CHAPITRE IV
OOLVEKNEMKNT DE LA CHAMPAGNE PAR DES C031TES ET PAR LES ROIS DE FRANCE.
A la fin du dixiùme siècle, Mussy faisait partie de la Cbampag^ne; (itcîuluo, de cette province; mœurs des habitants. — Servage; îinrancliissemcnt. — Mairie seigneuriale de Mussy. — Trêve de Oieu. — Violences de l'évêque Raynard contre l'abbaye de l'otilières. — Miracles de saint Bernard. — Situation du ruisseau <l'Au;jriisiine8. — 1153, procès entre le duc de Bourgogne et IV'vèquo de Langres ; en partie pour les fortifications de Mussy.
— 1134, Philippe- Auguste passe trois jours à Mussy. — 1212, un curé de Mussy accuse d'hérésie ; intervention du pape Innocent III. — 1216, un vassal de l'évêque de Langres tenu de faire garde à Mussy. — Violences de l'évêque Hugues de Montréal envers J'abhaye de Pothières. — 1228, guerre en Champagne entre Saint-Louis et des seigneurs, dont faisait partie le comte de Tonnerre. — 1270, excommunication pour dettes. — 1274, séjour <le Pliilippe-le-Hardi à Mussy. — 1279 et 1204, ordonnances de Philippe-le- Hardi et de Philippe-le-Bel sur le luxe des vêtements et de la table. — 1302, convocation des états généraux; bulle de liunit'ace VIII. —1315 et 1319, Louis-le-Hutin et Philippele-Long à Mussy. — 134G, divers fléaux désolent le diocèse. — 1359, bataille de Hrion. — 1359, grenier à sel créé à Mussy.
— Passages du duc de Bourgogne à Mussy. — Passage de Charles VI en la même ville. — 1416, convocation des gens de guerre pour le roi i)ar le duc de Bourgogne, à Mussy. — 1419, MK'urtre du duc* Jean-sans-Peur. — 1420, traité de Troyes en l'av<!ur du roi d'.\ngleterre. — Gouvernement de la Champagne j>ar le duc de Bedfort. — 1431, demande de munitions à Troyes ]y,\r la ville de Mussy. — Traité de 1431, dans lequel Mussy ftit <()mi)ris. — CoMîbats divers en Champagne et en Bourgogne. — 1132, Tnîslaii-rileriniiiî, gouverneur de Mussy. — Siège de Mussy en 1433. — Traité d'.\rras en 1435. — Bandes armées en Champagne et en Bourgogne. — 1440, le bâtard de Bourbon pille Mussy et est e.\écuiè à Bar-bur-Aube. — Famine et peste en
Champagne. — 1464, description de la seigneurie de Mussn . — 1473 et 1477, prises de Mussy. — 1484, états généraux à Tours; députés de la Champagne et de Bar-sur-Seine. — De 1481 à 1494, agrandissement de l'enceinte et des fortifications de Mussy.
— Peste dans le diocèse, fin du quinzième siècle. — 1520, il y avait deux lépreux dans la maladrcrie de Mussy. — 1521, Mussy est tenu de contribuer à l'augmentation des fortifications de Troyes. — 1521, le roi François !•' à Mussy. — 1525, les habitants se refusent au payement de sommes pour les fortifications de Troyes. — 1560, états généraux à Orléans ; députés de la Champagne et de Bar-sur-Seine. — 1568, instance entre l'évèque de Langres et les habitants de Mussy, au sujet du service des portes et fortifications de la ville. — 1574, Catherine de Médicis couche à Mussy. — 1575, les villes de la Champagne sont dans un dénuement absolu. — 1588, états généraux à Blois ; députés de la Champagne et de Bar-sur-Seine : assassinat des Guise. — De 1586 à 1588, création d'un bailliage seigneurial à Mussy. — 1590, lettre où Henri IV parle de la ville de Mussy. — 1591, Mussy tient pour la Ligue. — 1592 et 1593, Mussy envoie un député à la réunion de la Ligue à Paris. — Le doyen de Mussy, secrétaire adjoint des états généraux. — 1591, armistice signé par le maire de Mussy et autres. — 1595, famine et peste dans le diocèse. — Les apothicaires soignaient les malades. — 1600, une offîcialité est créée à Mussy. — 1612, le connétable de Montmorency à Mussy. — De 1612 à 1636, la Bourgogne et la Champagne envahies par 80,000 allemands. — 1614, états généraux à Sens : députés de la Champagne et de Bar-sur-Seine. — Demandes^ présentées par les trois ordres. — 1629, Louis XIII passe à Mussy. — 1631, la peste dans la vallée de la Seine. — 1645, rébellion des habitants de Mussy au sujet d'un nouveau droit sur les vins. — Toute la vacherie de Mussv saisie et vendue. — 1648, guerre civile de la Fronde. — 1650, Louis XIV passe à Mussy,
— 1653 et 1655, les habitants des pays voisins de Mussy s'y réfugient à cause des gens de guerre. — 1658, statuts des bouchers de Mussy. — 1670, le clocher de Mussy frappé par la foudre. — 1709, hiver très-rigoureux. — 1760, plantation de croix. — 1771, plantation de la promenade. — 1779, suppression du chapitre de l'église collégiale. — 1782, orage épouvantable. — 1788 à 1789, hiver très-rigoureux.
Nous avons dit plus haut que la contrée qui comprend Mussy, fut détachée de la Bourgogne, à la fin du dixième siècle, ou au commencement du onzième. Elle fit alors partie de la Champagne, ainsi nommée, à c^se de ses vastes plaines. La Champagne était une partie de la Gaule, que Ion appelait Chevelue, parce que les habitants portaient
les cheveux longs. C'était jadis un des pays les plus boisés (1).
La France, divisée en généralités, sous François I", en comprenait vingt-quatre en 1715, dix-huit, en pays delection et six dans les pays d'Etats ; on en comptait trente et un en 1789.
La généralité de Champagne, dont le chef-lieu était Chà-
Ions- sur-Marne, se composait en 1588, de dix élections : Châlons, Langres, Rethel, Reims, Vitry, Chaumont, Barsur- Aube, Troyes, Epernay, Sézanne. Deux autres élections à Sainte-Menehould et à Joinville furent créées en 1700. Le nombre des paroisses dépendantes de cette généralité était alors de deux mille deux cent quatre-vingt-quatorze (2).
La Champagne avait, d'après Paganiol de la Force, cinquante-six lieues d'étendue, de l'occident au sud, ou de Lagny à Bourbonne ; et cinquante- quatre du midi au nord, 'de Ravières à Rocroy. M. Levesque de la Ravaliôre (3), sans préciser les points de départ pour ses calculs, n'assigne à la Champagne qu'une étendue de trente-cinq lieues, en longueur, et autant en largeur.
Cette province eut, aux sixième et septième siècles, des ducs qui étaient des généraux préposés par le souverain à la garde des frontières, et qui avaient plusieurs cités sous leurs ordres. Le premier aurait été Lupus, en 581, selon ce que rapporte Grégoire de Tours, Win-
(t) Alfred Maury, sur les foréls de la France.
(2) Pai,'aniol de la Force. Doscriplion de la France, Paris^ i7i5 ; Barbai, Histoire de CMUms^ 2 vol. in-fo, 1855.
(3) Vol. CXXXII de la Topographie de Champagiu, Bibliothèque imp<3rialc, manuscrits.
trioDy Waimère et Dreux, auraient été ses successeurs jusquen 708. (Gallois et de Torcy, ouvrages sur la Champagne.)
La Champagne fut ensuite distribuée en divers comtés ; puis il y eut des comtes de Champagne et de Brie. Hugues parait être le premier qui ait pris le titre de comte de Champagne.
Voici ce que Bouillet nous apprend du gouvernement de la Champagne : «^ Au dixième siècle, elle échut à des com- •• tes issus de la maison de Vermandois. (Le premier fut, «• dit-on, Herbert de Vermandois, en 923.) Quand cette •» dynastie s'éteignit, en 1020, elle fut le partage d'Eudes II
* ou Odon , petit -fils de Thibaut-le-Tricheur (comte de •• Blois, Chartres, Tours, Beauvais et Meaux, mort en •• 978), neveu du dernier comte de la maison de Verman- « dois. Deux fils du comte Eudes II, Etienne et Thi- •• bault III, donnèrent naissance à deux branches de la « maison de Champagne ; Talnée posséda d'abord la Cham- « pagne, et s'éteignit en 1125 ; la cadette, qui fut celle des •• comtes de Blois, Chartres et Brie, hérita, en 1125, du « comté de Champagne. Se divisant à son tour, en 1152, •• cette branche produisit deux lignes : la deuxième ligne M de Blois et la ligne Champenoise, qui eut la Champagne •• et la Brie. Henri I*' commença cette dernière ligne , « Henri II, son jfils aîné, devint roi de Chypre, puis de <• Jérusalem, et mourut en 1197, laissant son comté à •• Thibault V, son frère. Thibault VL le Posthume, régna •• après lui et devint roi de Navarre en 1234 ; il eut pour •• successeur, tant en Champagne qu'en Navarre, Thi- •• bault VII, Henri III, Jeanne P®. Celle-ci apporta la «• Champagne et la Navarre en dot au roi de France, Phi-
• lippe-le-Bel, en 1286. »
Le climat de la Champagne est tempéré.
Un auteur disait des habitants qu'ils sont naturellement doux et civils, laborieux et braves.
Les nobles portaient jadis Fépée et la lance. Les armes des communes étaient des bâtons, emmanchés de haches et de massues, et plus tard, des arcs.
La trompette était leur seul instrument de guerre.
D après la coutume de Champagne, celui qui avait blessé une personne jusqu à effusion de sang, devait donner au blessé quinze sous pour le sang, le repas et myre (médecin), ce qull en avait coûté au blessé pour se guérir ; plus cinq sous à celui à qui appartenait la justice. (Art. 42 de la Coutume, Pierre Pithou, p. 541.)
Au dixième siècle, on admettait à prouver un fait et aie justifier par Tépreuve de l'eau bouillante, ou de leau froide. L épreuve de leau chaude se faisait en plongeant lo bras dans leau bouillante ; si on se brûlait, on était réputé coupable ; on était réputé innocent si, ayant les pieds et les mains liés, on allait au fond de Teau froide, dans laquelle on était jeté. (De Torcy, Recherches sur la Champagne ; Voltaire, Essai sur les mœurs.)
Pour faire connaître ce qu'était la servitude en France et en Champagne, nous allons entrer dans quelques développements.
Louis-Ie Débonnaire ayant multiplié les dons de bénéfices à ses sujets , et Charles le-Chauve, par son édit de 877, ayanl rendu les bénéfices héréditaires, les comtes arrivèrent à se considérer comme maîtres dans leurs comtés , et chacun d'eux entendit former un gouvernement indépendant. Alors fut établi le régime féodal.
Nous trouvons dans la Statistique monumentale de la Caled'Or, un des exemples de ce qu'a pu être le pouvoir féodal dans nos contrées. A Crusy (Yonne), la nouvelle mariée était dans l'obligation daller à Tonnerre, le soir de ses
noces. Le seigneur avait le droit de la faire enlever dans le trajet, et d'en user maritalement avec elle jusqu'au lever du soleil. Si la mariée ne faisait pas le voyage, l'époux ne pouvait jamais devenir bourgeois. Ce ne fut quen 1492, que le seigneur renonça à ce droit , moyennant une redevance.
Saînt-Foîx rapporte que, dans les premiers temps, les deux tiers et demi des habitants du royaume étaient serfs. A la fin du dixième siècle, il n'y avait presque plus que des seigneurs et des vassaux. Ensuite, les seigneurs concédé* rent des portions de leurs terres ; et les concessionnaires de ces parties d'un fief furent, par le seul fait de ces acquisitions» anoblis ; ce qui signifiait alors afiranchis. (Leber, sur le Pouvoir municipal.)
Le servage comprenait, selon M. Levesque de la Ravalière, auteur champenois, deux classes de serfs : le serf de corps et de biens, et le mainmortable, qui n était serf que de biens.
Le droit de mainmorte paraît avoir été, dans le principe, le rachat du servage, ou une condition de Taffranchissement de la servitude corporelle.
Autour des châteaux des seigneurs, étaient principalement les serfs attachés à la glèbe, c'est-à-dire à la culture des terres pour le seigneur. Le serf cultivateur ne fournissait que ses bras ; mais lui, sa femme, leurs enfants et ce qu'ils possédaient, tout était à ce seigneur. (De Torcy, déjà cité.)
On les appelait hommes et femmes de corps du seigneur, ou serfs de poursuite; parce qu'ils pouvaient être poursuivis partout où ils seraient allés.
On abandonnait cependant à ces serfs une portion de terre à cultiver pour eux , et ils ne travaillaient pas tous les jours pour leur seigneur ; ils pouvaient travailler pour
leur compte, deux ou trois jours par semaine. S*il n en eût pas été ainsi, ils n auraient pu acquitter les taxes arbitraires qu on exigeait d eux, une fois ou deux fois Tannée. Ils étaient tenus d attendre constamment les ordres de leur Seigneur. Ils ne pouvaient franchir les bornes de la seigneurie, ni prendre femme hors de cette seigneurie ; à moins d'autorisation ou d'accord passé par les seigneurs entre eux.
II y avait aussi des serfs qui servaient et étaient nourris chez les seigneurs.
Les serfs pouvaient tester, seulement jusqu'à concurrence de cinq sous ; et ils ne pouvaient non plus donner au-delà de cinq sous à leurs enfants, en les mariant à des serfs d'autre condition que la leur.
Le droit de mainmorte consistait à rendre le seigneur héritier des serfs, lorsqu'ils mouraient sans enfants nés en légitime mariage, ou lorsque les enfants ne vivaient pas à commun pot et sel avec leurs père et mère, au jour du décès de ces derniers.
L'origine de la dénomination de ce droit de mainmorte fut expliquée en 1779, par l'avocat général Séguier; voici cette explication : « Lorsqu'un serf décédait, sans rien u laisser, ses parents étaient tenus d'apporter au seigneur •« la main droite du décédé. (Denizart, Colleciion de jurU- <* prudence.) »•
Les hommes appelés libres étaient ceux qui appartenaient à l'ancienne race indigène, ou aux descendants des conquérants barbares. (Garnier, Chartes Bourguignonnes.)
En général , les cités avaient été libres de toute ancienneté, sous les Gaulois, sous les Romains et sous les Mérovingiens ; elles avaient eu la liberté de leurs assemblées. (La Ravalière , vol. 132, Topographie de
Champagne.) Dans la France méridionale, beaucoup de villes ont toujours vécu sous le régime municipal (1).
Les seigneurs de fiefs faisaient, lorsque cela leur convenait, de leurs serfs des sujets libres ; ils faisaient aussi des bourgeois qu'ils réunissaient en corps. Les bourgeois étaient réputés franches personnes, selon la coutume de Champagne. Ils étaient administrés par les officiers du roi, dans les villes de simple bourgeoisie. (Béchard, Droit municipal.)
Les hommes libres ne jouissaient pas, toutefois, d'une liberté sans entraves. (Brussel.)
On donna, au treizième siècle, le nom de Bourgeois aux gens d'état ou marchands, qui habitaient les villes fermées et les bourgs populeux. On ne pouvait être admis bourgeois d'une ville ou d'un bourg, qu'en achetant une maison de soixante sous, et en donnant caution. (Ordonnance de Philippe-Ie-Bel. Coutume de Sens, art. 136.)
Les bourgeois étaient assujettis à des taxes et corvées.
En Champagne, d'après l'article 39 de la coutume, nul homme de Poote (serf) ne pouvait se dire franc, s'il n'avait de son seigneur lettre ou privilège.
Dans un article sur les finances de Champagne, par M. Lefèvre, vol. 4 de la bibliothèque de l'école des Chartes, on lit que dans les prévôtés de Bar-sur-Seine, Saint-Florentin, Château-Thierry, Vertus, Epernay, Châtillon-sur- Mame , Sainte-Menehould , Chaumont , Nogent-en-Bassigny , presque tous les villages et hameaux étaient taillables et corvéables à merci, les habitants y étaient serfs ; et que.
(I) Guadet, Histoire des Girondins, 2 vol. in-8o, iS61.
— Tien 1300, les mainmortes et formariages(l) étaient encore en assez îrrand nombre à Bar-sar-Seîne, Essoves et Laferlé.
Des renseignements n ayant pa être obtenus par M. Lefèvre, que pour les terres du Roi, où les affranchissements ont été les plus nombreux, aax treizième et quatorzième siècles, le servage devait être plus étendu dans les pays voisins des villes ci-dessus désignées, qui étaient sous la main des différents seigneurs; car, en 1509, nous dit De Torcy, des seigneurs champenois, quoique vassaux de la couronne, refusèrent d affranchir leurs serfs.
Les serfs ont été souvent vendus ou donnés par les Seigneurs ; nous allons en citer quelques exemples :
L'abbaye de Flavigny (Côte-d'Or), reçut de Norduinns, en 897, le don de deux serfe, de leurs femmes et de leurs enfants. (Duchesne, Histoire de Vergy.)
Robert, duc de Bourgogne, de 1032 à 1075, acheta une partie de la taille de Gyé, ainsi que les hommes, les femmes et les droits de mainmorte, de formariage, etc.
Suivant deux chartes de l'abbaye de Molesme, de 1101 et 1104, Godefroy de Chàtillon fit don à cette abbaye d un nommé Vital d'Essoyes , avec ' tout ce qull possédait (2).
Hugues, seigneur de Broyés, près de Sézanne (Marne),
(f) Par formariage, on eotendait la défense aux Serfs de se marier, hors de la seigneurie, sans raulorisation du seigneur.
(2) On voit dans d'autres chartes de celte abtoye, de 1080 à 1144, concernant le département de TAube seulement, qu*elle avait des serflB dans les vingt-cinq communes ci-après : Barroville, Bertignoles, Buxières, Channes, Eguilly, Essoyes, Etourvy, Foissy, LachâpeUe, Marolles, Méry, Plancy, Poligny, Polisy, Praslin, Radonvilliers, Rieeys, Rumilly, Saint-Parres, Servigny, Verpillièrcs, Viapres, Villehardouin, Villemereuil et Vireloup.
donna à la raême abbaye un pays, nommé en latin Payacum, avec les hommes, les femmes et les enfants.
En 1148, un comte de Blois permit à son abbé de choisir six personnes dans une de ses villes pour le servir.
Henri ^^ comte deTroyes, donna trois serfs, leurs femmes et leurs enfants aux chanoines de Barsur-Âube, en Tannée 1170.
Blanche, reine de Navarre, comtesse de Champagne, donna, en 1105, une famille serve à Tabbaye de Montiéraraey.
Le don d un serf fut fait au Chapitre d'Auxerre, par le comte de Courtenay, en 1216.
Thibault, comte de Champagne, confirma, en 1270, le don fait au couvent de Mores, de deux hommes mainmortables de Beurey.
En 1367, Tabbaye de Clairvaux reçut à titre de don, de Thibaut V, comte de Champagne, le village de Longchamp avec les hommes, les femmes et les enfants. {Histoire des évéques de Langres.)
Pour ce qui concerne Mussy, on trouve dans des chartes de 1207, 1228, 1238, 1247 et 1269, qui sont énoncées au chapitre V de la 2™® section, V^ partie, la mention des cessions de serfs existants à Mussy, qui furent faites à des évoques de Langres, par Lambert de Châtillon, le duc de Nevers et les abbayes de Pothières et de Molesme.
Après avoir rappelé quelle était la position des habitants de la France, de la Champagne et de notre pays, pendant la durée du régime féodal, notamment pendant les onzième, douzième, treizième et quatorzième siècles, nous indiquerons les actes et les circonstances relatifs à leur affranchissement.
Pendant les onzième et douzième siècles, les seigneurs
qui avaient élevé partout des châteaux et des forteresses,
pillaient souvent les habitants des terres et des villes qui îi|>j)artonaient à d'autres seigneurs, leurs voisins, et ils dévalisaitrnt ausiïi les passants. Ceux qui avaient commis ces déprédations, étaient ensuite victimes à leur toar de semblables actes. Cétait là un fléau ajouté à celai qoi résultait de l'esclavage.
Quelques seigneurs voulurent traiter comme les serfs des campagnes les habitants des villes, cest-à-dire les gens d'état, les marchands et autres bourgeois, ce qui excita le mêcontentoment et la fermentation dans plusieurs villes. Les populations opprimées cherchèrent à mettre un terme aux vexations quelles éprouvaient. Un soulèvement éclata au Mans, dt^s lannée 1070, et plus tard, dans d autres villes, on vit les habitants se réunir en armes, sur les places publiques, et se saisir par force ou par surprise des tours et des murs. Le mouvement devint presque général.
