlinais.

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sa communauté à Aix-en-Othe pour leur échapper. (Mémoire de t Académie des inscriptions, vol. xvii.)

Voici ce que contient la chronique latine d'Albéric, religieux de Tordre de Cîteaux, au treizième siècle, traduite par M. de Torcy {Recherches sur la Champagne) :

- Année 888, les Normands voyant la ville de Paris «• fournie d*armes, défendue par sa position, protégée par •• de nouvelles forces qui rendaient leurs efforts impuis- •• sants, se retirèrent. Avec un art incroyable ils transpor- «• tent toutes leurs embarcations vers la Seine supérieure, «« par la terre, ne pouvant le faire par eau à cause des ponts ; M ils parcourent les bassins de la Seine et de la Marne, •» ravageant tout le pays jusqu à la Champagne et la Bour- *" gogne. Ils retournent ensuite vers l'Océan, par le chemin •• par lequel ils étaient venus ; de là, en côtoyant la Bre- •• tagne, qu ils font aussi le théâtre de leurs dévastations, « ils remontent la Loire et se répandent de nouveau dans •• la France et dans la Champagne. Partout où ils passent, •• ils tuent, brûlent, enlèvent les dépouilles, détruisent les M forteresses, saccagent les villes, renversent les places « fortes, rasent les habitations, vident les campagnes, ar- •* rachent les vignobles, font disparaître les vergers et ne •• laissent dans les étables ni gros ni petit bétail. ••

•• Année 892. Les Normands cherchant à profiter des •• troubles sous Eudes, quittent la ville de Sens, fondent «• sur Paris avec toutes leurs troupes, doù ils sont reu poussés; ils s'embarquent sur la Seine et la Marne, •• incendient la ville de Troyes et ravagent de nouveau M la Champagne, le pays Perthois et toutes les contrées •» d*alentour. »

On trouve dans le Mercure de France, de février 1735, un écrit de labbé Lebeuf, portant que, en Tannée 925, selon Frodoard, auteur contemporain, le roi de France

Raoul prit le temps de rassembler plusieurs cheTaliers de l'église de Reims et autres guerriers, et alla avec Abdon, évéque de Soissons, en Bourgogne ; •» y étant arrivé, dit- « il, il lui fallut encore le temps d'j ramasser une grande •« quantité de troupes ; et ce fut après tout cela qoll gagna *• les bords de la Seine oti il trouva les Normands dans leur y' camp. Tant de choses ne se font pas en trois ou quatre •• jours ; peut-être en fallut-il plus de quinze, et même un •• mois entier. Pendant ce temps, la nation Normande» <• accoutumée au froid et à la fatigue, put avancer à petites «• journées fort aisément vers la Seine, soit vers Chàtillon, - soit vers Troyes, etc. *»

M. Levesque de la Ravalière (1), après avoir rappelé que la Normandie avait été cédée à Rollon, chef d^ane colonie de pirates normands ; qu une nouvelle colonie de Normands, conduite par Ragenold, entra dans le royaume par la Loire et courut TArtois et la Picardie où elle fut battue, ajoute qu elle vint dans la Bourgogne pour y commettre ses ravages, et il continue ainsi : •« Les comtes de M Sens, Garnier, Manassès de Vergy, comte de Dijon ; An- »* segise, évêque de Troyes, et Gotzelîn, évêque de Langres, •« rassemblent des troupes ; et les ayant acculés à Chaa- «• mont, ils en tuèrent plus de 800. Le reste se retira dans H son camp, sur la Seine, entre Chàtillon et Ftar-sur-Seine, •• d où on les força de décamper et de se retirer. »

Cet auteur croit que le camp des Normands était daii« quelque île, entre Chàtillon et Bar-sur-Seine (2), attendu

(1) Vol. CXXXII, Tope graphie de Champagne^ manuscrit^ Bibliothèque iiiipériulc.

(â) Ce pourrait <3lre le hameau de Liste, commune de Mussy, ainsi nommé parce qu'il aurait pu avoir été anciennement entouré par la Seine, ù laquelle il louche au midi et au couchant.

que, d'après ce que rapporte Frodoard, on attendit pour les forcer d en sortir, des bateaux de Paris.

A l'approche des barbares, les reliques de saint Vorle furent transférées de Marcenay à Cbâtillon, par les soins de révoque de Langres Isaac, en 868. Mussy dut souffrir de la présence des Normands sur les bords de la Seine.

