XIV. — MATmEU V DE ROYE
Mathieu de Roye recueillit la seigneurie de Roye de son père et les biens de sa cousine Marie de Roye-Hangest ; son oncle, Guy de Roye, l'archevêque, dont il fut
l'exécuteur testamentaire, lui légua ses terres do Busancy et d'Aulnois, pour lesquelles il rendit aveu, en 4406. Il acheta, par acte du 17 décembre 1405, le château de Guerbigny : il possédait aussi la seigneurie de Muret avec les fiefs qui en dépendaient.
 peine âgé de vingt ans, Mathieu de Roye fit le voyage de Hongrie et de Bulgarie ; il ramena, pour être déposées à l'abbaye d'Ourscamp, les dépouilles mortelles de son père Jean. Il rapporta, en même temps, un souvenir précieux de la dernière croisade : ce fut le chef de sainte Anne.
A son retour en France, Mathieu déposa la sainte relique dans la chapelle de son château du Plessicr et en confia la garde aux religieux du monastère de Valfleury.
Mathieu de Roye fut l'un des chefs que Yaleran, comte de Saint-Pol, gouverneur de la Picardie, leva contre les Anglais. Il se trouva à la bataille d'Azincourt, livrée le 24 octobre 1415, et fot fait prisonnier ; emmené en Angleterre, il ne revint en France qu'après avoir payé une forte rançon.
Le duc de Bourgogne, dont il tenait le parti, le députa en 14^, pour assister an traité de paix qui se faisait à Arras.
Mathieu épousa Marguerite de Ghistelles, fille de Jean, seigneur de Ghistelles, en Flandre, qu'il perdit peu d'années après son mariage. EUe fut inhumée à l'abbaye d'Ourscamp et laissa trois en&nts :
Guy de Roye, Marguerite de Roye et Isabeau.
Mathieu, devenu veuf, épousa, vers l'^4, Catherine de Montmor^icy, âgée de trente^dnq ans, dame de Beaussault, de Breteuil, de Formerie et de la Faloise, veuve de Laurent de Sainte-Beuve, chevalier, seigneur de Yendeuil (Oise) et de Montmorençy-sur-Andelles, dont elle avait eu une fille mariée à Robert d'fistouteville.
Par cette riche alliance, Mathieu de Roye devint seigneur du fief de La Tournelle ou des Grandes-Tournelles, seigneurie importante, relevant de la salle du roi ; le chef -lieu était à Montdidier, dans un manoir sis vis-à-vis du presbytère actuel de la paroisse de Saint- Pierre. C'est là qne logeait le seigneur de La Tournelle, en passage à Montdidier. Le seigneur était obligé d'entretenir deux tourelles au haut du bâtiment. Dans cet hôtel s'assemblaient les officiers de la justice des Toumelles, le bailli de Mathieu y tenait ses plaids pour lesquels une salle, une table et des sièges étaient réservés.
La seigneurie de la Tournelle s'étendait sur une partie de .la ville et de la banlieue de Montdidier ; elle comprenait les fiefs situés sur les terroirs de Rollot, d'Âssainvillers, de Bains, d'Andechy, de TEchelle-Saint-Taurin, de Fignières, de Marquivillers et les Petites Tournelles, dont le chef-lieu était au Monchel-Ayencourt, qui comptait dans ses dépendances les domaines de Déniécourt et de Foucaucourt.
Catherine de Montmorency tenait la seigneurie des Grandes Tournelles de son frère Jean de Montmorency, mort sans postérité ; elle passa ensuite aux seigneurs de Roye qui furent successivement possesseurs de ce fief : Eléonore de Roye l'apporta en mariage à Louis de Bourbon, prince de Condé, puis il revint à leurs fils Henri P^ de Bourbon et à Henri II de Bourbon-Condé ; ce dernier vendit la seigneurie de la Tournelle et celle de Guerbigny, en 1626, à Maximilien de Belleforière, seigneur de Soyecourt et de Tilloloy.
Mathieu de Roye ne voulut pas de son vivant, se séparer de la précieuse relique ; mais par son testament, il ordonnait à son fils aîné Guy de Roye , d'enlever
— gode son château, le chef de sainte Anne et de le faire déposer dans la chapelle funéraire de Téglise d'Ourscamp.
Le seigneur de Roye mourut vers 1440, et selon son désir, il fut enterré dans Tabbaye d'Ourscamp, auprès de sa femme Marguerite de Ghistelles.
On voyait à l'entrée du cloître du monastère d'Ourscamp deax écussons de Roye ; au-dessus du premier étaient ces vers:
Saîole Aime qui fastes si heureiise Qoe de porter la TÎeii^c heureose, Mère de Diea, nerge eieellente Gaj de Roje sj te présente Peur liiy, U fille et Um fils prie, Fib eside feo Maibiea de Roje Et Kaigiierîte de Ghistelles Et est â dérotioB telle.
De faiea lerrir à. tous endroits
rof desroys
la vie éterselle.
c A Topposit et sc^ilz Fantre esoript sont znssi ces vers rimes et aitaïuei. i T^i^^^ne :
La umant 4t adsailé.
Es ^rô. r^rjî ^îœuvci
i^iir no. au» f- t:«îïcz sts^va %.^'^. jt Irai»'.; -•^.if iji«t j
Mathieu de Roye eut de son second mariage :
5^ Jean de Roye, qui lui succéda.
