‹ Histoire de la ville de RoyeChapitre 30 sur 37 · I . rr .cs iclêances. L'ouverture des Etats se · texte numérisé non relu

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Le gouverneur de Cambrai, de Monluc, seigneur de Balagny, à la tète de la garnison, faisait des incursions dans tout le pays occupé par les Espagnols. Au mois de janvier 1589, il s'empara du château de Chaulnes et fit prisonnières la châtelaine et ses filles ; il s'avança jusqu'aux portes de Roye, brûlant les villages d'Ognolles, d'Herly, de Cressy, et quantité de hameaux. A l'approche des soldats espagnols, Jean de Monluc rentrait chargé de butin dans la ville de Cambrai. Ces dévastations durèrent plusieurs années ; aussi les terres étaient sans culture et le blé valait jusqu'à quinze livres la mesure de Roye. Chaque année ramenait le meurtre, le pillage et l'incendie.

Le 22 février, la guerre s'étant rallumée, la noblesse de Roye fut invitée par la Chambre d'Amiens, à se trouver à Saint-Riquier le 29 du même mois, pour se joindre à l'année royale, sous peine de voir saisir leurs biens et d'être déclarés traîtres à Dieu et à la patrie.

En juillet 1590, le capitaine Alexis occupe au nom de la Ligue, le château de Roye.

La duchesse de Longueville, comme nous l'avons dit, était retenue prisonnière à Amiens ; les habitants de Roye arrêtèrent Blanchefort, ancien page du duc de Longueville qui passait par la ville. Blanchefort écrivit à la Chambre des Etats d'Amiens qu'il était prisonnier à Roye, et que, si on voulait lui accorder la liberté, il ferait connaître par quel moyen la duchesse devait opérer son évasion. Le commandant d'Orvillers fut chargé d'interroger Blanchefort; à la suite de l'interrogatoire, il fut procédé à une perquisition dans les caves du chanoine Auxcouteaux.

La guerre civile désolait la Picardie ; dans la crainte d'une attaque, on travaillait activement aux fortifications ; on releva le parapet du gros mur de la Porte-Saint-Pierre,

les Royens consentirent de bonne grâce à cet engagement, qu'ils signèrent le 40 juin.

Le prince Henri de Condé gagna la bataille de Coutras sur l'armée' catholique, et mourut peu de temps après dans son château de Saint-Jean-d'Angély.

Après la journée des barricades^ Henri HI se retira à Blois, il convoqua dans cette ville les Etats-généraux. Antoine Hannique, prévôt de Roye, fut nommé député et chargé du cahier des doléances. L'ouverture des Etats se fit le 16 octobre dans la grande salle du château ; l'assassinat du duc de Guise mit fin aux conférences. (23 décembre 1588). Le député d'Amiens, Leroi fut arrêté à THÔtel-de-YiUe de Blois, où le Tiers-Etat tenait ses séances. Les Ligueurs Amiénois, furieux de l'arrestation de leur député, s'emparent de la femme du duc de Longueville, ■gouverneur de la Picardie, du comte de Saint-Pol son frère, et les enferment dans Vostel des Cloquiers ; les clefs en furent confiées aux* échevins. La duchesse parvint à s'évader et se rendit à Ruvelles, où elle fiit reconnue et ramenée à Amiens, au milieu des insultes de la populace.

Les habitants de Roye reçurent de la Chambre du Conseil de la Ligue, le 31 décembre, des lettres par lesquelles ils étaient engagés à envoyer un député à Amiens, pour jurer de nouveau la Suinte-Union.

Lqs troupes étaient entretenues à Roye aux frais de la Ligue ; au mois de février (1589), six cents écus furent envoyés d'Amiens au gouverneur d'Orvillers pour la solde des troupes de la garnison. Ces soldats étaient un embarras énorme pour la ville,' ils ne respectaient même pas les propriétés de ceux qu'ils étaient chargés de défendre. Pendant l'hiver de 1590, ils détruisirent et brûlèrent tout le bois d'une Censé de la Haute-Loge^ située sur le chemin de Saint-Georges à la Tronquoy.

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derrière Féglise; en même temps, pour se créer des ressources, TEchevinage concéda, moyennant une censive au profit de la ville, trente places, rue Saint-Pierre, pour y construire des maisons.

La ville de Nesle avait été prise par le duc de Mayenne le premier dimanche de carême, il ne Tévacua que le dimanche des Rameaux, après y avoir exercé toutes sortes d'hostilités. Il fit démanteler les murailles, ruiner les fortifications, puis ravagea les environs.

