VICTOIRES. — DÉSASTRES. — LOUIS XVHI A ROYE
RÉVOLUTION. — PASSAGE DE LA FAMILLE ROYALE. — l'empire. — LES PRUSSIENS A ROYE.
C'est le 10 thermidor, an VIII, que le maire Du Mesnil prêta serment entre les mains du citoyen Lequeux, agent municipal, en conformité d'un arrêté des Consuls du 19 floréal. L'administration du nouveau maure fut paternelle et n'a été signalée par aucun événement important ; Teffervescence des esprits se calmait et tout rentrait dans l'ordre. Bientôt, la sagesse des Consuls mit le comble au bonheur des citoyens paisibles, par la proclamation de la loi du 10 germinal an X, qui ouvrait les églises au culte. Le maire, accompagné des autorités civiles et militaires , se rendit à l'église de Saint-Pierre, pour assister à une messe da Saint-Esprit suivie d'un Te Deum en actions de grâces.
Le 46 brumaire de Van XII, eut lieu la levée de la conscription ; il s'agissait de choisir quatre jeunes gens, dont deux devaient faire partie de Farmée active et les autres de la réserve, le sort désigna les conscrits.
La misère était toujours grande dans la ville, par suite de la cessation de tout commerce et de tout travail. On créa des ateliers pour occuper les ouvriers, on applanit les remparts et l'on fit des plantations.
On songeait aussi aux jeunes filles que la fermeture du couvent des sœurs de la Croix, laissait sans instruction ; on les confia à de pieuses femmes qui se chargèrent de leur éducation.
Un nouveau principal fut nommé au collège : en même temps le maître d'école de la ville quittait le presbytère qu'il occupait depuis dix ans, pour le rendre à sa destination première, au logement du curé de la paroisse de Saint- Pierre.
La municipalité envoie au premier Consul une adresse de félicitations, bientôt suivie d'une seconde à l'occasion de son titre d'Empereur. Cette dernière était ainsi conçue : « Sire, « Ils sont enfin arrivés les jours de gloire et de prospérité, a après lesquels la France a soupires ! Votre front a été « ceint du diadème des Rois et en montant sur le premier « trône de l'univers, vous y avez fait asseoir toutes les « vertus. Les Français vont donc jouir de la félicité que votre (( règne leur prépare , et si désormais leurs souvenirs <( rétrogradent sur le passé, ce ne sera pour eux qu'une « occasion de plus de se féliciter des sacrifices immenses « dont ils auront payé le bonheur de vivre sous le règne <i bienfaisant d'un héros et d'un sage. »
Ce fut le dernier acte de l'administration de M. Du Mesnil, il fut remplacé dans ses fonctions, le 3 ventôse,
an XII, par Nicolas Larabit, propriétaire à Roye, père du sénateur du second empire.
Chaque année on fêtait à Roye l'anniversaire de Tavènement à TEmpire, par un Te Deum et par des divertissements.
Le Bulletin des armées était lu à l'Hôtel-de- Ville devant les habitants convoqués, toutes les fois qu'une nouvelle victoire avait été remportée par nos soldats. La paix de Presbourg (27 décembre 1805) fut accueillie avec les marques de la plus vive allégresse et saluée des cris de : vive l'Empereur ! comme Tavait été en 1802, le traité d'Amiens qui promettait une ère de paix.
Le 24 février 1806, le calendrier républicain ayant été supprimé, les marchés-francs de la ville qui avaient lieu les seconds mercredis du mois républicain furent rétablis comme autrefois, le dernier mercredi de chaque mois. Il en fut de même pour la foire de la Quasimodo, qui se tenait le 25 germinal et qui fut fixée au lundi suivant le dhnanche de Quasimodo.
Le nouvel évêque d'Amiens, Jean-François Demandol, vint le 12 mai, donner à Roye la confirmation. Vingtrdeux paroisses du canton assistaient à la cérémonie ; l'église Saint-Pierre était trop petite pour contenir le nombre des confirmants. Monseigneur fut reçu par la municipalité et par le clergé avec tous les honneurs dûs à son rang. Après avoir donné la confirmation à plus de trois mille personnes, le prélat remit la cérémonie au lendemain et confirma encore sept cents personnes. Ce chiflre se comprend, quand on songe que depuis longtemps les sacrements n'étaient plus administrés.
Le roi de Hollande, retournant dans ses états, passa par la ville, le 24 juin 1806. Le maire et les autorités se portèrent à sa rencontre ; mais le roi ne fit de halte qu'à
la poste aux chevaux. Il fit alors approcher de sa voiture le maire Larabit et s'entretint avec lui de la population de
la ville, de son commerce puis les chevaux étant
relayés, le roi partit. Une salve de trois coups de canon salua son départ.
Après la brillante campagne de 1807, le retour de Napoléon en France fut accueilli par le plus grand enthousiasme. Des témoignages d'admiration éclatèrent dans la ville, Grégoire d'Essigny composa une pièce de vers ayant pour titre : YAi'jle cherchant Jupiter ^ et qu'il adressa à l'Empereur.
Le blocus continental empêchait le sucre exotique d'arriver en France, le gouvernement songea alors à remplacer le sucre de canne par celui de la betterave ; les cultivateurs de la localité furent convoqués et engagés par le maire, suivant les instructions ministérielles, à cultiver cette racine. Des essais furent tentés, notamment par M. Ed. Bertin, mais sur une petite échelle. Ce fut plus tard, en 1828, que s'établit dans la ville la première fabrique de sucre indigène. Aujourd'hui, la betterave est cultivée en grand; la quantité produite s'élève, année moyenne, à vingt-huit millions de kilogrammes, représentant environ mille hectares de terres en culture.
En 1811, la nouvelle de la naissance du roi de Rome lut accueillie par les habitants de la ville avec les marques de la plus vive allégresse ; ils voyaient avec bonheur, la dynastie impériale se perpétuer sur le trône de France. La municipalité voulut célébrer cet événement par une fête magnifique, digne de la circonstance et en rapport avec le patriotisme des habitants. Le 1«^ juin, au soir, le carillon des cloches de toutes les paroisses et du beffroi annonça la fête. Le lendemain, au matin, des boites tirées sur le rempart donnèrent le signal des réjouissances.
A trois heures, les autorités civiles, judiciaires et militaires se rendent en cérémonie, précédées d'un détachement de la garde nationale, des appariteurs de la ville et escortées de la gendarmerie impériale en grande tenue, à l'église paroissiale de Saint-Pierre, où fut solennellement chanté un Te Dpum. A cinq heures, commencèrent les danses publiques dans le Jeu-de-Paume, une estrade avait été élevée pour les musiciens : quatre cents lampions jetaient à profusion Téclat de leurs lumières. L'H6tel-de- Vilie était aussi illuminé, la façade principale était décorée d'un transparent représentant une Renommée aux ailes d'or déployées. Dans la journée, deux cent soixante-quatorze kilogrammes de pain (25 centimes le kilo) furent distribués aux indigents. Les ressources du budget municipal ne permirent pas de marier une fille pauvre et orpheline avec un ancien militaire, ainsi que le prescrivaient les instructions du ministre.
L'historien Grégoire d'Essigny composa, à l'occasion de ce grand événement, une ode patriotique qui a concouru pour le prix proposé alors ; elle avait une douzaine de strophes qui se terminaient ainsi :
France ! réjouis-loi, celte heureuse naissance T'annonce deui bienfaits : la paix el Fabondance. (?)
Les victoires se succédaient ; les demandes d'hommes et de chevaux étaient continuelles. Enfin, on fit un nouvel appel au patriotisme des citoyens.
Après la catastrophe de Moscou, il fallait remonter la cavalerie détruite dans cette campagne de Russie ; le gouvernement fait une demande d'hommes et de chevaux. Les maires du canton de Roye réunis à la mairie, offrirent à l'Etat cinq cavaliers armés et équipés, en outre de la
participation des communes dans une contribution volontaire de quarante mille francs, pour Tarrondissement de Montdidier.
Us envoyèrent à l'Empereur l'adresse suivante : « Jaloux « d'imiter l'exemple mémorable que vient de donner la « capitale de votre Empire, autant que pénétrés de leurs « devoirs envers la Patrie et votre Personne sacrée , dési- « reux de vous donner un gage de leur amour, les Maires « du canton de Roye ont l'honneur de supplier Votre « Majesté d'accepter l'offre de cinq cavaliers montés et « équipés. » (22 janvier.)
Dans cette fatale campagne de Russie, au combat de Polotsk, mourut d'un coup de feu, le 23 août 1812, Bernard Erasme de Roye, général d'infanterie de Bavière. De Roye commandait une division bavaroise, faisant partie du deuxième corps d'armée française, sous les ordres du comte Gouvion-Saint-Cyr. Le général combattit vaillamment et tomba, sur le champ de bataille, mortellement blessé. L'Empereur le créa comte de l'Empire français peu de joiu's après sa mort, qui était encore ignorée.
Un autre membre de la famille de Roye, Bernard de Roye de Wichen, faisait aussi pai'tie du même corps d'armée, avec le titre de commandant d'une compagnie d'artillerie régimentaire. A la Bérézina, il se trouva avec sa batterie dans la division d'artillerie qui défendit le passage du pont établi sur ce fleuve. En 1815, il fit comme capitaine les campagnes de France, sous les ordres du prince Frédéric des Pays-Bas; il était chevalier de la Légion d'honneur.
Les saciifices énormes que les habitants s'imposèrent pour répondre, autant qu'il était en leur pouvoir, aux appels du gouvernement, n'arrêtèrent pas la marche funeste des événements.
Bientôt survinrent les revers, l'étoile de Napoléon pâlit ; l'Empereur qui avait tout demandé au peuple, son sang et sa liberté, tomba victime d'une ambition sans borne.
Le territoire français fut envahi par les ennemis, et malgré la victoire de Montereau, les combats de Craonne, de Laon, dont le canon s'entendait jusqu'à Roye, les allits poursuivaient leur marche sur Paris.
Le 25 février 1814, un coumer envoyé de Chaulnes annonce qu'une forte colonne d'ennemis a passé la Somme à Bray, et se dirige sur Roye. En effet, à une heure, l'avant-garde paraît, se range sur la Place d'armes et s'empare des trois portes de la ville : peu de temps après, arrivent douze cents hommes de cavalerie. Le baron Geismar, colonel des gardes russes, commandait cette troupe; il demanda douze cents rations de chevaux, du pain, de la viande, de l'eau-de-vie et du vin. Toutes ces denrées sont promises par la municipalité. La troupe sort par la Porte-Paris et va camper hors de la ville ; le commandant loge au moulin Boitel, situé au haut du faubourg Saint-Gilles : on porte au camp les rations et les vivres demandés.
Vers quatre heures, un autre officier se présente à la mairie et demande, sous peine d'incendie, deux cents fiisils, cinq mille cartouches, toute la poudre qui peut se trouver en ville, des balles, du drap et des chevaux : le drap seul est fourni, on donne du bois pour le bivouac et des guides. A dix heures du soir, la troupe décampe et prend la route de Noyon.
On n'opposa aucune résistance aux alliés, les habitants étaient dans la consteriration et dans l'abattement ; "il ne fut commis aucun désordre, les personnes et les propriétés furent respectées.
Le 18 mars, une colonne d'environ huit cents hommes de cavalerie légère, venant de Ham, arrive à Roye, avec un canon et deux caissons ; elle est encore commandée par le baron Geismar. Le colonel russe détache douze hommes qui vont à Parvillers détruire le télégraphe établi sur régUse ; ils rapportent à Roye les papiers et les registres qui sont brûlés. Tous ces Cosaques bivouaquèrent dans les rues, pendant la nuit, à côté de leurs chevaux toujours sellés et bridés.
La ville M frappée d'une réquisition énorme de denrées de toutes sortes : deux cent Baille livres de farine, cent cinquante mille livres de pain, cent bêtes à corne, du foin, de l'avoine, cinq mille bouteilles d'eau-de-vie, douze cents bouteilles de vin et du sel. La réquisition portait que tous les objets demandés devaient être livrés dans les quarante-huit heures, sous peine d'exécution militaire. La nécesssité d'obéir promptement à cette demande et de la manière la moins onéreuse pour les habitants, engagea la municipalité à taxer chaque citoyen aisé à une somme déterminée par forme d'emprunt, avec la faculté de se libérer en nature. On avait trouvé dans l'adoption de ce mode de répartition, l'avantage d'atteindre un plus grand nombre de personnes ; autrement ces réquisitions n'auraient frappé que les possesseurs de denrées. M. Fouquier fut nommé receveur de ces taxes, dont le recouvrement s'opéra presque sans difficulté ; les sommes en provenant montèrent à neuf mille quatre cent trente-sept francs qui furent employées à acquitter la majeure partie des objets requis.
Le baron avait demandé de la farine et surtout du pain ; des tentatives furent faites pour obtenir de remplacer ces denrées par du froment, mais en vain. On fit alors moudre le blé et les farines furent converties en pain. Le lende*»
main, les Cosaques décampèrent et se dirigèrent vers Montdidier.
Le dimanche 20 mars, douze Prussiens commandés par un maréchal-des-logis, arrivent de Nesle, accompagnés du maire de cette ville ; ils demandent que celui de Roye aille avec eux à Noyon. M. Gravai étant malade, son premier adjoint, Masson Ëloi, avocat, se dévoue et part comme otage.