Le roi Louîsle-Oros, soit qu'il ait voulu, dans son propre jnîèrèî, combattre le régime féodal; soit qull se soit cru Krc'ê de faire des concessions à son peuple, soit qull ait déliré améliorer letai de ses finances, autorisa des associaiioDs d'habitante, sous le nom de communes, en permetiacT à oes habitants davoir des maires et des échevins nommés par eux.
Les maires qui é:aient choisis originairement par les sei^r.eur^, It ur servaient quelquefois de régisseurs ou d'éivii^ïues. o::?,rc^ s de la surveîIlaUvV de leurs bàtimenta et ::.; :r.e vî:* It\::'s aniaiaux. V:i :ïia:re seîimeurial était un \,'.>-x .\ .;.:: le <;':^::e;;r sViua:: uae maison et une portion x'.: '.: : :v, t : .. .:' s. .:\^,.: ::\ ■„;!: ras m::ns un serf. Il v avait ;AUNsi .les :uxres :4ui reaiaie::: la ju^ùce aux habitants des Ml.a^ies. v^Vverî. ^:i'' .v** ir^ii s •VcÙJtur, QuLiutio, C^rinUire
Des mairies seigneuriales ont existé dès Tan 800 (Baluze, vol. 1*^ p. 331.) Plus tard on vendait ces offices, mais après réraancipation des communes, les maires, pris parmi les principaux habitants ,* devinrent des officiers municipaux.
Louis-le-Gros, qui accorda sa protection aux classes laborieuses contre les seigneurs, la leur retira cependant lorsqu'il jugea que la puissance féodale n avait plus rien de menaçant pour lui. Ce qui doit étonner, c'est que les évoques avaient cru devoir écrire à ce souverain pour exprimer leur opposition à laffranchissement des communes, comme le rapporte Lévesque de la Ravalière. (Vol. cxxxii. Topographie de Champagne,)
Louis VII, dit le Jeune, confirma les chartes d*aff*ranchissement de Louis-le-Gros, et en octroya d autres. Il fonda aussi, au douzième siècle, des villes neuves pour servir de retraite à tous ceux qui se présenteraient ; et il leur accorda des terres et des libertés avec certaines restrictions (1). Il lui arriva néanmoins d'aider des seigneurs dans leurs actes d'oppression, à l'égard des habitants de quelques villes.
Les villes de la Champagne profitèrent du mouvement général qui s'opéra, pendant le douzième siècle, et jusqu'au milieu du treizième. Des chartes d'aff*ranchissement furent accordées. Certaines villes obtinrent la régularisation des tailles, c'est-à-dire la fixation des redevances féodales, au lieu des taxes arbitraires (Lévesque de la Ravalière.)
Hugues III et son fils Eudes, ducs de Bourgogne, de 1162 à 1218, affranchirent plusieurs villes de leur duché, et les abbés de Flavigny et de Vezelay les imitèrent.
(i) On trouve dans le Diclionnaire des Postes, 15i, pays nommés Vincneuve, cl 105 appelés Neuville. (Nouvelle ville.)
En 1303, Philippe -le Bel affranchit tous les serfs du Languedoc.
Louis-le-Hutin, par une ordonnance de juillet 1315, déclara que, ^ selon le droit de nature, chacun doit naître •« franc ; et que beaucoup de personnes étant tombées en «* servitude et de diverses conditions, cela lui déplaisait ** fort; que son royaume étant nommé royaume des Francs, M il voulait que la chose s accordât avec le nom ; et que, ** en tant qu il pourrait appartenir à lui et à ses succes- - seurs, telles servitudes fussent ramenées à franchise ; et ^ qu'à tous ceux qui étaient tombés et pourraient tomber <« en liens de servitude, franchise fut donnée à bonnes et *♦ convenables conditions. «
Et, pour que les seigneurs suivissent son exemple, il prescrivit aux baillis de se rendre dans les villes et communautés, et d agir dans ce sens.
Cette ordonnance, qui n*était impérative que pour les terres du roi, ayant eu moins d'effet qu on ne Tavait espéré, parce que les conditions étaient trop pesantes, ce souverain prescrivit de taxer chaque serf, selon ses conditions et richesse ; ce qui démontrerait que le motif des affranchissements pouvait être surtout de se procurer de Targent.
Par application de l'ordonnance de 1315, beaucoap d'affranchissements furent consentis dans le cours du quatorzième siècle. Il resta cependant des serfs dans les domaines royaux, et surtout dans les âefs ecclésiastiques; et pourtant un concile, tenu en 1159, sous Alexandre III, avait déclaré que la servitude était odieuse, et que les chrétiens devaient en être affranchis. De tels préceptes et la seule charité chrétienne auraient dû assurer le prompt affranchissement des serfs dans les domaines du clergé. Il n'en fut pas ainsi.
En 1344, les seigneurs de l'Aubépin affranchirent leurs
sujets, de Balnot-le-Châtel, de la mainmorte, moyennant 625 fr. (Vignier, vol. III).
L'affranchissement de Gyé, Neuville et Courteron, date de 1397.
La charte d'affranchissement, relative à Châtillon-sur- Seine, fut donnée par Tévêque de Langres et le duc de Bourgogne, en H23.
Polisy fut affranchi en 1427.
Henri III affranchit tous les serfs du Bourbonnais, de 1547 à 1559.
L'acte d'affranchissement des habitants de Gurgy, BuxeroUes etChambain (Côte-d*Or). pour le droit de mainmorte, fut consenti par Charles d'Escars, évêque de Langres, le 11 juin 1580. Il fut enregistré au parlement de Paris, le 9 août 1582.
Cet acte relate les affranchissements des communes de GevroUes, Veuxhaulles et la Chaume (Côte-d'Or), dans le cours du seizième siècle, par les prélats du même siège, le cardinal de Givry et Pierre de Gondi.
Les chartreux de Lugny n'ont affranchi Recey-sur- Ource (Côte-d'Or), qu'en 1695.
Le seigneur de Chatelux n'affranchit qu'en 1721, deux filles du village d'Ouche (Yonne), et les villages de Corsaint et Menetreux (Côte-d'Or) n'ont été affranchis par le chapitre d'Auxerre qu'en 1783 {Bulletin de la Société des scie aces de l'Yonne pour 1851).
Les difficultés que les affranchissements avaient éprouvées se sont manifestées par la demande que firent les états généraux de 1614, afin que les seigneurs laïques et ecclésiastiques affranchissent leurs mainmortables, demande qui resta sans effet (de Torcy).
Un arrêt du 6 mars 1601, maintint un seigneur dans le droit d'assister au festin nuptial d'un de ses vassaux, droit
qui avait remplacé, dans le cas particulier, le droit de mettre la cuisse dans le lit des mariés (de Torcy).
Nous avons formé, et Ion trouvera à TAppendice, sous le n** 53, un relevé des villes, bourgs et village de l'ancien diocèse de Langres qui sont à peu de distance deMussy, et qui, à notre connaissance, ont été affranchis de 1 109 à 1695.
On doit croire que les habitants d'un grand nombre de paroisses ont'été affranchis de fait, sans qu'il ait été rédigé de chartes ou actes, en réservant divers droits féodaux, ou bien qu'avec le temps, les actes auront disparu.
L'époque de l'affranchissement de la servitude, pour les habitants de Mussy et de ses dépendances, n*a pu être constatée. Il n'a été découvert aucune trace de création de commune ou d'acte d'affranchissement. Ce qui résulte seulement des documents recueillis, c'est qu'il existait encore des serfs dans ce pays en 1269 ; et qu'il n'y en avait plus en 1464. — L'évoque Guy Bernard qui donna, en cette dernière année, au roi Louis XI, le dénombrement de ses terres, droits et privilèges, y a désigné les paroisses où il possédait des hommes de mainmorte et de condition serve, au nombre de quinze. — Ces quinze paroisses étaient alors Buxerolles, Chambin, Faverolles, Germaine, Gurgy, Gevrolles, Lanty, Lucey, Leuchey, La Chaume, Montignysur-Vingeanne, pour moitié, Rouvres-sur-Aube, St-Broingle-Bois, Versailles le-Haut et VeuxhauUes.
Cet évoque n'ayant compris Mussy dans l'aveu et dénombrement que pour los divers droits féodaux dont l'énumération se trouve ci-après, à la date de 1464, ce serait antérieurement à cette même date de 1464, que l'affranchissement de Mussy et dépendances aurait été consenti, soit spontanément, soit par suite de l'invitation que Louis X adressa, en 1315, à tous les seigneurs.
D'un autre coté, il parait résulter des statuts de la Con-
frérîe de Notre-Dame, créée de 1412 à 1433, par Tévêque Charles de Poitiers, qui était le premier membre, et dont faisaient partie beaucoup d'habitants de Mussy et des hameaux en dépendant, que dès le commencement du quinzième siècle, le servage n'existait plus à Mussy.
Enfin, nous avons vu aux archives de la Haute-Marne que, en 1329, les habitants de Mussy, Plaines, Lîsle et Saint-Langis se firent mettre, eux et leurs biens, sous la main du roi, par lettres qui sont transcrites dans un procès-verbal.
Gomme cette admission parmi les bourgeois du roi devait avoir pour effet de soustraire les habitants à la juridiction du seigneur évêque de Langres, le prélat, Jean de Châlons fit prononcer la révocation de ces lettres de sauvegarde, en la même année 1329, le mardi après le dimanche d'Oculi, ces sortes de lettres n étant alors considérées comme définitives, que lorsqu'il s'était écoulé un an et jour, sans que le seigneur eût réclamé.
La circonstance de l'admission des habitants de Mussy à la bourgeoisie royale, consentie par Sa Majesté en 1329, quoiqu'elle ne fût pas définitive, sert à constater que leur affranchissement est antérieur à cette date, attendu que la bourgeoisie du roi ne pouvait être conférée et la sauvegarde accordée par le souverain qu'aux personnes de condition libre.
Ce serait donc dans l'intervalle de 1269 à 1329 que l'aff'ranchissement de Mussy et Plaines aurait eu lieu.
Mussy avait un maire en 1213, ainsi qu'on le voit par une charte de cette même année, n^ 8 de l'Appendice. On ne peut toutefois inférer de là que Mussy aurait eu alors une commune, puisqu'il résulte de plusieurs chartes cidessus énoncées, de 1228 à 1269, que l'on disposait, à ces dates, par vente ou autrement, d'hommes et de femmes de
Mussy. Le maire, nommé dans la charte de 1313, ne pouvoit être par conséquent qu un maire seigneurial.
En résumé, la servitude na cessé complètement en France, dans les terres et seigneuries du domaine royal qu en vertu de ledit de Louis XVI, du mois d*août 1779, et dans quelques fiefs ecclésiastiques, comme à Saint-Claude et à Combrisson, qu'à la révolution de 1789. Voltaire écrivait en ITTT, en faveur des serfs du Mont-Jura.
Aux époques diverses des afiranchissements de la servitude, les seigneurs avaient réservé les corvées, les dîmes et une infinité de droits féodaux.
À mesure que les affranchissements se multiplièrent, aax douzième et treizième siècles surtout, il y eut, outre les défrichements par les soins des monastères, beaucoup de ifl défrichements par les affranchis, ce qui augmenta les re-
venus des seigneurs qui percevaient les dîmes.
Sur les faits généraux concernant le servage, nous avons dû recourir aux ouvrages de MM. Doyen, Recherches sur les droits féodaux ; Guizot, Essai sur THUtoire de France; Sismondi, Histoire des Français ; Augustin Thierry, Lettres sur rilistoire de France; Leber, Pouvoir municipal; Renouard, Histoire du droit municipal ; Arthur Beugnot, Revue française 1838; Henri Martin, Histoire de France; Guérard, Recueil des cartulaires, etc. Nous avons pris, dans ces auteurs, la plus grande partie des détails historiques qui précèdent.
Au onzième siècle, les seigneurs firent une convention qui fut nommée la Trêve de Dieu. Toute hostilité était interdite du mercredi au lundi suivant, pendant TA vent et pendant le Carèmo; la veille dos fêtes et solennités des Apôtres, et durant les Quatre-Tomps. (Concile de Rouen, en 1096. Labbe, tome x, in-f", page 599. Les Routiers, par Allut, in-8^ 1859.)
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L'abbaye de Molesme, de Tordre de Saint-Benoit, fut fondée en 1075, par Robert, à Taide des libéralités de Raynard, évoque de Lfingres. Cet évêque s'était indignement conduit, en 1069, envers Tabbaye de Pothières. Cette dernière abbaye qui, suivant une lettre de Gérard de Rossillon au pape Nicolas P^ en 863, avait été placée par le Souverain pontife sous sa juridiction directe, s'étant refusée à reconnaître la juridiction de Tévôque, ce prélat fît piller et incendier l'abbaye et le village de Pothières, et égorger ceux qui firent résistance aux soldats qu'il employa. Ces soldats faisaient partie des troupes du comte de Tonnerre et du comte de Bar-sur-Seine, neveux de l'évêque. Le pape Grégoire VII, écrivit à l'archevêque de Lyon, pour que le dommage fût réparé, sous peine d'excommunication. Il aurait fait porter la peine de cette mauvaise action à l'évêque, si l'abbé n'eût demandé la grâce de ce prélat. (Vignier, vol. 2, m"n^ 2026, Bibl. Impériale).
L'évêque abandonna au couvent, à titre d'indemnité, les Crouix ou Croix de Châtillon et de Mussy, c'est-à-dire le produit des offrandes qui se faisaient à l'occasion des processions dans ces doux villes {M\gna,rô, Romande Gérard de Rossillon),
On lit dans YAnnuaire de VYonne de 1863» que Hugues, comte de Champagne, tint sa cour à Molesme, en 1097. <3'est ce qu'on lit aussi dans VHisloire des Comtes de Champagne, vol. 2, par M. Darbois de Jubainville.
Le sucre fut importé de la Syrie en France en 1099. Les soldats chrétiens en goûtèrent pour la première fois, à Tripoli, en cette même année. (La Bédollière, vol. III, p. 228.)
Louis-le-Gros, par un édit de 1115, avait créé des arpenteurs. Henri II. en 1554, ordonna qu'il y en aurait six, en chaque bailliage. Henri IV, en 1597, défendit à toutes personnes de faire des arpentages si elles n'étaient pas
pourvues de lettres patentes. Depuis 1668 jusqu'à 1789, il y eut des arpenteurs royaux. En Bretagne, les procès-verbaux de mesurage et arpentage devaient être remis aux greffes des juridictions. Il serait, ce semble à désirer que des offices d'arpenteurs ou géomètres fussent institués selon le vœu émis en 1860, par le Conseil général de TAube, et qu'il y eût obligation de conserver la minute des procèsverbaux.
Saint Bernard, né en 1090 ou 1091, à Fontaine près Dijon, fut abbé de Clairvaux de 1115 à 1L53. En 1147, en revenant du Concile d'Etampes, il fut reçu à l'abbaye de Molesme, et il y fît plusieurs miracles décrits dans l'ouvrage du père Mabillon. 11 guérit des borgnes, des aveugles, des boiteux et d'autres malades. Une personne hydropîque de Mussy alla vers saint Bernard, à Clairvaux, et vingt jours après, elle put y aller de nouveau, pour rendre grâces de sa guérison au saint abbé. (Voirie n° 3 de l'Appendice).
Il fonda en France 80 monastères dont 35 de son observance. 11 rédigea, au concile de Troyes, les statuts de l'ordre des Templiers. 11 fut canonisé en 1174.
Sainte-Foix rapporte que les chartes de l'abbaye de Lîgny , en Champagne, disent expressément que saint Bernard promit autant d'arpents de terre dans le ciel qu'on en donnerait à cette abbaye. (Essais sur Paris, vol. V, p. 165 (1).
On lit dans unecharte de 1184 citée par Vignier, vol. III, page 84, que Hugo, moine de Clairvaux, était en même temps médecin. 11 y avait dans d'autres monastères des religieux qui exerçaient le même art. Il leur fut défendu desoigner les malades séculiers.
(1; Le nitMnc fait a élé imputé au cler^'é en ^'éDéral, par Chain|M)llion- 1 igeac. 1 vol. iu-8o, 1800.
Une charte de 1143, transcrite dans louvragedu même auteur, et plusieurs autres documents anciens ont fait mention du Ru (CAwjustines, ofi un hommage devait être rendu par le comte de Champagne au duc de Hourgogne, pour le comté de Troyes et d autres fiefs. Bien qu il fut assez coraman, selon Brussel, que les hauts vassaux dussent l'hommage, en marches, c*est-à dire dans un lieu du fief dominant qui confinait à la terre qui en relevait, on n*a pas été d^accord jusqu'à présent, sur la véritable situation de ce ruisseau, attendu que les limites de la Bourgogne et celles de la Champagne ont varié ; qu'il s'est écoulé plusieurs siècles depuis que Thommage a cessé d'ôtre rendu en ce lieu ; et que, au nom d'Âugustines a été substitué, avec le temps, Qoe autre dénomination du ruisseau et du vallon oti il coule.
Ainsi, dans l'ouvrage ajant pour titre VArt de vérifier les dates, vol. II, page 501, édition de 1784, on voit que le ru d'Augustines est entre l'abbaye de Pothiôres et ChâtilIon-sur-Seine ; et page 618 du même volume, que ce ruisseau existe entre Mussy-FKvèque et Chàtillon.
D'autres ont pensé que, par le mot Augustines on avait voulu désigner Awjnsto dunum ( Autun).
Vîgnier avait annoncé que le m d'Augustines venait du Val-des-Dames, et qu'il était près de la Gloire-Dieu. Ces deux indications étaient en contradiction, puisque le ruisseau du Val-des-Dames a son cours vers la vallée de rOurce, et n'est pas prés de la dloire-Dieu, tandis que le ruisseau qui est près de la Gloire Dieu ne vient pas du Valdes- Dames.
L'auteur de Yllistoire de Bar'Sur'St'ine a admis que ce ruisseau est situé près de la commune de Neuville.
Delamothe, auteur chàtillonnais, est le seul qui, dans son luanuscrit, ait r.\actement indi(|uc la situation du ruis-
seâu d'Augustines ; mais en présence d^assertions opposées, on ne pouvait savoir laquelle était exacte.
Des recherches, aux archives de la Haute-Marne, y ont fait découvrir une note d actes, des 14 décembre 1491, 28 janvier 1604, et 10 avril 1693, relatifs à des terres, situées le long de ce ruisseau d*Augustines ; et nous possédons une copie du dernier de ces actes, passé pour le couvent de Pothières, et où ce ruisseau est désigné.
Ce même ruisseau prend sa source au Grand-Val, finage de Mussj, à la fontaine Saint-Nicolas, entre les bois de cette ville et ceux d*Essoyes ; il coule le long des terres de Courteron, et des bois communaux de Mussy et Plaines, et il se jette dans la Seine, au pont dit du Goulot, près de la Gloire-Dieu.
Le val d'Augustines porta, dès le dix-septième siècle, te nom de Val Saint-Laurent, ainsi appelé, à cause d'une source de ce nom sur le finage de Courteron, près de la grande route, du ru d'Augustines et de la Seine. Les religieux de Pothières possédaient dans ce val des terres, pour lesquelles ils payaient un cens à Tévèque de Langres, à qui appartenait le ru d'Augustines, ainsi que cela a été déclaré au terrier de Té vôché de Langres. daté de 1468 et existant aux archives de la Haute Marne. (Voirie n** 35derAppendlce.)
On ignore ce qui a fait donner au ruisseau le nom : Augiistines, à moins qu'il n y ait eu près de là, au douzième siècle, un couvent de Tordre de Saint- Augustin, et que la source n'eût reçu ce nom dans le principe, d'après l'usage où Ton était, de donner un nom de saint aux sources et aux rivières.
Un des seigneurs de Mussy, René de Muxy, chevalier, et Anieliiie hsl femme, firent don à Tabbaye de Molesme, en 1183, do dix sous, à prendre sur le revenu du moulin qui existait à Mussy au bas du grand pont, et payables à la
fête de Saint-Hilaire. L'acte fut fait par Manassôs, évêque de Langres, en présence de Jean de Courteron et de Varnerius de Gigny, prêtres, Milon et Philippe, vicaires de Tévêque présents. (Voir le n"* 4 de TAppendice.)
Le duc de Bourgogne et Tévêque de Langres firent, en 1185, un traité pour le cours de leurs monnaies, dans l'étendue du pays qui leur était soumis. Ils s'opposèrent à ce que toute autre monnaie que celles de Dijon et de Langres y eût cours, ce qui était interdire le cours de la monnaie royale ; mais, en 1262, Louis IX ordonna que la monnaie royale fut reçue concurremment avec celle des seigneurs, partout où ils pouvaient en frapper , et qu elle fût reçue exclusivement là où les seigneurs n'avaient pas ce droit. {Histoire des évéques de Langres; Michelet et Henri Martin.)