Henri IV, proclamé roi de France après l'assassinat d'Henri III, s'occupa de faire rentrer sous son obéissance les villes qui étaient au pouvoir des Ligueurs.

Au mois de juillet 4591, le roi vint mettre le siège devant la ville de Noyon. Jean de Saulx, vicomte de Tavannes, maréchal de camp, commandant les milices de Picardie, crut qu'il était de son honneur de jeter des secours dans cette ville. Des troupes demandées au chef ligueur Rosne et envoyées sous les ordres de Tremblecourt, ayant été dispersées par les troupes royales, de Saulx, à la tête de trois cents chevaux et de quatre cents arquebusiers, partit de Roye, le soir du l**" août, et se dirigea vers Noyon. Il avait marché en grand silence dans la forêt de Bouveresse, il était près de Noyon, lorsqu'il fut surpris par un corps de garde d'environ quarante cavaliers, commandés par Dargies, jeune homme d'un grand courage. Ils donnèrent le signal pour avertir les troupes du roi qui . accoururent. Celles du vicomte prirent tellement l'alarme, qu'elles se débandèrent. De Saulx se mit à la tête du dernier bataillon qui se retirait, ayant été blessé, il fut fait prisonnier avec quelques capitaines. Les paysans de Beaulieu et d'Ecuvilly assommèrent ceux qui avaient échappé à la défaite. Les autres trouvèrent leur salut dans la fuite

OU en se cachant dans les blés qui n'étaient pas encore coupés. {Histoire des sièges de Noyon.)

Le 5 février 1593, les députés de Roye vont aux Etatsgénéraux tenus à Paris, et demandent que la Picardie soit gouvernée par des Etats particuliers, qui se tiendraient de trois ans en trois ans, et qu'aucun impôt ne soit levé sans le consentement de ces Etats. Cette juste requête n'eut pas de résultat.

Dans ce mois de février, il y eut du tonnerre et de la grêle, on vit des grêlons du poids de dix livres ; le peuple était dans la consternation, il pensait que le Ciel se vengeait des guerres de religion.

Le 5 août survint une trêve qui fut annoncée à son de trompe par la ville et par les carrefours ; cette trêve cessa au commencement de 1594.

Le roi poursuivait ses succès, la plupart des villes se soumettaient à son obéissance. Le vendredi 21 janvier 1594, vers six heures du matin, les troupes royales se présentèrent devant la ville de Roye et la sommèrent de se rendre. La garnison commandée par le capitaine d'Orvillers, pour la Ligue, voulut résister ; les royalistes firent avancer du canon et ouvrirent la brèche dans la muraille touchant le cimetière, derrière Téglise de Saint-Pierre. Les assiégés, voyant l'assaut imminent, songèrent à capituler ; ils furent reçus à discrétion. Les vainqueurs voulurent mettre les habitants à rançon a sinon les envoler loing avec leurs femmes et familles » ; mais leur misère ne permit pas de satisfaire aux exigences des royalistes. Ceux-ci, pour se dédommager, et malgré les représentations du grenetier Bellot, livrèrent la ville au pillage. - Charles de Lesquevin, écuyer, seigneur de Baccouël, fut chargé par le roi du gouvernement de la ville ; le 22 février suivant, il reçut d'Henri IV l'ordre de remettre le château

entre les mains du sieur d'Estourmel et d'en sortir avec les gens de guerre.

Le gouverneur Lesquevin jouissait de toute la confiance du monarque ; pour reconnaître ses services, Henri lui avait fait don, par brevet du 7 novembre 1589, de plusieurs sommes à prendre sur des sujets rebelles, savoir : sur ' Gabriel Cornet, huit cents écus ; sur la veuve Paul Bo&quillon, de Montdidier, cinq cents écus ; sur Du Fay de Péronne, cent quinze écus ; et sur Pierre Turpin de Roye, soixante-six écus.

Le 22 avril, le gouverneur d'Estourmel déclara au nom du roi, la fin de la Ligue ; bientôt les habitants changèrent la trêve qu'ils avaient obtenue en une soumission définitive. Le gouverneur publia les articles du traité, acceptés par le roi en son Conseil. Nous donnons ceux qui concernent particulièrement la ville, et dont le texte sur parchemin, est aux archives de la mairie de Roye.