Le jeudi, on entend le canon dans la direction de Montr didier ; vers minuit, la troupe du baron Geismar arrive à Roye en toute hâte. Les Cosaques avaient été poursuivis par un détiieliement de cuirassiers venant de Beauvais, sous les ordres du général Avisse ; ils emmenaient avec eux quelques blessés.
Un détachement d'ennemis part le lendemain pour le village de Bouchoir, dont les habitants avaient voulu opposer quelque résistance. Les Cosaques, après avoir massacré plusieurs villageois, donné la schlague à beaucoup d'autres, mirent le feu au village. Cinquante-sept maisons devinrent la proie des flammes ; la perte fut évaluée à deux cent treize mille francs.
Le baron Geismar fait publier à Roye un ordre du jour par lequel il prévient, que si la moindre violence était exercée contre ses soldats, il ferait mettre le feu aux quatre coins de la ville. Les Royens étaient dans la consternation.
Les habitants de Montdidier qui avaient vu Tincendie de Bouchoir, craignant pour leur ville on traitement pareil, prennent le parti d'envoyer à Roye une députation vei*s le chef russe. Le baron était logé chez M. Bertin, rue du Beffroi, avec une paii;ie de son état-major. Le colonel était un homme de haute stature aux cheveux roux ; il avait, du reste, des manières assez distinguées et s'exprimait
iacilement en français. Il était dans le salon de M. Bertin, loi-squ'x)n lui annonça rarrivée d'une députation de Montdidier qui venait implorer sa clémence. Le baron refuse de recevoir les députés. M. Bertin insiste auprès de lui, pour qu'il veuille bien au moins les entendre. « Je ne veux rien entendre, s'écria le colonel, Montdidier a sonné le tocsin, on m'a tué des cavaliers, je veux les venger ! Montdidier sera brûlé. » Trois fois, sur les instances de Jean Dupuy, un des envoyés, M. Bertin revint près du baron Gesmar pour tâcher d'obtenir de lui quelques paroles de clémence . Pour toute réponse , le baron ordonna de fusiller l'ambassadeur opiniâtre, s'il ne se retirait immédiatement.
[jB lendemain, 27 mars, le colonel donne à ses troupes l'prdre du départ pour Montdidier ; les Cosaques étaient chargés de torches de résine et d'autres matières inflammables, mais grâce au courageux dévouement de quelques citoyens, la ville fut épargnée. Le 16 juin, Louis XVIII accorda des lettres de noblesse à Jean Dupuy « en récompense de ses bons et loyaux services. »
Le 1®^ avril, Paris ayant ouvert ses portes aux alliés, on vit entrer dans la capitale les empereurs d'Autriche, de Russie et le roi de Prusse.
Cette nouvelle fut annoncée dans la ville et confirmée par M. Masson, qui avait été envoyé de Noyon pour faire chanter un Te Deum en actions de grâces. Le 5, les autorités se rendirent à l'église de Saint-Pierre pour assister à la messe suivie du Te Deum ; un grand enthousiasme régnait parmi la population.
Le maire Gravai alla à Amiens faire part au préfet des
bonnes dispositions des Royens en faveur du nouveau roi ;
ces témoignages d'attachement furent d'autant mieux
accueillis, que jusqu'alors il n'y avait eu aucune marque
publique d'adhésion, aussi le magistrat voulut-il bien qualifier les Royens de : « Fils aines du département. »
A son retour à Roye, le maire proposa au Conseil municipal le vote d'une adresse, ce qui fut accepté ; messieurs Gravai et Brument, commandant la garde nationale, forent désignés pour remettre ce document aux membres du gouvernement provisoire ; ils s'exprimèrent en ces termes :
« Nos seigneurs,
;( Les habitants de la ville de Roye étaient à peine « instruits du décret à jamais mémorable qui, en les délice vrant du joug odieux de la tyrannie, leur rendait le goûte vernement tutélaire des Bourbons, qu'ils ont les <( premiers du département arboré la couleur du lys et que, « d'un mouvement spontané, leur municipalité à leur tête, « ils ont fait retentir leur temple des actions de grâces c( qu'ils doivent à l'Eternel pour cet heureux événement. « Puissiez-vous accueillir avec bonté cet élan de patriote tisme le plus pur, et y trouver le gage de notre empres- <f sèment à justifier dans tous les temps, cette devise de (c nos ancêtres si connus par leur attachement à leur roi : « Gens picardorum fidelissima. »
Une garnison prussienne occupa Roye jusqu'au 18 mai ; la présence des troupes et les réquisitions avaient grevé les finances de la ville et avaient nécessité de grands sacrifices de la part des habitants. Quelques-uns n^avaient pas encore acquitté les sommes auxquelles ils avaient été taxés. Du reste, toutes les dépenses devaient être remboursées aux particuUers, qui ne les avançaient qu'à titre de prêt ; mais, dans une séance du 40 novembre, le Conseil municipal fit l'abandon au roi, au nom des habitants, de toutes les sommes dues pour les fournitures faites aux troupes. Cette décision fut accueillie par les cris répétés de : Vive le roi !
Là ne devaient pas s'arrêter les sacrifices imposés aux Royens ; leur bonheur fut de courte durée : le 25 février 1815, Napoléon, de retour de l'île d'Elbe, débarque en France. L'Empereur marche sur Paris porté sur les bras de ses soldats en délire ; le jour où il entre dans Lyon mettant en fiiite devant lui le comte d'Artois et le duc d'Orléans, le Conseil municipal de Roye envoie une nouvelle adresse au roi, dans laquelle il proteste de son dévouement à sa personne.
Le 20 mars, Louis XVIII quitte la France, et l'Empereur arrive aux Tuileries.
Bientôt le gouvernement impérial demande aux Royens de nouveaux efforts; les hommes valides sont enrôlés comme gardes nationaux ou comme gardes d'honneur , les anciens soldats rentrés dans leurs foyers regagnent les corps d'armées. Le baron Bauduin de Liancourt-Fosse est appelé par l'Empereur au commandement d'une brigade de l'armée du Nord. Il trouva la mort sur le champ de bataille du Mont-Saint-Jean.
Le 18 juin 1815, retentit le canon de Waterloo et la nouvelle du désastre ne tarda pas à se répandre dans la ville ; des chariots chargés de blessés, des soldats sans armes, arrivent successivement et sont accueillis avec les marques de la plus douloureuse sympathie.
Les alliés pénètrent de nouveau en France à la suite des débris de l'armée française. Les premiers ennemis qui parurent à Roye furent les Prussiens ; ils appartenaient au quatrième corps d'armée du maréchal Blucher, commandés par le général Bulow et se dirigeaient sur Paris. Le maréchal avait un corps de troupes à Crespy, avec des détachements à Villers-Cotterêts, un autre à Senlis. Le lendemain, 29 juin, l'avant-garde du général était à Gonesse.
Les Prussiens furent suivis par les Anglais aux ordres du duc de Wellington. Après la prise de Péronne par la première brigade de la garde anglaise, sous les ordres du général Maillaud, l'armée se dirigea vers Roye, où se trouvait déjà la réserve. Le lendemain, le duc de Wellington datait de Nesle Tordre du jour suivant : « Les comman- « dants des compagnies seront responsables de la marche « des soldats. Il est scandaleux de voir le grand nombre <c de ceux qui quittent la plupart des régiments de « l'armée par amour seul du pillage. »
L'armée anglaise avait alors sa droite derrière Saint-Just et sa gauche derrière Lataule, où la grande route de Compiègne coupe celle de Roye à Paris, et marchait sur la capitale. Le duc traversa lui-même la ville le 27, et alla le lendemain établir son quartier-général à Orvillers- Sorel (Oise).
C'était un passage continuel de troupes ; à part quelques vexations particulières, les habitants n'eurent pas à souifrir de la présence des Anglais.
Le 29, une dépêche du duc de Wellington, datée de Gonesse, invitait Louis XVIII, alors à Cambrai, à quitter cette ville et s'avancer jusqu'à Roye.
A cette nouvelle, des membres du Conseil municipal sont députés vers Louis XVIII ; ils devaient aller déposer aux pieds du monarque les témoignages de dévouement des habitants de Roye, lorsque deux fourriers-des-logis de la maison royale, ayant une échdrpe blanche au bras, vinrent annoncer que Sa Majesté, partie de Cambrai à trois heures après-midi, arriverait à Roye vers huit heures du soir, et qu'elle y coucherait.
Cette dépêche fut aussitôt annoncée dans toute la ville, et fut accueillie avec un enthousiasme indescriptible.
Malgré la fatigue causée par le passage continuel des troupes alliées, qui avait lieu depuis trois jours sans aucune interruption, l'autorité municipale n'eut presque rien à ordonner pour la réception du monarque. En un instant, la garde nationale fut sous les armes et des drapeaux blancs fleurdelysés ornèrent toutes les fenêtres. Un arc de triomphe formé de fleurs et de verdure fut élevé, comme par enchantement, à la porte Saint-Pierre, par laquelle le roi devait entrer en ville.
A sept heures, les autorités locales, suivies de vingtquatre dames vêtues en blanc, portant des branches de lys à la main, et escortées par la milice urbaine que précédait une brillante musique, allèrent attendre le roi en avant de Tare de triomphe. Toute la population de la ville et une partie de celle des villages voisins étaient accourues pour voir le roi. c: Cette foule offrait le touchant «. spectacle d'une famille allant au-devant d'un père adoré, « qui revient après une longue et douloureuse absence. ï>
Des courriers et des équipages qui se succédaient à de longs intervalles, annoncèrent l'approche du monarque. Enfin, vers onze heures du soir, une voiture qui se distinguait des autres par des écussons aux armes de France, un superbe attelage de huit chevaux et une nombreuse escorte avertit de la présence du prince. Le carrosse s'étant arrêté, des acclamations de : Vive le Roi ! se firent entendre de toutes parts. Le maire Gravai, à la tète du Conseil municipal, s'étant approché de la portière, lut au roi un discours qui commençait ainsi : « Sire ! Nos pères se félicitaient d'avoir « possédé dans leurs murs votre illustre aïeul Louis-le- « Bien-Aimé, chargé des lauriers qu'il venait de cueillir à ce Fontenoy. Non moins heureux , nous jouissons de l'au- « guste présence d'un monarque aussi cher à nos cœurs, c( plus grand encore dans l'adversité qu'entouré de l'éclat
a du trône et dont nous avons admiré la haute sagesse et a les sublimes vertus. Que d'actions de grâces ne devons- « nous point à la Providence, qui nous le rend pour la <c seconde fois à nos vœux potir mettre un terme aux a dissensions et fixer les destinées de la France. »
Après cette harangue écoutée avec bienveillance, le maire présenta au roi les clefs de la ville sur deux plateaux d'argent et des biscuits de la célèbre fabrique royenne ; Sa Majesté daigna les accepter, elle les partagea avec les premiers gentilshommes de la Chambre et avec les capitaines des gardes qui l'accompagnaient. Cette réception, qui était éclairée par un grand nombre de torches et par les illuminations de l'arc de triomphe, fut suivie d'un compliment que Mademoiselle Léontine d'Herly adressa au roi, en lui présentant un bouquet au nom de toutes les dames de la ville, et particulièrement de celles qui faisaient partie du cortège.
 peine ce compliment, c où régnait la plus douce sensibilité, » était-il terminé, que le peuple, dans l'ivresse de sa joie, détela les chevaux, traîna la voiture dans laquelle était le roi, au bruit des plus vives acclamations et au son de toutes les cloches. Dès ce moment, l'exaltation devînt telle, qu'aucun ordre ne fut plus observé. Toute la population confondue avec les autorités, les dames, la garde nationale entouraient et suivaient la berline, en faisant retentir les airs des cris mUle fois répétés de : Vive le Roi ! Ces acclamations furent interrompues par le discours que le curé de Saint-Pierre, à la tête de son clergé, fit au monarque devant le portail de l'église paroissiale.
C'est au milieu de ces transports d'allégresse publique que Louis XVIII parvint à la maison de M. Leclercq, qui lui avait été préparée. La ville illuminée spontanément resta éclairée toute la nuit ; cette circonstance fut favorable
à Tarrivée des ambassadeurs, des membres du Conseil d'Etat, des généraux et des personnes de la suite du roi.
Le comte d'Artois qui avait précédé Louib XVIII et qui était descendu chez M. de Montovillers, rue des Annonciades, quitta Roye la nuit, pour rejoindre le duc de Wellington. Il fut remplacé dans son logement par son fils, le duc de Berry.
La maison militaire du roi arriva le lendemain, elle bivouaqua dans le jeu de longue-paume et près de la chapelle Notre-Dame-de-Paix.
La garde urbaine qui avait eu l'honneur de veiller seule sur la personne du roi, la première nuit, continua le même service avec les gardes du corps et avec les volontaires royaux, parmi lesquels on comptait beaucoup de personnes de distinction qui avaient suivi Louis XVIII à Gand.
