‹ Histoire de la ville de RoyeChapitre 17 sur 37 · XVII. — CHARLES DE ROYE · texte numérisé non relu

XVII. — CHARLES DE ROYE

Charles de Roye naquit au château de Muret, le 15 janvier 1510 ; il était, par la mort de sa mère Catherine, seigneur de Roye, comte de Roucy et de Braine, vicomte de Busancy et de Commercy, seigneur du Plessier-de- Roye, de Pierrepont, Nisy, Chacrise, Loisy, Bricquemay,

Hartennes, Coulommiers, Taux, Villemontoire, Nanteuil et Yidame du Laonnois.

Charles de Roye paraît le 1"' septembre, pour Tétat de la noblesse, dans l'assemblée tenue à Clermont pour la rédaction des coutumes, en qualité de baron de Conty, châtelain de Breteuil, seigneur d'Ailly-sur-Noye et de Sourdon. Il assista, pour le même sujet, à Crespy-en- Valois, où il est qualifié de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, comte de Roucy, châtelain de Roye et seigneur de la Tournelle.

Le 47 août 4528, Charles épousa, en présence du roi François P', au château de Saînt-Germain-en-Laye, Madeleine de Mailly fille et héritière de Ferry de Mailly, seigneur de Conti, et de Louise de Montmorency.

Le roi Henri II, par lettres-patentes du 45 décembre 4547, fit don à Madeleine de Mailly, dame de Roye, a sa très chère et très aimée cousine < ]», de tous les droits et devoirs seigneuriaux dans les terres des dots et douaire de la reine Léonore, sa belle-mère, outre les dons, gages, pensions et bienfaits accordés à sadite très chère et aimée cousine, Macleleine de Mailly, c pour les bons et agréables services par elle rendus à la reine Léonore. i>

Madeleine apporta à Charles de Roye, la seigneurie de Conty, qui passa plus tard à Eléonore de Roye, puis à la Maison de Condé ; comme seigneur de Conty, Charles percevait à Amiens, pour droit de cayage^ deux deniers sur chaque pièce de vin descendant la rivière de la Somme.

Charles de Roye suivit la carrière des armes ; il se trouva au siège de Perpignan, en 4542, et suivit François P*" en Languedoc et à la Rochelle. Il mourut le 45 janvier 4554, à l'âge de quarante-cinq ans, au château du Plessier-de- Roye et fut enterré à Muret.

Il laissa do sa femme plusieurs enfants élevés dans la religion réformée que Madeleine de Mailly avait embrassée ; ces enfants furent :

i^ Charles de Roye, mort du vivant de son père, à l'âge de dix-huit ans.

2^^ Leonor de Rote.

3° Charlotte de Roye.

La Maison de Roye, n'ayant plus d'héritier mâle, la seigneurie de Roye tomba entre les mains de Leonor.

Leonor ou Eléonore de Roye naquit au château de Châtillon-le-Long, le 24 février 1535 ; elle était d'une grande beauté, c un peu altière, mais bonne et généreuse.» Son portrait se voit dans une galerie du château de Tilloloy.

Leonor hérita des possessions du fief de Roye, dont le chef-lieu était dans un hôtel près du château de Roye ; il comprenait la justice haute, moyenne et basse sur tous les habitants et sur toutes les terres des communes de Carrépuits, Saint-Mard en partie, le Chessoy, Lignièresles-Roye et Crapeaumesnil.

L'héritière de Roye épousa, à l'âge de seize ans, le 22 juin 1551, Louis I^^ de Bourbon, prince de Condé, et devint, par cette alliance, la bisaïeule du grand Condé et la tante du roi Henri IV.

L'année suivante, au mois de décembre, Leonor mit au monde, au château de la Ferté-soas-Jouarre, un fils du nom de Henri I«' de Bourbon.

Leonor de Roye, protestante ardente, soutint son mari dans ses luttes pour le triomphe de la religion réformée ; elle prit part à tous les événements, et plusieurs fois sa vie fut en danger.