Godefroy de Rochetaillée, évêque de Langres, de 1138 à 1163, était parent de saint Bernard, qui prit grande part à sa nomination, en écrivant en sa faveur à Louis VII, et au pape Innocent IL Godefroy avait prêché la croisade à Bourges, avec succès. Il devint le confident du roi et légat du Saint-Siège. Parti en 1147 pour la Syrie, après avoir vendu ses vases précieux et des ornements d'église, pour faire face aux dépenses du voyage, il revint en 1 148. Les historiens s'accordent à faire l'éloge de son courage et de sa sagacité. Il eut avec le duc de Bourgogne, Eudes II, vers l'année 1150, de grandes contestations. Le prélat, après avoir inutilement cité deux fois, en sa cour, le duc dont il était suzerain, porta ses plaintes au roi qui, en raison de sa souveraineté, avait droit de prendre connaissance des causes de guerre entre les vassaux de la couronne. Alors Louis VII convoqua, à Moret, une assemblée d'évèques et de barons, et il cita devant lui le duc et l'évêque. Tous deux comparurent et proposèrent leurs griefs.
L'évêque parla le premier, se plaignît de ce que lo duc ne lui avait pas rendu foi et hommage, pour un fief de Saint- Mammos, ainsi que de l'enlèvement de quelques-uns de ses gens i\ CliAtillon ; de l'incendie du village d'Orcey, et de la construction, à Dijon, de murs qui fermaient l'entrée d'abbayes.
Le duc répondit qu'une partie des choses, dont Tévêque se plaignait, étaient faites avant qu'il fût homme et vassal de l'évêque de Langres; que l'évèque avait refusé de lui rendre la justice ; ce qui l'avait porté à refuser hommage et à ne plus le reconnaître pour seigneur. De son côté, le duc demanda que l'évêque fit détruire les fortifications et les fossés qu'il avait fait faire à Mussy (1).
Cette demande était sans doute formée parce que Mussy était sur les marches ou confins de la Bourgogne, et que les seigneurs de terres contiguës ne soufiraient pas que l'un d'eux fit construire une forteresse dans les marches de la terre de l'autre.
L'évêque répliqua qu'il ne se souvenait pas d'avoir refusé de rendre justice au duc, qu'il ne détruirait point les fossés et les fortifications de Mussy; que c'était son frère qui, un peu avant de faire le voyage de Jérusalem, les avait fait construire avec l'approbation et même le secours du duc, et de plus que ces fortifications étaient sur le fond deSaint- Mammès, où le duc n'avait aucun droit.
Le roi voulait qu'on rendit sur le champ un jugement, mais les juges demandèrent un délai. Le roi accorda ce délai. Le duc n'ayant pas comparu au jour fixé, l'afiaire fut remise jusqu*à trois fois, toujours à défaut de comparution
(I) Au douzième siècle, la France élait hérissée de foricrcsses (Abécédaire de Caumout),
du duc. Le roi lui envoya alors un exprès, qui le cita de la part de Sa Majesté. Cette fois le duc fit comparaître un de ses gens qui, pour toute excuse, dit que son maître n'était pas venu, parce qu'il ne pouvait souffrir tant d'ennuyeuses redites. Alors fut prononcé lejugement qui adjugea à Té vêque toutes ses demandes, sans égard aux objections et demandes du duc.
Ce jugement, rendu à Moret, en 1153, fut signé par les grands officiers de la couronne, et prononcé en présence de Hugues, archevêque de Sens ; de Thibaut, évêque de Paris; d'Alain, évêque d'Auxerre ; de Bernard^ archidiacre de Paris, et de plusieurs autres. Il a été expédié par Hugues, chancelier du roi, le 6 des ides d'avril 1153.
Le pape Adrien IV confirma ce jugement Tan 1158.
Le même évêque de Langres se plaignit au roi de ce que Henri P% comte de Troyes, ne cessait de troubler son église et d envahir son bien, notamment de ce qu'il avait pillé son village de Gevrolles, et reçu à son préjudice l'hommage de Rémond de Montsaujeon.
Dans une autre circonstance, Tévêque de Troyes , Mathieu, porta devant le pape des plaintes contre le même comte Henri P^
Il paraîtrait d'après cela, que les évoques qui avaient à se plaindre des ducs ou des comtes, pouvaient choisir à leur gré, pour juge, soit le roi, soit le pape.
L'usage des sceaux ne se répandit généralement dans la noblesse et dans le clergé, qu'au douzième siècle {Mémoires de la Société archéologique de Langres de 1847 à 1857).
Le roi Philippe Auguste avait invité le duc de Bourgogne à restituer aux églises trente raille livres parisis, qu'il leur avait violemment enlevées. Le duc ayant fait une réponse évasive, le roi prit les armes en 1184, et marcha vers la Bourgogne. Bientôt il eut assiégé et pris Châtillon-sur-
S^inc. Ce siège fu: célébré en vers latins par Goillaame le Breton, chapelain in Roi, et qni raccompagnait.
Voici U tra<luct:on du passage de la Philippide, où il est fait mention du séjour du monarque à Mussj, et qui est insérée dans l'histoire de Châtillon H).
- Indiscé de se voir ainsi bravé et sa rovauté méconnue -• le jeune roi, prenant à la hAte la conduite d*une armée,
- vole vers les montagnes de la Bourgogne, peu de cheva- •* liers l'accompagnent; car le ressentiment dont il est
- animé ne lui a pas permis d'attendre tous ceux qu'il a ** mandés. Les plaines de la Brie et de la Champagne sont *- déjà loin de lui, il a rapidement dépassé Troyes, ainsi •» que les murs de Bar, et bientôt le voilà dans les rem- •• parts de Mussy, Hôte rojal, attendant là pendant trois •« nuits, la venue de ses troupes ; car cinq compagnies de *• gens de guerre marchant sur ses traces, se hàtôrent de •• le rejoindre. Pendant que ce retard de trois jours le
- retient dans la ville de Mussy, il apprend par des éclai- «« reurs sûrs, envoyés pour reconnaître les lieux, llmpor- •« tance des fortifications de Châtillon ; Tétat des armes de
- la place, le nombre et la valeur des gardes que le duc a •« commis à sa défense, etc. «> (Voir, pour le texte latin, le
- n** 15de TAppendice.)
On voit dans une charte de Manassès, évoque de Langres, de 1185, concernant Tabbaye d*Auberive, et statuant sur accusation d'usurpation, portée par un homme de Grancey-
(1; La Iraduction que 31. Guizol a donnée de la Phitippidc, vol. XII de su collection des mémoires rclalifs à Vllistoire de France^ contient une erreur matérielle, commise en premier lieu par Dom Bouquet, en ce (]u*il y a été écrit : Mcursautl ou Musscau, pour Uussy ou lluxi ; (]uoi(|ue le latin porte bien : in msenibus lUujcis^ et que MeursauU soit fort loin de la route suivie par le Roi de Uar-sur-Seine à Châtillon, villes entre lesquelles Mussy est situé.
sur-Oarce, contre un nonamé Huon d*Auberive, que cette abbaye possédait alors un domaine et des bâtiments à Mussy, et que ces trois habitants de cette ville furent témoins de lacté en 1 185. (N^ 5 de l'Appendice.)
Henri II, comte de Champagne, exigea, en 1188, des décimes du clergé, pour aller au secours de la Terre Sainte. (Quantin, Cartulaire général de r Yonne.)
Geoffroy de Villehardouin, dans son histoire de la conquête de Constantinople, nomme plusieurs seigneurs de la terre de Thibault IV, comte de Champagne, qui firent partie de la Croisade de 1199. Ce furent entre autres : Régnier, évêque de Troyes ; Gauthier, comte de Brienne ; Guy de Chappes ; Clérambault, son neveu ; Renaud de Dampierre ; et lauteur de l'histoire, Geoffroy de Villehardouin (1).
Le sire de Joinville, auteur de YHistoire de saint Louis, ne désigne pas les seigneurs de Champagne qui ont fait partie des croisades de ce souverain ; mais il fait connaître que Jean de Valenciennes, ramena de la première expédition, de 1248, quarante chevaliers de la cour de Champagne ; et qu'un grand nombre de princes, de seigneurs et de barons accompagnèrent le roi dans l'expédition de Tunis en 1270, expédition dont faisait partie Thibault, roi de Navarre.
Au congrès scientifique de Troyes, en août 1864, l'abbé Jossier a désigné plusieurs seigneurs de la Champagne méridionale qui firent partie de la première croissade de saint Louis, de 1248 à 1255. Ce furent notamment : Simon de Joinville, seigneur de JuUy ; Hilduin, chevalier de Doulevant; Jean, seigneur de NuUy et son fils Gauthier ; Erard de Chacenay ; le sire de Fontette ; le sire de Ricey ; Tho-
(1) Voir Darbois de Jubainville, vol. lil et IV de VHistoire des comtes de Champagne.
— opinas, Damoiseau de Baxeuil ; Barthélémy de Soyers, près de Chervey ; le seigneur de Servigny, près d*Essoyes ; le seigneur de Belao, près de Polisot. Le recueil in-P* Des Historiens français par Dom Bouquet (vol. XXIII, p, 433, 799 et 800, édition de 1822), contient les noms dautres chevaliers qui se croisèrent avec le comte de Champagne, Thibault IV. Parmi ces chevaliers on trouve Manassier de risle, mais on ignore sil s*agit de Tlsle, hameau près de Mussy.
En octobre 1200, Pierre, comte d'Aoxerre et de Tonnerre, exprime ses regrets des violences et délits qu'il a commis envers labbaye deMolesme; mais il faut, dit-il, que Tabbé et ses prévôts lui rendent bonne justice. (Carlulaire général de l'Yonne,)
Hugues, prêtre de Mussy, donne, en 1223, à Sainte- Marie de Molesme, tout ce qu il possède et possédera à Essoyes.
Hugues, évèque de Langres, donne à labbaye de Molesme, en avril 1230, une mesure d'avoine et cent sous à prendre sur les revenus de Mussy. {2'' Car tulaire de Molesme^ fol. 197, 198, 284 et 321.)
Le seizième jour des calendes davril et le quatorzième de son pontificat (1212), le pape Innocent III écrivit à Tarchevêque de Sens, à 1 evêque de Nevers et à Robert de Corzon, chanoine de Paris, qu'ayant été informé par Tévôque de Langres (Guillaume de Joinville) que Gautier, chanoine de la même ville, curé de Mussy, était soupçonné d'hérésie, il les chargeait de procéder à une enquête. Sa Sainteté ajoutait que, si l'inculpé pouvait établir son innocence, on l'absoudrait. (Lettres d'Innocent III, 2 vol. in-P*, Paris 1682.)
Le même pontife écrivit à l'archevêque de Sens, à l'évèque de Nevers et au doyen de Salisbury, chargé de l'enseigne-
ment h Paris, le 4 des ides d'avril ot la seizième année de son pontificat (1214), quele même curé de Mussy n'ayantpas comparu à Bar-sur-Seine, au jour qui lui avait été indiqué et où Tévêque s'était rendu avec plusieurs personnes religieuses et prudentes, et ne s'étantpas excusé, il avait été condamné comme hérétique ; mais que depuis sa condamnation il avait comparu devant lui, qn*il avait offert de paraître devant les prélats à qui la bulle avait été adressée, et qu'il s était excusé sur la crainte de la mort, dont on punissait non* seulement ceux qui étaient manifestement hérétiques, mais encore ceux qui étaient simplement suspectés d'hérésie. Sa Sainteté fit observer qu'il ne fallait pas disperser ceux qui faisaient partie du troupeau, mais plutôt réunir ceux qui étaient dispersés. Elle ajouta quelle s'en rapportait à la sagesse des prélats.
Les réflexions du Souverain Pontife semblaient provoquer l'indulgence, et l'auteur de Y Histoire de Bar-sur-Seine annonce, page 79, que le curé fut absous, sans indiquer la source de ce renseignement; mais nous lisons dans le /?ecue// de dom Bouquet, vol. xviii, page 715, édition de 1822, d'après la chronique latine d'un chanoine de Laon, que le curé de Mussy dont il s'agit se nommait Gauthier, qu'il était distingué (Magni Nominis FtV), qu'il aurait cherché à séduire Blanche de Navarre, plutôt qu'il n'aurait été coupable d'hérésie, et qu'il parvint à s'échapper.
En février 1216, Fulco de Cornulanz se reconnut homme lige de l'évêque de Langres, détenteur d'une chapelle près de Sennevoy, et être tenu de faire garde a Mussy pendant six semaines. (Voir l'Appendice, n^ 9.)
Guillaume de Joinville institua les chanoines de Mussy, en 1218. Un article spécial pour cette institution est à la deuxième section, chapitre II, de la première partie.
Ce fut aussi vraisemblablement au treizième siècle que
lëglise fut bâtie. VAlmanach historique de Langres, pour 1787, annonce que Ton ignore la date de sa fondation. (Voir chapitre XI, deuxième partie.)
Philippe Auguste, de lagrément de Blanche, reine de Navarre, comtesse de Champagne, et de son fils, imposa en 1221 le vingtième du revenu des terres de la province, pour les frais de la guerre contre les Albigeois. {Art de vérifier les dates, vol. m, édition in-4** de 1818.)
Le jour de Noël, 1224, Thibault IV, dit le Grand, comte de Champagne, fit un règlement qui adjugeait à Talné des
enfants, avant le partage, le principal fief, avec certaines limitations. {Art de vérifier les dates, vol. m, in^**, p. 130.)
Hugues, abbé de Pothières, et Tévèque de Langres firent au mois daoût 1224 une convention d'après laquelle nul ne pourrait chasser sans le consentement des deux parties, sur le territoire qui s'étendait de Pothières à Mussy, des deux côtés de la Seine. (Voir FAppendice, n® 16.)
Guillaume II, de Nevers, avait donné en 1087 la cure de Saint Aignan de Tonnerre à l'abbaye de Molesme. Robert, évèque de Langres, approuva la donation à la condition que les religieux de Molesme désigneraient un prêtre pour l'office curial. L'archevêque accorda aux clercs la permission d'entrer dans l'église et d'officier en habit de chanoine ; mais Hugues de Montréal, étant à Mussy en 1225, y révoqua cette autorisation, et il attacha à l'infraction de cet ordre la peine de Texcommunication. {Topographie de la Champagne, vol. XXI, p. 165.)
Il autorisa les religieux de Molesme à excommunier les hommes de ce pays qui iraient s'établir dans les terres du seigneur de Brienne. {Topographie de Champagne^ vol.
XXVIll.)
L'auteur de Y Histoire de Châtillon fait connaître les violences exercées contre l'abbaye de Pothières, par le mêi^e
évèque. Il parait qu an jour ses hommes de Chàtillon, de Mussy et de Pothières, tombèrent sur le monastère et le maltraitèrent si fort que le dommage fut estimé à mille neuf cents livres. Lie même monastère eut à souffrir dautres violences, car l'abbé de Pothières écrivit au bailli de Tonnerre, en 1284, pour lui demander secours contre les dilapidations dont la maison était victime. Les coupables ne sont pas nommés dans la lettre de labbé. (Recueil de Pierrard.)
Pendant Tannée 1228, quelques barons, mécontents de ce que le comte de Champagne s*était attaché au roi de France Louis IX, et avait dévoilé leurs mauvais desseins, réunirent une grande armée et entrèrent en Champagne. Ils brûlèrent et ravagèrent les châteaux, les villes, les bourgs et les campagnes, notamment Chaource. Ce fait est rapporté par Guillaume de Nangis. L*abbé Mathieu ajoute que le duc de Bourgogne et le comte de Tonnerre furent du nombre de ceux qui marchèrent et prirent part à cette entreprise. Le roi arriva en 1220 à la tète de son armée, fondit sur eux et les poussa de poste en poste, jusque sur le territoire de I^ignes (et non de Langres comme on la écrit), appartenant au comte de Nevers, un des confédérés. (Art de vérifier les dutex, vol. m, in-4^ p. 131, 1818.)
Vers 1230, on commença en Champagne .^écrire les actes en français. (Levesque de la Ravalièrc, Collection de Champagne, vol. cxxxiii.)
A Toccasion de l'établissement dune commune à Cbàtillon, par le duc de Bourgogne, Louis IX, sur la demande de Tévèque Robert de Torote, adressa à tous les hommes de l'évèché de Langres lordonnance qui suit : •• Louis, par •* la grûce de Dieu, rui de France, à tous chevaliers et ^ autres hommes de Tévèchë de Langres, salut. On nous a • fait connaître que vous aviez fait entre vous dva confedé-
^ rations et des sermens. Comme ces choses sont contraires u au droit de notre cher et fidèle évêqae de Langres, ainsi •» qu au nôtre, nous vous ordonnons de renoncer à ces con- ^ fédérations et à ces serments ; car nous ne saurions souf- ^ frir que de tels actes continuent. Donné à Saint-Germain- •• en-Lave, Tan du Seigneur 1233. t
Ce même évêqne de Langres , Robert de Torote, fut convoqué à Chinon au lendemain des Octaves de Pâques, 1242, pour aller avec ses troupes sur le comté de la Marche. (Laroque, Traité de la Noblesse,)
D après ce que nous lisons dans Touvrage de M. Mignard, déjà cité, ce fut en 1245 que le duc de Bourgogne fit, avec 1 evêque de Langres et Tabbé de Pothières, un traité au sujet de leurs hommes respectifs, et que le duc concéda gracieusement ses hommes à Tabbé et renonça à la fSftculté d*cn retenir aucun dans la contrée comprise entre le pont d*Etrochey et le ruisseau d*Âugustines et dy faire valoir aucun droit de justice r il autorisa même Tabbé à construire des forteresses entre les confins exprimés. Le duc retint seulement la garde de Pothières ; le reste de la suzeraineté lui échappa.
En septembre 1267, Henri, roi de Navarre, comte de Champagne, reçut en fief de 1 evêque de Langres la garde de 1 abbaye de Molesme. Cette même année, il rendit l'hommage le plus solennel au même evêque, entre Luzjr et le Val-des-Ecoliers. {Histoire des Evêques de iMngres.)
Robert, duc de Bourgogne, déclara en février 1272 qu'il avait reçu en fief du même prélat, la garde de l'abbaye de Pothières.
Lps ecclésiastiques donnaient ainsi la garde des menastùros aux seigneurs les plus puissants, afin qu'il les couvrissent de leur protection.
Lautorité ecclésiaistique avait, au treizième siècle, le
pouvoir d'excominiinier ceux qui ne payaient pas leurs dettes ; c*est ce que Ton voit par les notes sur une ordonnance de Louis IX, de 1270, vol. i, p. 211, du Recueil des Ordonnances.
L'archidiacre de Langres représenta au roi, un siècle plus tard, que, dans les lieux de sa juridiction spirituelle, beaucoup de personnes ainsi excommuniées négligeaient, pendant dix et vingt ans, de se faire absoudre, quoiqu elles pussent pajer leurs dettes; et que ces personnes troublaient le cœur des fidèles et le service divin en venant aux églises, ce qui le forçait à recourir au bras séculier. I^ roi Charles V manda, le 3 juillet 1371, au bailli de Sens et au prévôt, de saisir les biens des personnes excommuniées qui négligeaient de se faire absoudre. Il ajouta que, pour les absolutions, on nexigerait qu'une somme modérée et proportionnée aux facultés des excommuniés.
En 1271, le muid de blé valait soixante sous.
Un manuscrit du quinzième siècle, transcrit dans la bibliothèque de Técole des Chartes (année 1860), donne l'itinéraire de plusieurs rois de France. On y lit que, en l'année 1274, Philippe III. dit le Hardi, était à Mussy- TEvèque la veille et le jour de Noi'l, qu*il y était aussi le samedi suivant après TEpiphanie et qui! y séjourna dixhuit jours. Voici ce qui semble pouvoir expliquer le séjour prolongé du monarque à Mussy : Levêque de Langres Guy de Genève, qui avait son château à Mussy, avait accompagné saint Louis à la croisade en 1270, et il était revenu en 1271 avec Philippe III qui rapporta d'Afrique les cendres du roi son père. Guy de Genève avait été précepteur des enfants du roi de France, et l'on voit dans VIfistoire des Et^éques de Ijifujres, par l'abbé Mathieu, que Philippe-le- Bel, pour reconnaître les services rendus ù son père par le prélat, l'appela dans son conseil. On peut donc croire que
Philippe III avait des motifs de se plaire avec ce môme prélat.
