CHAPITRE X
DISETTE. — PASSAGE DE LOUIS XIV. — SÉJOUR DE LOUIS XV. — FÊTES PUBLIQUES. — LOUIS XVI. — ÉMEUTE. — RÉVOLUTION.
A Tilloy, hameau dépendant de RethomîUers, près de Roye, existait un château-fort habité jadis par les seigneurs du lieu ; il fut plus tard abandonné et les constructions tombèrent en ruines. Le 19 janvier 1701, une des tours du château s'écroula et tua, dans sa chute, une petite fille de sept ans, qui jouait près de là ; Hélène Comont, la victime, fut enterrée dans la chapelle du Rosaire.
Le maire et les échevins reçurent au mois de juillet 1704, l'ordre du roi de faire des réjouissances, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le duc de Bretagne ; en conséquence, le maire fit annoncer au son de caisse, que les habitants eussent à se mettre sous les armes et à se réunir sur la Place, sous peine de quinze sols d'amende. On ordonna, en outre, d'allumer des feux de joie dans toutes les rues, de deux maisons en deux maisons. Le lendemain, vers onze heures, la milice bourgeoise se réunit sur la place du Marché en bon ordre, sous le commandement des capitaines de quartier ; après quelques évolutions, le Corps-de-Ville fit distribuer de la poudre aux bourgeois armés. Puis la cloche du beffroi se mit en branle, le canon gronda sur les remparts : le Corps-de- Ville à la tète de la milice et précédé des tambours, se rendit à la Collégiale pour assister au Te Deum^ la milice
fit une décharge à la porte et entra dans l'église. Les officiers municipaux occupèrent dans le chœur leurs places accoutumées ; pendant le Te Deum^ on faisait des décharges de boites et de fauconneaux. Puis Toflfice terminé, le maire et les échevins retournèrent à THÔtel-de-Ville pour assister à un repas donné dans les salons de la mairie.
A neuf heures du soir, la cloche du beffroi tintait de nouveau, le canon tonnait sur les murailles, les officiers municipaux précédés des valets de ville portant des flambeaux, vinrent allumer le feu de joie sur la Place, aux acclamations des habitants qui criaient : Vive le Roi ! vive Monseigneur le duc de Bretagne ! L'Hôtel-de-Ville, les édifices publics et les maisons particulières furent illuminés.
Au mois de juin 1706, un violent orage éclata, le fils da meunier de Carrépuits, qui venait à Roye, se mit à Tabri de la pluie, sous un arbre du chemm ; la foudre tomba sur cet arbre et brûla grièvement l'imprudent voyageur. Transporté à l'Hôpital de la Charité, il mourut des suites de ses blessures et fut enterré à Carrépuits.
La guerre continuait dans les Flandres, les ennemis enhardis par la prise de Lille, se répandaient dans le pays. Le 30 juillet 1708, on apprend à Roye que des soldats faisaient des courses dans les environs d'Arras et de Doullens, se dirigeant vers la Somme. A cette nouvelle, le Corps-de-Ville, les officiers du Bailliage et du Grenier à sel se réunissent à la mairie et convoquent les habitants, n est résolu de mettre la ville en état de défense, de faire monter la garde sur les remparts et aux portes, de travailler immédiatement aux brèches des murailles et à la réparation des ponts-levis. Le même jour, trente-neuf bourgeois commandés par des officiers, sont désignés pour faire bonne garde. Le comte de Solre, gouverneur, vient
prendre le commandement de la ville et requiert les habitants des faubourgs pour travailler aux brèches ouvertes, Tune au bout de la rue des Arbalétriers, l'autre contre le collège, et la troisième à la motte du moulin Bayard.
Les habitants de la Place, les chanoines et les chapelains sont désignés à tour de rôle pour travailler à la corvée et à la brèche du moulin. Le Corps-de-Ville se transporte sur le lieu des travaux et fait l'appel des pionniers ; il constate l'absence des chanoines et des chapelains. Dans ces graves circonstances, le Chapitre ne s'étant pas présenté, et n'ayant envoyé personne pour le remplacer aux fortifications, fut condamné par l'Echevinage à trente-trois livres quinze sols d'amende.
Le 12 août, les mêmes précautions sont prises pour la défense de la ville ; mais dans l'impossibilité de construire assez à temps, une muraille en briques à la brèche existant au bout de la rue des Arbalétriers, on décide de
faire en arrière un mur en terre. A cet effet, le maire met en réquisition des voitures pour le transport des matériaux ; malgré les travaux de la moisson, on s'adresse aux cultivateurs de la campagne. Bientôt cependant les habitants sont rassurés sur leur véritable situation, et les officiers municipaux se relâchent dans l'exécution des mesures de rigueur.
Le mayeur est avisé du passage à Roye du duc de Bourgogne, accompagné de sa femme, de son fils le duc de Berry et du duc de Vendôme ; il se rendait en Flandre. Le Gorps-de- Ville alla au-devant du prince et lui présenta les clefs de la cité ; le doyen Peyre, à la tète du Chapitre, complimenta l'élève de Fénélon. (1708.)
Au mois de décembre, on reçoit l'ordre de l'Intendant de Bornage, d'envoyer immédiatement douze hommes âgés de vingt à quarante-cinq ans, munis de pics et de louchets,
pour travailler, comme pionniers, aux fortifications d'Arras, avec des vivres pour dix jours. Le Corps-de-Ville fut surpris de cet ordre qui lui avait été transmis par le subdélégué de Montdidier ; avant de l'exécuter, il députa à Amiens l'échevin Quelin pour demander à l'Intendant à ce que la ville soit exempte de cette nouvelle charge. L'envoyé réussit dans sa mission, et les pionniers furent contremandés.
Aux préoccupations de la présence de l'ennemi, succéda bientôt un fléau plus grand à combattre. L'hiver de 1708 à 1709 fut excessivement rigoureux, la neige tomba en abondance, « une femme de Rethonvillers trouva la mort sur le chemin de Carrépuits à Roye. Le froid commença au mois de novembre, le thermomètre descendit jusqu'à quinze degrés Réaumur au-dessous de zéro, les blés gelèrent, il n'y eut presque pas de récolte, le peu de blé qui avait pu résister au froid, s'écossa au moment de la moisson, les pauvres gens allaient le ramasser grain à grain dans les champs; on sema au printemps des orges et des haricots. Ces denrées se vendaient quatre-vingt-dix et cent livres le sac. Une homble famine frappa les habitants, on faisait aux pauvres des distributions de pain et de légumes.
Malgré la disette, au mois de septembre 1709, la ville fut taxée à la fourniture de cent sacs de farine pour la subsistance de l'armée de Flandre ; comme le Corps-de- Vîlle tardait à exécuter ces ordres, l'Intendant le menaça de l'y contraindre par la force. Enfin le 17 juin 1713, on apprit à Roye la conclusion de la paix et le 22 eurent lieu les réjouissances à l'occasion de sa publication ; il y eut feux de joie. Te Deum et décharges de fauconneaux.
Au mois d'octobre, une ordonnance de l'Intendant de la généralité d'Amiens, taxa la ville à trois mille livres de
(( don gratuit » envers le roi, conformément aux édîts de 1710 et 1711. En échange de cette charge, l'Intendant prolongea de huit années la perception des droits sur les bois, charbons, huiles et ^ foins entrant dans la Tille. En 1676, M. de Breteuil avait fixé les prix à payer pour ces denrées : une corde de bois de chêne payait dix sols neuf deniers d'entrée ; une charrette de fagots, huit sols ; une corde de bois de sciage, seize sols ; on payait de plus, en vertu d'un édit de 1715, quatre sols pour livre. Le jour de marché, il y avait firanchise des trois quarts de tous les droits, de là le nom de franc donné au marché qui se tient le dernier mercredi de chaque mois.
Malgré les avantages accordés à la ville, les habitants demandèrent à payer cette somme de trois mille livres par à-compte : sept cent cinquante livres fin novembre, le reste au 1*"^ mars suivant.
Les fonctions de maire étaient parfois pénibles à remplir, et malgré tous les efforts de ce magistrat pour contenter les habitants, il n'y parvenait pas toujours. Le logement des militaires donnait souvent lieu à des réclamations et parfois à des scènes regrettables. Ainsi, au mois d'août, le maire, après avoir distribué des billets de logements à huit compagnies de cavalerie, allait s'assurer de l'état de la bière fournie par l'Etapier, lorsqu'il fut abordé par un nommé Tronquier, tanneur au faubourg de Saint-Gilles, qui se plaignit d'être surchargé de logement. Le maire l'engage à s'expUquer, mais au lieu de le Ëùre, il se répand en injures contre le magistrat, en disant : c que sa race valait mieux que la sienne. » Butin de la Fosse ordonne au sergent d'éloigner Tronquier, mais celui-ci se jette sur le maire et lui fait une blessure à la main. Enfin, il est saisi et mis en prison.