€ Articles pour le gouvernement de Péronne, Montdi- « dier et Roye, que le sieur d'Estourmel, gouverneur et « lieutenant-général audit gouvernement pour Sa Majesté, <c laquelle il supplie très humblement accorder pour le bien fL de son service, repos et tranquillité de ses subjets, qui € lui ont voué et vouent comme à leur souverain et naturel tt prince tout ce qui lui est dû de respect, d'honneur, a de crainte et d'obéissance, sous laquelle en toute humilité <K et soumission, ils font ces très humbles supplications.

<E i^ Quès villes et en toute l'étendue du gouvernement a n'y aura autre religion exercée que la catholique, aposa tolique et romaine, sous les statuts et ordonnances de « l'Eglise.

Le roy veut que dans les villes de Péronne^ Montdidier et Roye^ il ne se fasse aucun exercice de religion que la catholique^ apostolique et romaine, ni es autres

lieux défendus par Védit de i577, et déclaration faite par Sa Majesté pour l'observation d'iceluy.

« 6® Que les sieurs de Roquencourt et d'Orvillers, capic taines de Montdidier et Roye, seront, s'il plait à « Sa Majesté, conservés au paiement de l'Etat qu'ils ont <K touché durant cette guerre, qui est à raison de cent c livres par mois. Accordé.

« 7® Que tous ecclésiastiques, seigneurs, gentilshommes « et communautés seront conservés et gardés en leurs ce privilèges et immunités conformément à iceux. Accordé^ c comme ils ont jouy paravant les guerres.

« 8® Que les villes de Péronne, Montdidier et Roye « seront conservées en leurs franchises et privilèges, foires € et francs-marchés, autorisant et confirmant de rechef la c jouissance et lettres qui en ont esté obtenues et tous c les offices y maintenus et conservés, sans estre tenus, « s'il plait à Sa Majesté paier aucune finance pour Tobten- € tion desdites lettres. Accordé sans payer finances.

« 10"* Que tous imposts, bureaux et subsides seront ostés a et le sel remis au prix qu'il était en l'an 1575, s'il plait € à Sa Majesté.

Les impôts extraordinaires seront ostés et pourvoira Sa Majesté au soulagement des supplians^ faisant le règlement général pour ce qui se lève sur le sel.

€ 20^ Plaise à Sa Majesté accorder aux habitants de la « ville de Roye, l'établissement d'un mayeur et de quatre € eschevins pour la justice et police de la ville, comme il « se fait aux villes de Péronne et Montdidier. Accordé.

€ 2i^ Qu'il plaise aussi à Sa Majesté conserver, mainc tenir les doien, chanoines et chapitre de l'église de Roye, c en leurs privilèges et franchises. Accordé.

< 22® Et en considération des pertes qu'ils ont souffertes a à la surprise de la ville, faite le 21 janvier dernier, leur

« vouloir donner, quitter et remettre les décimes ordi- « naires et extraordinaires, tant celles qu'ils doivent d'arec rérages jusqu'à présent, que ^celles qu'ils pourront « debvoir et pourront estre cottisés par l'espace de a dix ans, ensemble leur donner et quitter, ce à quoi ils (c sont cottisés pour la subvention et aliénation accordées « par le clergé au feu roi Henri III, en l'année 1588, <K qu'ils n'ont encore paie, et de leur en vouloir baillier « pleine et entière main levée et décharge.

Le roi remet aux supplians ce quHls peuvent debvoir du passée jusques au terme du paiement échéant en février dernier passé. Et ne peut^ à présent Sa Majesté ^ pour la nécessité de ses affaires^ décharger les suppliants pour Vadveniry ni leur donner et quitter les deniers de ladite aliénation, lesquels ont élé assignés dès le temps du feu roy.

a 23» Qu'il plaise aussi à Sa Majesté vouloir ordonner (( que tous les habitants de la dite ville demeureront <{ deschargés, et leurs cautions, pour les rançons en quoy « ils se sont obligés, et que toutes les obligations, cédulles « et promesses faites pour ce fait, demeureront nulles et <( cassées, encore qu'elles soient clauses de pur prêt, sans c que les créditeurs s'en puissent aucunement servir, et « en vouloir faire expédier lettres sur le grand sceau : a faisant défense à tous juges ne prendre connaissance oc dudit fait et n'estre fait aucune poursuite, et que lesdites « obligations leur seront rendues, comme cassées et <K nulles, nonobstant oppositions, ni appellations quela conques.

« Accordé pour les rançons prétendues par la surprise de a la dite ville.