La première lettre d annoblissement est de Philippe-Ie- Hardi ; Tannobli fut Labrosse, argentier da roi. (Lavallée» Histoire de France, vol. i.)
En 1279, Philippe-le-Hardi ordonna que personne n*eût à son dîner plus qu un potage, deux plats et un entremets. (La BédoUière, vol. m, p. 204.) Déjà un concile du Mans, en 1188, avait ordonné à Toccasion d*un subside pour la croisade, que nul sans exception n eût plus de deux mets à chaque repas. (Labbe, t. x, in-f*, 1761.)
Une ordonnance du roi Philippe-le-Bel, de 1294, défendit aux bourgeois de porter sur leurs habits, or, pierreries, hermines. On régla pour eux le prix des étoffes qnlls pourraient porter. Trois siècles plus tard, aux états généraux de 1611, nous verrons le clergé et la noblesse faire ono demande dans ce sens. Daprès Fordonnance de 1294, on ne pouvait montrer sur sa table qu'un potage et deux mets au diner, un mets et un entremets au souper. On renouvela ainsi l'ordonnance de 1279.
Le pape Boniface VIII, ayant annoncé dans une boUe commençant par les mots ausculta fili, que Dieu aurait constitué les Souverains Pontifes libres de faire ce que bon leur semblerait sur les rois et sur les royaumes, Philippele-Bel convoqua les états généraux le 10 avril 1302, et pour la première fois le tiers état y fut admis. L'Assemblée déclara la liberté du royaume et ne reconnaître que le roi pour le temporel ; puis la bulle fut brûlée publiquement en présence du roi (1). Ce souverain exigea que les papes de-
(1) Pierre Dupuy, 1 vol. in-f», 1655; Vollaire, édition Beuchot, vol. XVI, p. 281: Essai sur les Mœurs, Henri Martin, vol. IV, p. 429,
•lualrièinc édilion, 1855.
meurassent en France. Sept demeurèrent à Avignon. (Lavallée.)
Les comtes de Tonnerre devaient faire hommage à Tévêque de Langres, en son château de Mussy, pour le comté de Tonnerre et dépendances, le vendredi avant la Nativité de la Vierge. (Charte de 1308, manuscrit de Ville-Vieille, volume Lxix , page 87. Bibliothèque Impériale.) Cette même année, le comte Jean de Tonnerre envoya son fils à Mussy, lui étant malade, pour rendre foi et hommage au prélat.
Au mois de mai 1308, les états généraux convoqués à Tours, au sujet des Templiers, déclarèrent les membres de cet ordre coupables et dignes de mort. Cinquante- quatre furent exécutés à Paris. Les pairs et jurés du bailliage de Sens et les maire et échevins de Bar-sur-Seine assistèrent à cette réunion des états généraux.
Au chartrier de Saint-Mammès, à Langres, sont deux lettres et une procuration du chapitre de cette ville, pour admonester Guillaume de Durfort, évèque de 1308 à 1318 , afin qu'il eût à se corriger de son incontinence, de ses rapports avec les excommuniés, de simonies, d'extorsions, de dilapidations et aliénations de biens d'église. En sept ans, cet évèque avait dit trois messes et assisté six fois au service de l'église. Il avait été nommé par le pape Clément V, son parent. Jean de Muxi, chanoine à Langres, était un des signataires des lettres et procuration du chapitre. (Manuscrit de labbé Mathieu.
Une grande famine affligea les pays de 1 evèché de Langres, en Tannée 1314.
Au commencement de la même année 1314, Philippe-le- Bel adressa aux baillis de Champagne des lettres de convocation de grande guerre contre le comte de Flandre ; et.
celte même année, il vainquit les Flamands à Mons-en- Puelle(l).
Des seigneurs de Bourgogne et de Champagne, des villes et des abbayes protestèrent par un acte de novembre 1314, contre les impôts que le souverain voulait lever, et ils promirent de se défendre, de se secourir et de s aider mutuellement pendant toute leur vie. De ce nombre furent les sires de Châteauvillain. de Joinville, de L#arrey, de Chacenay, de Chappes, de Montigny-sur-Aube, etc.; les abbés de Pothières, de Châtillon* sur-Seine, le prieur de Larrey, etc.. (Duchesne, Histoire de la maison de Vergy.)
Il y a lieu de croire que cette protestation resta sans suite, car Philippe-le-Bel mourut le 29 novembre 1314.
On trouve dans le vingt et unième volume, în-f*, du Recueil des Historiens français (1855) , un document ayant pour titre : Mansiones et Itinera Regum, suivant lequel le roi Louis X, dit le Hutin, était à Mussy en février 1315, et le roi Philippe V, dit le Long, était dans la même ville le 16 ou le 26 novembre 1319.
Sous le règne du même souverain, Louis X, en 1315, il fut défendu aux créanciers des laboureurs de les troubler dans leurs travaux en les privant de leurs biens, de leurs instruments et de leurs bœufs.
Le roi et la reine de Navarre cédèrent au roi de France, le 14 mars 1336, le comté de Champagne et de Brie. Henri Martin rapporte que les Flamands avaient de Tartillerie au Quesnoy en 1340.
Des épidémies et tous les fléaux destructeurs désolèrent le diocèse en 1346 {Histoire des Évêques de Fjongres), Selon
t) Henri Martin, p.4o6« même volume IV
— loi —
Henri Martin, la peste noire fut importée d'Italie en France i*n Tannée 1348.
Par lettres closes du 23 août 1350, Févéque de Langres, Guillaume de Poitiers, fut du nombre de ceux qui furent mandés par le roi, pour aller combattre avec leurs troupes. (Uroqoe, Traité de la Noblesse, 1728.)
Le 13 janvier 1351, les frères de Thôpital Saint-Jean de Jérusalem, furent exemptés du paiement des dîmes pour leurs vignes de Mussy.
En août 1353, le roi Jean rendit un singulier édil, les apothicaires devaient faire usage du sucre pour les grands seigneurs seulement, et employer le miel pour un bourgeois. '
Guillaume de Poitiers reconnut, par un acte daté du château de Mussv, le vendredi avant la Nativité de saint Jean, en 1355, que le droit de corriger et de punir les religieux de Molesme appartenait à labbé et au couvent, et non À révèque; mais le 11 novembre 1488, par une transaction entre Tévèque et les religieux, il fut arrêté que les abbés, les religieux et prieurs, étaient corrigibles par Tévéque dans rétendue du diocèse.
Après la bataille de Poitiers, on 1356. des brigands ou voleurs parcoururent et dévaslèr«»nt la France. On les nomma brigands parce qu'ils portaient des cottes de mailles, appelées brigandines, comme celles que portaient les soldats de Paris. Selon Latour d'Auvergne (origines gauloises), le mot brigand viendrait du gallo-celtique : Brùj-gant, homme portant des culottes.
Tandis que les Anglais s*avancaient dans le royaume, la noblesse du pays langrois et celle de la Bourgogne, sur Tordre de la reine régente, allèrent à leur rencontre. On en vint aux mains à Urion-sur-Ource, près du pont. I^s Français trop pt;u nombreux furent battue eu juillet 1350.
Plusieurs officiers de distinction furent faits prisonniers, et les Anglais se dirigèrent sur Châtillon-sur-Seine qulls pillèrent et brûlèrent.
Dans le même temps, Bar-sur-Seine fut aussi brûlé ; Mussv et les pays voisins furent aux mains des vainqueurs, et ne furent pas épai^és.
Le roi Jean, pour prévenir la multiplication des bêtes fauves et des lapins, avait interdit en 1355 laccroissement des garennes. (Martin, vol. Garenne. Alfired Maury, Sur les forêts de la France.)
Il y eut une grande peste dans le diocèse de Langres, en
Le grenier à sel de Mussy a dû être ouvert en 1359, en vertu de lordonnance du roi Jean du mois daoût, même année.
Ce fut vers ce temps que commença en France le grand usage du linge. (Lévesque de la Ravallière, vol. i, CoHcctùm de Champagne.)
Lavallée, Histoire des Franç4iis, rapporte que, sons Charles V, en 1364, on comptait en France dix mille villes ou villages murés, et cinquante mille châteaux ou maisons fortifiées.
Les compagnies dites des Tard-Venus ou grandes corncompagnies, coururent et gâtèrent tout le pays de Champagne et Févèché de Langres, de 1360 à 1368. Elles se composaient d'Anglais, de Bretons et de Français sans solde. (Froissart.)
Guillaume de Poitiers, sur Texposé que lui fit Tabbaye d'Auberive, des pertes qu'elle avait éprouvées par la destruction des maisons qu elle possédait à Mussy, en dehors de la forteresse, lui accorda en 1365 l'amortissement de ses propriétés. La charte porte : •* que les deux maisons sont ** assises en la ville de Mussy, en la rue Saint- Père, entre
• les maisons de Jacques Baillifet la maison de Jean Julin •* et ses dépendances jusqu'à la rivière des fossés ou cloison
• de ladite ville; qu'il existe un courtil (jardin) contigu à
• ane place, assis en la dite \ille devant les dites mai- « sons et ses appartenances, jusqu'à la rivière de la Seine,
• derrière courant, par le grand pont, vers le chastel
• Monseigneur de I^ngres. <• (Voir le n^ 32 de l'Appendice.)
Ces maisons, pour lesquelles les religieux payaient un cens à l'éTèque de Langres, suivant un terrier existant aux archives de la Haute-Marne, paraissent, d'après ce qui précède, être devenues plus tard le couvent de Mussy ; et le jardin devant ces maisons qui allait joindre la rivière, maintenant le canal, serait celui qui appartient aujourd'hui à M** Moysen. (Voir le chapitre XIV, deuxième partie.)
Charles V envoya en 1367 des commissaires pour la visite des forteresses du bailliage de Sens ; et, par sa lettre do 8 janvier, il ordonna que ^ en toutes bonnes villes fer-
• roëes qui étaient en passage de rivière, les habitants
• fissent bonne garde et ne laissassent entrer plus forts - qu'eux, et s'ils n'avaient très-bonne connaissance des
• personnes. «
Le duc de Bourgogne, Philippe-le-Hardi, ayant été invité au sacre du roi de France, Charles V, son frère, quitta Dijon le 16 avril 1363, et, prenant sa route par Chàtillon, Mnssy, Bar-sur-Seine et Troyes, accompagné de trente chevaliers et écuyers, il arriva à Paris le 22.
Le même duc, se rendant auprès du roi, en 1364, coucha A Chàtillon sur- Seine le 8 juillet, et le 0 à Mussy.
Ayant appris en 1360 que la comtesse d*Artois, Marguerite de France, aïeule de la duchesse sa femme, venait en Boorgogne, Philippe-le-Hardi quitta Rouvre pour aller la recevoir à Mussy, la conduisit auprès de la duchesse où
elle passa deux mois, puis il la reconduisit ùl la cour de France.
En 1370, le couvent de Polhières remit la garde de 1 abbaye à Philippe-le Hardi, et il fut stipulé que les moines auraient des notaires dans leurs terres.
Le 15 mars 1371, le duc quitta ChAtillon , et, passant par Mussy et Troyes, il arriva le 19 à Paris où il donna à souper au duc de Clisson.
En revenant de la Rochelle, de Saumur et du siège du château de Bonnin, il quitta Paris le 19 décembre 1392 et passa par Troyes, Mussy, Aisy et Saulx, et alla dtner à Dijon le 29.
Ces détails, sur le duc, sont tirés de Thistoire générale de Bourgogne, par dom Plancher.
Le setier de froment valait, à Troyes, en 1386, onze sous.
En 1432, année de disette, quarante sous.
En 1465, dix sous. (Tabkttes historiques de Troyes J
Le roi Charles VI allant, en 1388, par la Champagne en Gueldre, les nobles du royaume, notamment ceux de Bourgogne et de Champagne, quittèrent leurs châteaux avec leurs chevaliers, écuyers et gens d armes, pour suivre Sa Majesté ; mais tous le pays des évêchés de Troyes et de Langrcs fut mangé et ruiné. Ce sont les expressions de Froissart.
L'année suivante, Charles VI partit de Paris, vers la Saint-Michel (29 septembre 1389), pour se rendre à Avignon. 11 avait désiré voir sa cousine à Aisey-le-Duc. Le duc de Bourgogne alla au-devant de lui jusqu*à Ch&tillon» où le roi arriva en passant par Mussy. Des fêtes furent données à ce souverain à Châtillon.
Au mois de mai 1404, le corps de Philippe-le-Hardi, décédé dans ses Etats de Fhindre, fut ramené â Dijon. Le
convoi, conduit par son fils, prit la route de Troyes àChâtillon, par Mussy, et arriva dans cette ville de Châtillon le 26 mai.
Le cardinal de Bar, d'accord avec l'inquisiteur du diocèse, poursuivit en septembre 1407 le frère Laurent Guitard, religieux de Molesme, accusé d'hérésie et autres crimes ; mais le parlement fit rendre le prévenu à labbé .
Pendant Tannée 1417, les gens du duc de Bourgogne faisaient forte guerre aux gens du comte d'Armagnac, a écrit Monstrelet.
La reine Isabeau, femme de Charles VI, ayant fait suspendre le parlement de Paris qui était pour ce comte, une cour souveraine fut établie à Troyes en 1418, mais elle ne dura guère (Vignier, vol. v). On lit dans Henri Martin qu'à la cour de cette reine les bonnets des dames étaient monstrueux, et que les souliers des hommes avaient un bec de un à deux pieds de long.
Le duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur, qui, en 1407, avait fait assassiner le duc Louis d'Orléans, et qui, par ce meurtre, avait fait naître la guerre civile, passa presque tout le mois de juin 1418 à Dijon, Rouvre, Courtivron. Mussy-VEvêque et Châtillon. En rentrant à Dijon, il écrivit à ses capitaines et gens d'armes de se rendre à Châtillon, pour l'accompagner dans le voyage qu'il devait faire sur rinvitation du roi.
La ville de Rouen était alors assiégée par les Anglais. Au mois d octobre il y eut deux grandes assemblées de gens d'armes et de guerre: l'une à Montier-la Celle, près de Troyes, et l'autre à Nogent-sur-Seine. «* Peu de temps •* après, il y eut une troisième assemblée d'autres cheva- •» liers, écuyers et gens de trait à Mussy-l'Evèque. Ils •• avaient eu l'ordre de s'y trouver pour, de là, servir le roi •* contre ses ennemis ; on y envoya, de Dijon, un chariot
** attelé de quatrechevaux, chargé d*argent du duc pour leur •* avancer à tous leur solde, de manière qu'ils pussent être •• contents. Les seigneurs de Champlitte, de Jonvelle, de
- la Prone et de la Guiche furent du nombre de ceux qui
- se rendirent à cet appel. « ^Dom Plancher, HUtoirede Bourgogne,)
Cette même année 1418, étant entré h Paris, le duc Y fit faire dliorribles massacres ; il s'empara de la personne du roi et favorisa les conquêtes des Anglais en France ; mais en 1419 il fut attiré par le dauphin à une confét^ence, sur le pont de Monterean, et il y fat assassiné le 10 septembre par Tanneguy Duchatel, favori du prince.
L evèque de Langres, Charles de Poitiers, un des principaux conseillers de Jean-sans-Peur, lavait engagé à se rendre à cette conférence. Ce prélat avait assisté à l'assemblée de Tombe, près de Montereau, en 1418.
Après la mort de Jean-sans-Peur, Philippe-le-Bon, son fils, se jeta dans le parti des Anglais ; il entra à Paris avec eux et combattit dans leurs rangs pendant plasieara années.
Par le fameux traité de Troyes du 20 mai 1420, promulgué le 21 dans la cathédrale delà ville, Charles VI institoa pour héritier de la couronne de France Henri, roi d^An* gleterre. Alors Philippe -le-Bon, qui avait concouru & ce traité, s'empara de plusieurs places appartenant au rd, et entre autres de Mussy.
Un des comptes-rendus à ce duc de Bourgogne, porte : •« Le 15 janvier 1841, dîner à Mussy-FEvèque aux dépens
- de Monseigneur l'évoque de Langres. »
Ce prince quitta Dijon le 26 mai 1422, emmenant ayee lui les princesses Anne et Agnès, ses sœurs, et le comte dft Saint-Pol ; le 28, il se rendit à Châtillon ; le l*"" juin il alla
dîner à Mussy et coucher à Bar-sur-Seine ; le lendemain il fut à Troyes.
Les armées anglaise et bourguignonne se réunirent à Vezelay le 4 août 1422; le 24 du même mois le duc alla gîter à Mussy.
Le duc de Bedfort, comme régent du royaume, céda au duc de Bourgogne, en 1423, le comté de Bar-sur-Seine, et cette session fut renouvelée par Henri V, roi d*Angleterre,
Le 15 octobre de cette année le duc était à Mussy ; et il y était aussi le 16 février 1425.
Pendant le séjour qu il fit dans le Brabant, en 1430, les troupes royales, commandées par le duc de Bourbon, reprirent Avallon, Châtillon, Gravant, Mailly et Mussy.
Le duc de Bourgogne mit alors des gens de guerre dans labbaye de Molesme, du consentement de Tabbé.
«• Le 5 juillet 1431, les habitants de Mussy demandèrent •• à la ville de Troyes deux cents livres de poudre, six «* bonnes arbalètes, quatre caisses de traits et deux bons - voguelaires (1) pour défendre leur ville dans l'intérêt de •• Charles VIL »»
Le Conseil de ville fit connaître aux habitants de Mussy. •* quil ne pouvait fournir à leur demande, parce qu il man- •• quait de provisions. •» (Archives de la ville de Troyes.)
•« Après la tenue des Etats de Dijon, assemblés le «* 1 1 juillet 1431, le maréchal de Bourgogne se disposait à •» reprendre les places que les troupes du roi avaient enle- ^ vées au duc, et nommément Mussy, dont la garnison M incommodait étrangement le voisinage de Châtillon et de
(1) Un Veuglaire ou Voguelaire était un canon en fer, d'un plus faible calibre que la Bombarde. Ce fut la première pièce d*arliIlerio qui parut sur un champ de bataille.
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• P-.fh^r**' : luiir» Ir» awretîhai fut r'^rfîé «FenvoTer des
- •r-iip«r< 7*r! SiLil:**a **^ Avalisa, poar coavrir ces Tilles.
- Aor'^ av»:ir mid :iair!iî*:a 'bas ces Biéfiu» Tille», le sa-
- réiihàl 3« r^ïiiîiî ieviaî ifiâsv.
- Ccmmi* :: a«* pnçoaaiu «f en Eure le siège, il spprit
• 'p'aiieârmêed'eavirr.niuritiiiillekmaiiiessassembla
* de Voalina ; il ^Ilixt di^ncabsuidooiier le projet desiégede « Moa^j et coarir sur la froadère. Cependant, pour mettre
• 1«! TîlL» Toiâines et le pavs à coaTert des entrepriaei de ^ U ^ïimison f!e M sssy , Jat^qoes d'Asmont et Pbfliboi de
* Vâr^drev, goiTernecrs «îa Tonaerroîs. forent chargés de
- U l'arde df: Ch.iâIlon->!ir-S**me et de Pothîères. Huit " antres àeignears fareat enTovés dans les Tilles de Bar- «• i^nr-Seine, Novers, etc. -• f Dom nancfaer, Hiilmrt de !•
Aox Etats da daché on accorda Tingt-six mille sept cent ^pt francs poar aTances faites par les gens d'église, poor le rl^bootement des ennemis étant en grand nombre ès-plaees, villes et forteresses de Mossv, CraTant, Chablis» etc... (ranat. 1863 )
Kn la même année 1431, an traité de trèTe poor deux ans fot concla entre le roi de France et le doc de Bonrftofrne, h Chinon, le 8 septembre. On j lit ce qoi soit : <« Monseignear le Dauphin, ne les tenants son parti, par •• eux, leurs hommes, sujets, soldoiers, alliez et bienydl-
- lants publiquement et occultement, ne otfendront, feront « ou souflreront , en aucune manière estre offendos, les •• rluch/;», comtés, pays et terres de Boulogne, Charo- « lais, etc., les villes et terres de TéTêque, chapitre et <• évéché de Langres ; les villes, chastel et chastellenie de
* Bar-sur-Seine, etc.