. L'Echevinage dressa un procès-verbal des faits, certifié par le sieur Desportes, commandant les troupes de la garnison. Le lieutenant du roi ayant été informé de Taffaire, envoie l'ordre suivant : « Charles Carpentier, c garde de M. le comte de Solre, vous irez de ma part c chez Nicolas Tronquier pour me l'amener icy à Dave- < nescourt, me rendre compte de sa conduite et vous c prendrez la peine de venir me fendre compte aussi de c votre commission, c Fait à Davenescourt le 21 août 1715 :
€ La. Mothe Lamyre. »
Le 1* septembre 1715, le grand roi mourut : les 2 et 3 octobre fut célébré dans l'église Saint-Florent un service solennel auquel assistèrent les ofiiders de la ville et du Bailliage, ainsi que les chevaliers de la nouvelle compagnie de l'arc.
Au mois de février 1717, un incendie considérable se déclara chess le sieur Boitel, cultivateur, qui demeurait au coin de la rue des Prêtres. Le feu alimenté par les fourrages dont les granges étaient pleines, menaçait d'envahir, tout le quartier et d'incendier l'église Saint-Florent. Le tocsin appela au secours, l'empressement des habitants permit de concentrer l'incendie dans son foyer. A cette époque, la ville ne possédait pas de pompe à incendie, ce ne fut qu'en 1766, que la municipalité en acheta deux ; elle avait alors seulement des seaux et des crochets en fer. A la suite de ce sinistre, les officiers du Bailliage rendirent une ordonnance, qui défendait d'engranger les récoltes dans l'intérieur de la ville.
Déjà en 1707, le 23 mai, le feu du del étant tombé sur le clocher de la Collégiale, avait &illi réduire l'église en cendres; grâce au courageux dévouement du couvreur
Domicile et du charpentier Boulnois, l'incendie fut éteint. Le Corps-de-Ville, en récompense de leur belle action, leur accorda l'exemption du logement des gens de guerre pendant leur vie.
Les habitants songèrent à faire <;onfirmer leurs privilèges par le nouveau roi Louis XV ; mais avant de rien entreprendre, le Maire et les Ecbevins furent envoyés ^ Péronne pour savoir quelle marche il y aurait à suivre afin d'arriver, comme les habitants de cette ville, à faire renouveler leurs privîlégejs. Bientôt ils furent tirés d'embarras, car parut un arrêt du Conseil du roi, qui imposait les villes, c pour être maintenues dans leurs octrois et biens patrimoniaux > ; la ville de Hoye fut taxée à huit cent trente-cinq livres. Cette somme à laquelle il fallait ajouter deux sols pour livre, devait être versée, au bout d'un mois, entre les mains du receveur des finances, demeurant à Montdidier.
Le 10 novembre 1722, à l'occasion du sacre de Louis XV, un Te Deum fut chanté dans la Collégiale, en présence du Corps-de-Ville et des officiers du Bailliage.
Le printemps de 173J , fut excessivement sec, les se-* mailles ne pouvaient se faire tant la chaleur était déjà grande ; l'évêque d'Amiens, par un mandement du 25 mai, ordonna des prières publiques c pour demander à Dieu la pluie nécessaire aux biens de la terre y> et enjoignit à tous les prêtres séculiers et réguliers de dire à la sainte Messe la collecte : ad pùlendam pluviam^ jusqu'au 15 du mois de juin.
Lous XV, par une déclaration du 26 avril 1736, confirme les habitants de Roye dans le droit de percevoir pendant six ans, un octroi sur le vin.
Le 24 juin, le roi Stanislas Leczinski, se rendant à la Cour, passa par Roye ; le Maire et les Echevins allèrent
le saluer et lui offrir les vins de présents. Les bourgeois sous les armes, tambour en tète, lui servirent d'escorte, on ti|a le canon sur le rempart et toutes les cloches furent mises en branle. Il y avait alors à l'arsenal de la ville, deux vieux canons cerclés en fer et crevés, qu'en 4740, l'Intendant de Picardie ordonnna de faire transporter aux fonderies de Douai.
En 1738, une mission eut lieu à Roye, présidée par l'évêque d'Amiens, Louis-François-Gabriel d'Orléans de la Mothe ; cette mission fut très suivie.
L'hiver de 4740 fut des plus longs et des plus rigoureux, les gelées commencèrent vers l'Epiphanie ; mais le jour le plus froid fut le 2 février, le thermomètre marqua jusqu'à dix degrés Réaumur au-dessous de zéro ; chose extraordinaire, il gela le 4 du mois d'août. Il y eut de grands dégels en mars, une humidité profonde régnait partout, le sol s'affaissa à différents endroits dans la ville, les chemins étaient impraticables, puis pour comble de malheur, les blés pourris par les pluies continuelles, périrent en grande partie : il n'y eut pas de récolte, le sac de froment valut jusqu'à cinquante livres. La misère était profonde, les indigents périssaient chez eux, faute de secours et de moyens de s'en procurer.
Le roi s'émut de cette détresse et par un édit du mois de décembre 1740, il prescrivit des mesures pour subvenir aux besoins des malheureux.
La charité publique s'exerça à Roye d'une façon admirable ; les officiers du Bailliage prirent l'initiative et créèrent un bureau de charité. Déjà en 1709, une institution semblable avait été établie. Les officiers firent annoncer au son de caisse, une assemblée de tous les habitants, et désignèrent dans chaque quartier des lieux de réunion ; dans ces assemblées partielles, on devait aviser aux
moyens de se créer des ressources et dresser des listels d'indigents. Mais le Corps-de-Ville vit avec déplaisir les officiers du Bailliage prendre ainsi l'initiatiTe d*une| si louable mesure et défendit aux habitants de s'assembler. Le Chapitre lui-même provoqua une réunion dans la salle capitulaire en invitant chaque curé des paroisses à y assister. Enfin, devant la nécessité d'apporter un prompt secours aux souflrances des pauvres, on choisit, d'un commun accord, comme Ueu de réunion, l'hôtel de M. Biilecocq, lieutenant-particulier. Le 21 janvier, le Corpsde-Ville, les officiers du Bailliage et du Grenier à sel, le Chapitre, les curés des paroisses et de notables bourgeois, s'assemblèrent chez le lieutenant. On avisa aux moyens de recueillir les libéralités, puis de taxer les propriétaires de biens. Le Chapitre se montra trèà généreux et donna cent cinquante livres ; le Corps du Bailliage oiTrit cent dix livres^ les Ânnondades quinze livres. Enfin on recueillit sept cent cinquante-quatre livres en argent; d'autres particuliers donnèrent du blé et du seigle : ceux qui ne se montraient pas assez généreux, eu égard à leur fortune, étaient taxés d'office. Il s'en suivit une foule de réclamations, de protestations et de procédures, mais le Bailliage tint la main ferme à l'exécution de la perception. Six membres formaient le bureau de charité et faisaient la distribution du pain aux indigents ; ils recherchaient les pauvres honteux et leur portaient des secours. Toutes les décisions prises par cette institution de bienfaisance, sont consignées dans un registre conservé aux archives de la ville, écrit tout entier de la main d'Antoine Cabaille, lieutenant* général de police. Grâce à la charité publique, grâce au dévouement des membres du bureau, les pauvres eurent moins à souiMr de la rigueur de la saison. Ainsi furent évités des désordres i^egrettables qui se produisirent
ailleurs, la population souffrit en silence et demanda au travail les moyens de vivre^ sans avoir recours aux violenees.
Le 11 avril 1743, un incendie terrible dévora le village du Quesnoy, dont la seigneurie relevait de la Maison de Roye. La malveillance ne fut pas étrangère à ce déplorable événement, qui réduisit à la misère un grand nombre d'habitants.
Louis XV étant tombé malade à Metz, les habitants de Roye unirent leur» prières> à celles qu'adressait par toute la France* le clergé des paroisses, pour le rétablissement de la santé du roi. Bientôt le son joyeux des cloches annonça la convalescence du monarque, et la population courut vers les églises pour en remercier la Providence.
On apprit que la guerre des Pays-Bas nécessiterait de fréquents passages du roi dans la ville. Dans cette prévision, le pont jeté sur TAvre, au faubourg de Saint-Gilles, ne présentant pas les conditions voulues de solidité, pour les passages continuels de troupes et de matériel de guerre, fut abattu et remplacé provisoirement par un pont en charpente.
C'est le 3 mai 1744 que le roi traversa la ville pour se mettre à la tète de son armée ; il arriva par la Porte-Paris, en avant de laquelle était rangée, sur deux haies, la compagnie de la milice bourgeoise, ayant à sa tête le lieutenant du roi. Le Corps-de-Ville et les officiers du Bailliage étaient à l'entrée du faubourg Saint-Gilles, attendant Tarrivée du monarque, mais ils ne purent le complimenter. La compagnie de Tare avait été au-devant. Le Maire présenta les clefs de la ville et les vins d'honneur à Louis XV qui monta la rue de Paris et qui ne s'arrêta que le temps nécessaire pour relayer les chevaux à la poste ; il se dirigea vers la Porte-Saint-Pierre, et trouva sur son passage la milice bourgeoise.