Vers lan 1000, on croyait à la fin du monde pendant cette année. Les populations ne se calmèrent que dans les deux ou trois années qui suivirent.

Une horrible famine se fit sentir en Europe, pendant les années 1028 à 1032. Tout servait d aliment, même la chair humaine. L'Europe fut à moitié dépeuplée.

On lit dans Alfred Maury, sur les forêts de la France, qu'il existe près de Châtillon-sur-Seine, à la colline Sainte- Anne, un chêne qui compte près de 900 ans. Il a été planté en 1070. Ce chêne, d'après nos informations, existe en effet à Cunfln, canton d'Essoyes.

A ce sujet nous croyons devoir rapporter ce que nous avons lu dans l'ouvrage de M. Quatrefages, membre de l'Institut, sur l'unité humaine (Paris 1861). Ce savant annonce qu'il a été découvert récemment, en Californie, un pin colossal qui a cent mètres de hauteur, dix mètres d'épaisseur, et qu'on a compté plus de six mille couches concentriques dans le tronc de cet arbre, en sorte qu'il daterait de plus de six mille ans.

Ce fut sous un des ducs de Bourgogne, au douzième ou au treizième siècle, que le pays de la Montagne devint un des cinq bailliages créés par ce duc. Ce bailliage fut ainsi nommé parce que la justice, établie à Châtillon, remplaçait celle du Mont-Lassois, ainsi que nous l'avons dit au chapitre P'' à l'occasion du canton du Lassois (1).

(t) Uisloirede Châtillon^ par G. Lupérouse, 1837, p. iI5.

Les habitants de Mussy ayant été Bourguignons avant d'être Champenois, nous croyons devoir rapporter ce que nous savons de l'origine du surnom Bourguignon salé.

On a pensé que ce surnom avait été donné aux habitants de la Bourgogne par les barbares, lorsque ces habitants avaient embrassé le Christianisme, attendu que, lors du Baptême, on leur mettait du sel dans la bouche.

Ce surnom a paru plus nouveau à Vignier, et provenir de ce qu'il existe de grandes salines en Bourgogne.

D autres prétendent que le surnom vint aux Bourguignons de ce que les gens du duc adoptèrent anciennement une espèce de casque, que Ton appelait Morion salé (1). Il nous semble que le mot salé aurait plutôt été ajouté au mot Morion, en raison du surnom donné à lliomme qui portait le morion.

M. de la Monnoye, auteur du Glossaire des Noéls Bour'^ guignons (Dijon 1720), croit que le surnom sa/e aurait été donné par injure , et que ce serait parce que la garnison bourguignonne que les habitants d'Aigues-Mortes, fidèles à Charles VII, passèrent au fil de Tépée, fut salée de peur d'infection. Jean de Serres, dit-il, qui rapporte ce fait, ajoute que, de son temps, on montrait encore à Aigues-Mortes une grande cuve de pierre où Ton aurait salé les Bourguignons. (Jean de Serres, historiographe de France, est né en 1540 et est mort en 1598.)

Ducange, décédé quarante ans avant la Monnoye, ne partageait pas l'opinion de Jean de Serres ; il exprime le même avis que Vignier. {Glossaire , vol. vu, in-4®, Verbo Burgundiones, édition Didot.)

Voici maintenant ce qu'écrit, à ce sujet, un membre de

(1) Journal la Patrie, du 50 juillet 1860.

rAcadémie de Dijon : •• Les Bourguignons avant de passer

• le Rhin demeuraient sur les bords de la Saale, en Fran-

• conie, après en avoir chassé une tribu de Francs-Saliens « qui Toccupaient. A cause du lieu de ce séjour, Tépithète

• de Salit fut donnée aux Bourguignons. Les commenta-

• teors ne sachant pas que Salii signifie Saliens, habi-

• tants de la Saale, ont cru que Salii, Saliens, venait de

• SalUi, salés (I). •

Ainsi l'incertitude, sur lorigine du nom, n a pas encore cessé.

(I) Voir Ducaoge, vol. VII, Dissertations sur saint Louis, Le moi Satiens itourrail n'Ôlrc ps venu du mol Saate, ri\ièrc, mais de Sala^ Sale, maison du prince ou du seigneur.

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