•• Et semblablement mon dit sieur de Bourgogne, etc., •* no offendra, fera ou souffrera, en aucune manière, être
« offendus, les pays de Dauphiné, etc., les places et for- «* forteresses do Jully-le-Châtel , Mussy-rEvêque , Boïs, « Chappes et autres places estant au pays de Champagne «• tenant le dit parti, etc... »
Le 12 novembre 1431, un des commissaires du roi exposa dans une assemblée tenue à Troyes, •« que Sa Majesté avait » signé une suspension d'armes avec les ennemis, et qu elle *• s'était obligée à entretenir pendant la trêve les garnic sons bourguignonnes établies à Mussy FEvèque, Jully, •• Gravant, Mailly, Chappes, etc.. On fit observer qu'il n'y « avait pas à ravitailler les gens de guerre de Mussy <• et de Jully, villes qui étaient suffisamment garnies de vivres, n {Annuaire de la Côte-éCOr, 1862.)
Les chefs des partis qui, dans les commencements du règne de Charles VII, s'étaient accoutumés au pillage, ne voyaient qu'avec chagrin les préparatifs de la paix. Informés du congrès qui devait se tenir à Âuxerre, ils s'assemblèrent du côté de Gravant, Mailly-le Châtel, Mussy, Jully, Chappes, afin de faire quelques tentatives sur Auxerre. Le maréchal de Bourgogne leva des troupes pour fortifier les garnisons d'A vallon, de Châtillon-sur-Seine et Montréal.
Voici un extrait des archives de Troyes, concernant Mussy :
•• Le jeudi 20 décembre 1431, en assemblée du Conseil, « il fut touché du département de Brusac qui abandonnait •• Mussy et y laissait Tristan-l'Hermite, mal accompagné, «* comme l'on disait, lequel Tristan requérait à la ville
• qu'elle lui voullit aidier de pouldres, arbalestes et traits •» et de ung voguelaire ; sur quoi a été délibéré de lui dépar-
* tir des provisions de la ville, pour bon argent, de ung « voguelaire et de cinquante livres pouldres.
•» Item, que Ton le soufire achetter et mettre hors de *• cette ville, pour le fait et garde dudit Mussy, arbaleste
- h trait, et qui ne porra trouver trait à vendre, que Ton »» lui en desparte des provisions de la ville pour leur ar- •» gent, et a esté ordonné à François de la Garmoise,
- que Ton délivre ledit voguelaire, pouldre et trait, pour »• argent.
*• Au conseil, tenu en Thostel de Monseigneur TÉvêque, u il fut mis en délibération, le 7 mars 1432, que ceulx de *" Muissy, qui ont si grande indigence de vivres que plus •• ne peuvent, ont envoyé en cette ville quatre-vingt-dix ^ femmes, quérir bleds, lesquelles n*ont point apporté « dargent, non pas pour leur dépense, sur quoi a esté ♦* ordonné et conclut leur donner, pour eulx secourir, et ^ pour tenir la ville en seûrté pour le roy, la quantité de •« six septiers seigle, qui seront payés par la main de Colin •• Perricart, des deniers communs. (A, n** P^.)
- II leur fut en outre donné quarante pains pour Dieu et M en aumône.
» Item a été ordonné de rescrire aux bourgeois, capi- M taine el compagnons de Muissy, afin de eulx toujours *^ entretenir en amour, et qulls setiemgnent en la bonne et ** vraie obéissance du Roi notre sire. . .
« 3 avril 1433. Il est arrêté, en conseil de ville, qu*il
- sera écrit à Tristan «rHermi te, capitaine de Mussy, pour » lui dire qu il fasse bonne gardid, et qu*il est renommé «« qu il doit mettre Mussy aux mains des ennemis du Roi, ♦» sans coup férir, par convoitise d'argent. •»
On voit par les détails qui précèdent combien, en 1432, la misère était grande à Mussy et à quelle extrémité la ville était alors réduite.
Quant au capitaine qui la commandait dans ces temps malheureux, il a eu plus tard une bien triste célébrité.
En 1440, il présida à Texécution du bâtard de Bourbon, dont nous parlerons ci-après. Louis XI lattacha & sa per-
sonne comme grand prévôt ; il le menait partout à sa suite , vivait avec lui dans une grande familiarité et rappelait son compère. Tristan, homme sans pitié, faisait exécuter sans délai ni appel les caprices et les vengeances du prince. Familiarisé avec le prince, il lui arrivait de plaisanter au milieu de ses terribles fonctions. Nombre de personnes ont été, sous ses yeux et par ses ordres , pendues aux arbres ou dans les prisons , ou jetées dans la rivière , d'après un mot ou un simple signe du roi. Il est mort dans un âge avancé, possesseur de grands biens !
Au commencement d'octobre 1432, on arrêta à Dijon un nommé Boclote, âgé de 28 ans, natif de Molesme, mercier de profession, qui s'était trouvé à la prise de Juilly et de Mussy-FEvèque. On le mit à la question de leau et de la corde pour découvrir ce qu'il venait faire à Dijon. Il confessa que Triqueuse, compagnon d'armes de Fortépice (1), capitaine renommé, lui avait dit, proche Gravant, en présence de Colinet, envoyé par le sieur de Villers, etGuienne, hérault du dauphin, et par un nommé le Bourg de Mascarent, que l'on faisait faire, pour escalader et donner un assaut à la ville de Dijon, des échelles dont une partie était déjà à Mussy. (Dom Plancher.)
Guienne, appliqué à la question, déclara que l'on voulait prendre Dijon , et qu*il ne savait si le dauphin, MM. de la Trémoille et d'Harcourt en étaient instruits ; que tes entrepreneurs avaient huit cents hommes d*armes ; que les garnisons de Mussy, Jully, Chablis et Gravant se devaient assembler dans le Tonnerrois, et que tous les capitaines
(1) Jacques d*Ëpailly, dit Forlciiice, bailli de Meluu, élail ua hardi avcnluricr, chef de bandes.
qui étaient à Mussy ne faisaient rien que par ordre de M. de la Trémoille.
La peste faisait des ravages à Troyes, en 1432 ; et, à cette occasion, Texécuteur des hautes œuvres reçut Tordre de tuer tous les chiens de la ville. {Tablettes histariques de Troyes,)
L'abstinence de viande, le samedi, n*a commencé en France que vers la fin du quinzième siècle. Après une horrible famine, une assemblée de prélats, de la noblesse et du tiers état décida que Ton ferait maigre tons les samedis, à moins qu il n arrivât ce jour-là une grande fête. Ce fot en considération de la fête de la naissance de Jésus-Christ, que Ton fit une exception à la règle, pour les samedis de Noël à la Purification. (Observations de Tabbé Lebeuf, dans le Journalde Verdun, de Juillet 1755.)
En juin 1433, le duc de Bourgogne, informé que les troupes du roi avaient pris plusieurs places de son daché, quitta la Flandre après avoir réuni beaucoup de troupes, et, revenant vers la Bourgogne, il mit le siège devant Mussy et s en empara. Voici comment Enguerrand de Monstrelet (mort en 1453) a rendu compte de ce fait :
*»■ En ce temps, vinrent devers le duc de Bourgogne» «• certains ambassadeurs, envoyés par les trois Etats de la •« duché et comté de Bourgogne, lesquels lui dirent et ex- ^ posèrent les grands des rois et exercions que les gens da «• roi Charles faisoient, par feu et par épée, en ses dits •* pays et, par spécial, ceux de son beau-frère, le duc de *" Bourbon, disant que déjà avoient pris par force plusieurs <« bonnes villes et forteresses, et, chacun jour, s*efibrcoient - de conquerre plus avant ; pourquoi, le pays étoit en " danger d être détruit, si brève provision ny était mise, ^ lui requérant très humblement que, de sa grâce, il y *« voulsit remédier de sa puissance magnifique, et y aller
personnellement a tous ses gens d*armes. Lequel duc, cette reqU(ête ouïe, fit assembler son conseil, et, avecque içelai, conclut que bref en suivant, il feroit assembler tous les gens de guerre de ses pays de Brabant, de Flandre, d'Artois, de Hainaut, et autres marches, à lui obéissants.
« Et, lors furent mis clercs en œuvre, à écrire lettres adressant à tous les capitaines, et aussi aux chevaliers et écuyers et autres gens de guerre; qui avoient accoutumé d*eux armer, contenant que, sans délai, se missent sus, pour être prêts et appareillée à lentrée du mois de mai, atout ce que chacun pourroit âner de gens d'armes, tant hommes d*armes comme archers, à aller en sa compagnie là où il les vouloit conduire et mener; lesquels capitaines, ouï le mandement de leur prince et seigneur, firent leur assemblée et se préparèrent diligemment. Et en y eut grand partie, lesquels mirent leurs gens sur les champs, dont le pays de Picardie, d'Artois, Ponthieu, Tournesis, Ostrevant, Cambresis, Vermandois et les marches à l'environ, furent grandement travaillées, pour tant que le dessus dit duc de Bourgogne n'eut pas si en hâte et vitement apprêté ses besognes, pour partir et faire bon voyage; et demeurèrent iceiix gens d'armes, par Tespace d'un mois et plus, en mangeant toujours le pays dessus dit. En la fin duquel mois, le dit duc de Bourgogne, qui, de plusieurs parties de ses pays, avoit fait grandes apprêtes et préparatives de chariots, artilleries et de toutes autres manières d'habillement de guerre, se partit de la ville d'Arras, le 20® jour de juin, avecque lui plusieurs capitaines, et y fut sa femme la duchesse, qui avec elle tant de dames et damoiselles que autres femmes servants, tant qu'elles étoient bien jusqu'au nombre de quarante et au dessus, et vint au gitc jusqu'à Cambrai. En laquelle
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cité, se retralsit vers lui, Messîre Jean de Luxembourg, qui lui requit d'aller en son châtel de Bohain ; lequel lai accorda, etc.. et demeurèrent en celui lieu, par deux jours, en prenant leurs ébastements enchâsses et autres déduits. Et enfre-temps, les capitaines et chevaliers, atout leurs gens d armes, se retralsirent vers le pays Rethelois. En après, le duc de Bourgogne et la duchesse, sa femme, partant du dit lieu de Bohain, s'en allèrent à Provins, et de là parmi la Champagne, passèrent assez tôt près de la ville de Reims. Si avoit eu la compagnie jusqu'à six mille combattants, tant hommes d'armes comme archers, desquels estoient les principaux condacteurs, le seigneur de Croy, Messire Jean de Croy, son frère ; Messire Jean d'Homes, sénéchal de Brabant ; le seigneur de Créquy, son frère ; Messire Jean, bâtard de Saint-Pol, et Louis, son frère; le seigneur de Humières ; Messire Baudo de Noyelles ; le seigneur de Crevecœur ; Robert de Neuf- Ville ; Lancelot de Dours ; Harpin de Richaumes, et plusieurs autres moult nobles hommes. tant chevaliers comme écuyers ; et alors, le dit duc de Bourgogne, chevauchant parmi le pays de Champagne, lequel avait avant-garde bataille et arrière-garde. Laquelle avant garde conduisoit Messire Jean de Croy au dessous lie son frère, et avec lui étoit le dessus dit Harpin de IMchommos. Si était, chacun jour, mis le charroi entre lavant-garde et la bataille. Et la duchesse, qui lors étoit bien enceinte d enfant, alloit avecque ses femmes près de la dite bataille où était le duc ; et cheminèrent tenant telle ordonnance jusques devant Troyes, qui tenoit le parti du roi Charles. Devant laquelle ville passa le dit duc, et de là prit son chemin vers Cappes (Chappes) tirant vers Bourgogne, atout grand nombre de combattants. Et adonc vinrent devers lui les seigneurs de Bourgogne.
«• atout grand nombre de combattants, auxquels il fit •* joyeuse réception ; et bref, en suivant, prit conclusion, *• avecque ceux de son conseil, de ce qu'ils avaient à faire. «• Là, fut ordonné que la duchesse et sa compagnie s*en *• iraient à Châtillon-sur-Seine séjourner ; et le dit duc •• mena ses gens devant Mussy-FEvêque, que tenaient les •* François ses adversaires, et mit le siège tout à Tenviron. « Si furent des assiégeants faites grandes préparations u pour grever leurs adversaires et ennemis ; c'est à savoir, •* firent asseoir devant les portes et murailles plusieurs en- «• gins, pour iceux confondre et abattre. Et d'autre part, •• les assiégés firent très grande diligence d'eux défendre ;
- néanmoins, eux voyant la puissance dudit duc de Bour- *" gogne être si grande, et aussi qu'il n avoit mie espérance •• d'avoir aucun secours, firent traité avecque les dits com- •> mis d'icelui duc, de, dans les huit jours après le siège •» mis, par tel si qu'ils s'en iraient, sauf leurs vies corps et
• biens, en rendant la dite forteresse, lequel traité conclu, •» se départirent sous son sauf conduit, et s'en allèrent à
- Saint-Florentin. Et après qu'icelui duc eut de par lui ** commis capitaine en icelle ville, il s'en alla à Châtillon où •« étoit la dite duchesse, sa femme, et ses gens d'armes se •• départirent sous son sauf conduit, et s'en allèrent vers le
* comté de Tonnerre... »
On lit dans XHisioire générale de Bourgogne, par dom Plancher, que la garnison de Mussy était de neuf cents hommes, qu'elle fut conduite sous escorte à Saint-Florentin, après avoir fait la promesse spéciale de ne faire aucune entreprise sur les places appartenant au duc, tant que durerait la trêve.
Paradin, dans les Annales de Bourgogne, imprimées à Lyon en 1566, s'est exprimé sur le siège de Mussy à peu près dans les mêmes termes que Monstrelet.
Lefebyre de Sâint-Remy de la Vacqaerie rend compte de ce même siège (1) ainsi qu'il suit :
«» Or, il est vrai que le due ordonna pour la condoita de
<• Farmée deulx principaux capitaines , cest à savoir
«• M^^ Jehan de Groy qui faisoit Tavant-garde, le duc avcKï
M plusieurs nobles capitaines qui faisoit la bataille, et le
<• S^ de Créquy Tarrière-garde. Et en cette noble assembt^
<« avoit une très-grant et très-noble armée de chevalUei-s
M et escuyers. Le duc entra au pays de Champaigne où on
« le tenoit pour adversaire. Le duc et son armée passa la
«> Marne, assez près d'Epernay, en tenant son chemin d<3-
M vers la cité de Ghallons, et en oultre devers la cité de
u Troyes, auquel chemin il eut grand faulte de vivres ;
y> mais il séjourna par trois jours devant la ville de Troyes»
•• là ou vindrent plusieurs marchands des villes et forte-
u resses obéissants à luy, qui très grandement avitaiUdrent
•• et pourveyrent son ost de vivres et aultres affaires, do:it
*« ils avoient grant nécessité, et firent de grants reconforta
M en plusieurs manières ; et là vindrent les grants seigneurs
« de Bourgogne à noble compagnie allencontre do duc. Ije
« quart jour se deslogea et alla mettre le siège devant une
•• bonne ville nommée Mussy-FEvèque, séant sur la rivière
<• de Seyne, à rentrée du pays de Bourgogne. Le duc se
«« logea à Pothières, une forte abbaye, ainsi que à une lieue
•» près de Mussy-FEvêque. Le seigneur de Cbamy, mrs-
«• sire Jehan de Groy, le seigneur de Gréquy et le baatart
«« de Saint-Pol, et plusieurs aultres grants seigneurs mirent
M le siège ; et en peu d'heures fut la dite ville de Mossy
u tellement approchée qu1l y en eust logiés devant les
(1) Paiilhéou liuéraire, quinzième siècle, Sainl-Rciny était conseil !er et hi^raut du duc de Bourgo^^uc, Ptiilippc Ic-Bon.
« fossés, et tant fut approchée que au bout de huit jours, « ils se mirent en traietié de rendre ou combattre, au hui - M tîème jour en suivant ; et au cas qu ils ne seroient secou- <« rus, ils renderoient la dite ville et sen iroient, sauf «» corps et bien, rendant tous prisonniers et la ville en- M tière. Et de ce faire et entretenir livrèrent hostages «* de la dicte ville. A laquelle journée ne sapparut nul
• pour combattre, ne secourir. Si fut la ville rendue « par la manière que dict est, et furent renvoyés les « dicts hostages. Apprès la reddition de la dicte ville, «» se alla le duc atout sa noble compagnie à Châtillon
• où estoit sa duchesse, et de Chastillon se partit la « duchesse atout son estât , très-noblement accompai- « gnée, et s*en alla à Dijon, en Bourgogne, là où elle « se tint une très grant espace de temps, et la condui- ** soient messire Anthoine de Vergy et le sieur de Neuf- «« Chastel. Ces choses faictes, le duc partit de Chastillon «• atout son armée et tira devers une forte place nommée « Lizines, séant au pays de Bourgogne. •«
On lit dans un volume in 8^ de documents inédits, publié en 1863, par Marcel Canat, les observations suivantes sur la relation de Lefebvre de Saint-Remy et sur celle de dom Plancher.
•* Le duc de Bourgogne, parti d'Arras le 20 juin 1433, «• alla commencer le siège de Mussy-rÉvêque. Saint Remy «* dit qu'il traversa la Marne à Ëpernay et passa à Châlons-
• sur-Marne, pour venir sous les murs de Troyes, où il «* resta trois jours. Le quatrième, il alla investir Mussy. Le •* séjour de Troyes et le siège de Mussy ne peuvent être « placés qu'entre le 3 et le 19 juillet. Saint Remy a donc «• exagéré la durée du siège de Mussy qu'il porte à 16 jours, «* à moins qu'il n'ait commencé avant l'arrivée du duc. « (D'après l'itinéraire du duc, donné par l'auteur, ce duc se-
u rait arrivé vers Troyes le 3 ou le 4 juillet, et à Chàtillon u le 19).
u Dom Plancher se trompe en faisant venir directement •^ à Chàtillon le duc qui, pendant le siège, habita Tabbaye ** de Pothières. •»
En 1434, le duc de Bourbon se saisit au nom du roi, de Mussy, Chàtillon, Avallon, etc. (Vîgnier m', vol. III, p. 550.)
Dans le cours de mars 1435, messire Jean de Chenery et Tristan -rHermi te, prévôt des maréchaux, allèrent à Troyes publier la paix. Etaient avec eux le connétable et MM. de Bourbon, de Vendôme, le chancelier et le maréchal de France. (Archives de la ville de Troyes).
Le traité d'Arras du 21 septembre 1437, ratifié le 10 décembre, mit fin aux guerres qui désolaient la France. Par les articles 16, 17, 18, 19, le roi céda au duc de Boargogne la ville et chàtellenie de Bar-sur-Seine, le comte de Bourgogne. -■ Il s'engagea à faire dire au duc que la mort •« du duc Jean, son père, fut iniquement et mauvaisement u faite par ceux qui perpétrèrent ledit cas, et par mauvais •* conseil, et lui en a toujours déplu. «
Des bandes d aventuriers, bandits, larrons, murdriers, connus sous le nom d*écorcheurs, désolèrent la Champagne vers Tannée 1437, et les suivantes. On citait parmi eux le bâtard d'Armagnac, de Villaudras, Geoffroy deSaint-Belin, deChabannes, de Dammartin, Brussac, Regnault, d'EpailIy, dit Force-Epice (1), et le bâtard de Bourbon.
Ce dernier parut en Bourgogne, en 1439, avec ses bandes. Un an après il ravagea la Comté. En 1440, il se jeta en Champagne, et alla mettre le siège devant Mussy, pen-
1) Il fut tué h Chablis {Annuaire 4e C Yonne, vol. XXII).
dant que d autres troupes d'écorcheurs ravageaient les Ricoys, Gyé etBagneux.
*» Le 8 décembre 1440, le Conseil des Etats de Bour- •• gogne expédie un chevaucheur pour porter hâtivement ^ au bastard de Bourbon, étant lors à Mussy, les lettres •» que Monseigneur le Maréchal et MM. du Conseil de mon •• dit Seigneur lui écrivaient pour le faire départir qui •* pourra et ceulx de la compagnie dudit Mussy, et pour ^ avoir restitution des personnes et biens que ces gens *» avaient déjà prins au pays de mondit Seigneur et envoyé «4 au dit Mussy.