Un an après, rarrivée du roi fut annoncée pour le 7 mai ; ce jour là, tous les corps constitués se rendirent dans le lieu habituel de leurs assemblées, la garde bourgeoise prit les armes, la . compagnie de l'arc revêtit son uniforme d'ordonnance, portant une plume et une cocarde blanche au chapeau. Les officiers du Bailliage se rendirent au haut du faubourg Saint-Gilles, tandis que les chevaliers de l'arc attendaient le roi à l'entrée de l'allée du château de Tilloloy, que Louis XV parcourait à pied. Le Maire et les Echevins allèrent se placer à la Porte-Paris, sur la gauche, en entrant ; la milice était rangée sur deux lignes le long de la rue de Paris, ayant leurs officiers à leur tète. Bientôt, à dix heures et demie, la cloche du beffroi annonça l'approche du roi ; en effet, on vit arriver le carrosse royal escorté, à gauche, par les officiers de la compagnie de l'arc à cheval, et à droite par vingt gardes-du-corps« Louis XV occupait le fond du carrosse, il était accompagné du Dauphin, des ducs d'Agen et de Beringhen. Les officiers du Bailliage qui étaient sur la chaussée, près de la Croix- Saint- Jacques, ne purent haranguer le monarque qui ne s'arrêta pas. Les officiers municipaux mirent un genou en terre, le lieutenant du gouverneur, Âubert des Âvesnes, présenta à Sa Majesté les clefs de la ville, placées sur un plateau d'argent que soutenaient le Maire et les Echevins ; on offrit ensuite au roi le vin d'honneur. Louis XV fit son entrée dans la ville en traversant les haies formées par la milice, toutes les cloches étaient en branle, le bruit du canon mêlait sa voix à celle du peuple qui criait : « Vive le roi t T^ Sur la place du Marché le carrosse royal s'arrèU à V Hôtel de la Poste ; pendant le relais des chevaux, le Chapitre de la Collégiale vint présenter ses hommages au roi, le chanoine Delobel porta la parole. Puis Louis XV continua sa route par la rue Saint-Pierre, au milieu de la
garde bourgeoise, qui avait peine a contenir la foule avide de voir le monarque ; la compagnie de l'arc Tescorta jusqu'au fond de Péronne et reçut les compliments de Sa Majesté sur sa bonne tenue.
Louis XV gagna la bataille de Fontenoy (11 mai 1745), quatre jours après son passage à Roje. Dans cette bataille, Le Carlier d'Herly, qui commandait la cavalerie dont la charge heureuse décida de la victoire, se couvrit de gloire. La nouvelle de ce succès fut accueillie avec les mani* festations de la plus vive allégresse ; on chanta un Te Deum à la Collégiale et on alluma des feux de joie.
La cour du Parlement envoya des députés complimenter le roi ; venant d'Amiens, ces députés traversèrent la ville, le 30 mai, et arrivèrent à YHôtel du grand Monarque pour y changer de chevaux. Le Corp&-de-Ville vint présenter ses devoirs aux membres de la cour, qui avaient mis pied à terre et qui étaient dans unp chambre haute de rhôtellerie ; parmi eux se trouvaient : le premier président (te Maupeon, les conseillers Cadeaux, Deblaire et Lemoy. Les ofiiciers municipaux présentèrent à ces Messieurs douze bouteilles de vin, que le président accepta et qu'il fit distribuer à ses gens ; il donna deux demi-louis aux valets de ville. Le Chapitre vint à son tour complimenter les illustres voyageurs ; puis arrivèrent les officiers du Bailliage, le lieutenant-général harangua le premier président, au nom de la compagnie, celui-ci le remercia c affectueuse* ment » et dit qu'il ferait part à la Cour c de la vénération :» . qu'ils leur avaient témoignée. Puis étant remontés dans leurs carrosses, les députés partirent pour la Flandre.
Le 5 juin, les conseillers passèrent de nouveau à Roye pour retourner à Paris ; les officiers du Bailliage vinrent présenter leurs devoirs, puis prièrent ces messieurs de vouloir bien se rendre à l'église de Saint-Pierre, pour
visiter les chapelles latérales et les bas-côtés do chœur,. , dont les réparations étaient une cause de procès entre les curé et marguilliers de la paroisse et le chapitre de Saint- Florent. Les membres du Parlement se rendirent à leur invitation ; pendant qu'ils étaient dans Téglise, les chanoines, ayant à leur tète le doyen, vinrent prés^iter leurs hommages et réclamer la protection des conseillers. Vers le soir arrivèrent les présidents qui furent heureux de recevoir les officiers du Bailliage ; l'avck^at du roi présenta au premier président un placet concernant TafËûre du Chapiti^e, il promit de donner une prompte solution. Après quelque temps d'arrêt, les députés partirent pour Paris.
Le 5 septembre suivant, le duc de Penthièvre descendit à la Poste aux chevaux avec ses gentilshommes. Le Chapitre, le Corps-de-Yille et les officiers du Bailliage montèrent à la chambre que le duc occupait et lui prés^itèrent leurs devoirs.
Deux jours après, le comte d'Argenson, ministre et secrétabe d'Etat de la guerre, arriva dans la vUIe, précédant le roi. Il descendit au Louvre, c'est-à-dire chez le chanoine de la Merrye, rue des Annonciades, au lieu de descendre dans la maison du prévôt royal, rue de Paris, qui lui avait été préparée pour son logement. Le Corps du Bailliage allait lui présenter ses devoirs au moment où arriva dans la cour le carrosse du roi, dans lequel se trouvaient aussi le duc de Villeroi, capitahie des Gardes et le marquis de Beringhen. Sa Majesté fut reçue par les ducs de Richelieu et de Luxembourg. Le roi était accompagné du Dauphin ; étant entré dans sa chambre, il reçut le Chapitre de Saint-Florent, à la tête duquel était Monseigneur de la Mothe d'Orléans, évoque d'Amiens, qui revêtu d'un rocher, présenta à Sa Majesté ses hommages et ceux du clergé. Quelques instants après, les officiers du Bail-
liage furent introduits à leur tour et le lieutenant-général Gaullière adressa au roi le compliment suivant: c Sire, c que de sujets d'admiration pour la postérité lorsqu'elle « apprendra la rapidité et le nombre des conquêtes de « Votre Majesté; dans une seule campagne de quatre t mois, le Hollandais intimidé, l'Anglais terrassé, le Hano^- « vrien reculant à la seule vue de Votre Majesté. Votre « présence, celle de l'Hercule naissant qui vous accom- « pagne, annonce à vos ennemis leur perte assurée dans « leur résistance, et à vos alliés un secours impérissable « dans leur imion avec Votre Majesté. La gloire marche « devant vous, elle vous accompagne, elle vous suit, c disons mieux, elle est partout où vous régnez. La bonté « de Votre Majesté pour le grand nombre de prisonniers € qu'Elle a faits, sa charité pour les blessés, ne sont pas € les moindres traits qui font envier aux nations étran- « gères le bonheur de vivre sous vos lois. Combien, Sire, « de diflTérents sujets d'honneur pour vos peuples et par € conséquent, pour les officiers du Bailliage de cette ville, « qui ont l'honneur de rendre la justice au nom de € Votre Majesté et que vous voyez prosternés à vos M genoux. »
Le roi écouta ce discours et remercia le Ciorps du Bailliage. Louis XV avait été attendu à la Porte-Saint-Pierre par Aubert des Avesnes à la tête du conseil municipal, qui lui avait présenté les clefs de la ville sur un plateau d'argent. Le roi traversa une allée d'arbres que l'on avait plantée de chaque côté de la rue, il passa sous deux arcs de triomphe élevés, l'un à la porte de la ville, et l'autre près de l'église paroissiale, portant des emblèmes et des cartouches, avec les armes royales. Les rues étaient sablées, les piaisons étaient tendues, toutes les cloches étaient en branle ; le canon et les boites faisaient entendre leurs détonations ;
le peuple accompagna le roi des plus vives acclamations^ les gardes françaises et suisses et les cinq compagnies de la milice bourgeoise formaient la haie sur le passage du monarque.
Sa Majesté soupa à six heures, ayant à sa droite le Dauphin, les ducs d'Âgen, d'Aumont, de Duras, de Luxembourg et de Richelieu ; le prince de Tinguy et le comte d'Àrgenson étaient assis à sa gauche. Pendant le repas, les religieuses Annonciades envoyèrent deux corbeilles de très-beaux fruits, que le roi reçut avec plaisir.
L'Intendant de Picardie qui était venu au-devant du monarque, donna un souper de vingt-six couverts ; parmi les invités étaient : le comte de Trenon et les officiers des gardes françaises et suisses.