Des réunions fréquentes du Conseil des ministres, auxquelles donnaient heu les dépèches apportées par divers courriers qui se succédaient, furent tenues chez le roi et chez le prince de Talleyrand. C'est dans ces assemblées que se discutaient les affaires de l'Etat et que se faisaient les nominations aux difiérentes fonctions ; M. Beugnot fut nommé directeur général des postes.
Louis XVIII reçut dans la journée une lettre du ministre Fouché, que lui remit un conseiller à la Cour, M. Gaillard.
Une grand'messe solennelle fut célébrée dans l'égUse Saint-Pierre pour remercier Dieu de l'heureux retour du roi ; un grand nombre de dames, « dont l'empressement ne se dément jamais quand il s'agit de manifester des sentiments d'amour pour le meilleur des souverains », embellirent l'intérieur de l'église et se faisaient remarquer par leur profond recueillement. L'abbé Fleuriel, chapelain
ordinaire du roi, officia ; Madame du Mesnil, née de Guillebon, fit la quête.
Louis XVIII entendit la messe dans le salon cle la maison, converti en chapelle.
Le maire, à la tète du conseil municipal et accompagné du premier adjoint Masson, garde-du-corps de la compagnie de Luxembourg, qui avait suivi le roi à Gand, fut présenté à Sa Majesté qui daigaa dire: « qu'EUe était « satisfaite de l'attachement que les habitants de Roye « lui avaient témoigné, ainsi qu'à sa famille. » La municipalité fut ensuite admise à présenter ses hommages au duc de Berry.
Des personnes de la noblesse et beaucoup d'habitants purent voir le monarque pendant ses repas. Après le dîner, le roi parut au balcon et fut salué par de vives acclamations,
La ville présentait une grande animation ; le colonel des Cent-Suisses, Diasbach, vint rejoindre Louis XVIII. Les plus hauts personnages s'étaient donné rendez-vous à Roye : de Sèze, le comte Lally-Tollendal, de Chateaubriant et autres notabilités vinrent visiter le roi.
Le célèbre écrivain raconte dans ses Mémoires d'Outre- Tombe^ qu'étant à Roye, logé dans l'hôtel du Soleil-d'Or, la maîtresse de la maison lui aurait dit : ce quelle ne pouvait se pardonner de ne pas s'être fait guillotiner pour son roi en 93. » La maîtresse de l'hôtel était alors une dame Dobbé ; sa maison était fréquentée par les plus hauts personnages en passage à Roye. C'était dans cet hôtel que se fabriquaient les fameux biscuits de Roye, dont la recette est demeurée le secret de cette dame.
« Il n'a manqué au bonheur des Royens que de jouir de la présence du duc d'Angoulême et de cette vertueuse princesse, l'ange tutélaire de la France, l'auguste Qlle de
rinfortuné Louis XVI ; cette privation a été fortement sentie par les habitants. y> (Registre aux délibérations.)
Les maréchaux Gouvion-Saint-Cyr et Macdonald vinrent à Roye apprendre au monarque le départ de Napoléon pour Rochefort.
Le lundi 3 Juillet, vers cinq heures après-midi, un officier supérieur expédié par Monsieur apporta au roi la nouvelle, qu'en vertu d'une convention signée le même jour, l'armée française allait se retirer au-delà de la Loire et arrêter ainsi l'effusion du sang. En même temps, Louis XVIII reçut une dépêche, datée d'Estrées et adressée par le généralissime anglais, qui l'avait écrite à la suite d'une conférence tenue avec les membres de la commission d'armistice, engageant le roi à marcher sur Paris.
A la nouvelle de la reddition de la capitale, une joie indicible s'empara des habitants. « Chacun s'embrassait dans les rues, des personnes qui se voyaient pour .la première fois se serraient la main en se félicitant de conserver une patrie. »
Toutes les fenêtres étaient restées pavoisées : l'hôtel de ville, le château, la maison habitée par le duc de Berry et toute la ville furent illuminés. La garde nationale, la municipalité et une foule de citoyens reconduisirent le roi jusqu'à la sortie de la ville, en chantant : Vive Henri IV! et en poussant des acclamations.
En quittant la maison de M. Leclercq, le roi remit au propriétaire une montre en or, à titre de bon souvenir ; le 16 février 1826, Leclercq fut nommé chevaUer de la Légion d'honneur par Charles X.
De Roye, Louis XVIII prit la route de Gonesse devenu le quartier général du duc de Wellington ; le général, occupant la principale maison du bourg, le roi alla s'installer au château d'Armonville, où il resta trois jours.
Après rarrivée de Louis XVIII à Paris et rinstallation du gouvernement, les alliés quittèrent la France. Les Anglais traversèrent de nouveau Roye, et les passages de troupes continuèrent jusqu'au mois de janvier 1846.
Beaucoup de soldats étaient atteints de la gale; ils étaient traités dans la maison Gozette (rue des Sœurs de la Croix), qui servait d'hôpital.
L'empereur de Russie Alexandre, retournant dans ses états, traversa la ville de Roye. Arrivé sur la Place, on changea les chevaux de sa voiture, à l'Hôtel des Postes. La foule se pressait pour voir le monarque ; un vieillard fut foulé aux pieds des chevaux, l'empereur s'étant informé de l'accident, fit remettre quelques secours au blessé.
Les habitants de la ville de Roye, heureux d'avoir possédé Louis XVIII dans leurs murs, crurent le moment favorable pour demander le transport à Roye du siège de la sous-préfecture. A cet effet, ils adressèrent une demande au roi, et M. Du Mesnil fut chargé, au nom d'une commission municipale , de faire valoir dans une requête, toutes les raisons qui pouvaient militer en faveur de Roye. Un long mémoire fut rédigé et remis au roi par l'intermédiaire du préfet ; les bâtiments du collège devaient être affectés au service de la sous-préfecture. Mais la pétition resta sans efiTet, une lettre du ministre d'Etat Vaublanc, du 19 février 1816, disait : « Je me vois à regret forcé, (( en ce moment, d'ajourner toute réponse précise sur (( les demandes de cette nature, l'intention du roi étant (( que l'examen en soit suspendu. »
Les Royens ne se rebutèrent point ; en 1818, ayant appris que le sous-préfet de Montdidier était obligé de quitter la maison qu'il habitait, et que n'en trouvant pas d'autre à sa convenance, il était forcé de transférer ailleurs
sa résidence, le conseil municipal profita de cette circonstance pour adresser un nouveau mémoire en faveur de Roye.
Des tentatives dans le même sens furent encore faites en 1848, mais toujours sans succès. Cependant, il est bien certain que la ville de Roye a autant de titres que celle de Montdidier à être sous-préfecture ; elle est un centre de population plus important que ne Test Montdidier, son commerce^ son industrie en font une place qui «l'est pas sans valeur au point de vue des affaires : elle est le cheflieu du canton le plus important du département, puisqu'il se compose de trente-six communes. D'ailleurs, ce n'est pas seulement le déplacement de la sous-préfecture qui serait nécessaire, mais une autre division départementale et territoriale, par le remaniement complet du plan cadastral ; c'est là une difficulté réelle, qui empêchera longtemps encore la ville de Roye d'occuper le rang qui lui est dû dans un département.
Au mois de mai 1816, il fut question de réorganiser la garde nationale de Roye, en exécution d'une circulaire du major-général des gardes nationales du royaume, en date du l®' octobre 1814. Le commandant de Séréville adressa aux citoyens portés sur les contrôles un chaleureux appel qui fîit entendu, et la garde nationale fut réorganisée.
M. Gravai était maire depuis 1808 ; il avait rendu, dans l'exercice de ses fonctions, d'immenses services à la ville, notamment pendant l'occupation étrangère. C'est grâce à son énergie, à son dévouement que les habitants eurent moins à souflrir de la présence des alliés ; aussi la municipalité comprit-elle que la conduite du maire méritait une récompense digne de ses services. Le conseil municipal rédigea une adresse au roi, et bientôt la pétition fut couverte des signatures de tous les habitants. Louis XVIII, qui avait gardé bon souvenir de son séjour à Roye et de
l'accueil empressé qu'il avait reçu de la part des autorités locales, agréa la demande des habitants, et nomma M. Gravai chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur.
Le conseil municipal avait voulu perpétuer le souvenir de la présence de Louis XVIII à Roye, en faisant graver en lettres d'or la date de cet événement, sur un marbre qui devait être déposé dans la salle principale de l'Hôtelde-Ville ; ce projet n'a pas reçu son exécution. La maison que le roi occupa fut décorée d'une inscription qui rappelait le séjour du monarque.
Toutefois, le 30 juin 1816, la municipalité voulut consacrer par une tête, l'anniversaire du séjour de Louis XVIII. Le dimanche, après une distribution de pain aux indigents, les autorités de la ville, auxquelles s'étaient joints les officiers en demi-solde et en retraite, se rendirent au son de toutes les cloches à l'église de Saint-Pierre pour la bénédiction du drapeau de la garde nationale ; à la tête de ce cortège marchaient le sous-préfet de Gomiécourt, le comte de Langres, le lieutenant de gendarmerie, escortés par la garde nationale et la compagnie des sapeurs-pompiers, avec leur musique. La marche était ouverte par la brigade de gendarmerie à cheval. Après un discours analogue à la circonstance, le curé procéda à la bénédiction du drapeau blanc, auquel Madame Gravai, conduite par le Sous-Préfet, attacha la cravate. Cette cérémonie, qui avait attiré un grand concours d'assistants, fut suivie d'une messe basse ; Mesdemoiselles d'Herly et de Marquivillers firent la quête pour les pauvres.
A la sortie de l'église, la garde nationale se rangea en bataille sur la Place d'armes, et le capitaine-commandant de Séréville, en lui remettant son drapeau, adressa une patriotique allocution.
Puis la compagnie des grenadiers alla chercher le buste du roi déposé chez le maire. Le buste, élevé sur un brancard, recouvert de riches draperies parsemées de fleurs de lys, dont quatre conseillers municipaux tenaient les cordons, fut appoité par quatre sergents et placé au centre de la garde nationale présentant les armes, les tambours battant aux champs. Après quoi, le maire Gravai prononça un discours dans lequel il rappela le bonheur que posséda la ville et les paroles prononcées par le roi ; puis il s'écria : « Que d'actions de grâces, en effet, ne « devons-nous pas à notre roi bien-aimé ; c'est par lui, € qu'après vingt-cinq années d'agitations et de crimes, la « Patrie toujours déchirée, toujours trompée dans ses « espérances, se voit enfin rendue au bonheur qu'elle a avait désespéré de recouvrer....
« Mères tendres ! soyez désormais sans inquiétude sur « le sort de vos fils, des soldats forcenés ne viendront « plus les arracher de vos bras pour les livrer à une mort « certaine ; sous un roi légitime et juste, des milliers de « Français voleront d'eux-mêmes à la défense de la Patrie, <K au premier signal du danger, t^
Après ce chaleureux discours, le buste fut porté en triomphe dans les principales rues de la ville ; pendant la marche, la musique et les tambours se faisaient entendre. Des drapeaux blancs flottaient à toutes les fenêtres, des acclamations d'amour et de joie, inspirées par l'image du souverain, retentissaient de toute part. Le cortège arrivé à l'Hôtel-de-Vilie, le buste du roi fut. placé dans la salle aux délibérations du conseil municipal.
Vers quatre heures du soir, un banquet de soixante-dix couverts fut servi dans un des salons de la mairie, décoré de guirlandes de fleurs et de devises ingénieuses, parmi lesquelles on en distinguait une relative au mariage du
duc de Berry. Â la fin du repas, la santé du roi, de Monsieur et de toute la famille royale fut successivement portée par le maire, le commandant de la garde nationale et par le juge de paix ; chaque toast était accompagné des démonstrations de l'amour le plus vif pour le roi et pour son auguste famille.
Des couplets composés par Grégoire d'Essigny, furent chantés au dessert et achevèrent de porter l'exaltalion au plus haut degré. D'autres couplets, en patois picard furent aussi chantés; ils avaient pour titre : Profession /te foi d'un garde nationcU picard. (Imprimé in-i8.)
Le reste du jour fut marqué par des danses champêtres; le beau et vaste Jeu-de-Paume, qui était le théâtre de ces divertissements, contenait à peine la foule animée de la joie la plus franche. Le soir, toutes les maisons furent illuminées, celle que le roi avait habitée se faisait surtout remarquer : une inscription en lettres d'or rappelait l'honneur qu'elle avait reçu. Cette belle journée s'est terminée comme elle avait commencé, par de nouvelles distributions de secours à la classe indigente, a Cette sollicitude pour les pauvres donna à cette fête un caractère vraiment digne de celui qui en était l'objet. î>
Avec la Restauration, les habitants de Roye jouirent de la paix et de la tranquillité dont ils avaient besoin, après tant d'années d'agitations. Cependant les impôts étaient très-élevés ; les contribuables payaient cinquante centimes par franc en sus des contributions. La cherté du blé fut aussi excessive, en 1817, la saison avait été pluvieuse, la récolte se fit tard et dans de mauvaises conditions ; l'hiver, le blé augmenta encore, et au mois de juin 1817, il atteignit le chiffire énorme de cent trente firancs le sac. La municipalité vint en aide à la population ouvrière et créa des travaux de terrassements sur les rempartE.
L'année 1818 amena l'abondance et fit oublier les mauvais jours.