«» Le 13 décembre, le maréchal et le conseil écrivent à •• plusieurs seigneurs du comté pour les dessus nommés •* assemblés, entendre et vaquer à la résistance du bastard «» de Bourbon, qui nouvellement a prins Mussy-FEvêque, •• et daulres capitaines qui après lui viennent (Documents «• inédits, publiés par Marcel Canat en 1863). » Charles VII jura d en finir avec les rebelles. Le bâtard de Bourbon, qui venait de piller Mussy, voyant ses meilleurs soldats labandonner, alla trouver le roi à Bar-sur-Aube. Le monarque, après lui avoir reproché ses méfaits, lui dit qu'il avait mérité la mort. Il ordonna qu on lui fit son procès sur le champ. Le prévôt des maréchaux de France, Tristan-l'Hermite, le condamna à être précipité dans les flots. Il fut conduit sur le pont d'Aube, entre deux haies de gardes, par Tristan qui lui dit : ^ Sus Mon- •• seigneur, recommandez votre âme à Dieu, car vous allez - mourir. » Les forces du coupable l'abandonnèrent et ce ne fut, dit-on, qu'un corps inerte que Tristan fit glisser dans le sac fatal. Chartier rapporte ce fait, dans ses chroniques de Charles VII, et Monstrelet ajoute : que le cadavre fut ensuite tiré hors de la rivière et mis en terre sainte. On a prétendu que les rapines du bâtard de Bourbon furent le
prétexte de son exécution ; que la véritable cause fut qa1l avait trempé dans la révolte du duc de Bourbon, son frère,
En Tannée 1437, des pluies continuelles perdirent les récoltes ; la famine et la peste désolèrent Troyes et la Champagne. En 1438 et en 1454, les mêmes fléaux firent d affreux ravages dans nos contrées, selon ce qu ont écrit labbé Mathieu etlauteurd'un manuscrit concernant Tabbaje de Molesme. {Topographie de Champagne, vol. xxi).
Il paraît que, jusques en 1261, on communiait généralement sous les deux espèces, et que ce fut en 1450 que le droit de communier ainsi, alors permis à ceux qui assistaient le prêtre dans la célébration de la messe, fut restreint à ce prêtre seulement, à Tabbaye de Clairvaux.
L'évêque de Langres, Guy Bernard, fournit au roi Louis XI, le 28 novembre 1464, un aveu et dénombrement des domaines et seigneuries de l'évèché. Ce document, compris dans le volume des Aveux de Champagne, est numéroté p. 174, n*" 11,955, aux archives impériales. On ne transcrit ici, quant au détail des biens, que ce qui concerne Mussy : *» Guy, par la grâce de Dieu, évéque et duc de «» Langres, pair de France, à tous ceux qui ces présentes M lettres verront, salut, savoir faisons : que, pour ce que «« le Roy notre souverain seigneur, nous a fait faire com- •« mandement, par vertu de certaines lettres patentes» dont ^ la teneur s*est suit : Louis, par la gr&ce de Dieu an •« bailli de Sens, ou à son lieutenant, et à nos procureur •* et receveur ordinaires audit baillage, salut : Pour ce que •« nous avions été avertis que plusieurs entreprises ont •* été le temps passé, et sont chaque jour faites par les •• prélats, communautés et autres gens de mainmorte de •* ce royaume sur nos droiz, seigneuries et posessions, et «* sur celles de nos vassaulx et subgets, etc., nous man- •« dons et enjoignons que, incontinent, vous faictes ou
^ faictes faire exprès commandement de par nous à tous •• les prélaz, chappitres, couvens, marregliers, commu- ^ nautés, et aultres gens de mainmorte, tant réguliers •• que séculiers, ayant temporalité ès-mettes de votre bail- «• lage, que dedans unct an prochainement, après le jour ** dudit commandement, ils vous baillent ou envoient les ** adveux et déclarations, au vray et en forme deue et au- •* thentique, de toutes les rentes, revenues, seigneuries, «« possessions et aultres choses temporelles qu ils tiengnent •* et possèdent en votre dit baillage, etc.
•« Donné à Paris, le vingtième jour de juillet, Tan de •• grâce mil cccc soixante-trois, et de notre règne le deu- ^ xième, etc.
<• Nous, pour obéir au dit commandement, et affin de u plus au vray faire la dite déclaration, avons fait quérir et •« visiter au trésor de nos chartes, et en notre chambre des ** comptes à Langres, ès-quels lieux, de tout temps Ion a •• accoustumé mettre tous les titres et enseignements de •• notre église et seigneurie, pour y cuider trouver aucun ^ renseignement de dénombrement, autrefois fait ou baillé -• par nos prédécesseurs évesques. Et encore avons été «« advertis que aucuns nos prédécesseurs ont faict requête à « la chambre des comptes, à Paris, que si aucun dénom- « brement ou adveu y avoit, du temps passé et d ancien- M neté, été baillé, qu on leur en baillât le double ; mais « que aucune chose n*y avait été trouvée. Toutefoiz, au plus «* près qui avons peu et sceu et selon nos livres terriers et «* aultres enseignements, avons fait cette présente déclara- ** tion :
« Item la ville de Mussy, ainsi qu elle se estend, tant M en fermette comme en tout le ânage et territoire «• d*ioelIe ; le chastel et maisons estant au dedans de la dite •« ville, ainsi qu ils se estendent, auquel lieu et au finage
— Ii2 —
• DOQs avoDs tonte justice et juridiction, haulte moyenne " et basse, seul et pour le tout, siège de bailliage et d*assi-
- ses, cil ressortissent Lisle, Plaines et Sainct-Langis ;
- prévôt et sergent, tenant cour et juridiction ; taille sus
- les diti habitants, rouaiges, corvées, fuuaiges, siège de «• Molin à Plaines, commendives, cbavaiges, dixaies de « vins, bleds et autres graines, et aussi à Gommevillc, *- terrages molin et la moitié en nng autre molin apparte- ^ nant à M^ Germain Bomibus seitués et assis en*la dicte *- ville de Mussy, rivières bannales, près, bois, en diverses •• assiettes, vignes, terres, censés, rentes, droites, prouffiz •> et émoluments, procuration de Pouthières, fonaiges, •• dixmes de gueldes, ceings en tous droictz de seigneuries ** plus à plein spéciffiés et déclarés au terrier. ••
Plus bas on lit :
•• Est à sca voir que, en toutes ou la plupart de nos villes •* et cbastelnies, seigneuries etânaiges, ci-devant déclarés, •» en notre temporalité et domaine, sont plusieurs qui, en •> icelles villes et finaiges, ont aulcunes portions de baultes «« et basses justices, et aulcuns, de basses seulement ; et •« plusieurs autres qui, en icelles, ont chastaulx, ou mai- ^ sons fortes, granges, gaignages, dixmes, tierces, fours, « molins, terres, prés, vignes, bois, etc.
^ Et est à savoir que lorsque le terrier, dont mention est •* faicte ci-devant, fut faict, qui est vieil et ancien, comme M il appart par Tinscription d*icelui , les rentes et revenues •« du dict évècbé estoient en plus grande valeur et reyenues *• qu elles ne sont de présent et sont diminuées de plus de •* deux parts, à loccasion des guerres et divisions, et dépo-
- pulation du peuple. Et néanmoins, sur les rentes et reve- •* nues qui de présent sont en valeur, sont dues tant aux «• églises que autre part, plusieurs grosses charges, tant de H denrées, graines, vins, que aultres choses qui nous con-
M vient paier chascun an, nonobstant la dite diminution;
« Item, avons droict, nous compéte et appartient, et • avons accoustumés et nos prédécesseurs de toute ancien- ^ neté et sommes en possession de succéder à tous bastards "• et bastardes, et aultres qui décèdent en nos dictes terres >> et seigneuries, sans héritiers, quand le cas y échet. Et « aussi nous compétent et appartiennent toutes espares et •• biens vacants qui sont trouvés en nos terres et seigneu- ' >• ries;
^ Item, avons droict et sommes en possession de toute « ancienneté, d'instituer Gruyer, lequel, en et par toutes •• nos dictes terres et seigneuries, tient siège, cour et jurii» diction sur le fait des eaux et fortes, etc. . .
«« Item, sont tenus nos hommes et subjets de chasteaulx, « chastelnies, à la garde du chasteau, et y faire guet et « garde, selon et par l'ordonnance du chastelain et capi- •« taine, et si aulcun y fait défaut est amendable.
M Toutes lesquelles choses ci-dessus déclarées, tant en « domaines que en fiefs, nous tenons du Roi, notre souve- « rain seigneur, etenparrie, ainsi que dessus est intitulé. M Et supplions au Roi, notre souverain seigneur, et à Mes- <• seigneurs du conseil et des comptes, que cette présente « déclaration que nous baillons soubs les protestations de- <• vant dictes, il leur plaise avoir agréable, laquelle en signe <• de vérité , avons signée de notre main et scellée de - notre scel de chambre, le 28* jour de novembre Fan 1464. •• Signé : G., évêque, duc de Langres. »>
Ce dénombrement paraît avoir été présenté à la Chambre des Comptes le 22 février 1465.
Louis' XI avait eu, en 1463, Tintention de défendre à
toute personne de chasser sans une permission royale à
accorder moyennant finance. Déjà il avait fait brûler les
filets et engins de pêche dans les lieux où il s'était trouvé.
Il changea d*ayis. (Henri Martin, vol.vi, 4® édition, 1855.)
Les troupes du roi Louis XI et les Liégeois s*emparôrent, pendant Tannée 1472, de plusieurs places de la province de Bourgogne. Le comte Antoine de Luxembourg, à la tète de larmée de Bourgogne, reprit en 1473 sur les royalistes la ville de Tonnerre, les petites villes, bourgs et villages de Grancey, Villers, Rouvre, Vanvey, Montigny, Pothiôres, Mussy-FEvèque, Molesme, Laignes, Baigneux, Gyé-sar- Seine, etc. (Sismondi, vol. xiv, page 409.)
 cette date de 1473, Louis XI donna Gyé-sur-Seine au sire de Rohan et le fit maréchal de France. (De Barante, vol. IX, page 255.)
Maximilien d'Autriche,, qui avait épousé la princesse Marie, fille de Charles-le -Téméraire, mort en 1467, ne voulut pas consentir à la réunion du duché de Bourgogne à la France ; il marcha vers Bar-sur-Seine et s'empara en 1475 deChâtillon, de Mussyet de Ricey, qui furent couverts de ruines (1). Un projet de mariage, préparé en 1477, entre le dauphin de France et la princesse Marguerite, fille de la princesse Marie, mit fin à la lutte ; cependant le mariage projeté n'eut pas lieu.
En 1479, Tristan-l'Hermite, par Tordre de Louis XI, fit pendre cinquante prisonniers faits sur Maximilien, par représailles de ce que ce dernier avait fait pendre un commandant qui avait bien défendu la petite place de Malaunoy . A la tête de huit cents lances et de six mille francsarchers, ce prévôt fit une promenade avec ses victimes. Sept furent pendus à Aire, dix à Lille, dix à Saint- Omer, etc.
Les états généraux furent convoqués et tenus & Tours
(I) Rossignol, Histoire de Bourgogne^ i854.
en 1484, au sujet de la régence pendant la minorité de Charles VIII. Les députés du bailliage de Sens, dont Mussy dépendait, furent M^ Guillaume Ichannart ou Gennert, chanoine de Meaux, puis doyen de Sens ; Hector de Sallezard ou de Salazard, Lubin pu Robin Rousseau.
Un des membres, nommés pour Bar-sur-Seine, Bourgogne, fut M® Nicole Chesle, Bslen de Bar-sur-Seine.
Chacun des trois ordres se plaignit des charges qu'avait imposées le règne de Louis XI. Le clergé et la noblesse insistèrent pour obtenir la jouissance de tous leurs droits et privilèges. Le tiers état signala beaucoup d'abus À son préjudice. (Journal de Jean Masselin, traduit par Bernier, in-f», 1665, et in-4^ 1835.)
De 1481 À 1498, Tévèque de Langres, Jean d'Amboise, fit agrandir lenceinte des fortifications de Mussy, et entoura la ville de fossés et tours. (Gallia Christiana, vol. iv , in-f».)
Il y eut, en 1490, un hiver dont la rigueur se fit sentir pendant six mois.
Jehan Flory et Guillemin Triquelire, procureurs des habitants de Mussy, demandèrent en 1491 à Robert-de- Perdures, seigneur de Poiûson et Larrey , Bailli du duché de Langres deçà la rivière d*Aube, la permission d'assembler les habitants pour élire entre eux «« gens idoines «« et souffisants pour imposer sur eux tous la somme de « vingt livres et les frais, pour voyages et impenses aux- •• quelles ils sont tenus. »» (Archives de la Haute-Marne.)
La peste fit de grands ravages à Troyes et dans le diocèse de Langres en 1498, 1500 et 1518, et encore à beaucoup d'autres époques jusqu eu Tannée 1600. En 1519, on ordonna aux habitants de Troyes de brûler tous les meubles à leur usage, parce qu'ils pouvaient être infectés. (Boutiot, un vol. in-8^ 1857.)
Le 21 juillet 1500, à rarrivée de Louis XII à Trores, il fat défendu aux filles et aux femmes de porter bonnets ni cales, à peine de les voir enlever par la main du bourreau.
En 1520, il y avait encore deux lépreux dans la maladerie de Mussy. (Appendice n® 36.)
Grosley assure que, jusqu*au seizième siècle, chaque ville de France eut des bains qui remplaçaient les thermes, un des premiers objets du luxe des Romains.
Suivant une déclaration authentique du 2 novembre 1521, relative à la maladrerie de Mussy, huit journaux de terre (2 hectares 25 ares 12 centiares) étaient alors estimés quarante francs de valeur vénale, quoique situés près de Saint- Langis où le sol est fertile. Le boisseau de froment était estimé deux sous six deniers (13 centimes) et le boisseau d*avoine six deniers (3 centimes).
Le roi François V^ reconnut, par lettres patentes du 23 avril 1521, que sa bonne ville de Troyes devait être en bonne garde sûreté fortification et tuicioti.
Dans d'autres lettres qui suivirent, Sa Majesté » consi- •• dérant que la ville de Troyes sert de retraite à Nogent, •* Mussy, Bar-sur-Âube, Sézanne, Tonnerre, Saint-Flo- •« rentin, Villemur, Saint-Dizier, Bar-sur-Seine, Joigny, •• ordonna que pour achever les boulevarts de la porte « Saint-Jacques et de Croncels, et faire dix ou douze «« grosses tours à lentour des murailles on augmenterait ^ le droit sur le sel. »
Les registres de la mairie de Troyes font connaître que non-seulement la ville de Troyes, mais aussi toutes les villes dont elle était réputée la sauvegarde étaient frappées des impôts destinés aux fortifications, et que cette perception dura pendant tout le seizième siècle et une partie du dix-septième. (Ordonnance du 22 décembre 1523 ; Mé-
moires de la Société d* Agriculture ^ etc. de CAube, n**. 51.) Dans le volume v de la Bibliothèque de Técole des chartes, page 369, on lit la relation d un voyage que le roi François I®^, la reine et Madame firent à Dijon, dans Tété de 1521. Cette relation, trouvée aux archives du département des Basses-Pyrénées, fut écrite à cette même époque par un agent diplomatique. On y voit que la famille royale mit vingt- un jours à se rendre de Troyes à Dijon, qu'ayant passé huit jours à Montiéramey, elle en employa treize à faire la route de ce dernier lieu à la capitale de la Bourgogne, en passant par Bar-sur-Seîne , Mussy et Châtillon.
Mussy était la résidence favorite de levêque deLangres, Michel Boudet ; et, comme ce prélat était aumônier de la reine, on peut croire que le roi et les princesses y trouvèrent bonne réception, et que leur séjour à Mussy eut une durée au moins aussi longue qu à Bar-sur-Seine et à Châtillon. Ce souverain aimait à conduire sa cour de châteaux en châteaux, et à retrouver en tous lieux la même opulence que dans son palais. (Sismondi, vol. xvi.)
On voit en outre, dans la relation de 1521, que le chancelier, étant allé de Dijon à Mussy et à Bar-sur-Seine, audevant du connétable de Bourbon, il eut à se plaindre de ce que les fourriers du roi ne s'étaient point occupés de lui dans ce voyage, et de ce qu'ils avaient abusé de leurs fonctions pour se procurer de l'argent. (N'' 37 de l'Appendice. )
Ignace de Loyola fonda à Montmartre, en 1524, l'ordre des Jésuites qui fut confirmé en 1540 par le pape Paul III.
Le but do l'institution fut la propagation de la foi, l'éducation de la jeunesse, la conversion des infidèles. Les Jésuites furent bannis de France en 1594 et 1762.
En 1535 et 1526, les habitants de Mussv et ceux de
Bar-sur-Âube s*étant opposés à la perception de TimpAt destiné à la réparation des fortifications de Troyes, une enquête fut ordonnée , et la perception de vingt deniers tournois , par minot de sel à enlever des greniers, des deux villes fut autorisée. Il fut ^t, à Fégard de Mussy, qu'il en serait ainsi « attendu que les bourgeois se retiraient à Troyes lorsque Mussy ne pouvait pas se défendre.
Jean Thibaut, né à Mussy, était chanoine de Langres en 1627 ; il est mort en 1530.
En 1530 et 1531, une peste existait à Bar-sur-Seine et villages voisins. (Rossignol, Inventaire de* Archives de la Câte-d'Or.)
Uévèché de Langres faisait recette, en 1532, d'un droit sur les lettres et dispenses de serment, accordées pour justifier rimpossibilité où se trouvait un débiteur de satisfaire ses créanciers dans Tannée. (Archives de la HatUe-Mame^ compte du 14 avril 1532.)
Louis XII avait ordonné, en 1512, d'employer la langue française au lieu de la langue latine, dans les actes publics et privés. Les magistrats et les jurisconsultes continuèrent lusage du latin.
Une ordonnance de François P^ renouvela, en 1539, les ordres de Louis XII, et elle fut exécutée. Seulement les officialités n'instrumentèrent en français qu'après l'ordonnance de 1629.
Un hôtel des monnaies, créé à Troyes en 1429, et peutêtre antérieurement, fut maintenu en 1431. Les pièces qui y furent frappées durent porter la lettre S, d'après un édit du 14 janvier 1539. (Ducange, Piganiol de la Force. Paris, 1715.)
Cet hôtel fut supprimé en 1772. (Géographie de VAube, par Badin-Boutiot, Gtœrre des Anglais, 1861.)
Louis XII est le premier roi de France dont l'effigie parut sur les monnaies. (Henri Martin.)
François P% par un édit de juillet 1545, donna mission à un conseiller au parlement de rechercher et de poursuivre les hérétiques dans l'étendue du bailliage de Sens.
La peste fit des ravages à Troyes en 1547. (Boutiot, 1857.)
On ressentit dans nos contrées, le 29 septembre 1549, une forte secousse de tremblement de terre. (Abbé Matthieu, Histoire des évéques de Lqngres.)
Les états généraux furent convoqués le 13 décembre 1560, à Meaux, puis à Orléans par Catherine de Médicis, pendant la minorité de Charles IX, afin de remédier au désordre résultant des divisions qui existaient entre les Guises et les partisans de la religion réformée.
Les députés furent élus par bailliage et sénéchaussée ; la réunion se composa de trois cent quatre-vingt-treize membres ; quatre-vingt-dix-huit du clergé, soixante-seize de la noblesse , et deux cent dix-neuf du tiers état. Le bailliage de Sens fut représenté savoir : le clergé, par C. Dilliers ; la noblesse, par François Ragnier ou Bacquier, Vidame de Châlons ; et le tiers état, par Claude Gouby ou Goutry.
Pour Bar-sur-Seine , Bourgogne, les députés furent : ceux du clergé, MM. Maugerard, Higorporten, Cami ; celui de la noblesse fut le seigneur de Ricey, et ceux du tiers état, furent MM. Nicole Lausserrois et Jean Vignier.
Par cette réunion, les partis furent mis en présence, ce qui ne fit que les animer. {Recueil sur les États Généraux, édition de 1789.)
Catherine de Médicis soutenait avec chaleur la religion catholique. Le prince Louis de Condé prit parti pour les protestants. Il obtint des princes d^Âllemagne trois mille
reitres et quatre mille lansquenets. Le sieur d'Andelot qui les conduisait, trouvant les frontières de Champagne trop bien gardées, passa par la Bourgogne en 1563, traversa la Seine et se porta du côté de Laignes pour se rendre à Orléans, où le prince Tattendait. Le duc de Nevers, qui n avait pu empêcher le passage de la Seine par ces troupes, se retira à Mussy et ensuite à Bar-sur-Seine pour y attendre le maréchal de Saint-André, que le roi envoyait à son secours. (Courtalon Delaitre, vol. I*^)
Il existe à Pothières une contrée de la prairie que Ton nomme le Gué des Allemands, dans les anciens titres. Il serait possible que le duc de Nevers qui avait désiré empêcher le passage, eût rompu les ponts, ou que les allemands ayant trouvé les ponts bien gardés, eussent traversé la Seine dans un endroit peu profond, d*où serait resté & la contrée le nom de Gué des Allemands.
Charles IX, dont les finances étaient dans un état déplorable, lorsqu^il monta sur le trône, mit en 1562 un subside de cinq sous, sur chaque muid de vin entrant dans toutes les villes closes du royaume. Cet impôt dut atteindre Mussy qui était ville fermée.
Ce souverain se rendit en mai 1563, de Troyes k Dijon» par Bar-sur-Seine et Mussy.