« 24p Lesquels habitants de la dite ville supplient « Sa Majesté les décharger de la taille, à l'avenir comme

« les autres villes, ensemble les vouloir décharger du ban, « arrière-ban, francs-fiefs et nouveaux acquêts, attendu « la ruine générale par eux soufferte à la surprise de la € ville et qu'il plaise à Sa Majesté, vouloir ordonner que « la commission obtenue pour Tassiette de deux cent « treize écus, sortira effet pour les causes contenues en « ladite commission datée du vingt-neuvième jour de « novembre 1593.

Le roi ve peut pourvoir à la décharge requise pour Vavenir et remet pour celte fois seulement ce que les suppliants doivent à présent du ban^ arrière-ban et des francS'fiefs et nouveaux acquélSy et leur set'a délivré commission pour la levée des 213 écus.

€ 25^ Comme pareillement les habitants des villes de « Roye et Montdidier supplient très humblement Sa Majesté « vouloir supprimer tous les officiers de Teslection de « Montdidier qui ont esté érigés depuis rétablissement de « ladite élection, espécialement ceux qui ont esté érigés « depuis ces derniers troubles.

Faisant apparoir de quels états Us demandent la suppression, leur sera pourvu.

« Les présents articles ont esté veus et respondus par le « roy, estant en son Conseil, à Paris le vingt-troisième jour « d'avril 1594. Signé : Henri. Plus bas : Potier. »

Ce traité fut enregistré au Parlement le 3 juin suivant, et à la Cour des Comptes, le 17 août.

Le 24 mars, l'Echevinage avait reçu des lettres de la Chambre d'Amiens, qui annonçaient que cette ville tenait toujours le parti de l'Union, malgré la reddition de Paris. Au mois de juin (1594), le duc de Mayenne donne avis à la Chambre, que la ville de Roye voulait se détacher de rUnion ; dès lors, le bureau des tailles et des recettes établi à Roye fut transféré à Amiens.

Henri IV annonçait ainsi la reddition de Roye dans une lettre adressée de Paris au duc de Nevers, le 20 avril:

a Mon cousin, je vous advise que les habitants de ma a ville d'Abbeville ont résolu de me recognoistre : leurs «c depputez arriveront aujourdhuy en cette ville, ceux de « Péronne, de Roye et de Montdidier y arrivèrent hier, iL lesquels sont venus pour mesme affaire. »

Dans une autre lettre adressée à M. de Brèves et datée de Saint-Germain-en-Laye du neuvième jour de mai, le roi parle encore de Roye : c Depuis mes précédentes, € par lesquelles je vous ay escript la réduction du grand «c nombre de villes sous mon obéissance, à mesure quelle ce est advenue, mesme de Paris, capitale de mon royaume, a le même bonheur a suivy, par la grâce de Dieu, de € plusieurs aultres comme de Rouen.... Montdidier et « Roye. »

Aux termes de l'article 24 du traité, remise des impôts devait être faite aux habitants. Le receveur des aides Daguesseau, avait en caisse, lors de la prise de Roye, trois cent vingt livres qui lui furent enlevées.

Les habitants avaient encore à payer deux cent onze livres trente-quatre sols six deniers d'impôts ; des lettrespatentes données à Paris le 26 février, signées du roi, sur simple queue, et revêtues du grand scel de cire jaune, leur firent remise de cette somme ; le bureau des finances d'Amiens confirma cette décharge le 24 mai suivant.

Par lettres-patentes du 14 juin 1594, Henri IV autorisa la continuation d'un octroi de six sols sur chaque minot de sel vendu au Grenier de la ville.

Par d'autres lettres du 6 juin 1596, le roi renouvela le droit de perception sur le vin, pour six ans. Le produit de ces impôts devait être affecté exclusivement à l'entretien des fortifications. (Pièce justificative n** 10.)

— an —

Au mois d'août, Henri IV venant de Péronne et se rendant à Compiègne, traversa la ville de Roye. Avant son entrée, le roi s'était arrêté à quatre kilomètres de la ville,, au château de Liancourt-Fosse, pour rendre visite à Gabrielle d'Estrées, épouse de Nicolas Damerval, seigneur du lieu. Le roi arriva au château sans être attendu ; on raconte qu'il pénétra dans l'appartement de la belle Gabrielle et qu'il trouva deux couverts mis sur la table. Le roi félicita Gabrielle de cette attention, mais il s'était aperçu que le duc de Bellegarde, à son arrivée, s'était caché sous la table. Henri se mit à souper sans faire paraître le moindre trouble ; au dessert, il jeta sous la table une boite de confitures en disant : c II faut que tout le monde vive ! > On montre encore au château de Liancourt-Fosse, dans une tour dite de la belle Gahrielley la chambre garnie du mobilier d'alors, dans laquelle cette scène s'est passée.