L'assassinat du duc de Berry jeta le deuil dans la population ; le J8 février 1820, le Conseil municipal envoya une adresse au roi pour l'assurer de la part que prenaient les habitants à ce malheur public : « Nous l'avons possédé i( un moment avec Votre Majesté le prince que vous appe- (t liez du doux nom de fils, et sur qui reposaient les plus a chères espérances de la Patrie. Témoins et admirateurs (1 de l'élévation de son âme, de la bonté de son caractère (( et de ses qualités brillantes qui en formaient un prince <( éminemment firançais, nous laissons à juger à Votre « Majesté de l'excès de notre affliction. »
Toutes ces adresses, toas les compte-rendus de la visite du roi et des manifestations qui l'ont suivie, sont dûs à la plume de M. Gravai. C'était un maire dont le zèle infatigable, ne laissait à personne le soin des affaires de la mairie, rédigeant et inscrivant lui-même les délibérations du conseil municipal ; un noble cœur, homme de bien par excellence, plein d'urbanité et de courtoisie.
Lorsqu'au mois de juin de la même année, il fut question d'élever un monument à la mémoire du duc de Berry, le Conseil municipal vota une somme de cent cinquante francs, en exprimant ce le chagrin t^ de ne pouvoir faire davantage.
C'est qu'en même temps, une autre offrande était demandée à la libéralité du Conseil, pour la statue de Malesherbes, le défenseur de Louis XVL La municipalité inscrivit la ville pour cinquante francs.
Un événement heureux vint bientôt fidre place à la douleur causée par la mort du prince, ce fut la naissance du duc de Bordeaux.
A la nouvelle de cet événement, le corps municipal se rendit à Téglise de Saint-Pierre pour faire chanter un Te Deum en actions de grâces ; puis une adresse de félicitations fut envoyée à Louis XVIII, le 31 octobre. La municipalité arrêta le programme des réjouissances qui devaient avoir lieu le dimanche 17, à Toccasion de cett« naissance .
La veille, le son des cloches annonça la solennité ; dès le matin, deux cent cinquante kilogrammes de pain et cent cinquante kilos de viande furent distribués aux indigents. A deux heures, toutes les autorités civiles et militaires, les légionnaires, escortés par la garde nationale, la gendarmerie et musique en tête, se rendirent à l'église paroissiale pour entendre la messe, A son retour, la garde nationale se rangea sur la Place d'armes, le buste de Louis XVIII fut descendu de l'Hôtel-de-Ville, promené par les rues, au bruit des fanfares et des airs patriotiques. Puis les jeux commencèrent; une fontaine qui laissait couler le cidre en abondance, était élevée sur le Marché. Un mât de cocagne était dressé au milieu de la Place, laissant flotter au vent les foulards et les cravates, justes récompenses des heureux qui parvenaient à son sommet.
A sept heures, la MunicipaUté et le Tribunal de paix vinrent allumer un feu de joie, au son de la cloche du beffroi. Le soir, toutes les maisons étaient illuminées ; six herses chargées de lampions éclairaient la Place et les danses pubUques. La façade de l'Hôtel -de -Ville était resplendissante de lumière ; la fenêtre du milieu avait un transparent représentant « le génie de la France et une tige de lys abattue par l'orage, d'où sortait un rejeton, avec cette légende : Spes nova recréât. »
Au mois de février 1821, le roi étant tombé malade, le Conseil municipal envoya une adresse commençant ainsi :
« Lorsque les Jours d'un père sont en péril, soudain ff l'alarme se répand parmi ses enfants. j>
Le baptême du duc de Bordeaux donna lieu, le 12 avril 1821, à de nouvelles réjouissances qui coûtèrent six cents francs au budget municipal.
Au milieu de ces divertissements, la mort de l'empereur Napoléon, qui expirait à Sainte- Hélène, le 5 mai, passa inaperçue.
En 1820, avaient eu lieu des élections : les électeurs de l'arrondissement envoyèrent à la Chambre des députés M. Rouillé de Fontaine, propriétaire, demeurant à Goyencourt, près de Roye.
Le *24 décembre 1824, une ordonnance royale ayant dissous l'Assemblée législative, il fut procédé à de nouvelles élections. La ville de Roye fut choisie pour lieu de réunion du collège électoral du quatrième arrondissement du département. On fit, à cette occasion, de nouvelles dispositions dans l'intérieur de l'Hôtel-de-Ville afin d'avoir un vaste local capable de contenir les électeurs. La salle du conseil municipal fut réunie à celle de l'auditoire de l'ancien bailliage.
Le régiment de chasseurs à cheval de la garde royale, venant de l'armée des Pyrénées, où il s'était distingué par quelques faits d'armes, passa par Roye ; il reçut de la part des autorités et des habitants un accueil sympathique : le vin d'honneur fut offert aux officiers.
En 1825, le Conseil d'arrondissement de Montdidier
exprima le vœu de voir la commune de Saint-Mard réunie
à la ville de Roye. Le Conseil municipal de Roye consulté
à ce sujet, émit un avis favorable, tout en apportant des
restrictions pour la communauté des ressources du budget :
ainsi, le Conseil demandait à ce que les intérêts des deux
communes fussent toujours « distincts et séparés ï>, et à
ce que les indigents de Saint-Mard ne fussent admis ni à l'hospice de la ville ni aux secours du bureau de bienfaisance. Ces dures conditions empêchèrent l'annexion.
Par une ordonnance royale du 29 novembre, la paroisse d'Omancourt, qui existait déjà en 1015, fut réunie à celle de Cressy. L'église sous le vocable de Saint-Médard fat démolie et remplacée par la chapelle actuelle.
La mort de Louis XVIII, l'avènement au trône du roi Charles X, ne furent l'objet d'aucune manifestation publique ; les registres aux délibérations municipales sont muets sur ces événements.
Mais l'usurpation d'un droit de préséance commis par deux marguilliers de la paroisse de Saint-Pierre, à la procession du Saint-Sacrement, donna lieu à une protestation énergique de la part du maire, le chevaUer Gravai, jaloux de ses prérogatives déterminées par le décret du 13 juillet 1804. Il parait qu'à cette procession, messieurs Alexandre Masson et Edouard Bertin, membres du conseil de fabrique, avaient pris « sans façon i> le pas sur la municipalité ; il fut de ce fait énorme, rédigé procès-verbal, notifié aux fabriciens, avec défense, à l'avenir, de c s'immiscer dans les droits du Corps-de-Ville. ^ Cette afiaire fit alors beaucoup de bruit, les esprits forts en ont rit, d'autres ont vu là, un acte de vigueur capable d'arrêter de pareils empiétements.
La ville de Montdidier avait demandé en 1827, l'établissement d'une seconde foire qui devait commencer le jeudi après l'Annonciation, pour durer huit jours. Le conseil municipal de Roye consulté à ce sujet, ne fut pas d'avis d'accueillir favorablement la demande de Montdidier, par la raison que la Quasimodo durant quatre jours, pourrait nuire aux intérêts des deux localités, La ville de
Roye avait reûcontré une opposition analogue de la part du bourg de Moreuil, motivée sur des raisons semblables, alors qu'elle demandait une prolongation de durée pour la foire de la Quasimodo a chaque fois, disaient les habitants de Moreuil, que la Quasimodo tomberait du 2 au 7 avril inclusivement, ce qui peut arriver six années de suite, le franc-marché d'avril de notre commune, serait interrompu par la foire de Roye. y> Les usages ont depuis concilié tous les intérêts, la Quasimodo n'a jamais pu durer quatre jours, malgré l'ordonnance royale.
La nouvelle de la prise d'Alger, excita dans la ville un grand enthousiasme; les maisons furent pavoisées et illuminées. Puis un Te Deum fut chanté dans l'égUse paroissiale, avec le cérémonial officiel.
Quelques jours après éclata la révolution de Juillet 1830, qui porta sur le trône Louis-Philippe l*"", duc d'Orléans.
Le maire Gravai donna alors sa démission, le premier adjoint convoqua le conseil municipal pour rédiger une adresse au nouveau roi, afin de l'assurer « du respectueux « attachement des habitants de Roye et de leur fidélité < «nvers un prince si digne de la couronne et dont tous les « vœux sont de faire le bonheur des Français ? » Une députation fut nommée pour déposer aux pieds du monarque, l'expression de ces sentiments.
Au mois de mai 1831, le nouveau maire Fouquier, après avoir prêté serment en ces termes : « Je jure fidélité au « roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle a et aux lois du royaume », fut installé dans ses fonctions. Le Conseil municipal l'autorisa à vendre les anciennes portes de la ville et une quantité « de vieux papiers inutiles i> afin d'arriver à payer des mémoires de travaux s' élevant à trois mille cent douze fiuncs. La qualification de vieux papiers nous donne la crainte que la Municipalité
ne se soit séparée d'anciens titres précieux à consulter pour l'histoire locale. Nous espérons cependant que l'intelligence des administrateurs aura fait un choix judicieux des titres à conserver. Mais au lieu de disperser ces papiers, la Municipalité aurait mieux fait de consigner sur le registre de ses délibérations, les manifestations auxquelles donnèrent lieu les événements politiques d'alors.
Nous constatons toutefois que la stagnation des afifaires et la cessation du travail furent les conséquences de la Révolution. Cinq à six cents ouvriers étaient sans occupation, sans ressource ; Tadministration locale créa des ateliers de charité, elle occupa les bras à niveler les promenades et à élargir la ruelle des Loups.
A la misère vint se joindre une maladie épidémique, le Choléra-morbiis ; les médecins et les pharmaciens de la ville, réunis en commission sanitaire, indiquèrent les mesures hygiéniques à prendre pour préserver les habitants de la maladie ; des circulaires imprimées, signées des docteurs Lescardé père et fils, indiquaient les moyens préservatifs et curatifs : grâce aux précautions prises^ la ville fut préservée du fléau.
Après la Révolution de juillet, la garde nationale fut réorganisée ; le drapeau tricolore qui remplaçait le drapeau blanc, flottait au milieu des rangs. Â l'occasion de la bénédiction de ce drapeau, un banquet fut offert le 30 octobre par la garde nationale et par les habitants de la ville à M. Rouillé de Fontaine. La politique joua un certain rôle dans cette circonstance ; au dessert, le docteur C. A. Lescardé adressa au député un chaleureux appel en faveur des réformes libérales.
La réorganisation de la garde nationale augmenta encore les dépenses de la ville ; mais bientôt la nouvelle
légion eut occasion de se montrer, car elle devait servir d'escorte au roi lui-même.
En effet, le 18 janvier 1833, Louis-Philippe venant de Péronne, arrive à Roye vers neuf heures du soir. La garde nationale, toutes les autorités civiles et militaires avaient été convoquées. Le canon annonça l'arrivée du monarque; le Maire, à la tête du Conseil municipal, se porta audevant du roi. La voiture s'étant arrêtée, le magistrat se présenta à la portière et adressa au roi les paroles suivantes : « Sire, le Conseil municipal et tous les habi- « tants de la ville de Roye sont très heureux de recevoir € Votre Majesté et d'exprimer par leur allégresse, les « sentiments d'amour et de fidélité qu'ils éprouvent pour « leur monarque.
« Votre Majesté a sacrifié pour la France les douceurs « d'un intérieur heureux ! Vous avez, Sire, vaincu l'anar- « chie et votre gouvernement maintient la tranquillité au a dedans et au dehors.
« Nos jeunes et intrépides princes, à la tête de notre « brave armée, font exécuter les traités et respecter nos « libertés. Voilà, Sire, ce que la France vous doit ; elle « devra à -vos vaillants fils l'avenir le plus brillant, et la « nombreuse famille de Votre Majesté est pour nous l'ange « tutélaire qui sauvera notre beau pays des guerres intes- « tines et d'un partage honteux. Heureux les peuples qui « sont gouvernés par des princes aussi dévoués aux « intérêts généraux ! plus heureux encore les Français, « aussi longtemps que les jours de Votre Majesté leur « seront conservés. »
Louis-Philippe remercia le maire en quelques mots ; « sa réponse, prononcée avec ce sentiment d'intérêt et ce ton affectueux que Sa Majesté emploie avec tant de vérité y>
ftit accueillie par les cris mille fois répétés de : Vive le roi ! vive la famille royale !
Le Maire invita Louis-Philippe à entrer en ville et à vouloir bien mettre pied à terre à la mairie, où l'attendait une réunion nombreuse de dames et de personnes notables, désireuses de lui présenter leiurs hommages.
Le cortège se mit en marche ; la voiture du roi escortée par la garde nationale à cheval^ était suivie d'autres voitures dans lesquelles se trouvaient les ducs d'Orléans, d'Âumale et de Nemours, puis les princesses Clémentine et Marie.
La foule se pressait sur le passage du roi et le saluait des plus vives acclamations ; la reine était aussi l'objet de chaleureuses marques de sympathie. Toute la ville était pavoisée et illuminée.
Arrivé à l'Hôtel-de-Ville qui avait été décoré avec beaucoup de goût et de magnificence, Louis-Philippe descendit de voiture ainsi que toute la famille royale ; offrant le bras à la reine le roi gravit les degrés du grand escalier, la garde nationale lui présentait les armes, les tambours battaient aux champs. Le maire reçut Leurs Majestés à l'entrée de la grande salle de la mairie ; lorsque-la famille royale fut réunie, il présenta au roi le député Rouillé de Fontaine et le procureur du roi de Montdidier.