II créa durant son règne quarante-deux nobles. Henri III en créa mille, et leurs successeurs employèrent ce moyen pour se procurer de l'argent.
Avant 1563, le commencement de Tannée fut fixé à di* verses datés. Les églises des Gaules Tavaient fait commencer le jour de Pâques, qui a été célébré le 25 mars, jusqu'au concile do Nicëe de 325. Au sixième siècle, l'année commençait au 25 décembre ou au P' janvier. Cbarlemagne la fit commencer au 25 décembre. Depuis le douzième siècle jusqu'à l'ordonnance de janvier 1563, lusage
de faire commencer Tannée à Pâques fut constamment suivi. C'est en vertu de cette ordonnance et de celles des .2 et 3 novembre 1582, que le Calendrier grégorien a été adopté et qu'elle commence au P' janvier. (Dewailly, Éléments de Paléographie ; De Torcy, Recherches sur la Champagne.)
- Le prince Casimir entra en France en 1567, à la tête » d'une armée ; il s'achemina vers la Bourgogne, pour y •• vivre plus commodément qu'en Champagne, pays que •• ses adversaires avaient saccagé. Cette armée força et M ravagea Mussy, Crevant, et autres villes, desquelles les M pauvres habitants furent entièrement ruinés, n [Mémoires de Castelnau.)
Le 24 août 1572, sous Charles IX, Tordre fut donné dans tout le royaume d'exterminer les Hugnenots. » Le - vicomte d'Orte, commandant de Bayonne, répondit : J'ai M communiqué la lettre de Votre Majesté à la garnison et «^ aux habitants de la ville. Je n'y ai trouvé que de braves <• soldats, de bons citoyens et pas un bourreau. ^
A Dijon, le président Jeannin et le lieutenant général Chabot Charny résistèrent à Tordre du roi. Le président Jeannin dit qu'il fallait obéir lentement quand les rois commandaient en colère.
Troyes fut, au contraire, écrit Sismondi, une des villes qui se signalèrent par leur acharnement au carnage. Le gouverneur, un sieur de Vauldrey, conserve deux jours sans le faire connaître. Tordre qu'il avait reçu de faire suspendre le massacre.
D'après Lavallée, ce massacre eut lieu à Troyes le 2 septembre 1572.
Les procureurs syndics et échevins de Mussy, s'étant emparé du commandement aux portes et murailles de la ville, une instance fut engagée par Tévèque, Pierre de
GoDdv, seignear du lies, qui demanda que, eo respectant 6a préémiDence et son autorité, les choses fussent laissées comme elles étaient Tannée précédente, dorant les antres. troubles. Par acte d'assemblée des habitants, dn 29 septembre 1568, il fat accordé « qne le mot dn gnet serait •« donné par le capitaine dn cfaastél, et pris par les pro- •« curears et escherins on les eapitxdnes des pentes, et qnH •» lai serait porté, chascnng soir, an dit chastel. Fane des •» clefs de chacane des dites portes ; eomme ils aToient • accoutamé de faire anx troubles derniers. Sengageant •• les habitants k obéir à leur seigneur, et mesme josqnes •* au moindre de ses serviteurs qull loi plaira commettre, •* et prendront les dits procureurs et esdievins le eomman- ^ dément du sieur Grjmanlt, tant anx portas et murailles ^ de la dicte ville que autre part, puisqoll plait à Mon- •* seigneur. » (Archives de la Baute-Marne,)
Montgommery, chef des Huguenots, prit Tabbaye de Molesme et y mit le feu le 4 février 1568.
Lofficialité poursuivit, en 1573, le vicaire de Loches, & cause de 1 enlèvement de la fille de François Maistre, de Plaines. On ignore ce qui advint.
Après la mort de Charles IX, la reine Catherine de Hédicis voulut aller au devant de Henri III, roi de Pologne, qui venait en France pour v porter la couronne. Elle se fit accompagner par le duc d*Alencon, le roi de Navarre, qui fut depuis Henri IV, et plusieurs princes, princesses et seigneurs de la Cour. Ils arrivèrent & Troyes le 13 août 1574. La reine alla coucher à Mussy et fit son entrée ft Cliàtillon le 14. (Courtalon Delaistre.)
En l'année 1575, les villes de Troyes, Langres, Barsur-Aube, el autres de la Champagne, exposent au gouvernement du roi : *- que les guerres civiles et les com- « pagnies ont ruiné le pays ; que Ton ne peut être payé de
«• rentes et revenus ; que les habitations sont désertes ou « inhabitables. Elles demandent à être déchargées d*une *• somme de cinquante-deux mille quatre cents francs, or- •* donnée à être levée sur les villes de la généralité, pour « lentretien de dix compagnies de gens de guerre à pied, « durant quatre mois de la présente année ; car il est de « toute impossibilité, ajoutent-elles, d en fournir aucune « chose, quand on vendrait tous les biens. meubles qui res- « tentaux habitants. {Manuscrit de la bibliothèque impériale. Collection Dupuy, vol. lxxxvii.)
En 1576, le 6 décembre, les états généraux furent réunis à Blois par Henri III, et Ton y arrêta la paix entre les catholiques et les calvinistes.
La réunion fut de trois cent vingt-six membres; cent quatre du clergé, soixante-douze de la noblesse, et cent cinquante du tiers état. Le bailliage de Sens y envoya pour le clergé, Robert de Pellevé, évêque de Pamiers ; pour la noblesse, le seigneur de Vullemies ; pour le tiers état, J. Roger ou Richer.
Les députés de Bar-sur-Seine furent, pour le clergé, Gabriel Genevois, abbé de Mores ; pour la noblesse, Jean Durud ; pour le tiers état, Jacques Vignier, Joseph Durud. (Recueil des pièces sur les états généraux, édition de 1789.)
La peste ravageait Troyes et les environs, en 1580 et 1581.(Boutiot, 1857.)
On lit dans les Mémoires de Jacques- Auguste de Thou, le grand historien, que Voltaire appelle illustre, etTundes rédacteurs de TEdit de Nantes, qu en quittant Dijon, eu novembre 1582, il passa aux sources de la Seine, à Châtillon et à Mussy-rEvêque. C*était le père de François -Auguste de Thou qui périt avec Cinq-Mars en 1642, victime de la haine du cardinal de Richelieu.
Les reitres avec le prince de Condé, en 1576, et avec le duc de Bouillon en 1587, passèrent près de CbAtillon dans la direction de Laignes, et il y eut quelques escarmouches avec les hommes du duc de Mayenne, en cette dernière année. M. de Saulx-Ta vannes assiéga Cbâtillon en 1589, mais il fut forcé de lever le siège et daller se loger aux Riceys. {Mémoires de Saulx-Tavannes.)
Le duc de Guise s^étant rendu maître de Paris, Henri III se retira à Blois, et il y convoqua les états généraux le 16 octobre 1588 ; cest là quil fit assassiner le duc ainsi que le cardinal de Lorraine son frère. Les membres réunis sur cette convocation étaient au nombre de cinq cent cinq ; cent trente-quatre du clergé, cent quatre-vingts de la noblesse, et cent quatre-vingt-onze du tiers état.
Le bailliage de Sens fut représenté savoir : le clergé, par Jérosme Tave, chanoine de Sens; la noblesse, parEustache de Saint-Phas, sieur de Cudet, et le tiers état, par Nicolas Gouget, avocat.
Les députés de Bar-sur-Seine furent MM. Dumas, archidiacre de Langres, pour le clergé ; Claude Lenoncourt, seigneur de Loches , pour la noblesse, et Jehan de Lausserrois , pour le tiers état. ( Recueil des pièces sur les États Généraux.)
Le sieur Dinteville leva des troupes en Champagne, et Saint-Paul y commandait en 1589. (Palma Cayet.)
Un bailliage seigneurial fut créé à Mussy, par l'évéque de Langres en 1587 ou 1588, en remplacement d'une prévôté. Des actes de notaires constatent que le bailliage seigneurial pour Mussy était à Langres en 1586, et qu*il en existait un à Mussy en 1588. (Voir 2* section, chapitre V.)
Les papeteries de Troyes remontent au quatorzième siècle, selon M. Valet de Viri ville. Celle qui existait à
Mussy était fort ancienne ; il en est fait mention dans des registres de baptême du seizième siècle, où se trouvent indiquées les professions des ouvriers. Pour les temps antérieurs à 1554, il n existe pas de registres. Ce fut en 1370 que Ton commença à fabriquer le papier avec du linge. (Lavallée, vol. ii.)
D'après VHUtoire de Bar-sur- Seine, nos pays auraient été rançonnés par le régiment de Persan, vers 1589. Mussy et d'autres communes voisines auraient été pillées.
Le sieur de Grammont, tenant le parti de la ligue, fut maître de presque toutes les places fortes, depuis Bar sur- Seine jusqu'à Semur, dans Tintervalle de 1588 à 1594. Mayenne et Joinville étaient alors gouverneurs de la Champagne et.de la Bourgogne. {Manusaits de Vabbaye de Pothières. Bibliothèque impériale.)
Henri IV avait écrit du camp de Gonesse au sieur Roussat, lieutenant à Langres, le 30 mai 1590, pour qu'il fût donné à l'évéque de Langres, Charles II d'Escars, main-levée de la saisie de ses biens, attendu qu'il avait assuré le roi de ses services pour ses troupes et pour celles du maréchal de Biron, et que l'évéque avait reçu dans Mussy, en garnison, la compagnie de gendarmes du marquis de Mirebeau, et pour y commander en qualité de gouverneur, le sieur d'Ostricourt. (Voir l'Appendice, n*> 38.)
Si le roi occupait une ville dans un moment, ses troupes en étaient souvent chassées peu après par celles de la ligue.
Mayenne, chef de cette ligue, assisté du Pape et de l'Espagne, entretenait la guerre contre Henri IV.
Au mois d'avril 1591 , le duc de Lorraine s'empara des forteresses de Montigny-le-Roi et de CoifTy. Quel-
ques mois après, il savança jusqu'à Chàtillon et Mqsst; puis, revenant sur ses pas, il tomba à llmproYiste snr Langres.
On voit par un acte de 1591, que, à cette date, Mussy fut rebelle au roi, ce qui fit saisir les revenus du chapitre. Voici la teneur de cet acte :
a J*ai reçu de Jehan Person, meunier à Gyey-sur-Sdne, •• huit setiers de grains ; les deux tiers blé, Fautre tiers •« avoine, que le dit Person devait à MH. du chapitre de *" Mussy, lequel grain je prins pour la nourriture des sol* u dats étant au château dudit gyey, en garnison pour le ** service du roi, & cause que les dits sieurs du chapitre •« sont rebelles au roi, et résident dans la ville de Mussy, ** laquelle tient pour la ligue ; et pour ces causes, je saisis M les dits grains ci-dessus ; de quoi je tiens quitte le dit <« Person. Fait au dit Giey le 8 septembre 1591, signé, •« Deschamps. »
Le château de Gyé tint pour la ligue, de même que Mussy; il fîit pris par le maréchal d'Âumont, au nom du roi, sur la fin d'août 1591.
Le 30 mars 1592, M. de Cypierre partit de Mussy, alla loger au-delà des Riceys, et, le 2 avril il arriva à Tanlay, pour se porter sur Tonnerre. {Manuscrits de Bakune , n° 9113, fol. 154. Bibliothèque impériale.)
Les états généraux ayant été convoqués à Paris, pour le 10 février 1593, par le duc de Mayenne, les députés des trois ordres s*y trouvèrent réunis au nombre de cent vingthuit.
Ceux de Bourgogne et de Champagne arrivèrent à Paris sous la protection d'une nombreuse escorte militaire. (Henri Martin, vol. viii.)
Mathieu Millot, chanoine et doyen de l'église Saint- Pierre de Mussy-l'Evèque, fut le député chargé de repré-
senter le clergé, pour Bar-sur-Seine (1) ; il fut membre du bureau du clergé, et fut a^oint à Monseigneur d'Orbois, secrétaire de ce bureau, présidé par le cardinal de Pellevé.
Claude de Lenoncourt, sieur de Loches, bailli de Barsur-Seine, fut le député de la noblesse.
n n est pas fait mention du député du tiers état, pour Bar-sur-Sëine.
Les députés de la Champagne furent : Robert de la Ménardiôre, abbé de Sainte-Colombe-les-Sens, pour le clergé ; Hector de Saint-Biaise, sieur de Pény, pour la noblesse ; et Claude de la Mare, maire de Sens, pour le tiers état. {Procès-verbaux des 16 février et 8 août 1593, par Bernard, 1 vol. in-4^).
Les troupes royales et celles de la ligue continuèrent à guerroyer dans ces contrées, même après Tabjuration d'Henri IV, qui eut lieu le 25 juillet 1593. •* En cette M année, le sieur de Saulx de Tavannes séjourna à Fla-
• vigny, suivant l'avis qu'il eut du duc de Nevers ; il « assembla quatre cents chevaux des forces de Bourgogne, •« y compris la compagnie d'ordonnance, qui était revenue «> de la ville de Langres et s'achemina avec cette troupe à
• la ville de Mussy, vers le même duc de Nevers, qui avait « mené quelques forces, en petit nombre, afin que les deux « jointes ensemble, ils allassent secourir Châteauvillain, *^ que le marquis de Pont, fils aîné du duc de Lorraine, « avait assiégé avec une armée et quelques canons et piè- « ces de batterie; n'ayant pas encore gagné la contre- « escarpe, laquelle était gardée par les capitaines Thiellery « et Clerget, qui commandaient aux gens de pied, que le
(i) Mussy-FEvéque (Champagne), faisait partie du doyenné de Barsur-Seine (Bourgogne).
*« sieur de Tavannes avait envoyés. CJomme Ton corn- «« mençait à s acheminer, Favis vint que le marquis de Pont «« avait levé le siège. Les troupes de Bourgogne condoi- «* sirent le duc de Nevers jusqu'à Vendœuvre. {Mémoires de « SaulX'Tavannes,)
La présence des gens de guerre en Bourgogne et en Champagne força beaucoup dliabitants de campagne & se réfugier à Mussy, qui était fortifié. On voit par les régisgrès de baptême que plusieurs femmes de Pothières, Noiron, Charrey, Grancey, sont accouchées & Muasy, et que leurs enfants y ont été baptisés, pendant les années 1592, 1593, 1594 et 1595.
Parmi les réfugiés se trouvent : Nicolas de Gissey, tabellion ; Pierre et Vorles de Gissey ; Hubert Tremisot, marchand, tous de Chàtillon ; un sieur Dumoulin, conseiller à Bar-sur-Seine ; un sieur Dngond, seignear & Goliotte; le sieur de Cussey, Bourgeois et plusieurs antres. L'émigration des habitants de Chàtillon parait avoir été causée aussi par les vexations du baron de Thenissey, gouverneur, qui fit démolir plusieurs maisons de la ville, afin d*avoir les matériaux nécessaires & la reconstmction du château fort, et qui traitait les habitants comme des ennemis.
En 1594, les vignes furent gelées.
L*armée de Biron entra en Bourgogne en 1595. C*ëtût là que Mayenne avait placé ses dernières espérances. Cette armée n'approcha pas de Chàtillon, et les envoyés de la ville, Jacques Bouvet et Syredey, échevins, signèrent à Paris, le 20 février, un traité d'armistice dont rezécotion futjuréele 8 avril, au château de Chàtillon, et entre les mains du sieur de Dinteville, lieutenant-général aux gonvernements de Champagne et de Brie, par le baron de Thénissey, gouverneur de Chàtillon, ainsi que par les mai-
res et échevins de Châtîllon, et des villes de Troyes, Chaumont, Bar-sur- Aube, Château villain, Vandœuvre et Mussy, sur lesquelles villes s*étendait Tautorité du gouverneur. {Topographie de Champagne, vol. xxi, p. 342.)
Henri IV arriva à Troyes le 30 mal 1595, et à Larrey le !•' juin ; il alla coucher à Villaine. {Histoire de Char tillon, p. 363.)
Il y avait famine et peste dans le diocèse de Langres en 1595 ; cent soixante personnes périrent à Molesmes. {Topographie de Champagne, abbaye de Molesme.)
En 1595 et 1596, la contagion régnait aussi à Paris. {Journal de Pierre de tEstoile,)
En 1598, il n'y eut pas de fruits et il y eut peu de vin.
Sur la fin du seizième siècle, en 1595, 1596, 1597, il y avaità Mussy quatre apothicaires, nommés Auberon, Febure, Chàlons et Personne. A cette époque, les apothicaires étaient à peu près seuls chargés de soigner les malades ; c est ce qu'indique Tinscription de 1597, qu'on lit près de la porte royale, et portant que le sieur Auberon, apothicaire, a fait faire une chapelle en revenant de soigner le» malades de contagion et peste. Cependant il y avait aussi des barbierschirurgiens et des médecins ; car, dans un arrêt du conseil du 29 octobre 1554, on lit qu'un sieur Régnant, de Mussy, était alors au lit entre les mains des barbiers et chirurgiens. On voit aussi, dans les registres de baptême, qu'en 1589, un sieur Dudoyer était chirurgien de Tévêque à Mussy ; et qu'en 1595 et 1596, un sieur Lefebvre et un sieur Former y étaient aussi chirurgiens, sans mention d'autre titre.
A ces dates, d'après les historiens, les chirurgiens étaient peu nombreux en France ; ils n'étaient employés que par des personnes très-riches, c'était sans doute les évèques de
Langres, seigneurs de Mussy, qui avaient appelé en cette dernière ville ceux qui y résidaient.
Il y avait quelques hommes appelés myres ou rebouteurs, qui parcouraient les campagnes pour y exercer leur art.
Les barbiers-chirurgiens furent, dans le principe, de simples barbiers, qui prirent le titre de barbiers-chirurgiens. En 1614, les parlements établirent une distinction entre les barbiers et les chirurgiens. Les chirurgiens ne furent pas agrégés comme les médecins à Tuniversité de Paris, et ce fut, dit Saint-Foix, parce que l'Église a horreur du sang.
A la date de 1606, on trouve sur un registre de lliApital la première mention dun chirurgien de rétablissement» nommé Pierre Richot.
Pour ce qui est des médecins, qui anciennement n'existaient non plus qu'auprès des Grands, ils étdent en même temps astrologues. Tous étaient clercs, et par conséquent non mariés. La permission de se marier ne leur fut accordée qu'en 1452. Sans doute alors ils cessèrent d'appartenir au clergé. En 1598 et en 1601, il y eut à Mussy un médecin, le sieur Méot, qui prenait le titre de docteur en médecine. Aux treizième et quatorzième siècles, la plupart des souverains catholiques n'avaient pour médecins que des juifs, malgré les défenses des conciles.
Une officialité ou justice ecclésiastique fut créée à Mussy par l'évêque de Langres en 1600, et ensuite supprimée. (Voir le ch. m, 2' section. 1^ partie.)
Le connétable de Montmorency, arriva à Mussy le 11 juillet 1612, et les autorités de Chàtillon se rendirent 1& à sa rencontre, pour lui faire honneur^ disent les auteurs du temps.
Après l'assassinat de Henri IV, Louis XIII commença
à régner sous la régence de Marie de Médicis. Cette princesse accorda sa confiance à Concini. De 1612 à 1636, il y eut des révoltes de beaucoup de seigneurs contre le souverain. Le diocèse de Langres fut souvent victime de cette guerre intestine. Le Tonnerrois fut ravagé par les Huguenots. Pendant cette dernière année, un général de l'empereur d'Allemagne pénétra dans la Bourgogne et la Champagne avec quatre- vingt mille hommes.
En 1613, Louis XIII accorda au chapitre de Troyes le droit de prélever, pendant neuf ans, un sou par minot de sel (1) vendu au grenier à sel de Mussy, pour employer ce produit à Tachèvement de la tour de la cathédrale. Ce prélèvement fut ensuite prorogé pour neuf ans, sur le pied de deux sous six deniers, par minot.
Les états généraux, réunis en 1614, le 14 octobre, ne furent dissous qu'en mars 1615. Le clergé comptait cent quarante-quatre membres, la noblesse cent trente, et le tiers état, cent quatre-vingt-huit, en tout quatre cent soixante-deux. Dans ce dernier ordre, il ny avait à peu près que des personnes se disant nobles, conseillers du roi ou officiers de justice ou de finances. Le bailliage de Sens fut représenté à cette assemblée savoir : le clergé, par le cardinal Duperron, archevêque de Sens, et par Sébastien Zamet, évêque de Langres ; la noblesse, par Charles de Senneson , seigneur de la Verrière ; et le tiers état, par Bernard Angenoust, lieutenant général au bailliage.