6^ Jeanne de Rote, qui s'allia avec Jean de Sainte- Beuve, auquel elle apporta en mariage la seigneurie de Vendeuil. Les Sainte-Beuve portaient : d'argent à trois annelets éCazur. Ces armoiries étaient gravées avec celles de Roye, sur une pierre tombale, dans la chapelle de la Vierge, de. l'église de Vendeuil (Oise). Sur cette tombe était représenté un chevalier ayant à ses pieds un, lévrier couché et un enfant debout, avec cette inscription autour de la pierre :
tt Cy gist noble home Jehan de Sainte-Beuve en son vivant (( seigneur de Vendeuil lequel trespassa en la ville de Beau- <c vais, le IV« jour de juillet Tan mil CCCC quatre vincs « & neuf. Priez Dieu pour son âme. Cy gist Antoinette, « fille dud escuier et de demoiselle Jeanne de Roye, sa « femme. »
Jeanne de Roye eut encore un autre fils, Antoine de Sainte-Beuve, qui épousa Marie de Marchis, et qui mourut vers 1504.
Catherine de Montmorency, veuve de Mathieu de Roye, décéda en 1455.
Les enfants du premier mariage fiu*ent :
lo Guy de Rote, un des plus grands capitaines de son temps ; il fut gouverneur de la forteresse de Roi lot, avec mission de couvrir Montdidier contre les excursions du sieur de Maury , commandant Clermont pour le Dauphin.
Le duc de Bourgogne^ pour protéger la ville de Compiègne, où il avait mis garnison, fit construire un fort sur la rivière de TAisne et en confia le commandement au sire de Roye.
Après la mort de Philippe de Bourgogne et après le traité d'Arras, Guy de Roye tenait la ville de Soissons, comme gouvernem*, elle lui fut reprise par Lahire, pour le roi. (1437.)
Lors de la réduction de la Normandie, il se trouva à la prise de Pont-Âudemer en 1449, et fut créé chevalier par le roi. Le duc de Bourgogne le fit aussi chevalier de son ordre de la Toison d'Or, à Saint-Omer, en 1461.
Guy de Roye avait épousé, le 30 janvier 1448, Jeanne de Mailly^ dame de Talmas, dont il n'eut pas d'enfant. Il fonda, dans la collégiale de Saint-Florent de Roye, une chapelle élevée près du pignon et dédiée à sainte Anne ; Jeanne de Mailly s'associa à cette fondation.
Guy devait au Chapitre, à cause de sa vigne de Bracquemont , quatre livres de rente annuelle assise sur VHôtel de SainUùeorges et ses dépendances, tenant à la rue du Beffroi.
Guy de Roye mourut en 1463, n'ayant pu accomplir les volontés de son père ; par testament, il chargea Jean de Roye, son frère, de remettre à l'abbaye d'Ourscamp, le chef de sainte Anne. Il fut enterré près de ses père et mère, à Ourscamp, dans la chapelle de Roye ; il donna à l'abbaye trente livres de rentes pour la fondation d'an anniversaire à son intention. Frédéric de Mailly et Pierre d'Orgemont, ses beaux-frères, furent ses exécuteurs testamentaires.
Sur les fonts baptismaux de l'église du Plessier-de-Roye, on voyait les armes de Jeanne de Mailly ; elles se remarquaient aussi sur les murailles du château : S argent à trois maillets de gueules posés 2 et i.
Jeanne, après la mort de Mathieu, épousa Eustache de Bouffier, seigneur de Vertaing, dont elle eut un fils, Eustache, qui fit, en 1497, le dénombrement de la terre
de Carrépuits qu'il tenait de sa mère douairière de Roye, à cause de son premier mari.
Par ce dénombrement fait à Jean seigneur de Roye, on voit qu'à cette époque il existait, à Carrépuits, un manoir féodal avec motte et fossés. Aujourd'hui, de ce manoir, il n'en reste que l'emplacement ; on aperçoit encore dans un jardin, derrière l'école, la motte, les fossés et les débris de construction qui attestent la présence d'un château plus ou moins important.
On voit par cet acte les obligations des tenanciers, qui ne pouvaient, sous peine d'amende, ni vendre, ni charrier du fumier ailleurs que dans les terres du seigneur. Le seigneur avait droit à une paire de draps, quand il était en son château de Carrépuits; il y avait aussi un four banal, tombé en ruines à l'époque de ce dénombrement. {Pièce justificative n® i4).
^ Marie de Rote, alliée le 11 novembre 1422 à Pierre d'Orgemont, seigneur de Chantilly et chambellan du roi ; devenue veuve, Marie épousa, en 1437, Robert d'Estouteville chevalier, seigneur de Bonneval, sire d'Auzebosc, près d'Yvetot.
3** Marguerite de Roye, mariée le 29 décembre 1425, à Valeran de Soissons, seigneur de Moreuil, prince de Poix, qui fîit gouverneur de Chauny pour le duc de Bourgogne. (1431.)
En 1437, Valeran délogea de Lihons deux mille cavaliers écorcheurSj qui étaient venus assaillir le château de ce bourg.
Marguerite fut enterrée dans l'église du couvent des Cordeliers d'Amiens, dont elle fut la bienfaitrice; elle repose devant l'autel de la Conception, sous une tombe de marbre noir, sur laquelle étaient gravées les armes de Soissons : d'or au lion de gueules, mi-partie celles de Roye.
Près de la sépulture de Marguerite était celle de sai belle-sœur, Jeanne de Halluin, qui avait épousé Jean de Soissons.
¥ Isâbeau de Roye fut femme de Philippe, seigneur de Temant, chambellan du duc de Bourgogne et chevalier de la Toison d'Or. (1452.) Le sire de Ternant était un seigneur fort habile dans le métier des armes; c'est surtout au tournois donné sur la place d'Ârras qu'il se distingua.