Le Conseil municipal, les membres de la commission de l'hospice, le bureau de bienfaisance et les officiers de la garde nationale furent successivement présentés à Leurs Majestés. Puis arriva le clergé, ayant à sa tête le doyen qui harangua longuement le monarque. Le roi écouta avec beaucoup d'attention et parut satisfait des paroles du curé, n exprima le désir de voir partout le clergé accomplir l'importante mission qui lui est confiée, en réunissant toutes les opinions, en assurant le repos des familles, en
éloignant les haines et les partis : « accomplir ce mandat, dit le roi, c'est mériter la confiance et la reconnaissance de tous lés Français. »
Le commandant de la garde nationale, Dautrevaux lut avec une certaine émotion un discours de circonstance auquel Louis-Philippe répondit : « C'est à la garde natio- « nale qu'est confiée la défense de la royauté constitution- « nelle et des libertés publiques ; je lui dois le retour de (( l'ordre et la pacification générale. J'aimerai toujours « à reconnaître tout ce que la France doit à cette garde «( citoyenne ; unie à l'armée, nous n'aurons jamais rien « à craindre de nos ennemis. »
Madame Fouquier, suivie de quelques dames, vint saluer la reine ; mademoiselle Léonie Coulon lui présenta une corbeille de fleurs que Sa Majesté daigna accepter ; la reine remercia ces dames avec une grâce charmante, s'étant approchée de Madame Fouquier, elle l'embrassa ainsi que mademoiselle Coulon: « elle mit dans cette faveur la touchante et sincère affection qu'elle accorde à tous les Français. »
Après les réceptions officielles, le roi manifesta le désir de se retirer : « entouré des autorités civiles, ecclésiastiques et militaires et des citoyens de toute classe, le roi était comme un père au milieu de ses enfants. »
Leurs Majestés partirent à dix heures aux cris mille fois répétés de ; Vive le roi ! vive la reine ! vive la famille royale! Après le départ du roi, il y eut bal à l'Hôtel-de-ViUe. Les pauvres ne fiirent pas oubliés, des distributions de pain et de chauffage leur furent faites.
La reine Marie- AméUe avait gardé bon souvenir de la réception qu'elle avait reçue à Roye ; de retour à Paris, elle fit adresser à mademoiselle Coulon un riche écrin contenant une belle parure.
A r occasion de son mariage, le roi des Belges Léopold traversa plusieui^ fois Roye ; la municipalité lui faisait une réception officielle. On rapporte qu'un jour, passant par la ville, il remit une pièce à une mendiante (Tondelette) , celle-ci s' étant aperçue que le roi lui donnait une pièce d'or, le lui fit remarquer, Léopold reprit le louis et le remplaça par une pièce de cinq francs. Dans un autre passage du roi, en montant le faubourg Saint-Gilles, un homme fut écrasé par la seconde voiture de sa suite.
Chaque année, on célébrait par des réjouissances la fête de Louis-Philippe (1®"" mai) et les mémorables journées de juillet; le programme officiel était toujours à peu près le même : revue de la garde nationale, Te Deum et danses publiques. Un service funèbre était aussi célébré dans l'église Saint-Pierre pour les victimes « des glorieuses journées » ; une quête était faite pendant l'office au profit du bureau de bienfaisance.
En 1834, la fête du roi fut remise au mois de juillet à cause des événements malheureux (guerre civile), dont les villes de Lyon et de Paris furent le théâtre ; il y eut à cette époque, partie de paume, six médailles d'argent à l'effigie du roi, furent distribuées aux vainqueurs, puis des courses à cheval par les gardes nationaux et tir au fiisU.
L'attentat du 28 juillet 1835, dirigé contre le roi, plongea la ville dans la consternation, il n'y eut pas de fête pour l'anniversaire de Juillet. Le Conseil municipal s'étant réuni d'urgence, vota une adresse rédigée en ces termes : « Sire, en apprenant l'infâme attentat dont Votre ce Majesté a failli être la victime, les habitants de la ville <!c de Roye, fidèles à leur monarque comme à leur serment, <sc ont frémi de douleur et d'indignation.
« Ils ont déploré amèrement les pertes de la Patrie, la « mort de tant de braves !.... et pourtant ils se sont « consolés de ces désastres en voyant que la Providence, « qui trompe souvent l'espoir des lâches et des pervers, « a heureusement conservé Texistence de Votre Majesté « et celle de ses augustes fils qu'ils sont habitués à « confondre dans leur amour. Au milieu d'une catastrophe « aussi affreuse, les témoignages d'attachement et de « fidélité qu'ont si bien exprimés la garde nationale et « l'armée ont adouci les regrets de Votre Majesté et lui « ont prouvé toute l'horreur qu'un si noir assassinat ce inspire à la nation.
« Sire, les habitants de Roye sont animés des mêmes (( sentiments, ils s'empressent de venir offrir à Votre (( Majesté les vœux qu'ils forment pour la conservation « de vos jours si nécessaires au bonheur de la France, et « l'hommage de leur entier et très respectueux dévoue- « ment. »
Cette adresse fut couverte de signatures et envoyée au monarque ; quelques jours après, le maire faisait part au Conseil de la lettre suivante ;
Monsieur le Maire, « Le roi a reçu l'adresse du Conseil municipal et de <i la garde nationale de Roye à l'occasion de l'attentat « du 28 juillet. Sa Majesté a été vivement touchée des ce sentiments qui lui sont exprimés et Elle me charge de « vous en remercier, vous et vos concitoyens. <c Le conseiller d'Etat, premier secrétaire du cabinet,
a Signé: Baron Fain. »
En 1896, la ville loue les bâtiments des gardes-du-corps à la brigade de gendarmerie pour un bail de neuf années.
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témoigna son désir d'être utile à celui qui lui avait rendu ce service : c'était Devillers, de Saint-Gilles, officier dans la garde nationale de Roye.
En 4847, le blé fut d'une cherté excessive par suite du manque de récolte, il n'y avait pas eu d'hiver de 1845 à 1846, le pain valut jusqu'à soixante centimes le kilogramme ; aussi la misère était grande, la plupart des ouvriers étaient sans travail. La municipalité avisa aux moyens de venir en aide à la classe nécessiteuse, comme déjà elle l'avait fait en 1842. A cette époque, un jeune poëte royen fit un appel à la charité. [Bibliographie).
Le Conseil municipal résolut de donner aux ouvriers le pain à raison de quarante centimes le kilo ; on évalua à douze cent cinquante, le nombre d'individus à secourir, on calcula qu'à raison de deux kilos cinq cents grammes de pain, par personne et par semaine, c'était une dépense de douze mille francs, jusqu'au i^^ août, époque de la moisson. Les ressources du budget municipal ne permettant pas de faire cette dépense, l'administration de l'hospice lui vint en aide et donna six mille francs ; le bureau de bienfaisance fit une subvention de mille francs, le Conseil municipal vota deux mille francs. Le reste de la somme fiit couvert par une quête, les conseillers municipaux s'inscrivirent les premiers sur la liste de souscription, et bientôt, grâce à la charité publique et privée, les nécessiteux trouvèrent un soulagement à leur misère.
La Révolution de février 1848 ajouta encore aux embarras de la situation, en amenant une stagnation dans les af&ires et en jetant la perturbation dans les esprits. On ne travaillait plus, les citoyens avides de nouvelles étaient sur les places publiques ou dans les rues, recueillant avec empressement les moindres détails sur les événements qui venaient de s'accomplir à Paris, la poste
avait cessé son service, on ne recevait ni lettres, ni journaux ; quelques personnes échappées de la capitale pouvaient seules fournir des renseignements bien incomplets sur la situation. Enfin, on apprit que Louis- Philippe était en fuite, qu'un gouvernement provisoire était installé et que la République était proclamée. Ces nouvelles furent accueillies avec plus d'étonnement que de satisfaction. Dans leur surprise, les habitants de Roye ne pouvaient croire à tant d'événements ; le mot de népublique rappelait chez quelques-uns les souvenirs de la Terreur, et c'est avec une certaine froideur mêlée de crainte que fut accueillie la nouvelle forme de gouvernement.
Toutefois, le buste de Louis-Philippe fut prudemment descendu du piédestal qu'il occupait dans la salle de la mairie, et transporté au grenier, pour prendre place à côté de ceux de Louis XVIII, de Charles X, dans le réduit où son successeur devait aussi venir un jour.
Le nouvel état de choses fut loin d'améliorer la position matérielle de la classe ouvrière ou des « travailleurs ^ ; le peuple souverain, privé de ressources et de travaU, était menacé de périr de misère si l'on ne venait promptement à son aide. La MunicipaUté créa des ateliers nationaux, elle fit travailler aux chemins, et l'on entreprit la démolition des fortifications de la ville.
Une loterie fut organisée au profit des pauvres ; le jour du tirage avait réuni un grand nombre de personnes. Le maire lut à l'assistance une pièce de vers composée par M. Edan, principal du collège de Roye, et qui avait trait à la circonstance.
Nous devons constater combien la charité est grande à Roye, bien qu'il y ait peu de fortune, peu de maisons riches, la classe moyenne sait toujours trouver des ressources pour la bienfaisance.
Au mois d'avril, on planta un arbre de liberté ; un magnifique peuplier enlevé des prairies des Communes, fut transplanté au milieu de la place d'Armes. Le clergé des paroisses, avec la croix, vint le bénir, des discours furent prononcés et des acclamations saluèrent le symbole de la liberté.
Des clubs se tenaient à l'Hôtel-de- Ville et dans une salle de danse de Y auberge de la Belle-Vue^ sur le Rempartdu-Nord ; on y faisait des motions, on chantait des airs républicains, puis enfin on discutait le mérite des candidats à la représentation nationale, car Je moment des élections approchait, et il s'agissait d'envoyer des députés à la Chambre des représentants du peuple. Le club de la Belle- Vue était présidé par le citoyen Hamet, ancien instituteur, qui était venu s'établir libraire à Roye et qui s'était fait le rédacteur d'une feuille politique, littéraire, publiée sous le titre de : Journal du Santerre et du Rayonnais. Donc, certain soir, le président étant à la tribune — représentée par une estrade servant d'orchestre aux musiciens du bal — examinait le mérite des candidats à la députation ; parmi eux se présentait l'industriel de Fourment « dont le nom est cher aux Royens. » Il parlait de ce candidat en termes assez vifs, critiquant ses titres à la représentation, au point de vue politique. Ces considérations peu bienveillantes pour le « père des Royens » exaspérèrent les esprits ; excités par quelques personnes, les auditeurs interrompent l'orateur par les cris de : à bas Hamet ! puis la foule se précipite vers la tribune, Hamet cherche bravement son salut dans la fuite : c'était prudent, car on lui aurait fait un mauvais parti.
Hamet adressa une plainte au procureur général qui dans une lettre du 16 avril, engage le juge de paix à faire respecter la liberté des réunions et à veiller à ce que
Tâdjoint Lescardé ne mette plus d'entrave dans l'exercice des droits du citoyen Hamet. Le docteur fut révoqué de ses fonctions.
Dans une brochure qu'il publia en 1849, ayant pour titre : Les quatorze Représentants du peuple^ Hamet se plaint de T'esprit peu démocratique des habitants de Roye, il les qualifie « d'arriérés et de fanatiques. » Il raconte sa mésaventure ; il ajoute qu'en quittant la tribune, il a lancé à ses persécuteurs cette foudroyante apostrophe : « Malheureux Guérinets ! »
La ville de Roye devint le siège du collège électoral du canton, tous les électeurs des communes, ayant à leur tête le maire ou le curé, vinrent déposer leurs votes dans le scrutin ouvert à THÔtel-de-Ville ; malgré le mauvais temps, le nombre des votants fut très grand. Il y avait eu précédemment à Montdidier une réunion préparatoire pour s'entendre sur le choix des candidats, Roye avait envoyé des délégués ; le maire de la ville faisait partie du bureau. Les candidats furent entendus successivement, différentes questions leur furent posées pour s'assurer de leur répubUcanisme ; tous promirent de défendre la République et de mourir sur leurs chaises curules si la Représentation nationale venait à être violée. L'arrondissement de Montdidier eut deux députés à élire ; les choix tombèrent sur M. Labordère et sur le baron de Fourment, manufacturier à Cercamp, qui possédait dans le pays beaucoup de propriétés. La famille de Fourment était connue à Roye comme à Montdidier; plusieurs membres avaient occupé avec distinction des sièges au bailUage de cette ville, et le père du baron de Fourment, demeurait à Roye.
Le candidat de Fourment François Luglien était né à Paris le 18 janvier 1788, reçu avocat en 1810, il M auditeur au Conseil d'Etat (1811), directeur des domaines
en Espagne de 1812 à 1813, et créé baron de TEmpire par décret du 2 janvier 1814. Des lettres-patentes de Louis XVIII, du 29 mars 1817, élèvent en majorât sa propriété de Roye, et lui octroient des armoiries de gueules à la bande d'argent chargée d'un macle d'azur^ Vécu timbré d'une couronne de baron, pour supports : deux lévriers.