L'Hôtel-de-Ville, tous les édifices publics, les maisons particulières furent illuminés. L'hôtel commun avait été regratté et reblanchi, tous les écussons et les ornements remis en blason et en couleur ; il était illuminé jusqu*aa beffroi dans un goût parfait et c[ semblable aux illuminations de Paris, selon le jugement des connaisseurs » ; il y avait des ornements de toute espèce sans confiision, différents pots de fleurs, des inscriptions à la louange du roi, et dans le milieu un € soleil i^ qui faisait un effet charmant. Il y avait sur la place du Marché cinq ifs garnis de lampions pour suppléer à un feu d'artifice que le temps n'avait pas permis de faire préparer. Les clochers de toutes les églises étalent illuminés, chacun dans un goût différent, selon la situation : la lumière était si grande que les soldats lisaient dans les rues, à la lueur des illuminations.
Plusieurs emblèmes étaient distribués sur la façade de l'Hôtel-de-Ville, à la Porte-Saint-Pierre et à celle de Paris
par laquelle le roi devait sortit^, il s*en trouvait qui avaient trait aux circonstances et aux conquêtes de Louis, puis des devises très « ingénieusement imaginées » par des chanoines. On avait aussi placé à différentes maisons, de distance en distance, des inscriptions relatives aux mêmes sujets. La Cour passa la nuit au Louvre.
Le lendemain à huit heures, le roi se rendit à pied à la Collégiale pour y entendre la messe; sur son passage étaient rangées les trois compagnies des gardes françaises et suisses et la milice bourgeoise : l^s Gardes^du-Corps faisaient le service à l'intérieur de l'église.
L'évéque, en habits pontificaux, à la tête du Chapitra et de tout le clergé en chape, reçut Louis XV sous le grand portail . et le complimenta au nom du Chapitre. Le roi fiit mis sous un dais porté par les deux plus anciens chanoines et alla se placer sur un trône qu^on avait fait élever dans le chœur. La messe fut dite par le chanoine Dhervilly ; pendant l'office, il fut chanté pour «c motet d le psaume : exaudiat mis en musique par le sieur Dupré, maitre de chapelle de la Collégiale et « exécuté dans la perfection avec symphonie Jf par les musiciens de l'église qui n'avaient pu avoir que quelques violons du pays, attendu que les artistes qui avaient été mandés des cathédrales et des collégiales voisines, n'avaient pu venir à cause de la fête de la Vierge, qui était le lendemain. Le roi et sa suite témoignèrent leur satis&ction de ce motet et de la ÎBLÇon dont il avait été interprété. En avant du roi, dans le sanctuaire, était placé un prie-Dieu orné convenablement, recouvert d'tm carreau de velours cramoisi, galonné d'or et sur lequel le monarque se mit à genoux ; le Dauphin était derrière et à droite de Sa Majesté, il s'agenouilla sur un* carreau sans prie-Dieu ; à gauche, se tenait l'évéque d'Amiens revêtu du rochet. L'église était illuminée, tant
au maitre-autel qu'à tous les autres, à chaque pilier se trouvait un lustre, Téglise était tendue de tapisseries.
Dans le chœur, au-dessus de la première forme, à droite, qui était restée vide, étant celle destinée au roi comme premier chanoine et fondateur de Téglise, avait été élevé un dais en velours^ cramoisi avec des galons et des firanges d'or, € magnifiquement orné d'accompagnements semblables. »
Après la messe, le monarque est sorti de l'église dans le même ordre qu'il y était entré, il est monté dans son carrosse qui l'attendait à la porte. Il a trouvé sur son passage une haie formée par les troupes; toutes les cloches étaient en branle, des décharges de boites et de fauconneaux annonçaient^le départ du roi. La compagnie de l'Arc, à cheval, «l'accompagna jusqu'au pont de Laucourt.
« Les habitants de toute sorte d'état et de condition, dit un témoin oculaire, se sont empressés de témoigner leur joie de recevoir le roi en santé et toujours victorieux^ ils n'ont rien négligé pour contribuer à l'embellissement de leur ville ; quoiqu'on ait eu qu'une semaine pour fSûre les préparatifs nécessaires, l'on a employé un si grand nombre d'ouvriers que tout a été prêt pour l'arrivée du souverain, b
Louis XV témoigna sa satisfaction d'avoir choisi la ville de Roye pour coucher, le bon air qu'on y respire lui avait procuré un appétit et un repos qu'il n'avait pas goûtés de toute la campagne. Le roi avait reçu, à son lever, l'agréable nouvelle de la prise de Newport, qui lui avait été apportée, à deux heures du matin, par le chevalier d'Hemonville.
Les magnificences déployées pour recevoir dignement le roi avaient coûté cher à la ville ; on avait fait venir
d'Amiens deux artistes décorateurs, qui demandèrent trois cent soixante - trois livres pour leurs travaux. Il avait été payé au peintre qui avait fait les emblèmes et autres décors : trois cents livres. Enfin, on avait brûlé pour treize cents livres de suif et d'huile.
Quelques jours après le départ de Louis XV, le 24 octobre, devait se chanter dans la GoUé^alle, un TeDeum à l'occasion de la prise des villes de Plaisance et de Parme. Les officiers du Gorps*de- Ville et du Bailliage étaient réunis en leurs salles respectives, pour assister à. Toffice, lorsqu'ils entendirent sonner la cloche de l'église, qui annonçait que le Te Deum était commencé ; ils se rendirent néanmoins à la Collégiale : à leur arrivée, on avait entonné l'antienne depuis un moment, ce dont ils se plaignirent aux chanoines. Ils ne s'en tinrent pas là ; les officiers rédigèrent de concert un procès-verbal qu'ils adressèrent au roi. Le 6 janvier 1746, Aubert des Avesnes reçut à ce sujet des lettres du comte de Saint-Florentin, datées de Versailles, qui exprimaient tout le mécontentement qu'épouvait le roi de ces conflits continuels et qui engageaient le lieutenant à rester étranger à toutes ces tracasseries. Une lettre sur le même sujet fut adressée aux Maire et Echevins : « J'ai, Messieurs, rendu compte « au roi des plaintes portées contre le Chapitre de la ville € sur ce qu'il n'a, fait ouvrir les portes du chœur qu'im- X médiatement avant les cérémonies du Te Deum^ en « sorte que vous couriez risque d^attendre dans la nef, ou « d'arriver trop tard. Sa Majesté entend que lorsqu'il doit c se faire de pareilles cérémonies, vous ordonniez à un c des valets de ville de se tenir dans l'église pour venir « vous avertir du tems où il sera à propos que vous vous € présentiez. De son côté, le Chapitre laissera les portes « du chœur ouvertes, comme par le passé. Au reste.
<sc Sa Majesté reconnaît que des difficultés de cette espèce ne « peuvent venir que de la mésintelligence qui règne entre les « différents Corps de la ville. Elle en est fort mal satis- « faite et s'il arrivait encore de pareilles tracasseries, <K elles pourraient ' attirer du désagrément à ceux qui en c seraient les auteurs. )» Florentin.
Plus tard fut annoncée à Roye la prise de Berg-op-Zoom par les Français, sous les ordres du maréchal Lowendahl, après un siège célèbre ; cette ville avait été défendue avec courage par Bernard de Roye, brigadier-général de Finfanterie hollandaise, qui mourut à La Haye, le 2 octobre 1749, des blessures reçues dans ce siège.
En 1749, le Maire et les Echevins de la ville de Roye, obtinrent des lettres-patentes pour l'abandon en faveur de la commune, du droit de « travers » qui se percevait sur le pont de Saint-Gilles et qui appartenait au roi, moyennant une rente annuelle de six cents livres. Ces lettres données à Marly le 12 mai, autorisent la ville à percevoir ce droit pour elle-même ; il était mis en adjudication et rapportait jusqu'à vingt mille quatre-vingts livres. Cet abandon fut confirmé de nouveau par Louis XYI le 23 septembre 1778.
La Porte-d'Amiens était commandée par un bastion dont le Corps-de-Yille jugea la démolition nécessaire, à cause dû mauvais état de la construction. Le Mah*e obtint du duc d'Ârgenson l'autorisation de détruire cette fortification. Une lettre adressée par M. de Blacas, ingénieur en chef de la place de Bapaume, approuvât le projet. « J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez écrite du <c douze de ce mois, à l'occasion de la permission que c demandent les Maire et Echevins de la ville de Roye de m détruire le bastion situé entre la Porte-d'Àmiens et son e: faubourg, d'aplanir son fossé pour y établir un marché
c aux chevaux et pour y fiôre bâtir des nudsons ; puisque c ce projet ne vous a paru susceittible d'aucun incon- € vénient, le roi trouvera bon que le magistrat le fasse c exécuter. Sa Majesté veut bien aussi lui permettre de c faire démolir les deux tours des portes de Paris et c d'Amiens qui menacent ruine, mais à condition que les « Maire et Echevins s'engageront à rétablir les passages c des portes d'une façon solide et convenable pour la c décoration. Vous leur ferez part de cette décision, jf
Dargenson.