Mais ses forces physiques trahirent son courage ; affaiblie par la maladie, épuisée par les émotions, elle sentit

— lissa fin venir, fit avec calme toutes ses dispositions testamentaires et s'éteignit dans son château de Condé-en- Brie, le 23 juillet 1564.

Sa mort fut annoncée au prince par le ministre Laboissière, qui soutint son courage, car Gondé était inconsolable ; il appela près de lui ses enfants et resta avec eux pour rendre à sa femme les derniers devoirs.

Le corps de Léonor fut transporté à Muret et inhumé, sans pompe, dans la sépulture de ses ancêtres ; le cercueil en plomb était porté par des gentilshommes, suivis de la noblesse et d'une foule innombrable de peuple, qui pleurait la perte d*une princesse « aussi bonne et aussi charitable, y Le ministre Perrucel prononça son oraison funèbre sur le LYII^ chapitre d'Isaïe.

Sur sa tombe fut placée cette épitaphe :

Dessous ce marbre, où rien ne manquait que Fesprit

En une leUre d'or sur répttaphe escript

Celle qui gist icy, dédia son ouye

Pour si bien écouter la parole de Tje

Qu'ayant reçu la foy, en foy elle mourut

El en mourant, la foy dans le ciel reçut.

Cinq ans après la mort de Léonor, le prince de Condé mourait sur le champ de bataille de Jamac, assassiné par Montesquiou, capitaine des gardes suisses du duc d'Anjou ; couvert de blessures, tombé de cheval, il avait donné son gantelet à un gentilhomme, lorsque le capitaine, reconn^ssant Louis de Bourbon, lui tira, parderrière, un coup de pistolet dans la tète et le tua.

Le duc d*ÂDJou fit transporter le corps de Condé à Jamac, sur une ânesse, c par manière de dérision »; il fut remis au prince Henri de Navarre, qui le fit ense* velirà Vend6me.

Léonor de Roye laissa sept enfants en six grossesses, parmi lesquels :

1^ Henri P' de Bourbon - Condé n'était âgé que de seize ans lorsqu'il fut proclamé lieutenant-général des Huguenots, après la mort de son père.

Il épousa, dans le château de Blandy, près de Melun, Marie de Clèves, fille de François, duc de Clèves, et de Marguerite de Bourbon, sœur de Louis prince de Ck)ndé, jeune femme accomplie, riche et d'une rare beauté, dont il eut : Catherine de Bourbon.

Henri de Condé échappa au massacre de la Saint- Barthélémy et abjura le Calvinisme ; il fut nommé gouverneur de la Picardie. Puis, obligé de quitter la France, il se retira en Allemagne ; rentré dans sa patrie, il mourut presque subitement, le 5 mars 1588, empoisonné, dit-on, par ses domestiques, à Saint-Jean-d'Ângély.

Ayant perdu sa femme, Henri s'était remarié, le 16 mars 1586, à Charlotte de la Trémouille, dont il eut un fils posthume du nom de Henri II de Bourbon.

Ce petit-fils de Léonor de Roye naquit le l*"* septembre 1588, dans des circonstances pénibles, car sa mère était gardée à vue au château de Saint-Jean-d'Angély, soupçonnée de complicité dans la mort de son mari ; plus tard, Henri fut confié aux soins du précepteur Pesani, puis amené à la Cour et conduit au château de Saint- Germain, de là au château de Saint-Maur. Henri IV le maria jeune à Marguerite de Montmorency ; le mariage fut célébré à Chantilly chez le connétable de Montmorency, avec « peu de frais, mais avec bien de la gaîté. "» (1608).

Le prince de Condé quitta bientôt la Cour et après le mariage du duc de Vendôme, il partit avec sa femme pour Valsery et de là pour sa terre de Muret.