Le baron quitta l'administration en 1822, pour se livrer à l'industrie. Il était conseiller général du canton de Roye lorsque les suffrages le portèrent, en 1848, à la députation. Dans sa carrière politique, de Fourment se fit remarquer par un acte de générosité envers le prince-président de la République qui, parvenu au trône, Téleva à la dignité de sénateur. Ses opinions étaient libérales, mais modérées ; c'était un homme modeste et sans ambition, il se recommandait aux électeurs par ses excellentes qualités du cœur et de l'esprit.
A cette époque calamiteuse, un sinistre financier vint frapper la ville de Roye ; le chef d'une maison de banque importante se suicida, laissant un énorme déficit. Beaucoup de fortunes furent compromises, des artisans, des domestiques qui avaient placé avec confiance leur argent dans cette maison, perdirent le fruit de leurs économies.
La garde nationale avait été réorganisée et formait trois compagnies. M. Servatius, gérant d'une fabrique de sucre, avait remplacé comme maire M. Grégoire : homme ardent, à la parole facile , au langage emphatique , Servatius possédait toutes les qualités voulues pour remplir le rôle du moment.
Au mois de juin, eut lieu à Montdidier, l'inauguration de la statue de Parmentier. Une souscription éUnt ouverte depuis longtemps pour l'érection de ce monument, la ville s'était inscrite pour cent francs. Les autorités de
Roye et la garde nationale avaient été convoquées à cette solennité, ^ qui emprunta son caractère aux événements a politiques plutôt qu'au héros de la fête y>
1/ Assemblée constituante avait élaboré une nouvelle Constitution, un décret en ordonnait la lecture dans toutes les communes de la République. A cet effet, Tadministration municipale fit dresser sur la Place une estrade en planches. Le 19 novembre, la garde nationale et les pompiers réunis sous les armes, formaient un carré, au centre duquel s'élevait la tribune destinée aux autorités. Le maire entouré de ses adjoints donna lecture, au milieu du plus profond silence, des nombreux articles de la Constitution ; la lecture terminée, quelques cris de : Vive la République ! Vive la Constitution ! se firent entendre. La garde nationale défila devant les autorités, puis rompit ses rangs.
En 1849, la suette miliaire et le choléra sévirent sur la population du canton de Roye ; un comité sanitaire fut formé avec le concours de Tadministration municipale, afin de prendre les mesures nécessaires au point de vue de Thygiène et de la salubrité publique. Les membres de cette commission devaient visiter les différents quartiers de la ville, et les communes du canton pour faire disparaître toutes les causes d'insalubrité. La suette miliaire fit, à son début, beaucoup de victimes, des soins inintelligents furent surtout la cause du grand nombre de décès ; grâce au dévouement éclairé des médecins, l'épidémie sévit d'une façon moins cruelle.
On fit à Roye des processions ; les reliques de Saint* Florent furent portées par les rues, afin de préserver les habitants de l'épidémie.
Le choléra vint à son tour exercer ses ravages ; la petite commune de Saint-Taurin fut cruellement éprouvée. On compta à Roye quelques cas isolés, mais la maladie n'eut
pas de caractère épidémique. Il n'en fut pas de même en 1852, dans une période de quelques semaines quarante individus furent atteints ; seize cholériques moururent à l'hospice, il n'y eut pas de décès en ville.
Dans ces circonstances malheureuses, les médecins se montrèrent à la hauteur de leur mission ; le docteur J. C. Lescardé reçut du gouvernement une médaille d'honneur pour ses soins donnés aux malades, avec autant de zèle que de désintéressement.
Les gardes nationales fraternisaient avec celles des villes voisines, ce qui donnait lieu à des fêtes dites : ce de fraternisation », dans lesquelles des banquets, des divertissements étaient offerts aux frères d'armes.
La ville de Roye ne voulut pas rester en arrière et convia les gardes nationales des villes de Montdidier,
de Péronne, de Noyon à venir fraterniser. Le
16 avril, arrivèrent les détachements des gardes nationaux qui étaient reçus aux portes de la ville par des députations; puis, à la mairie, on offrait le vin d'honneur aux nouveaux venus. A une heure après-midi, tous les gardes nationaux étaient réunis sur la place d'Armes, le chef de bataillon de Montdidier prit le commandement ; les citoyens armés rangés en bataille, formaient un immense carré, au centre duquel étaient les corps de musique et l'état-major. Après quelques évolutions exécutées avec l'ensemble qui caractérise les gardes nationaux, les bataillons suivirent le chemin du boulevard du Nord par la rue Saint-Pierre, pour prendre place au banquet. De longues tables chargées de plus de quatre cents couverts, régnaient le long de la promenade. Puis des harangues furent prononcées, des toasts furent portés à la République et à la fraternité des gardes nationales. Le
soir, il y eut danses publiques dans le Jeu-de-Paume.
La ville de Montdidier tint à honneur de témoigner aux habitants de Roye un accueil ausssi patriotique, et même de dépasser ce qui avait été fait jusqu'ici. La garde nationale fut invitée à se rendre à Montdidier pour le 17 juin ; à l'entrée de la ville, le détachement passa sous un arc de triomphe monumental, tout pavoisé, au-dessus de l'arcade du milieu, on lisait : A la ville de Roye. Après la distribution des drapeaux, eut lieu la revue. Puis, à six heures du soir, les gardes nationaux se dirigèrent vers la promenade du Prieuré, où le banquet avait été disposé. A l'entrée de l'allée s'élevait un mât décoré de drapeaux tricolores, supportant un écusson sur lequel était inscrit le nom de Roye. Le maire SeiTatius qui avait accompagné ses concitoyens, assista au banquet ; il porta un toast : « A l'union des deux villes de Montdidier et de Roye. »
Si les gardes nationales étaient empressées à se réunir pour des fêtes et pour des banquets, elles mettaient la môme ardeur à courir au secours de la Capitale menacée par l'insurrection.
A la première nouvelle de l'émeute (j^^)? ^^^t hommes de bonne volonté, sous le commandement de l'officier Paradis, marchèrent sur Paris ; retardés à la gare de Breteuil, ils arrivèrent la nuit à Saint-Denis et furent aussitôt dirigés sur le faubourg Saint-Antoine. Le détachement de la garde nationale de Roye, moins nombreux qu'à son départ, occupa dans la rue du Petit-Musc, un poste dangereux ; néanmoins, le courage des Royens ne se démentit pas, ils firent le coup de feu comme des soldats aguerris. Aussi, lorsqu' après plusieurs jours d'une absence qui parut bien longue à leurs parents et à leurs concitoyens, ils rentrèrent dans la ville, de chalem^euses
acclamations, des manifestations de toutes sortes les accueillirent.
Le 40 décembre 1848 avaient eu lieu des élections pour la nomination d'un président de la République ; Louis- Napoléon obtint à Roye la presque unanimité des suffrages. En 1851, le prince s'éleva sur le trône impérial.
Le 11 mai 1859, un événement douloureux vint jeter la désolation dans la population de Roye ; on apprit que le fils d'une honorable famille, avait été trouvé noyé dans un des fossés de sa propriété, près des marais de Saint- Georges. Les soins qui lui furent prodigués ne purent le rappeler à la vie ; trois heures plus tard, il succombait après avoir reçu les secours de la religion. Lorsque la famille demanda au doyen de la paroisse la sépulture pour son infortuné membre, le curé opposa le refus le plus formel, se fondant sur ce que, dans sa conscience, il ne croyait pas à un accident, mais à une mort volontaire. Les médecins consultés, certifièrent que d'après les symptômes, l'état des lieux, la position du corps, la mort avait été accidentelle ; néanmoins, le doyen, après en avoir référé à l'évêque, refusa au corps la sépulture ecclésiastique. Grande fut l'émotion causée par cette nouvelle ! un enterrement civil ne s'était jamais vu à Roye, Le malheureux défunt était un homme fort estimable et estimé, bon, charitable, il était surtout aimé de la classe ouvrière, il avait de nombreux amis ; d'ailleurs, il appartenait à une famille noble : par sa mère, il descendait des Le Carlier d'Herly, qui ont donné tant d'illustrations au pays.
Il fat procédé à l'inhumation civile ; le maire, ceint de son écharpe, était à la tète du convoi ; puis suivaient un piquet de gardes nationaux — le défunt étant sous-ofïicier — et une foule considérable d'assistants. Devant l'église Saint-
Pierre, des ouvriers voulurent en ouvrir les portes pour présenter le corps ; la bonne contenance du maire, la fermeté des gardes nationaux empêchèrent l'exécution de ce projet, qui causa une certaine émotion et un certain tumulte dans la foule. Enfin, parvenu au cimetière, le cercueil fut descendu dans la fosse, des discours furent prononcés, et la tombe reçut les honneurs militaires.
Ces différents incidents ont donné lieu à une correspondance échangée entre le doyen Petit et le docteur Lescardé, et qui fut publiée dans le Propagateur picard.
Nous n'apprécierons pas ce fait, il relève de la conscience du doyen; nous dirons seulement que les apparences étant pour un accident, les médecins l'attestant, le mourant ayant été assisté d^un prêtre à ses derniers moments, le curé aurait pu donner au corps la sépulture eccléôiasty^ue afin d'éviter le scandale.
Le coup d'Etat du 2 décembre, la dispersion violente de la Représentation nationale, l'emprisonnement de quelques députés dans le fort de Ham, trouvèrent les habitants de Roye assez indifférents à ces événements. Quelques jours après, les autorités se rendaient à l'église Saint- Pierre pour entendre un Te Deum en actions de grâces, afin de célébrer l'heureux avènement de Napoléon III.
Les faits politiques qui se sont passés à Roye, sous le gouvernement impérial, se résument aux élections, soit à la députation, soit au conseil général. La cabale, l'intrigue, la corruption électorale fureiit les moyens employés par les postulants pour assurer leur candidature, et disons que c'étaient les seuls moyens pour réussir, les électeurs vendant leurs votes au plus offrant.
Dès que le baron de Fourment fut nommé sénateur, il donna sa démission de conseiller général. Il avait remplacé dans ces fonctions M. de Blavette, maire de l'Echelle-
Saint-Taurin, élu en 1847. Lorsque Tannée suivante, le baron posa sa candidature au Conseil général, M. de Blavette se retira; néanmoins, il faillit être nommé, le baron fiit choisi. Dès qu'il eut donné sa démission, le sénateur présenta aux électeurs son fils, M. Auguste de Fourment. Ce candidat était tout-à-fait étranger à Roye et au canton. Les électeurs extri muros offrirent la candidature à M. de Blavette, qui avait rempli son mandat avec tout le zèle et tout le dévouement désirables. La ville de Roye donna la majorité à M. Auguste de Fourment ; le canton, au contraire, porta ses voix sur M. de Blavette, qui fat nommé.
Plusieurs fois réélu, M. de Blavette resta conseiller général jusqu'à sa mort qui arriva le 8 mars 4870. Il exerça dans ces fonctions <l la légitime influence qui « résulte de l'aménité des formes, de la modération du a caractère et de la rectitude du jugement. On l'écoutait, € parce qu'on le savait sage ; on l'aimait, parce qu'on le a savait probe. î M. de Blavette, né en 4809, était sorti ingénieur de l'Ecole polytechnique ; maire depuis 4839, il était chevalier de la Légion d'honneur. Enumérer le bien que M. de Blavette fit dans sa commune, les services qu'il rendit au canton serait impossible, sa modestie cachait ses bienfaits. Sa mort fat une perte irréparable pour sa famille, ses électeurs et pour ses administrés.
Le baron de Fourment fat remplacé à la Chambre des députés par Delamare, journaliste, et en 4857, par M. de Morgan, propriétaire au Chaussoy-Epagny.
La guerre d'Italie passionna les esprits, les succès de l'armée française, les proclamations officielles annonçant les victoires de Magenta et de Solferino, contribuèrent à maintenir ces dispositions ; un Te Deum fat chanté à
l'église Saint-Pierre, auquel assistèrent les autorités civiles et militaires. Le 42 juillet 1859 fut annoncée la nouvelle de la paix de Villafranca, la ville ftit pavoisée et illuminée, la joie était générale.
Au mois de septembre , Roye eut Thonneur de recevoir dans ses murs, le 73® de ligne venant d'Italie. La foule s'était portée en masse au-devant du régiment qui avait fait une halte au château de Tilloloy. Le maire de Roye, à la tète du conseil municipal, souhaita la bienvenue au colonel et l'invita à se rendre avec ses officiers à l'Hôtel-de-Ville, où Je vin d'honneur leur fut offert. Le drapeau criblé de balles ennemies, attestait par ses déchirures la part glorieuse qu'il avait prise à la campagne. L'enthousiasme était à son comble, on ne peut se faire une idée de l'émotion des habitants et de l'admiration qu'ils exprimaient. « Les officiers et les soldats, dit « le Bibliomane royen^ répondaient avec une modeste € simplicité, qu'ils n'avaient fait que leur métier de soldats ; « mais ce métier ou plutôt ce noble devoir, c'est l'hon- « neur, c'est la gloire ! » Le lendemain, le régiment partit pour Péronne, accueilli sur son passage par des manifestations non équivoques d'admiration et de sympathie.