Les députés de Bar-sur-Seine furent , pour le clergé, Guillaume Minet, ministre de la maison-dieu de Bar-sur- Seine ; pour la noblesse, Antoine de Lenoncourt, seigneur
(I) Le minol élait le quart du scticr ou d uu hcclolilrc et demi.
de Marolles, bailli de Bar-sur-Seine, et pour le tiers état, Lazare Coqueley, maire de cette dernière ville.
Chacun des ordres rédigea an cahier de remontrances volumineux. Celui du tiers état est de deux cent vingtquatre pages, d'un volume in-folio, et contient six cent cinquante-neuf demandes. Bien des abus y furent signalés ; on 7 demanda bien des réformes, qui ne furent obtenues qu'en 1789.
Les cahiers des deux autres ordres renfermaient principalement des demandes d'avantages ou le maintien de privilèges et de préférences,
La noblesse demanda entre antres choses, que défenses fussent faites à toute sorte de personnes • qui <« n'étaient pas de la qualité requise , de prendre la «« qualité de messire ni chevalier; ni leurs femmes, le «• nom de madame.
•• Que les filles de noble extraction^ majeures de 25 ans, M ne pussent se marier à personne de vile et abjecte condi- « tion , que par le consentement de quatre de lears «• parents les plus proches autres que l'héritier. *>
En sollicitant l'exécution des ordonnances de Philippele- Bel sur la réformation des habits, la noblesse demandait aussi M que par l'accoutrement, on pût faire distinction de u qualité des personnes ; et que le velours et le satin ne «• fussent permis qu'aux gentils hommes.
» Le clergé de son côté, demandait une condamnation à <« mille francs d'amende contre celui qui prendrait fansse- «* ment les marques et habits de noblesse. ••
-> La noblesse demandait encore que Ton fit œsser les •• droits et privilèges, prétendus par les habitants des u villes, de chasser sur les terres du roi et sur celles des •« seigneurs voisins de ces villes ; et que Ton défendit à •« toutes personnes roturières et non nobles, de porter
« arquebuses ni pistolets, et d*avoir chiens à chasser, ni «• autres, qui niaient les jarrets coupés. «•
La misère fut excessive dans nos contrées en 1628. Au mois d*août les habitants allèrent en procession générale À Plaines, prier saint Vorle. On était nuit et jour dans les églises.
Une sentence de mort fut rendue, en 1629, par le tribunal de Saint-Claude, contre un individu accusé d^avoir mangé de la chair de veau et de cheval en temps de carême. Ce fut là un triste exemple d'un zèle aveugle et barbare au dix-septième siècle.
Louis XIII, accompagné du duc de Richelieu, allait en 1629 porter secours au ducde Mantoue. Il sarrêta à Troyes, du 23 au 26 avril, jour où il alla coucher à Bar-sur-Seine. Le 37, il passa à Mussj et fit son entrée à Chàtillon le même jour.
Ce monarque alla de nouveau en Bourgogne en 1630, accompagné de la reine-mère, de la reine, sa femme, du garde des sceaux, de Michel de Marignac, du duc de Bellegarde, de Bouthillier et de plusieurs autres seigneurs de la Cour. Courtalon Delaîstre assure qu'il quitta Troyes pour aller & Dijon y apaiser une sédition élevée à loccasion du remplacement des états par des élections.
Il dut passer à Mussy, pour se rendre à Chàtillon qu il traversa le 21 avril.
Sous Charleroagne, comme chez les Perses et les Romains, il y eut des piétons, des courriers et des stations pour les correspondances. Ce service a cessé en France sous les successeurs de cet empereur.
Louis XI, par un arrêt du 19 juin 1464, avait institué des postes aux lettres et aux chevaux de quatre lieues en quatre lieues, pour la commodité de ses affaires et la diligence de son service ; mais ce ne fut que vers 1630, sous
Louis XIII, que les postes furent instituées pour le public et qu'un tarif ou règlement de taxe fut créé.
En 1742, on décréta la peine de mort contre l'employé qui aurait décacheté les lettres (1).
Pendant les mois davril, mai, juin, août, septembre 1631, on fit faire des pèches fréquentes de Chàtillon à Mussy , pour pouvoir transporter des truites dans les canaux de Fontainebleau.
Cette même année 1631, la peste sévissait dans la plupart des pays de là vallée de la Seine, entre Bar-sur-Seine et Châtillon. (Archives de la ville de Ti*oyes.)
La contagion se fit sentir de nouveau en 1632, 1637 et 1638. Les habitants de Mussy allèrent en procession à Pothières, à Toccasion de cette peste.
Le poëte Boursault naquit à Mussy, au commencement d'octobre 1638. (Voir l'article biographique le concernant, à la 3® partie.)
11 y eut rébellion des habitants de Mussy en 1645, an sujet d'un nouveau droit de subvention sur le vin. Un nommé Martin fut conduit dans les prisons de Troyes. La ville fut condamnée à payer le droit. Les fermiers du gouvernement firent saisir, enlever et vendre toute la vacherie de Mussv.
La dîme de vin en 1652, produisit à l'évèque, pour Mussy, cent cinquante-six muids ou trois cent cinquante-six hectolitres.
La France fut agitée de 1648 à 1653, par les guerres civiles de la Fronde. 11 existait deux partis ; celui de la cour et de Mazarin, contre celui de la noblesse et des
(1) Henri Martin, Histoire de France; Bial, Civilisation celtique, 1864 ; Lclièvrc de la Morinièrc, Notice sur tes postes, 1864.
parlements. Louis XIV, accompagné d'Anne d'Autriche, du cardinal Mazarin, du duc d'Anjou, et d'autres seigneurs et dames de la cour, crut devoir aller en Bourgogne ; il passa par Noyers, Montbard et Saint-Seine, pour se rendre à Dijon, où il arriva le 16 avril 1650. De cette ville, il écrivit aux maire et échevins de Troyes, que son dessein était de passer dans leur ville en retournant à Paris. En effet, il alla coucher à ChâtlUon le 26 avril et le 27 à Bar-sur-Seine en traversant Mussy. Les magistrats de Troyes allèrent à sa rencontre à Bar-sur-Seine.
Le même monarque, marchant à la conquête de la Franche-Comté, évita les villes placées sur la route de Bourgogne, parce que, selon ce que dit Pelisson, elles étaient trop foulées par le passage des troupes. Le 5 février 1668, il alla coucher à l'abbaye de Molesme, et en revenant, il coucha le 20 à Arcen-Barrois, et le 21 à Troyes.
Vers le milieu du dix-septième siècle, Mussy servit, comme à la fin du seizième, de refuge aux habitants des environs que la guerre épouvantait. Aux dates des 26 avril 1653 et 26 février 1655, on lit dans les registres de baptême, que des parents d'enfants baptisés à Mussy s'y étaient réfugiés à cause des gens de guerre.
Le couvent des ursulines fut fondé à Mussy en 1654. (Voir le chapitre xiv, 2® partie.)
Le 23 mai 1655, le prieur de l'abbaye de Pothières porta plainte contre l'abbé (Roger d'Etarapes) qui l'avait frappé d'un bâton, le dimanche, à la procession. (Acte de Plansson, notaire à Mussy.) De la part d'un supérieur ecclésiastique, c'est là un manque de modération dont il n'existe guères d'exemples.
Le procureur fiscal fit assigner, en 1658, les douze bou-
chers de Mussy et deux maîtres ès-gards (1), pour qulls eussent à représenter leurs statuts. Les bouchers déclarèrent que leurà statuts en bonne forme ayant été perdas, ils ne pouvaient en représenter qu'une copie, sur laquelle ils affirmèrent sètre toujours réglés. Le bailli (M. Lesain) homologua ces statuts, le 30 mars 1658. (Voir TAppendice, n^ 45.) Ces statuts sont conformes sur divers points à ceux des bouchers de Troyes, du dernier jour de février 1604, transcrits en 1845 dans les Mémoires de la Société éCAgri» culiare de la même ville.
On baptisa à Mussy, le 6 avril 1663, la fille de Benoit Folis, qui fut qualifié astrologue et arpenteur à Plaines. Il semble extraordinaire que lecclésiastique, rédacteur de Tacte, ait admis une qualification qui impliquait la préten.tion de connaître lavenir par Tinspection des astres» à moins qu'on n'attachât alors au moi astrologue d*atttre signi fication que le mérite d'annoncer, d*après ses obserratioQS , les variations de la température.
Un principal du collège de Dijon fut accusé dlmpiété, en 1528, pour avoir prédit l'avenir comme astrologue (2). Cependant l'astrologue Nostradamus eut la faveur de Catherine de Médicis et du roi Charles IX.
Le blé se vendait, à Mussy, vingt-huit, trente et trentedeux sous la mesure en 1665. Cette mesure pesait soixante livres (trente kilogrammes). Les échevins demandèrent» le 20 octobre de cette même année, que Ton fixât le prix de la livre de pain blanc à fleur à douze deniers, et le pain Iris à proportion. La même demande fut faite le 21 octobre 1685. (Archives de la Haute-Marne.)
(i) Judices, arbitra, selon Ducangc.
(i) Histoire des évoques de Langres.
Un' acte du troisième dimanche de février 1667 nous apprend que les confréries ne pouvaient alors se réunir, parce que le lieu de la réunion était occupé depuis six mois par la garnison à Mussy.
Le clocher de Téglise paroissiale fut frappé par la foudre le 17 avril 1670. (Voir chap. xii, 2® partie.) Depuis, la foudre n*est tombée sur aucune habitation de la ville.
A la date du 16 juillet 1673, les femmes de Plaines se réunirent sous la présidence du curé (M. Paymal), et nommèrent une sage-femme à la pluralité des voix. Ainsi, il y a moins de deux siècles, on ne craignait pas d*exposer la vie des mères et des enfants, en laissant Télection à une population féminine ignorante, et on n'attachait à Tadmission des sages-femmes aucune condition de capacité d'instruction, ni d'examen par un chirurgien.
Le 30 janvier 1674, le bailli, vu la nécessité de parachever Us murailles de Ifi ville, et de faire préparer les logements des gens de guerre qui devaient arriver le même jour, en garnison, nomma d'office des syndics.
M. Glérambault, étant bailli de Mussy en 1676, M. Nicolas Viesse, contrôleur de la maison du Roi, demeurant en la même ville, se pourvut contre ce bailli qui le troublait, disait-il, dans l'exercice de son droit de préséance, consistant à précéder les maires, échevins, officiers de l'élection au grenier à sel, et autres officiers inférieurs et habitants, ès-assemblées publiques et particulières, aux processions, offrandes et cérémonies publiques, et à recevoir le pain bénit avant le bailli et les autres officiers.
Un arrêt du Parlement de Paris, du 5 janvier 1678, conserva le bailli ès-honneurs dus à sa charge, avec défense de l'y troubler.
Le même Nicolas Viesse fut prévôt des maréchaux de France en 1686. Il avait pour frère Simon Viesse, qui de-
meurait à Mussy et y était avocat en 1685. Nicolas Viesse fut laïeul de Nicolas -Edme Viesse, père du maréchal doc de Raguse. La famille Viesse de Marmont paraît donc originaire de Mussy , qu elle quitta pour aller habiter Châtillon-sur- Seine, vers 1700.
Un tremblement de terre se fit sentir dans tout le diocèse de Langres le 1"^ juin 1683.
Le 17 octobre 1685, Louis XIV révoqua Tédit de Nantes, publié par Henri IV en 1598, en faveur des protestants. Deux cent cinquante mille personnes sortirent de France.
On lit dans YHistoire de Châtillan que, le 10 mars 1695, le feu tomba en bluettes dans cette ville.
M Rossignol, dans son Histoire de Bourgogne^ rapporte aussi qu une pluie de sang tomba à Dijon le 15 février 1560, et, d après YAnnmire de V Yonne pour 1866» une semblable pluie serait tombée à Sens en 1617.
Rouillard, dans V Histoire de Melun, a annoncé aussi que, sous le roi Robert, il était tombé une pluie de sang.
Des savants considèrent que ce sont là des phénomènes produits par des nuages de poussières rouges provenant de diverses régions, entraînées par les courants aériens les plus élevés et qui, se mêlant ensuite à Teau de Fatmosphère, forment les pluies signalées. (Magasin pittoresque^ mars 1863 ; journal la Patrie du 8 juin 1863, sur une pluie de sang dans le Gambrésis, en décembre 1862.)
VAf^orial général, existant à la Bibliothèque nationale, section des manuscrits, et rédigé en vertu de Tédit de Louis XIV, de 1698, ne contient que deux écussons concernant Mussy : celui du chapitre, de gueules A une mitre d'or; et celui de Jean Clérambault, de gueules, à trois trèfles d'argent, deux et un.
Une ordonnance du 29 octobre 1707, renouvelée le 8 janvier 1709, prescrivait de nettoyer les rues et ruelles
de Mussy les mercredis et samedis. (Archives de la Haute- Marne, liasse de Mussy, cote 53.) *
Un ermitage et une chapelle existaient, avant 1678, près de la fontaine de Saint- Hubert ; car, le 28 octobre de cette même année eut lieu Tinhumation à Mussy de François Rogerand, frère ermite de Saint-Hubert. Frère Félix, ermite du même lieu, assistait au convoi. Le garde de la chapelle, Renaut Triquelire, mourut le 3 février 1710. Cette chapelle, reconstruite peu d'années avant 1745, fut démolie en cette dernière année par ordre de Tévêque. L'ermitage fut sans doute supprimé à la même époque : M. de Montmorin ne partageait pas, à ce quil parait, les sentiments d'un de ses plus dignes prédécesseurs, M. Zamet, qui écrivait dans un mandement : «• Qu'entre <« toutes les formes de vie qui conviaient les hommes à ^ Dieu, il n'y en avait point de plus éminente, de plus «« sainte, ni de plus parfaite, quand on s'y comportait bien, •» que celle d'ermite. »»
Trois chanoines de Mussy, MM. Floriet , Brusley, Plansson, firent constater, le 1®'' janvier 1709, par acte de Regnard, notaire, que Jean Cothenet, maire, continuant ses entreprises dans le chœur de l'église, avait pris sa place dans les hauts sièges et fait déplacer un paroissien pour donner place à un de ses prétendus huissiers, ce qui avait causé un grand bruit, excité beaucoup de rumeur dans toute l'église, à un tel point que les chanoines durent quitter leur chape, et que le célébrant fut forcé de dire une messe basse, au lieu d'une messe paroissiale et canoniale.
Ce maire fut poursuivi pour avoir troublé l'office divin et aussi pour avoir entrepris sur la juridiction de l'évéque, en nommant un procureur du roi et un greflSer pour l'hôtel de ville. Sur la plainte de l'évéque, le sieur Cothenet fut
conduit dans les prisons de Troyes ; puis, ayant dû être transféré à Mussy pour y ôtre confronté avec les témoins, il s*évada.
Le sieur Cothenet avait été banni du bailliage de Chau* mont pour avoir donné des coups d*épée. Plus tard» il avait acheté, moyennant mille francs, la charge de maire de Mussy. On ignore quelle fut la suite de la procédure après Tévasion du prévenu.
Lliiver de 1709 se fit cruellement sentir à Mussy ; il commença violemment le 6 janvier. La gelée atteignit les blés, les vignes, ainsi que les arbres qui étaient en pleine sève, tant la température avait été douce jusque-là.
Il y eut, en 1712, grande abondance de vin dans toot le diocôse de Langres.
Au mois de juillet 1719, la grêle et les pluies causèrent le plus grand dommage aux vignes et aux menas grains.
Une pluie générale commença au mois d*avril 1725 et continua pendant les mois de mai, de juin et d'une partie de juillet, tous les jours plus ou moins; cependant, la récolte fut passable.
Les habitants de Mussy, réunis devant le bailli en 1729, chargèrent les échevins de s'opposer aux dispositions da Tentrepreneur du flottage, qui voulait rompre Téduse servaut à conserver Teau pour le moulin de Févêque et pour les tanneries.
Les principaux de ces habitants portèrent plainte à Tévéque, M. de Montmorin, en 1734» contre le bailli nommé par les précédents évéques. Ils le disaient coapable de crimes et dlnfldélités nombreuses. Ils ajoutèrent quû avait exercé la justice et la police avec des vues crirainellcs ; que des procès avaient été suivis daprès
conseils pernicieux, et terminés par des jugements honteux ; enfin, que Torphelin avait été dépossédé par son ministère. Plusieurs chanoines, les syndics, les échevins, les marguilliers, les officiers au grenier à sel, des officiers de la maison du roi, et beaucoup d'autres habitants, signèrent cette plainte, et cependant, le bailli de Tévéque était encore en fonctions à la fin de 1735.
La récolte des vignes et des arbres fut détruite par la gelée les 15 et 16 mai 1749, à Texception de la moitié des vignes des tertres.
En 1759, Fautorité municipale délibéra qu'il y avait lieu d'empêcher les jeunes gens d'aller, les jours de la Toussaint et des Trépassés, au clocher pour sonner, attendu qu'ils s y conduisaient mal.
lin arrêt du Parlement, du 21 mai 1744, homologua nne ordonnance du bailliage de Langres qui défendait expressément de sonner les cloches quand il tonnait. {Annuaire du Bureau des longitudes pour 1838, p. 552, d une Notice d'Arago sur YOrdonnance.)
Le P"" novembre 1760, une croix de bois fut plantée à la porte d'Auberive, aux frais de François Jacquin, marchand. On en planta deux autres, les 5 et 12 avril 1761 ; l'une au chemin de Plaines, et l'autre sur le chemin des Riceys. Ces plantations se firent en présence du curé, délégué par Févêque, et de toute la population de la paroisse.
En 1521, il existait, au-delà de la Maladière, une croix que Ton nommait de Lattier (1) ; elle a disparu ainsi que les trois autres ci- dessus désignées.
(1) On appelait Lattier, le Receveur de certaines amendes nommées Lates {Glossaire Ducange, P Ldta),
Nous croyons devoir rapporter au sujet de l'origine de la plantation des croix, ce quon lit dans Touvrage de Tabbé Mathieu sur le diocèse de Langres :
<« Au dixième siècle, les mœurs étaient d'une barbarie " révoltante. On voyait des nobles ou seigneurs courir sar u les cultivateurs comme sur des bétes fauves , poar **• charmer leur ennui. On ne trouva pas de moyen pins M propre à atténuer les conséquences de ces excès qae de M multiplier les croix dans les champs et sur les grands <« chemins, attendu que les persécuteurs s'arrêtaient si les •« infortunés, poursuivis par eux, atteignaient le signe sacré M du salut. •»
La promenade publique actuelle fut plantée en 1771 (Voir chap. xv, 2® partie).
Des lettres- patentes de Louis XVI, du 11 février 1777, confirmèrent un mandement de Tévéque de Langres da 12 janvier précédent, pour la suppression de quelques f&tes dans le diocèse. (Voir la deuxième section, chap. premier, n^ 15.)
Un décret de Févêque, du 19 avril 1779, prononça la suppression du chapitre. Ce fut le commencement d*an long procès entre la ville et le prélat. (Voir la deuxième section, chap. xi, première partie.)
Le 15 mai 1782, un orage effroyable éclata sur Massy, entre quatre et cinq heures du soir ; la grêle avait la grosseur d une noix, et il y en eut de cinq à six pouces de haut (dix* sept centimètres) ; les vitres furent brisées ; la terre des vignes fut entraînée des coteaux dans le bas des vallons et beaucoup de ceps furent déracinés. Une âUe de Plaines fut noyée dans la contrée du Grand-Puits ; des bestiaux ne purent résister au torrent et périrent.
On voit, par le procès-verbal d'une assemblée synodale tenue à Langres en 1783, que M. Bluget, curé des Riceys,
était alors doyen de Bar-sur-Seine, et M. Vannier, curé de Mussy, vice doyen.
Du 6 au 12 janvier 1784, il tomba de la neige à Mussy sans interruption. On ne vit plus aucune trace de chemins. Cette neige ne commença à fondre que le 28 février.
Le 12 juillet même année 1784, une procession des habitants de Chàtillon et lieux voisins se rendit à Plaines, par dévotion, à Toccasion d'une sécheresse prolongée. Au retour de la procession la pluie tomba en abondance. {Notice de Tabbé Tridon sur Chàtillon, 1847.)
Les autorités de Mussy furent averties, le 22 septembre 1785, que cinquante-cinq captifs rachetés à Alger, et que l'on conduisait à Paris, allaient arriver. Un commissaire demanda que des logements fussent préparés suivant Imtention du roi, et que la nourriture fût donnée au plus juste prix. Il y eut quête pour les captifs.
L'hiver de 1788 à 1789 fut extrêmement rigoureux ; les vignes et beaucoup d'arbres furent gelés.