Un jour, il alla sans suite, à la Ferté-Milon, trouver M* Amoul, notaire, pour lui faire dresser un bail de la recette de Muret. Le notaire dînait , et sa femme attendait à la porte qu'il eut fini son repas. Le prince lui demanda M® Âmoul : « Il daine, répartit sa femme en patois picard, asseyez-vous sur ch'ban, quand Amoul daine, on ne lui parle mie. ^ Condé s'assit sur le banc, attendant la fin du dîner de M^' Amoul.

Le repas terminé^ il fut introduit ; le notaire dressa le baU et demanda au prince, qu'il prenait pour un simple particulier, ses qualités; « elles ne sont pas longues, réplique le seigneur, mettez : Henri de Bourbon 9 prince de Condi^ seigneur de Muret. » On devine la stupéfaction du notaire qui se jette aux genoux du prince en lui fusant ses excuses ; Condé le releva avec bonté et lui dit : € Ne craignez rien, brave homme, il n'y a pas de mal, « hé, il Êwt bien qu' Amoul daine. » Cette aventure reçoit beancoup le prince de Condé.

Bientôt Henri quitta la résidence de Muret, où [il ne se trouvait pas en sûreté et se réfugia avec sa femme dans lesPa^s-Bas.

2* François de Boubbon, prince de Conty, naquit au château de Laferté-sons-Jouarre, le 19 août 1588; il épousa, ea premières noces, Jeanne de Coêsmes, dame de Bonnestable et de Luce (1582), qui mourut sans postérité à Saint-^Âmonld - en - Beaoce , le 26 décmbreieOl.

Fnmçms suivit la ibrtune de Heam de Navarre ; il était à ses c&lés, lofsqoe le roi fit son entrée dans la ville d'Amiens, en septembre 1597.

Le prince épousa ensxàie^ an châtean de Ifeodon, le SijuiDet 1606, Ifarguerite de Lorraine, fille de Henri l^ du nom, doc de Goise, dont fl eut une fille née an Louvre

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et qui mourut quelques jours après sa naissance ; elle fut enterrée dans Téglise de Saint-Germain-des-Prés.

Henri IV, en reconnaissance des services que François lui avait rendus, l'autorisa à battre monnaie. On trouve dans les environs de Roye beaucoup de monnaies qui portent en légende : François de Bourbon P. de Conti. Au revers : trois fleurs de lys, et autour : dovble tovrnois T.

François, après la mort d'Henri IV, consacra sa vie à la dévotion ; il mourut sans postérité, le 8 mars 1614, et fut enterré dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

3p Charles be Bourbon naquit jumeau dans Gandelu, le 31 mars 1561, avec une petite princesse, laquelle mourut peu après être née, « à cause de l'appréhension *« qne la princesse leur mère eut avant d'accoucher, de € quelques cavaliers sortis de Château-Thierry, qui la « pensèrent surprendre, alors qu'elle s'acheminait pour c aller trouver le prince son mari, à Orléans. »

Charles de Bourbon succéda, comme abbé commandataire, à son oncle le cardinal, dans l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais , dans celles de Corbie , d'Ourscamp , de Saint-Denis, de Sainte-Catherine de Rouen ; il ftit créé cardinal de Vendôme par le pape Grégoire VIII, et prit le titre de: Cardinal de Bourbon après la mort de son oncle. « C'était, dît de Thou, un prince d'un caractère affable et enjoué, parlant avec une facilité étonnante, aimant les lettres et les savants, mais haïssant souverainement les Protestants. »

Charles de Bourbon mourut à l'âge de trente-deux ans, le 28 juillet 1594, à l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés.

3® Charlotte de Royb , sœur de Léonor , née à Montauban en 1537, comtesse de Roucy, épousa le 30 mai 1557, François de La Rochefoucault, petit-fils de

François, en faveur de qui I^rochefoucault, petite ville de TAngoumois^ avait été érigée en comté.

Il fut expressément convenu que les en&nts qui pourraient naître de cette alliance, porteraient le nom et les armes de Roye devant ceux de La Rochefoueault.