En 1751, au mois de février, eut lieu à l'Hôtel-de-Ville de Roye, en présence du subdélégué de Montdidier, du maire et des echevins, le tirage à la milice ; c'était la première fois depuis 1688, que cette opération se faisait à Roye, jusqu'ici c'était au siège de l'élection, à Montdidier, qu'avait eu lieu le tirage ; on voit même, en 1735, le sieur Langlet, garde-du-corps, désigné par les officiers municipaux pour accompagner, avec un valet de ville, les jeunes gens qui devaient tirer à la milice. Cette année, deux garçons tombèrent au sort, l'un était âgé de seize aas et l'autre de dix-sept. Plus tard, une ordonnance de l'intendant d'Invau, du 17 février 1750, rendue à la requête des Maire et Echevins, décide que les enfants des officiers municipaux en charge seraient exempts du tirage à la milice, sans que les enfants de ceux qui avaient rempli les mêmes fonctions, puissent prétendre la même exemption.
Au mois de mars, il fut question dans une séance du Corps-de-Ville, d'une proposition faite par l'évêque d'Amiens, d'accord avec le chapitre de Saint-Florent, de créer à Roye un établissement hospitalier destiné à recevoir les vieillards pauvres des deux sexes, les valétudi-
luftiM et les orphelins. H a'agîasfât alors de s'entendre sur lofii moyens d'exécution ; le maire Gravai et Thoqueane, pranier échevin, forent chaînés de cette mission. Ce projet ne parait pas avoir eu de suite*
Le Corps-de-Ville fut informé le 6 juillet 1752, que le duc de Chaulnes, gouverneur de Picardie, devait arriver à Roye; les officiers municipaux, ayant à leur tète le lieutenant du roi Aubert des Âvesnes, se rendirent à la porte de Saint-Pierre. Le gouverneur était accompagné de madame la duchesse et de M. le Vidame son fils ; son carrosse était suivi d'un capitaine et de douze gardes revêtus d'hahits rouges, avec bandouiUères. M. de la Combe, grand-prévôt de la maréchaussée de Picardie, avec des cavaliers de Roye et d'Amiens servaient d'escorte. La doehe du beffiroi et douze coups de fauconneaux annoncèrent leur arrivée ; le lieutenant du roi complimmta les nouveaux hôtes de rh<mneur que leur présence fiûsait à la ville, il engagea le duc et la duchesse à descendre à son hôtel, ce qu'ils acceptèrent de la meilleure grftce ; ils. firent monter M. Aubert dans leur carrosse, jusqu'à sa demeure. Dès que le duc et la duchesse furent arrivés, le Chapitre et les officiers du Bailliage allèrent présenter leurs, hommages. Le Corps-de-Ville, ayant à sa tète le maire Hannique portant l'épée, les Echevins en robe, précédés de trois sergents, fiit à son tour son entrée dans le salon où se trouvaient le gouverneur et sa femme. Le Maire porta la parole ; il remercia le duc de sa protection pour la ville et lui offrit le vin d'honneur, comme marque de la soumission respectueuse des habitants ; puis, s'adressant à la duchesse, il lui fit un charmant compliment, en la priant d'accepter une corbeille de confitures sèches : la duchesse répondit d'une façon fort gracieuse et reçut comme un bon souvenir le présent qu'on lui offlE!ait.
Après quelques heures de repos, ces hauts personnages montèrent dans leur carrosse pour regagner le château de Chaulnes. À leur départ, on tira une salve de douze coups de canon.
Au mois d'août, le Dauphin tomba malade, sa position inspirant des inquiétudes, des prières furent ordonnées pour sa santé ; la nouvelle de son rétablissement donna lieu à des manifestations publiques et à des réjouissances.
Un arrêt du Conseil du 9 juillet 1754, réunit au Corps-de-Yille la charge de lieutenant-général de police ; jusqu'en 1609, la police avait toujours été exercée par le maire : à cette époque, le roi créa des officiers de police. Le dernier titulaire Cabaille étant mort en 1751, le Corps-de-Ville acheta l'office à la veuve, puis présenta pour homme vivant et mourant Jean Berthin, à Teffet d^obtenir, sous son nom, des provisions d'office pour jouir des gages et des émoluments attachés à ces fonctiens-. L'acquisition de cette charge coûta à la ville deux mille cinq cents livres, plus cent livres d'épingles. Enfin, après bien des démarches faites pour ne pas payer le droit, à cause des trois années écoulées, le CorpsKle-Ville obtint un nouvel arrêt du Conseil du 11 février 1755, qui le confirma dans l'office de police et dans l'exemption du droit. Un autre édit royal, du mois de décembre 1757, autorisa le maire et les Echevins à exercer la police dans la ville et la banlieue, à la charge de renvoyer au Bailliage l'instruction des affaires criminelles, lorsqu'il s'agirait de prononcer un jugement à l'extraordinaire.
Le 19 septembre 1754, des réjouissances eurent lieu à roccasion du rétablissement de la santé du roi Louis XV ; un Te Deuin et un salut avec exposition et bénédiction du Saint-Sacrement, furent chantés dans l'église paroissiale de SaintpPierre et furent suivis d'une procession ; huit notables
bourgeois portaient le dsds et des flambeaux. Au dehors avaient lieu, des détonations de boites et de fauconneaux. La façade de rilôtel-de-VilIe était illuminée et portait cette devise : Royœ revivescenH^ vivat Ludovicus decimus qui^itus.
Au mois d*avril 1755, on éprouva à Roye, comme dans toute la province, les secousseï^ d'un tremblement de terre ; ce phénomène^ tout-à-fait insolite, causa la plus grande terreur parmi la population. Les habitants couraient en foule vers les églises pour y prier Dieu, afin de conjurer le fléau, qui se renouvela le 26 et le 30 du même mois et l'année suivante.
Un arrêt du Conseil d'État du mois d'octobre 1757 assujétissait les habitants des villes de Picardie à travailler aux corvées sur les routes. En exécution de cet arrêt, l'Intendant procéda au dénombrement des citoyens de Roye qui devaient remplir cette corvée. Le Corps-de-Ville s'émut de cette nouvelle mesure, et adressa au roi un mémoire dans lequel il démontra les lourdes charges qui déjà pesaient sur la ville: la capitation, les tailles, les logements des troupes en garnison et de passage. Les ofQciers municipaux pensent que les corvées doivent être exclusivement réservées aux gens de la campagne, parce que, <L nourris dans le travail, endurcis à la fatigue, faits « à manier la terre, ils ont une destination particulière c pour ce genre de travail, puisque les corvées sont des c ouvrages de corps où les bras agissent puissamment et € qui ne peuvent être exécutés que par des gens de ce force. » Ils ajoutent qu'ils ont à leur charge l'entretien de quatre mille cinq cents toises de chaussées en pavé, fréquentées par un immense transport. Du reste, ils offraient d'acquitter en argent les corvées à faire, ce qui leur fut accordé.
Les routes avaient, en effet, beaucoup à souffrir des passages continuels des charrois, qui transportaient en Flandre le matériel de guerre et les approvisionnements nécessaires pour les armées ; la chaussée se dirigeant sur Paris était dans sa direction vers Pont-Sainte-Maxence, dans an état impraticable. Les ofQciers municipaux songèrent à la faire réparer, et demandèrent à l'Intendant de Picardie les secours nécessaires. On acheta huit mille pavés à raison de quarante-quatre livres le mille, pour remplacer une partie de ceux de la route.
C'est aussi dans le but d'améliorer le chemin qui conduisait de Roye à Montdidier, qu'en 1761, on fit baisser la rampe vis-à-vis du moulin Dupuis. En exécutant ces travaux, on fit les découvertes dont nous avons parlé et qui excitèrent vivement la curiosHé des habitants.
Un édît du mois d'août 1758, ordonna de lever des droits sur les denrées entrant dans les villes ; en exécution de cette ordonnance et d'un arrêt du Conseil d'Etat du 8 décembre, l'intendant de Picardie d'Invau dressa un tarif des droits d'octroi. Cet impôt devait se percevoir pendant six années consécutives, à partir du l®"" février 1759. Le muid de vin, mesure de Paris, devait payer à son entrée dans Roye : vingt-cinq sols ; la bière, le cidre : douze sols six deniers ; un bœuf ou une vache : vingt sols ; un veau ou un porc : six sols huit deniers.
Conformément à un règlement royal du 25 novembre 1760, M. Cathoire, ancien officier de milice, fut nommé par un arrêté de l'Intendant, préposé aux recrues provinciales, afin d'enrôler des hommes pour l'armée, car la guerre avait éclaté de nouveau et dura jusqu'au traité de Paris de 1763.
L'hiver de cette année fut très froid et de longue durée ; le nombre des pauvres augmentant dans la ville, les
officiers municipaux firent des distributions de pain. Les indigents portés sur les listes dressées par les curés des paroisses, reçurent une livre de pain par jour et par individu. La charité publique vint en aide à la municipalité, les personnes aisées donnèrent du blé et de l'argent. Pendant cette année et la suivante, la municipalité fit travailler activement au pavage des rues et des chaussées. Le 5 octobre 1765, un ouragan épouvantable se déchaîna sui' la ville et causa beaucoup de dégâts; les toitures du beffroi, de la mairie et de l'hôtel des 6ardes-du-Gorps eurent beaucoup à souffirir : les rues étaient couvertes de débris de tuiles et de briques. On résolut alors de couvrir de lames de plomb le dôme de la grosse cloche du beffroi et de remplacer celui de la campanile ; cette réparation coûta quatorze cents livres. La reconstruction de l'Hôtelde-Yille fut aussi décidée, car les réparations à faire étaient très-grandes.