C'est peu après la naissance du duc de Vendôme, et après le passage du roi à Liancourt, que Nicolas Damerval fit son testament, dans lequel il dit : « Pour obéir au roi et * € dans la crainte de perdre la vie, je suis sur le point de con- € sentir à la dissolution du mariage de moi et d'Estrées, suic vaut la poursuite qui s'en fait devant l'Ofiicial d'Amiens ; je «c déclare et proteste devant Dieu et devant les hommes, c je jure et j'affirme que si la dissolution se fait et ordonne, € c'est contre ma volonté et par force et par le respect « du roi, n'étant pas véritable l'affirmation, confession et « déclaration que je pouvais faire, estre impuissant et c inhabile pour la copulation charnelle et génération ; en « témoignage de ce que dessus, j'ai signé ce nûen testa- « ment et cette déclaration que j'ai escrite de ma propre « main.... que j'ai voulu tenir secret et à cette fin, ay dos « et fermé la feuille de papier et l'ay cacheté de mou

a cachet^ oïL sont empreintes mes armes > {d'argent à trois tourleatix de gueules.)

Le 7 janvier» rOffîcial d'Amiens rend une sentence qui déclare nul le mariage de la duchesse avec Damerval de Liancourt. Dans le même mois, Henri IV déclare prendre pour femme Gabrielle d'Estrées, « pour cette occaoL sion, dit-il, ayant reconnu les grandes grâces et perfeca tiens tant de l'esprit que du corps quy se trouvent en <c la personne de nostre très chère et bien aimée la dame € Gabrielle, nous l'avons depuis quelques années, rechera chée à cet effet, comme le sujet que nous avons jugé <i plus digne de notre amitié. >

Après la dissolution de son mariage, le seigneur de Liancourt épousa Marguerite d'Âutun ; mais ce mariage fut déclaré nul pour les mêmes causes que celui de Gabrielle, par une sentence de l'Oflicialité de Paris, du 20 février 1600. Cependant Nicolas avait épousé en premières noces, Anne Goufier, le 22 janvier 1591, et en avait eu deux filles : Charlotte, qui se maria au sieur de Beaumont, et Marie Damerval qui en 1612, épousa le seigneur de Saint-Simon, Isaac de Rouvroy.

Une des allées du parc du château de Liancourt, s'appelle encore : Allée des Soupirs, nom qui lui avait été donné par Henri IV. Une partie du château a conservé la dénomination de : Quartier du Roi.

Dans l'église de Liancourt, on remarque la pierre tombale d'Antoine Damerval, père de Nicolas. On y lit cette inscription :

c< Dessous gist le corps de feu Antoine d'Amerval, en « son vivant escuyer, baron de Benay, seigneur dudit « d'Amerval en Hainaut, et de ceste ville de Liancourt, c( décédé le pénultième jour de juillet i566. »

Le roi fit son entrée dans la ville de Roye par la Porte- Saint-Pierre, TEchevinage alla lui présenter les clefs de la cité. Henri IV était à cheval, les troupes et Ja milice étaient rangées sur son passage. Le peuple se pressait en foule et l'accompagna des cris de : Vive le roi ! jusques au-delà de la Porte-Paris. Il avait mis pied à terre à Yhôtellerie de la Grosse-Téle ; en souvenir de cette visite, le dessus de la porte principale de l'hôtellerie était décoré d'un médaillon représentant le buste du bon roi.

La prise de Roye et celle d'autres villes jetèrent le trouble pîirmi la Ligue ; de tous côtés Henri IV était accueilli avec enthousiasme : la noblesse du Vermandois s'était ralliée à lui après son abjuration, il n'y avait plus de Ligueurs et d'Espagnols que dans les places de La Fère et de Ham.

La ville de La Fère ayant été reprise par le roi le 16 mai 1596, de Moy de Gomeron qui la commandait, fut nommé par la Ligue, gouverneur du château de Ham. Séduit par des promesses, il s'engagea à livrer le fort aux Espagnols, déjà maîtres de la ville. A cet effet, il alla trouver le comte de Fuentès, auquel il amena ses deux fils, laissant dans le château sa femme et son beau-frère d'Orvillers. Arrivé à Bruxelles, le gouverneur fut retenu prisonnier par le comte, qui aussitôt dépêcha un ofQcier vers la dame de Gomeron et le capitaine d'Orvillers, les menaçant tous deux s'ils refusaient de recevoir une garnison espagnole dans le château, de leur envoyer trois lances, au bout desquelles seraient placées les têtes de Gomeron et de ses fils. Cette injonction jeta le désespoir dans le cœur de la malheureuse mère ; quant à d'Orvillers, il résolut d'odposer l'énergie aux menaces du chef espagnol et se prépara une vengeance, en livrant le château de Ham à l'armée royale.