Le samedi 12 novembre eurent lieu à Goyencourt, au milieu d'une assistance considérable, les funérailles de M. Rouillé de Fontaine ; député de la Somme sous les trois derniers rois, conseiller général et pair de France, M. Rouillé apporta dans ces fonctions la plus grande indépendance de caractère. Ami éclairé du pouvoir, mais sans bassesse, il lui adressa souvent de sages et fermes conseils. « Vis-à-vis de ses commettants, il fut toujours empressé «c à être utile et sans cesse préoccupé des importants a intérêts des communes. Sa mort fut universellement a regrettée. »
Au concours régional tenu à Amiens en 1860, M. H. Beilin, maire de Roye, agriculteur et fabricant de sucre, obtint la grande prime d'honneur. A son retour à Roye, le lauréat fut l'objet de manifestations sympathiques de la part de la population.
L'année 1862 à 1803 fut signalée par la clémence de l'hiver et par un été magnifique.
Après une douloureuse maladie, s'éteignit au mois d'avril, Louis- Amand Vivot, adjoint au maire de Roye. Modeste, bon, charitable sans ostentation, M. Vivot rendit des services à la ville. Aussi le Conseil municipal tint à honneur d'accompagner jusqu'à sa dernière demeure cet homme de bien par excellence, qui laissa d'unanimes regrets à sa famille, à ses amis et à ses concitoyens.
Le dimanche 12 juillet eut lieu, à Carrépuits, l'érection d'un calvaire monumental dit : des moissonneurs. Le curé, M; Bataille, avait voulu donner à cette fête un caractère particulier en faisant précéder la cérémonie d'une procession solennelle qui, partant de Roye, devait se diriger sur la commune de Carrépuits ; le clergé de toutes les paroisses de la ville, quittant l'église Saint- Pierre, devait rejoindre sur le chemin celui de Carrépuits : les pompiers de Roye, de Liancourt-Fosse avaient prêté leur concours à la cérémonie, ainsi que les sociétés musicales d'Ercheu, de Gruny, de Roye et de Liancourt. Des chars enguirlandés de feuillages transportaient des reliques, des groupes de saints, le buste de l'Empereur et celui du Pape ; puis suivaient des enfants, des jeunes filles en blanc portant des bannières et des oriflammes. Le R. P. Jean-Baptiste, gardien des Franciscains d'Amiens, prononça le sermon. La fête protégée par un temps splendide, eut lieu avec une grande pompe ; on évalue à trois mille personnes le nombre des assistants. Une
quête faite parmi les fidèles produisit deux œnt dnqnante francs, somme insuffisante pour payer les frais. Un programme imprimé indiquait la marche et Vordre de la procession.
Une fête de bienfaisance, mais d'un autre caractère, eut lieu le 29 décembre dans les salles de la mairie. Un spectacle-concert organisé par la Société philharmonique, avec le concours d'amateurs de Ham et de Nesle, réunit un nombre considérable de spectateurs, que pouvaient à peine contenir les salons de THÔtel-de-Ville. La recette pour les pauvres dépassa de beaucoup les espérances. Le succès de cette soirée décida la création d'une salle de spectacle.
L'hiver de 4864 fut excessivement rigoureux et très long, le thermomètre descendit jusqu'à dix-huit degrés centigrades au-dessous de zéro, l'été fut très sec ; à la campagne, on manquait d'eau pour abreuver les beatiaux.
Le 15 novembre, on apprit à Roye la mort de M. le baron de Fourment, et le désir qu'il avait exprimé d'être inhumé dans la chapelle du cimetière. Après la cérémonie funèbre, qui eut lieu à Frévent, le corps du défunt fut transféré à Roye, et le 18 se fit son inhumation. Une messe fiit dite dans l'église Saint-Pierre, trop petite pour contenir la foule respectueuse et sympathique.
L'office terminé, le cortège se dirigea vers le cimetière, le lils du défunt, entouré de sa famille, suivait le cercueil ; le Sous-Préfet de Montdidier, le député Labordère et une foule de personnes assistaient à la cérémonie. Dès que la dépouille mortelle du baron fut descendue dans le caveau, le doyen Baude, dans un discours sur la bienfaisance, paya un juste tribut d'éloges aux qualités généreuses du baron. M. A. Grégoire, conseiller d'arrondissement, parla au nom de la ville ; M. Labordère, ancien collègue du
défunt à la Représentation nationale, fit le portrait de l'homme politique. M. P. Véret, capitaine des pompiers, se rendit l'organe de la population ouvrière de Roye, qui reçut de M, de Fourment de nombreux témoignages de sympathie et de munificence.
La chapelle de Fourment avait été bénie le 27 octobre de l'année précédente, avec une grande pompe. « Cette « bénédiction fut précédée d'une messe commémorative « des morts; Mgr Tévêque d'Amiens présidait la cérémonie, c M. Petit, ancien doyen de Roye, officiait. M. et M'^^^ Auguste « de Fourment assistaient à la cérémonie.
a Pendant l'office, dix artistes de la maîtrise de Sainta Roch chantèrent des morceaux religieux avec un en- « semble et une exécution au-dessus de tout éloge. (( Madame de Fourment, qui accompagnait les choristes, et voulut bien se faire entendre dans un solo : Pie Jesu. « Ce beau morceau fut interprété avec un talent vraiment « supérieur ; l'auditoire était profondément ému en écou- « tant cette voix si gympathique au cœur des Royens. iL Conduite par M. le maire de Roye, Madame la baronne a fit une quête en faveur de l'embellissement de « l'église. Puis le cortège se mit en marche. Au milieu a du chemin s'élevait un arc de triomphe portant les « armoiries du baron et celles de Roye , avec cette « inscription : La ville reconnaissante. Arrivé au cimece tière, le prélat fit la bénédiction de la chapelle, puis « prononça une allocution, qui produisit sur l'assistance « une profonde et touchante sensation. j>
La question vitale qui dominait alors tous les esprits, était la construction d'un chemin de fer d'intérêt local, qui devait relier Roye à la ligne du Nord. Sous cette influence, la ville ne reçut pour toute amélioration dans son édilité, que des plaques indiquant les noms des rue
et des numéros aux maisons. L'administration locale bornait ses efforts à maintenir le budget municipal en équilibre, pour réserver toutes ses ressources lors de rétablissement du chemin de fer, qui devait coûter à la ville d'énormes sacrifices. L'emplacement de la gare était ce qui préoccupait le plus la population ; des études préparatoires avaient été faites, différents projets avaient été élaborés : fixé d'abord entre les deux fabriques, sur la route de Péronne, l'emplacement fut changé et reporté dans les prairies Saint-Firmin, c'est-à-dire à près d'un kilomètre de la place de Roye. Pour relier la gare à la ville, il fallait établir un chemin ; se servir de ceux qui existaient, c'était allonger encore le parcours : une voie nouvelle était donc nécessaire. C'est le parti qui fut adopté, la Compagnie fit le remblai de la gare à la ruelle Meurisse, et la ville acheta les terrains nécessaires pour prolonger la rue des Annonciades, en traversant le boulevard jusqu'à la gare projetée. C'est cette voie d'accès qui coûta à la ville plus de soixante mille francs.
L'été de 1865 fut très beau et très sec ; le 9 juillet eut lieu un grand concours de musiques d'harmonie, de fanfares et d'orphéons. De nombreuses adhésions avaient répondu à l'appel de la société philharmonique de Roye. Un jury, composé de sommités musicales, jugeait le mérite des exécutants. Sur la place d'Armes étaient les musiques d'harmonie ; sur le boulevard de l'Est, les musiques de fanfares : les sociétés chorales se faisaient entendre dans la salle de spectacle. Des médailles d'or, de vermeil et d'argent olfertes par l'Empereur, le préfet, le député de Morgan, le baron A. de Fourment. le comte d'Hautefort et M. le comte de Hinnisdal, furent distribuées aux vainqueurs. Des morceaux d'ensemble furent exécutés par toutes les sociétés réunies : le Concours de Roye^
grande marche militaire composée par M. Marguet, chel de musique, fut surtout remarqué. Ce concours favorisé par un temps magnifique, attira beaucoup de monde ; Tordre, la bonne disposition, la parfaite exécution firent le plus grand honneur aux organisateurs de cette fête musicale.
L'année suivante, le choléra qui décima la population de la ville d'Amiens, ne lit pas de victime à Roye, et le chiffre des décès resta dans son état normal.
En 1867, mourut M. de Morgan, député depuis dix ans de la circonscription électorale de Montdidier, dont Roye faisait partie. Il s'agissait de procéder à son remplacement; M. Auguste de Fourraent fut élu. A l'occasion de cette élection, il y eut à Roye, le 22 septembre, jour de la fête de Saint-Florent, des réjouissances annoncées par un brillant programme : ce danses gratuites, ballon, feu d'arti- (( fice, tombola, distribution de comestibles et secours aux « indigents et nécessiteux. »
Le 22 avril de l'année suivante, un concert au profit des pauvres de la ville fut donné dans la salle de spectacle, sur l'initiative de M™® la baronne de Fourment, avec le concours empressé des orphéonistes de Montdidier.
Mme (le Fourment, dont le talent comme cantatrice est fort apprécié, se fit entendre dans plusieurs morceaux, elle fut vivement applaudie ; des bouquets, des bravos Taccueillirent toutes les fois qu'elle parut sur la scène.
Mais la ville dut bientôt oublier ces fêtes joyeuses pour prendre ses habits de deuil, à l'occasion de la mort de M. Vecten, juge de paix du canton, et conseiller municipal de Roye. Vecten, Auguste -Joseph, natif de Belloy (Oise), vint s'établir à Saint-Mard pour exploiter la ferme de M. de Chuynes ; il s'acquit bientôt l'estime publique et fut nommé maire de la commune en 1830. Dans ces modestes fonctions,
il déploya tout le dévouement, toute l'aptitude d'un administrateur éclaii^é. Il quitta Saint-Mard pour venir se fixer à Roye, et en 1855, il fut nommé jugo de paix du canton. Magistrat intègre, dévoué, il remplit ses nouvelles fonctions avec zèle et avec probité, sa droiture, son désintéressement lui gagnaient toutes les sympathies. Il mourut le 25 mai 1868, à Vâge de soixante-treize ans, laissant un nom aimé et estimé. (Saint-Mord, 'par M. A, Ledieu.)
Cette année fut remarquable par la chaleur de Tété ; la moisson des blés se fit le 13 juillet, . et la récolte fut abondante.
C'est en 1869 que fut placée, à THôtel-de-Villo, l'horloge qui existe aujourd'hui ; elle fut fournie par M. Renard, rhabile constructeur de Ferrières. Un cadran transparent et éclairé, permet de voir l'heure pendant la nuit.
Le 13 juin, un banquet eut lieu à l'Hôtel-de-Ville, et fut offert à M. le baron de Fourment, à l'occasion de sa réélection. Le préfet, le sous-préfet, le député, le président du tribunal de Montdidier et les maires des communes du canton, assistaient au festin. Plusieurs toasts furent portés : à l'empereur, à l'élu, à la prospérité de la France ! ; mais hélas ! ces souhaits ne furent pas exaucés, car bientôt le sol de la patrie était envahi par l'ennemi.
Avant d'arriver au récit de ces douloureux événements, constatons encore le succès de M. de Fourment qui, le 27 mars 1870, fut élu conseiller général en remplacement de M. de Blavette, contre son compétiteur M. le comte H. de Hinnisdal de Tilloloy.
Nous ne répéterons pas les manifestations auxquelles donna lieu ce nouveau triomphe électoral. Ces bruyants témoignages doivent se taire devant les malheurs publics. La parole est aux événements.
Le 23 avril, l'empereur adresse au peuple français un manifeste, demandant la sanction de la nation sur la marche progressive de son gouvernement, a Confiant dans la a Providence , dit-il , je ne cesserai de travailler sans o: relâche à la prospérité et à la grandeur de la France. » Le plébiscite soumis aux électeurs eut à Roye la presqu'unanimité des suffrages. Ce fut le prélude : au mois d'août suivant, la guerre était déclarée à la Prusse.
Nous, ne parlerons pas de cette lutte héroïque sur tous les points du territoire français ; nous ne nous occuperons que des douloureux événements dont la ville de Roye fut le théâtre.
Le dimanche 4 septembre, on apprit par le Journal offi" cielj la capitulation de l'armée à Sedan et la captivité de l'empereur. Cette nouvelle inattendue causa plus de surprise que d'abattement ; au moment où elle parvenait, on procédait à l'élection des chefs de la garde nationale réorganisée, et cette préoccupation paraissait dominer tous les événements.
Le lendemain on vit arriver à Royè des convois de bestiaux, des voitures chargées de récoltes, des familles entières entassées dans des charrettes, et traversant la ville pour se dérober à l'ennemi. C'étaient des habitants des environs de Laon et de Soissons qui abandonnaient leurs demeures, emportant ce qu'ils avaient de plus précieux.
Ces passages d'émigrants se succédèrent pendant plusieurs jours et jetèrent l'alarme dans les localités qu'ils parcouraient. Sous cette impression, beaucoup d'habitants, des femmes surtout, quittèrent Roye pour se réfugier en Belgique ou dans les villes du littoral : ceux qui ne pouvaient fuir mettaient leurs valeurs en lieu sûr. Bientôt ces émigrations ayant cessé, le calme se rétablit, une demiconfiance fit place à la peur ; néanmoins le commerce s'en
ressentit, et la filature de laine qui déjà avait réduit le nombre de ses ouvriers, ferma ses ateliers.