Louis XV, par un édit du 19 mars 1767, aliéna au profit de l'Echevinage les murs et les fossés des remparts, ainsi que le droit de voirie, dans la banlieue, moyennant une redevance annuelle.
Après la capitulation de Lille, le duc de Vendôme fit attaquer Lefflingen le 19 octobre et s'en empara ; il chargea le a chevalier de Roye » d'en porter la nouvelle à Louis XV, qui le récompensa par un brevet de « mestre de camp. >
Le roi de Danemarck Christian, venant de Péronne, traversa la ville de Roye le 21 octobre 1768. L'Echevinage le complimenta pendant le relais des chevaux à l'hôtel de la Poste ; puis le monarque prit la route de Paris. Il s'arrêta au château de Tilloloy, où la compagnie de l'Arc alla lui présenter ses devoirs.
Le rôle de ta taille et de la caphation éteit dreesé pour Roye et la banlieue, par ctes collecteurs nommés 'par fe Gorps-de-Ville, assistés d'assessem^ ; ces impâts étaîfiDt répartis sur les marchands, les artisans, les médecins et les notaires, ces derniers payaient im droit fixe comme les oiBders du grenier à sel. Les chanoines, les chapelains, le clei^ des paroisses, les communautés religieuses, les nobles, au nombre de dix, les officiers du Bailliage, des finances du roi et le maître de la poste aux chevaux, étaient exempts de la taille. Les domestiques n'étaient pas taiUables, mais payaient la capitation fixée à une livre quatre sols par tôte ; en 1760, il y avait à Roye cent vingt servantes, le doyen en avait deux, des nobles comme If. de Rhune avaient un cuisinier, un laquais, une femme de chambre et une servante. L'imp6t total s'élevait à dix mille huit cent huit livres dont cinq mille huit cœt dbL-neuf de capitation ; le recouvrement de cet >imp6t était du ressort de Télection de Montdidier.
La ville payait au commissaire provincial de la Oénérar lité de Picardie une indemnité de logement fixée à quarante livres. C'était alors M. Duchesne de Ruville, remplacé en 1773, par M, Dupenty, qui contresignait les arrêtés de l'Intendant.
Le 20 juillet 1769, le régiment de Chartres infiuiterie étant en marche pour se rendre au camp de Verberie, reçut l'ordre du duc de Chartres de faire bénir ses nou- VMux drapeaux dans la ville de Roye. Quelques officiers se rendirent le soir chez le doyen de Saint-Florent pour le prévenir, et lui demander à ce que la cérémonie eût lieu le lendemain, à dix heures du matin. La troupe arriva le 20, à neuf heures ; elle se rangea en bataille sur fat Place et se mit en mardie vers l'église : elle fit son entrée dans la Collégiale, musique en tète, au son de
toutes les cloches. Les nouveaux drapeaux reçurent la bénédiction avec la plus grande pompe, les anciens furent placés à la voûte du chœur de l'église.
Mademoiselle de Fourment, fille ainée de M. de Four* ment, lieutenant particulier au bailliage de Montdidier, fit la quête pour les pauvres, conduite par M. d*Hautmesnil, brigadier des gardes-du-corps, chevalier de Saint-Louis ; la recette produisit quatre-vingts et quelques livres. Le régiment ayant séjour, les ofSciers invitèrent les principaux personnages de la ville à assister à un concert qui eut lieu le lendemain, vers cinq heures du soir. M^^^de Fourment chanta une romance, composée pour la circonstance par l'avocat du roi Billecocq-Dumirail. Il y eut ensuite grand bal à THÔtel-de- Ville ; vers le milieu de la soirée, les officiers firent servir un magnifique ambigu, les messieurs, debout, servaient eux-mêmes les dames avec une courtoisie charmante. Après le repas, le bal continua jusqu'à trois heures du matin, heure à laquelle le régiment se remit en marche.
Au milieu de ces divertissements, les officiers municipaux ne négligeaient pas les intérêts sérieux des habitants. Le chirurgien Garde avait découvert, à Saint-Mard-les-Roye, une source dont l'eau administrée aux malades jouissait de propriétés médicinales; le Corps-de-Ville plein de sollicitude pour la santé des populations, demanda à l'intendant Dupleix l'autorisation de faire analyser l'eau de cette fontaine, afin d'en constater la composition. Messieurs de Lassone et Cadet, membres de l'Académie des sciences, furent envoyés à Roye pour procéder à l'analyse de la source de Saint-Mard (1770). Ces savants se livrèrent à une foule d'expériences pour rechercher les éléments constitutifs de l'eau de la fontaine ; dans un long et savant rapport inséré dans les Mémoires de l'Académie des
sciences, ces chimistes constatent la présence du fer en quantité notable et concluent que Teau doit à ce métal ses qualités médicinales ; ils en recommandent l'usage et considèrent la découverte de celte eau minérale comme un bienfait pour les populations. On fit faire à la fontaine de Saint-Mard les travaux nécessaires pour l'aménagement des eaux, et le public alla puiser à cette nouvelle source, l'entretien de sa santé. {Hydrologie du canton de Boye^ par E. Coèt.)
C'est toujours dans le but d'être utile à leurs concitoyens que les officiers municipaux firent faire des recherches aux archives et à la bibliothèque du roi, pow avoir les titres pouvant concerner la ville. C'est alors que le maire Prévost obtint de M. Béjot, garde des manuscrits, la copie de la charte de commune, annotée par le généalogiste Mangard. Ce précieux document fut déposé à la mairie, le Corps-de-Ville vota des remercîments à M. Béjot et envoya douze livres pour le copiste.
Un incendie considérable éclata, le 15 avril 1773, dans le village de Damery et consuma dix-huit maisons aved leurs dépendances ; le château du sieur de Bracquement faillit être brûlé. Au mois d'octobre, cinquante-trois maisons de Guerbigny devinrent aussi la proie des flammes. Le feu trouvait alors un aliment facile dans les couvertures en chaume, et les secours étaient insuffisants.
Le 2 novembre 1773, vers quatre heures du soir, on ressentit dans la ville une violente secousse, on crut que c'était un tremblement de terre. Les habitants apprirent bientôt que cette commotion avait été causée par le magasin à poudre d'Âbbeville qui avait sauté. Quarante-six mille cinq cent soixante-cinq livres de poudre avaient &it explosion. Les dégâts causés dans cette ville
furent énormes, il y eut beaucoup de morts et de blessés, soixante^sept maisons furent entièrement détruites.
Une épidémie de fièvre putride avait fait de nombreuses victimes dans le village de Tilloloy ; vingt-huit personnes étaient mortes de la maladie. Dans la précipitation, on ne donnait pas aux fosses la profondeur réglementaire de six pieds ; il en résulta des émanations cadavériques qui venaient jusques sur la ville et menaçaient la santé publique. Au mois d'août, le médecin Boulanger fut envoyé à Tilloloy pour examiner l'état du cimetière. Le docteur constate, dans son rapport, l'odeur pestilentielle qui se dégage des fosses ; il conseille de ne pas déterrar les morts, mais de mettre sur chaque tombe une voiture d'argile entassée m avec une demoiselle i» et de faire brfiler du genièvre ou du soufre dans le cimetière. Le Bailliage rendit une sentence par laquelle il ordonna l'exécution des mesures de précautions indiquées par le médecin ; il prescrivit, en outre, de jeter sur les fosses des individus morts de l'épidémie, une tonne de chaux vive. Une amende de cinquante livres fut prononcée contre le fossoyeur. La sentence défendit encore d'inhumer les morts et même de les ensevelir avant vingt-quatre heures, sous peine de cent livres d'amende.
Une triste nouvelle vint affliger les habitants ; on apprit dans la ville que le roi était malade de la petite vérole et que ses jours étaient en danger. Aussitôt les officiers municipaux s'assemblèrent et résolurent de faire dire des prières pour la santé du monarque. A cet effet, il fut arrêté que le dimanche 8 mai, il serait célébré dans Téglise de Saint-Pierre, une messe solennelle suivie des vêpres et d'un salut du Saint-Sacrement, pour qu'il plaise à Dieu de conserver les jours de Sa Majesté. Les of&ders municipaux, accompagnés des corps constitués, assistèrent à tous les
<^toe6. Mais le Ciel n'exauça pas les ferventes prières d0s Royens, car deux jours après, Louis XV expirait (1774).