D'Orvillers fit mander au sieur d'Amy qui commandait à Roye, plusieurs officiers espagnols prisonniers de guerre, afin que leurs tètes pussent répondre pour celles de Gomeron et de ses deux fils.

Vers le milieu de la nuit, des partisans de d'Orvillers, au nombre desquels étaient Jacques de Belloy, Thibaut de Mailly et d'Humières s'avancèrent vers le château, suivis d'une cinquantaine d'arquebusiers ; mais ayant été découverts par les vedettes ennemies, l'alarme se répandit aussitôt dans la ville. D'Orvillers fit alors tirer quelques coups de canon et les troupes royales furent introduites dans le château. Après un combat meurtrier^ la ville tomba au pouvoir des Français.

C'est dans l'attaque d'une barricade, que fut tué d'un coup de mousquet, Charles de Humières, seigneur de Monchy, appelé : le grand boucher de Picardie. Sa mort coûta des larmes à Henri IV, qui l'estimait beaucoup. On grava sur sa tombe le quatrain suivant :

De Charles de Humières, le grand cœur cy repose. Au pied de ce tombeau, de ses traraiix passez. Dire qu'U fut tel qu*un Hercule, je n*ose, Car pour le louanger, ce ne serait assez.

A la nouvelle de la prise de Ham, le comte de Fuentès s'était avancé jusques sur les hauteurs d'Estouilly; d'Orvillers ne voulant pas assister au supplice de son beau-frère, part secrètement pour Roye, abandonnant la garde du château au sieur de Saisseval. Ce chef fait tirer le canon sur les Espagnols. Fuentés ordonne alors la mort de Loys de Gomeron : il fut pendu à un orme appelé depuis : V Arbre de Gomeron. (20 juin). {Château de Ham par De Lioox.)

Furieux de la perte de Ham, le comte de Fuentès s'empara du château de Cléry et dirigea son armée vers les frontières de l'Artois. A la nouvelle de sa marche, le roi donna Tordre à Tamiral Villars de rassembler des troupes et de courir au secours des villes menacées. Le duc de Nevers fut aussi dirigé vers la Picardie ; étant à Nesle il appela à lui le capitaine de Roye, Jacques d'Amy, qui alla le rejoindre avec quelques troupes de la garnison. Le comte de Fuentès investit Doullens ; les généraux français résolurent de jeter du secours dans la place assiégée. Un convoi de vivres et six cents hommes d'infanterie furent dirigés sur Doullens, le gouverneur de Roye faisait partie de cette troupe. Le maréchal Bouillon, l'amiral et le comte de Saint-Pol escortèrent le convoi ; ils étaient à peu de distance de la ville lorsqu'ils furent découverts par les Espagnols : une lutte acharnée s'ensuivit, et après des efforts héroïques, les généraux français furent obUgés de battre en retraite, laissant bon nombre des leurs entre les mains des ennemis. Le gouverneur de Roye, d'Amy, trouva la mort sur le champ de bataille.

Le 11 mars 1597, on apprend que les Espagnols se sont emparés par surprise, de la ville d'Amiens ; la consternation fut grande dans le pays : Henri IV vint en personne pour faire le siège de la place et la reprendre aux ennemis. Le roi convoqua le ban et l'arrière-ban du Vermandois. Après plusieurs mois d'attaque, pendant lesquels des ouvriers furent demandés à Roye, pour travailler aux tranchées, la garnison espagnole capitula. (Septembre.)

L'édit de Nantes précéda la paix de Vervins, qui fut signée entre l'Espagne et Henri IV. Cette nouvelle fut accueillie avec joie par les habitants, elle fut célébrée par des réjouissances publiques « avec prières, carillons de cloches et feux de joie. i>

La peste exerçait alors ses ravages et sévissait notamment sur la population de Roye ; la détresse était générale.

L'hiver de 4599 fut un nouveau fléau ; le froid, qui commença à la fin de novembre, ne finit qu'au mois de mai, il fut si vif que presque tous les abres fruitiers furent gelés et que beaucoup de bestiaux périrent.

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