Dès lors, les comtes de Roucy portèrent : Ecartelé aux i et 4 de Roye^ aux 2 et 3 de La Rochefoucault qui est chargent et d'azur de dix pièecSj qui est de Lusignan, à trois chevrons de gueules en devise^ le premier à la pointe de Tangle coupé pour enquerre (équerre), et sur le tout : de Roucy.

François de Roye de La Rochefoucault embrassa^ le-parti des Huguenots et combattit à Dreux. Il se joignit au prince de Condé enfermé dans La Rochelle, à la tète d'un corps d^armée considérable, et se rendit dans le Languedoc pour se réunir aux autres troupes de son parti.

Après la mort de Condé son beau-frère, il s'attachar au roi de Navarre et se trouva au combat de Rochebelle, aux sièges de Lusignan et de Poitiers, au combat du Port-de- Pilles et à la bataille de Montcontour.

Le mari de Charlotte de Roye périt d'une façon tragique ; François se trouvait à Paris, auprès du roi Charles IX, la veille de la Saint-Barthélémy. Le roi qui voulait le sauver, lui dit: « Foucault, n&feivvas pas, il est déjà tard, nous € balivemerens le reste de la nuit. — Cela ne se peut, € lui répondit François de Roye, car il faut dormir et se € coucher. — Tu coucheras, répartit le roi, avec mes c valets de chambre. — Les pieds leur puent, répondit-il ; € adieu, mon petit maître, d.

« Le roi fut obligé de le laisser partir pour ne pas compromettre, par une indiscrétion^, le succès de ses desseins, y Quelques heures après, Roye de La Rochefoucault tombait sous le poignard des assassins, le 24 août 1572.

t C'était, dit le P. Anselme, un seigneur d'un esprit enjoué et agréable. »

Charlotte de Roye était morte en 1569, laissant six enfants :

i^ Henri, mort jeune, trois ans après son père.

2» JosuÉ DE RoYE DE La Rochefoucault, tué au combat d'Arqués, le 24 septembre 1589, d'un coup de lance dans l'œil. « L'enjouement de ce jeune comte, dit de Thou « dans ses mémoires, égalait sa valeur, qualités hérédi- « faires dans la famille, d

3° Charles de Roye de La Rochefoucault, comte de Roucy, vidame du Laonnois, baron de Montaigu, de Yemeuil, seigneur de Pierrepont ; il fait à l'évêque de Laon, le dénombrement de la baronnie de Pierrepont, en 1607 ; il mourut, la même année, laissant deux enfants de sa femme, Claude de Gontaut : François II de Roye de La Rochefoucault et Charlotte.

4P Benjamin, seigneur de Montignac, mort sans alliance, en 1590.

5^ Madeleine, qui épousa Just-Louis de Toumon, comte de Roussillon.

6^ Isabelle, alliée à Jean-Louis de La Rochefoucault, son cousin, comte de Randan.

Le petit-fils de Charlotte de Roye, François II de La Rochefoucault, comte de Roye et de Roucy, perdit la terre et la seigneurie de Roye, qui furent adjugées, par arrêt de la Cour du Parlement du 17 août 1630, au proGt de Maximilien de Belleforière de Soyecourt, seigneur de Tilloloy, moyennant la somme de quarante mille livres.

C'est ainsi que le domaine de Roye sortit de la Maison des sires de Roye, après lui avoir appartenu pendant plus de six siècles.

.«nl-^ C^/.,.

Château de Roye au XVI' Siècle.

La famille de Roye fut alliée aux plus illustres Maisons de France et à la famille royale, par suite du mariage de Léonor de Roye avec le prince de Gondé.

Les seigneurs de Roye avaient pour armes : de gueules à la bande dargenU Vécu timbré du casque if argent damasquiné, assorti de ses lambrequins, couronné d^une couronne d'or^ à Vanlique^ fieurdelysée^ à feuilles d'dchCj sommé d^un sanglier de sable issanl aux défenses et lanières d^argent^ qui est le cimier. Le mantelet fourni d^hermine tout entier à Ventour du casque.

Pour cri de guerre : Roye ! au Seigneur de Roye !

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