Un service solennel fat dit dans la Collégiale pour le repos de Tâme du feu roi. Tout autour de l'église étaient des tentures noires, aux armes de France ; on avait élevé dans le chœur un catafalque entouré d'un nombreux luminaire, une messe en musique fut exécutée par la maîtrise de la Collégiale : les officiers du Bailliage, du Grenier à sel, le Corpsnie-Ville assistèrent à la cérémonie funèbre. La milice bourgeoise, les chevaliers de l'Arc étaient sous les armes. Le son lugubre des cloches, le bruit sourd des tambours, tout respirait le deuil et la tristesse.
Mais bientôt ces tambours devaient résonner bruyamment dans les rues, pour appeler aux armes les citoyens et les soldats. En effet, en 1775, une émeute populaire causée par la cherté du blé, faillit amener entre les habitants de graves conflits et l'effusion du sang. Voici dans quelle circonstance : le 8 mai, on apprend à Roye, par un envoyé du maire de Montdidier, que les grains mis en vente sur le marché de cette ville avaient été pillés par une multitude révoltée. On est prévenu, en même temps, que des individus mal intentionnés se promettent d'exercer le même pillage sur le marché de Roye. A cette nouvelle, le maire Cathoire convoque chez lui les Echevins, les officiers du Bailliage et leur donne communication de la dépêche reçue. Il fut résolu de faire battre immédiatement le tambour, d'inviter les citoyens à se rendre en armes, le lendemain matin, sur la place du Marché. A cinq heures, les bourgeois armés et la milice étaient au rendezvous ; les chevaliers de l'Arc, en uniforme rouge, l'épée au côté et le fusil sur l'épai^le, présentaient une ifoup^ imposante. C'était le lundi jour de iparché. Un détitcbe-
ment, sous la conduite d'un officier, est placé à chaque porte de la ville, avec ordre de ne laisser pénétrer personne. La maréchaussée et le reste de la troupe se tiennent prêts à se porter où besoin serait. Bientôt les faubourgs sont remplis de campagnards qui veulent forcer les portes, mais la bonne contenance des citoyens impose aux plus hardis. Plus tard, on laissa entrer ceux qui apportaient des vivres ou du blé, ou ceux qui venaient chercher du sel ; on faisait entrer ces derniers par dix à la fois, ils étaient conduits sous escorte au Grenier à sel pour prendre leurs billets et ramenés aux portes, en attendant la distribution. Enfin, le marché commença avec le peu de blé qu'il y avait en ville ; le maire prévint les habitants que les pauvres seraient fournis les premiers, puis les bourgeois et ensuite les gens de la campagne. Mais malgré la surveillance des officiers municipaux, il arriva que le blé fut enlevé avant que les pauvres et les étrangers aient pu en avoir ; alors fut grande la rumeur : la multitude furieuse menaçait de forcer les magasins, ceux du dehors voulaient entrer de vive force.
Le maire Gathoire, à la tète d'un détachement des archers, se présente aux portes, harangue la multitude et autorise à entrer, dix par dix, ceux qui ont besoin chez les boulangers. Enfin le soir vint, on doubla les postes et on fit des rondes toute la nuit. Le mardi, arriva un bataillon du régiment de Navarre, en destination pour Gonesse ; on retint un détachement de cinquante hommes pour le marché du mercredi. Mais on sut bientôt dans les villages les mesures prises par l'autorité locale, et il vint peu de monde du dehors. Cinquante gardes-du-corps furent envoyés à Roye par l'ititendant d'Amiens et remplacés ensuite par une compagnie de la légion de Soubise qUi resta jusqu'à l'apaisement des esprits. La fermeté et
le dévoùment qu'avait déployés le maire Gathoire, dans ces circonstances difficiles, lui valurent une pension de six cents livres accordée par le roi.
A cette époque, diverses propositions furent faites à TEchevinage pour préserver les habitants contre le manque de blé, dont la ville était menacée; les cultivateurs n'ame* nant plus leurs grains à Roye, les marchands étaient obligés d'aller en chercher chez eux. Alors que les communes du Bailliage fournissaient sur le marché environ douze cents sacs de blé par semaine, il s'en vendait par ce moyen quatre mille sacs^ au préjudice de la ville et de la perception des droits sur les grains.
C'est alors que des citoyens proposèrent à la municipalité d'établir à Roye un magasin à blé, de manière à pouvoir vendre le méteil vingt-cinq livres le sac et à éviter la famine. Les pétitionnaires ajoutent : c Vous le savez, € Messieurs, lorsque le peuple a faim, il est sans frein ; ( tandis que si vous faites ce que nous vous proposons, « comme cela se pratique à Noyon, vous voyeriez le peuple <i malheureux de Roye chanter les louanges des officiers « du Corps-de-Ville. »
De nos jours, un économiste de Roye, M. P. Veret, a indiqué dans de nombreux écrits, le moyen de conserver les blés des années abondantes.
Pour protéger leurs récoltes contre les dévastations, les cultivateurs alarmés s'engagent à payer trois cents livres par an, à la brigade de la maréchaussée pour garder les blés et les verdures, dans l'étendue de la banlieue.
L'avènement de Louis XVI donna lien à des réjouissances, qui témoignaient de la part des habitants, leur attachement au nouveau roi ; son sacre fut célébré par des manifestations publiques.
Monseigneur de Machault, qui avait succédé à Ifgr de la Mothe au siège de l'érèché d'Amiens, fit, l'amiée suivante, sa tournée pastorale. Le 14 avril 4777, Tévêque vint à Roye ; le clergé précédé par la croix et les bannières des confréries, alla le recevoir aux portes de la ville. Le prélat était accompagné par la brigade de la maréchaussée de Roye, qui de son propre mouvement, lui avait formé cortège ; il descendit chez le doyen de la Collégiale. Le même soir, il reçut les députations du Chapitre, du Bailliage et des corporations religieuses de la ville, qui venaient lui présenter leurs hommages. Le lendemain, le Corps-de- Ville composé de Messieurs Cathoire, de Bonnaire, lieutenant du maire, de Leroux et de Goret, échevins, se présentèrent chez Tévêque et lui offrirent douze bouteilles de vin de présent.
^ Le prélat se rendit à l'église Saint-^Pierre, dans laquelle
il fut reçu avec le cérémonial ordinaire ; il donna la communion à quatre cents personnes de la ville et à deux cents des faubourgs.
Le 16, Monseigneur de Machault fit sa visite à la CoUégiale ; le doyen Pépin en étole, et le Chapitre le reçurent au grand portail. Après avoir entendu la messe, l'évêque alla donner la confirmation aux enfknts du couvent des Sœurs de la Croix, puis partit pour la campagne et revint le soir dîner chez le comte de Villers. Il fit ensuite quelques visites en ville. Le lendemain, à son retour de la campagne, le prélat se rendit dans les églises de Saint- Gilles et de Saint*G«orges, puis de là chez les Dames Ânnonciades pour donner la confirmation aux pensionnaires de ce couvent.
Dans toutes ses visites, le prélat était accompagné par le doyen du Chapitre et par plusieurs chanoines. Messieurs d'Orillac, de Villers, de Rhune, et Messieurs
Gathoire, Prévost, de Corselles, Billecocq-Dumirail le suivaient aussi. L'évèque fut excessivement touché de cette attention et témoigna plusieurs ibis sa satisfhction de l'accueil empressé qu'il avait reçu. Le 18, à neuf heures du matin, Mgr de Machault quitta la ville, au son de toutes les cloches ; sur son passage se pressait une foule d'habitants avides de recevoir sa bénédiction.
C'est cette même année qu'une sentence du Bailliage du 21 avril défendit au marquis de Soyecourt de prendre la qualité de seigneur de Roye, en tout ou en partie, mais seulement de se qualifier seigneur d'un fief situé à Roye, dit : le fief de Roye. a Le roi, porte la sentence, est le prin- « dpal seigneur de la ville ; le fief dit : de Roye^ est un « fief particulier qui appartenait à l'ancienne maison de c Roye et qui fut possédé, à titre d'acquisition, par la. « maison de Belleforière dont l'héritière épousa Timoléon « Gilbert de Seiglières, d'où le comte de Soyecourt et le « marquis de Feuquières. »
Le marquis de Soyecourt eut aussi un procès à soutenir contre les religieux de l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne et les chanoines de l'église d'Amiens, à propos de la prébende vicariale des Alliaiuc fondée dans la cathédrale, et supprimée par l'évèque le 9 avril 1777. Une longue procédure s'ensuivit, le Bailliage de Roye rendit sur ce sujet plusieurs sentences et le procès ne se termina que par un arrêt de la Cour du Parlement intervenu en 1786.
La construction de l'Hôtel-de-Ville fut terminée à cette époque, et les officiers municipaux purent y tenir leurs séances. Le Corps*de- Ville inaugura le nouvel hôtel, par des améliorations importantes. On répara le pavage, on fit des travaux aux murailles, aux corps-de-garde des portes, aux prisons, aux bâtiments du collège, on^ aplanit les. remporte ^J'on fit des plantations. En&i, en 1778, les c^Bloîe»
municipaux achetèrent des lanternes et vingt-cinq réverbères pour éclairer les rues et les carrefours. Cette mesure constitue un véritable progrès. Ce système d'éclairage fut seulement remplacé en ISOS, par des lampes à pétrole, et en 1874, par le gaz.
 Toccasion de la naissance d'une princesse, un Te Deum fut chanté à la Collégiale pour l'heureuse délivrance de la reine ; le soir il y eut décharges de boites et illuminations. Les pauvres ne furent pas oubliés, on fit aux plus nécessiteux une distribution de deux cents livres de pain.
Pour décorer la salle principale de l'Hôtel-de-Ville, on acheta des tapisseries d'Âbbeville ; puis les officiers municipaux firent l'acquisition d'un portrait en pied du roi Louis XVI qui fut placé au-dessus de la cheminée ; cette peinture exécutée par Gaultier, coûta deux cent cinquante livres.
En 1779, il y eut baptême de cloches à l'église de Saintr Pierre ; le corps municipal fut invité à être parrùn, Madame Billecocq fut marraine. Quatre cents livres furent allouées pour cette cérémonie ; la moitié fut affectée aux frais de gants, de dragées et aux gratifications, le reste fut donné à la fabrique.
Le 31 octobre, l'intendant de Picardie d'Âgay, seigneur de Bacquencourt, adresse aux officiers municipaux de Roye un exemplaire du prospectus d'Armement de l'escadre de$ Citoyennes^ en les invitant à favoriser ce projet dans la ville. Il s'agissait d'offrir à la nation, par les citoyennes françaises, une escadre de quatre navires composée d'un vaisseau : le Vœu de la France de cinquante canons, portant quatre cent cinquante hommes, de deux frégates et d'une corvette. Cette flotte était spécialement destinée à protéger le commerce et à faire respecter le paviUon français. La dépense était évaluée i quatorze cent quarante
mille livres divisées en six mille actions de dix louis ; sur cette somme devait être d'abord prélevé le prix de la délivrance de cinquante prisonniers « détenus pour mois de nourrice ]&, afin d'attirer par cette bonne action la bénédiction du ciel sur l'entreprise.
Nous ne savons si les citoyennes de Roye ont souscrit en grand nombre, mais leur civisme n'a pas dû faire défaut à cette œuvre patriotique.
La ville voulant manifester sa joie à l'occasion de la naissance du Dauphin, donna des fêtes magnifiques. Les réjouissances furent annoncées le 12 novembre 1781, par le son des cloches de toutes les paroisses, et le soir par une salve de vingt-etrun coups de canon. Le 13, à dix heures du matin, la garde bourgeoise se rendit en armes sur la place du Marché. Une compagnie de grenadiers forte de quarante hommes, vint se ranger au pied du grand escalier de l'Hôtel-de- Ville. Les officiers municipaux et ceux du Bailliage, escortés des grenadiers et suivis de la milice, se dirigèrent vers la collégiale, où le doyen Pépin devait célébrer une messe basse suivie d'un Te Deum. Les chevaliers du noble Jeu de l'Arc, commandés par leur colonel, le marquis de Soyecourt, vinrent occuper la droite du chœur. Pendant l'office divin, la musique exécuta divers morceaux religieux « avec beaucoup d'ensemble. » Lorsqu'on entonna le Te Deum^ des détonations de boites et de mousqueterie se firent entendre.
Dès le matin, la municipalité avait fait distribuer aux
pauvres quatre mille livres de pain et deux muids de vin.
Après la messe, il y eut banquet à la mairie, une table de
quatre-vingts couverts attendait les invités. C'était d'abord
le Corps- de- Ville, les officiers du Bailliage : de Corselles,
lieutenant^particulier, de Feuquières, grand-bailli d'épée,
Billecocq, lieutenant-général, Prévost, avocat du roi ; puis
des députés du Grenier à sel : Goret, receveur, et Bellot de Rougeville ; ceux du Chapitre : le doyen Pépin et le chanoine de la Merrye ; de Boutteville, curé de Saint- Pierre, représentait le clergé. Tous ces personnages avaient été invités par lettres spéciales du Corps-de-Ville. Au dessert, on porta un toast à la santé du roi, de la reine et du dauphin ; des décharges de canon et de mousqueterie saluaient au dehors ces acclamations. Vers cinq heures du soir, un bal paré s'ouvrit ; toute la noblesse y assistait, elle avait été invitée par Messieurs Cathoire et fiertin qui s'étaient transportés dans les châteaux des environs,
A la même heure commencèrent les illuminations dans la ville et dans les faubourgs. Les deux façades de la mairie et le beffroi étaient illuminés. Au milieu de la façade, du côté de la Place, était un grand tableau représentant le dauphin et une renommée annonçant sa naissance. Ce transparent était illuminé, ainsi que la couronne royale dont il était surmonté. Pour éclairer la Place, on avait élevé, à chaque extrémité, cinq grandes pyramides couvertes de lampions et portant au sommet des flammes de bengale.
A huit heures, les officiers de la ville invitèrent quelques dnmes à mettre le feu à l'immense bûcher, qui avait été préparé sur la Place et qui renfermait des pièces d'artifice. Ces dames, conduites par le Maire et parles Echevins, étaient : Mesdames de Rouillé, de Riencourt, de Bracquemont, d*Herlye et de Chuynes, tenant chacune une torche à la main, elles mirent le feu, au bruit du canon, des boîtes et de la mousqueterie.
Puis le bal reprit et continua jusqu'à dix heures. A ce moment, les officiers municipaux prièrent toute la compagnie de passer dans les salles de l'auditoire, où se troa-
vaieat dressées des tables chargées d'un ample ambigu. Ces tables ne suffirent que pour les dames, les messieurs se tenaient debout, derrière. On porta la çanté du roi, de la reine et du dauphin ; puis mademoiselle Bertin se leva pour chanter un couplet dû à M. Billecocq ; madame Rouillé chanta une autre romance composée par M. Salle. De chaleureux applaudissements couvrirent la voix des gracieuses chanteuses, puis chacun se retira emportant un agréable souvenir de cette charmante soirée.
Le lendemain, à l'église de Saint-Pierre, il y eut un Te Deum auquel assistèrent les officiers municipaux. Puis un banquet fut offert par le Corps-de-Ville à la compagnie des grenadiers de la garde urbaine.
Dans l'assemblée du corps municipal du 16 octobre 1782, le maire fit part d'une lettre du secrétaire perpétuel de l'Académie d'Amiens (Baron), par laquelle cette société pénétrée de reconnaissance pour la construction du canal qui devait joindre la Somme à l'Escaut, et désirant vivement transmettre à la postérité la plus reculée, l'amour de la province de Picardie pour le prince le plus chéri, avait décidé que l'intendant Dagay porterait au pied du trône le vœu unanime de consacrer à Sa Majesté le canal de jonction sous le nom de : Ca7ial royal de Louis XVL La compagnie émet le vœu qu'il soit érigé un monument à l'entrée du canal souterrain pour perpétuer la gloire et la bienfaisance de Louis XVI, « protecteur de l'indépendance de l'Amérique, restaurateur des mers, bienfaiteur temporel des peuples de la France, et de la Picardie en particulier. »
Le Corps municipal s'associa au désir exprimé par l'Académie d'Amiens et lui donna sa plus complète adhésion. Ce ne fut pas à Louis XVI que revint l'honneur de l'achèvement du canal de jonction, mais à Napoléon P^ qui
inaugura le canal souterrain de Saint - Quentin, le 27 avril 1810.
Un soir, on aperçut un incendie dans la direction de Roiglise; en effet, la ferme d'un nommé Hangeois, receveur royal, brûlait. Malgré les secours, tout fiit la proie des flammes ; Hangeois voulut sauver deux mille livres qui provenaient des deniers royaux, il s'élança au milieu du feu et après bien des tentatives parvint à les saisir. Le lendemain, il alla les porter à Amiens au receveur des aides. Ce dernier frappé de cette action, en informa M. de Necker qui en rendit compte au roi. Quelques jours après, Hangeois recevait du ministre la lettre suivante : « Sa a Majesté ayant été instruite des détails de votre malheur, « et touchée de votre probité, vous fait remise des deux (( mille livres que vous avez versées dans la caisse des « aides. » (1782).
La publication du traité de Versailles (1783) donna lieu à de nouvelles manifestations joyeuses; on chanta Thyrame officiel à la Collégiale, mais au lieu de dépenser l'argent en réjouissances, les officiers municipaux jugèrent plus sage, de faire distribuer, pendant les fêtes de Noël, du pain aux pauvres et aux ouvriers sans travail; dans ce but, ils envoyèrent cent livres au bureau de charité.
Toujours préoccupée du bien-être des habitants, la municipalité fit le -23 juin 1783, l'acquisition d'une boîte fumigatoire qui renfermait les moyens propres à rappeler à la vie les individus asphyxiés, soit par la vapeur du charbon, soit par les gaz méphy tiques qui se dégagent lors du curage des puits ou des fosses d'aisance. Il parait que quelques jours auparavant, une jeune fille du faubourg de Saint-Gilles avait péri victime d'une asphyxie par le charbon, faute de secours entendus pour la rappeler à la vie.