Le dimanche 11, après une revue de la garde nationale, eut lieu le tirage au sort de la classe 1870 ; la révision se fit aussitôt, en présence d'un conseiller de préfecture, délégué du nouveau préfet Lardière.
Chaque jour, les Royens s'attendaient à voir des uhlans, on signalait leur présence à Chauny, à Noyon, à Compiègne, mais la ville et les environs en furent préservés ; les Prussiens se dirigeaient sur Paris, en traversant le département de l'Aisne.
Le 25 septembre devait avoir lieu le renouvellement du conseil municipal, qui avait adhéré au gouvernement de la Défense nationale, mais une circulaire ministérielle ajourna les élections. Ce document qui faisait connaître les prétentions de la Prusse soit pour un armistice, soit pour la paix, jeta le désespoir dans la population, on comprit qu'il n'y avait plus de salut que dans la guerre à outrance : Paris était alors iriVesti.
Le même jour, la garde nationale passa la revue, peu d'hommes étaient habillés d'une vareuse, d'un képi et d'un pantalon noir à bandes rouges ; il fut question de faire appel aux volontaires. Toute la journée et le lendemain dans la matinée, on entendit des détonations de canon dans la direction de l'Est, on supposait que Soissons était bombardée ; c'était la garnison de cette ville qui tirait sur les convois prussiens.
L'ennemi ayant investi Paris, le gouvernement fit appel à la province ; des arrêtés du préfet prescrivirent successivement la levée des célibataires de vingt-cinq à trentecinq ans, puis de la garde nationale mobilisée, jusqu'à quarante ans, en y incorporant les conscrits de 1870 ; la révision se fit à Roye.
Le 5 octobre, la nouvelle se répandit que M. Bertin, maire, était révoqué de ses fonctions, et que M. Duquesnel, docteur en médecine, était appelé à le remplacer ; en effet, un arrêté du préfet confirma bientôt cette destitution.
Le vendredi, à quatre heures du soir, on aperçut vers le sud, un ballon se dirigeant sur Roye ; en un instant la population se répandit dans les rues et par les chemins, suivant l'aréostat ; après avoir baissé sensiblement, le ballon prit terre à Crémery, et fut aussitôt entouré par un grand nombre de curieux. Quatre personnes étaient dans la nacelle, elles furent reçues par M. Bertin, qui avait chez lui le conseiller de préfecture, présidant le jury de révision. Vers trois heures, les aéronautes avaient perdu de vue un autre ballon, parti en même temps de Paris, emportant le ministre Gambetta. On apprit plus tard qu'il était descendu près de Montdidier et que les voyageurs s'étaient dirigés sur Amiens ; ceux de Roye allèrent les y rejoindre le lendemain. Trois pigeons qui étaient dans la nacelle furent lâchés sur Paris, portant sous leurs ailes une dépêche pour le gouvernement. ^
Le mardi 11 octobre, on signala du feu dans le village de Saint-Mard-les-Roye ; une pompe s'y rendit, des bâtiments à usage de bergeries devinrent la proie des flammes. Ce village fut souvent dévasté par l'incendie ; quinze ans auparavant, une rue entière fut brûlée, le 27 mai 1820, six maisons avec leurs dépendances furent encore consumées. La plupart des habitations étaient alors couvertes en chaume.
Le lendemain eut lieu dans la salle du théâtre une assemblée des électeurs, pour nommer cinq délégués chargés de porter à Amiens les doléances des habitants, concernant l'administration municipale. Un nouvau maire provisoire l'ut nommé : M. Masurier, notaire.
Lundi 17, on entendit le canon dans la direction de Montdidier ; plus tard, on apprit que les Prussiens, après avoir lancé sur la ^âlle quelques projectiles, qui tuèrent trois citoyens paisibles, avaient pris possession du chef-lieu d'arrondissement. Aussitôt Talarmo se répand dans Roye ; les gardes nationaux sont invités à déposer leurs fusils à la mairie, ce qu'ils font avec un louable empressement, malgré les idées de résistance manifestées par quelques-uns. Vers le soir, les ennemis ayant évacué Montdidier, l'espérance fit place à la crainte.
A peine était-on remis de cette émotion, que Ton annonce la présence des Prussiens. Les habitants rentrent prudemment chez eux, mais les femmes des faubourgs montent en grand nombre sur la Place pour assister à l'arrivée des ennemis ; c'était un détachement de francstireurs. Les citoyens reçurent à bras ouverts ces braves volontaires, chacun se disputait le plaisir de les recevoir ; pendant deux jours, ils furent nourris et logés par les habitants. Le commandant Lormier ordonna le départ ; le vendredi, à sept heures du soir, les francs-tireurs étaient réunis sur la Place, lorsque cet officier lança son cheval au galop sur les groupes de curieux, les obligeant à reculer, puis il donna l'ordre à ses hommes de charger leurs armes. Alors, sans provocation aucune, Lormier proféra des paroles blessantes contre les habitants, menaçant de son sabre ceux qui oseraient élever la voix. La stupeur était grande parmi les spectateurs, qui ne comprenaient rien à un pareil emportement. Nous ne répéterons pas les injures proférées par ce chef, mais sa conduite est inqualifiable ; on ne peut admettre que des hommes chargés de défendre le pays contre les ennemis de la patrie, menacent de leurs armes une population inoffensive.
C'était toujours la même agitation, la même anxiété ; des nouvelles annonçaient la présence des Prussiens à Noyon, leur marche sur Uam et sur Amiens. Mais le bruit de la reddition de Metz et la capitulation de l'armée de Bazaine, en prenant de la consistance, brisa la dernière espérance et jeta le découragement dans la population.
Le 31, la commission municipale, jointe aux plus imposés, vota une somme de huit mille francs pour l'équipement et l'entretien des gardes nationaux mobilisés.
Le 5 novembre, mourut M. Paradis, ancien officier de dragons, chevalier de la Légion d'honneur ; les pompiers et les gardes nationaux habillés assistèrent à son enterrement, des discours furent prononcés sur sa tombe.
Samedi 19, vers trois heures de l'après-midi, l'arrivée des Prussiens est signalée ; en effet, quatorze lanciers, le pistolet au poing, parcourent les rues de la ville, deux vont chez le maire demander des vivres. Après avoir placé des vedettes à l'extrémité des faubourgs de Saint-Gilles et de Saint-Médard, ils se réunissent sur le boulevard, mettent pied à terre, la bride de leurs chevaux passée au bras, et absorbent tranquillement les provisions de vin et de viande qu'ils avaient demandées. La foule était grande pour les voir et se pressait autour d'eux; mais ils paraissaient rassurés et tranquilles. Après une heure de séjour, ils relèvent leurs sentinelles et reprennent le chemin de Noyon.
Le lendemain, vers midi, trente uhlans venant de Guiscard arrivent au galop par la porte de Saint-Pierre ; ils parcourent la place d'Armes, une partie de la rue d'Amiens , prennent celle des Annonciades , suivent le boulevard et s'en vont vers Garrépuits.
Les brtiits les plus contradictoires se répandent, on
prétend que les Prussiens ne reviendront plus à Roye, des
raisons sont données à l'appui de cette opinion. Des personnes arrivant du dehors affirment, au contraire, que des uhlans parcourent les cx)mmunes à l'Est ; on en signale à Solente, à Ercheu, se dirigeant vers Roye. En effet, à quatre heures, des uhlans venant de Compiègne arrivent sur la Place, par la rue de Paris ; ils annoncent le passage de dix mille hommes pour le lendemain.
Plus tard, deux cavaliers qui paraissent s'être égarés, demandent leurs camarades, impossible de les comprendre et de les renseigner ; le maire leur lait donner un billet de logement. Dans la nuit, cinq francs-tireurs venant de Nesle, se présentent à l'hôtel où sont logés les Prussiens, se font conduire à leur chambre; ils s'emparent d'eux et les emmènent prisonniers. Pour ce fait, la ville fut frappée d'une contribution de deux mille francs.
Lundi 21, à trois heures, des Prussiens sont signalés dans la direction de Noyt)n. Bientôt, en effet, on aperçoit une colonne d'en^on deux mille hommes, composée d'infanterie et de cavalerie; cinq cents se dirigent vers Roye et arrivent sur la Place, ils sont accompagnés de voitures d'équipages et de deux pièces de canon. Les hommes et les chevaux sont logés ensemble chez les habitants. Les fantassins s'emparent des maisons formant le côté nord de la Place, de la rue d'Amiens et du faubourg Saint-Médard ; ils entrent six, huit dans un même logement, les habitants doivent les nourrir et les coucher.
Le mercredi matin, la cavalerie» s'écoule par la rue de Paris, tandis que d'autres uhlans arrivent par la Porte- Saint-Pierre, traversent la Place et se dirigent vers la route d'Amiens. Il est difficile d'apprécier leur nombre et leur direction, à cause de leurs mouvements par groupes et dans tous les sens. L'infanterie composée de fchasseurs, séjourna.
Le colonel logé à Thôtel du Commerce, donne l'ordre publié aussitôt, de porter à la mairie les armes de munition, les fusils de chasse et les sabres, qui sont emportés dans une voiture. Il fait une réquisition de fourrages et de deux mille quintaux d* avoine.
Merci*edi, passage continuel de troupes, environ six mille hommes, la cavalerie est formée de lanciers et de cuirassiers blancs ; l'infanterie se compose de chasseurs. Trois généraux logent en ville. Dans la matinée on entend la fusillade et le canon ; deux pièces d'artillerie quittent Roye vers onze heures et vont bombarder le Quesnel, à cause de la présence des francs-tireurs dans les bois de cette commune. Les cavaliers se mettent en marche, les uns par la route de Paris vers Montdidier, les autres vers Amiens et plus au nord.
Le lendemain 24, dès le matin, on entend le canon du côté de la route d'Amiens, un combat se livre à Mézières. Le clairon d'alarme appelle les soldats, qui se dirigent en toute hâte vers Bouchoir. Ils paraissent saisis de frayeur, ils quittent leurs logements en faisant leurs adieux et répétant : Malheur l capout. Ils marchent vers le lieu du combat sur trois colonnes. La colonne gauche côtoie la route d'Amiens par Villers, Erches, Arvillers; celle de droite, par Damery, Quesnoy, Folies; celle du centre s'avance sur Bouchoir. Bientôt on voit revenir les équipages qui étaient partis le matin. Le bruit d'une défaite des Prussiens se répand , puis arrivent des voitures de blessés, quinze sont logés à l'hospice ; dans d'autres charrettes sont des cuirasses, des casques, viennent ensuite des chevaux démontés et blessés.
Voici ce qui s'était passé : les éclaireurs prussiens partis le lundi, vers la route d'Amiens, s'étaient avancés prudemment jusqu'à Bouchoir ; le lendemain, ils poussèrent leurs
reconnaissances au-delà de ce village, arrivés en face du Quesnel, ils furent assaillis par une vive fusillade qui tua quelques hommes : ils se replient alors sur Roye et reprennent leurs logements. Leur terreur, leurs plaintes en rentrant, firent comprendre que quelque grave événement s'était passé.
De nouveaux renforts arrivent le mardi, six à huit mille hommes traversent la ville, le général Sfanteuffeld que l'on a été chercher à Compiègne, se dirige aussi sur le chemin d'Amiens. Plus nombreux alors, ils s'avancent en colonnes d'attaque, la cavalerie sur la route, Tinfanterie sur les bas-côtés, ils dépassent Bouchoir, le centre se porte , sur le Quesnel, tandis que la colonne de droite oblique à gauche ; . les tirailleurs français se replient sur Beaucourt.
Samedi toute la journée, défilent des équipages, quarante-deux pièces de canon, quatorze mille hommes d'infanterie venant de Noyon et de Compiègne. En voyant ces masses de troupes, on comprend que les forces ne sont pas égales et qu'il faudra succomber.
Dimanche, de nouveaux régiments arrivent, musique en tète, ils traversent la ville, les uns par les rues, les autres par les boulevards. On parle d'une bataille dans la vallée de la Luce, où nous aurions eu l'avantage, les cuirassiers blancs auraient surtout beaucoup souiTert; c'était le combat de Villers-Bretonneux.
Le passage de troupes de toutes armes se continue le lendemain, la ville eut à loger trois mille soldats, sans compter les chevaux ; c'était le 43® de ligne, les hommes qui le composaient se furent remarquer par leurs exigences, leur gourmandise et par leurs déprédations. C'étaient de pauvres soldats, ayant peur du feu, ils quittaient les maisons en pleurant, en répétant : maXhexvr ! ils crai-
gnaient ne pas retourner chez eux, surtout à la vue des blessés que l'on ramenait de Gachy et d'Âubercourt, où avaient eu lieu les afiaires dont le canon s'était fait entendre pendant plusieurs jours.
Huit cents hommes avec quatre pièces d'artillerie arri« vèrent à Roye le dimanche, se dirigeant sur Ham que les Français avaient repris, ainsi que Saint-Quentin. La colonne alla camper vers Ercheu, le lendemain, une reconnaissance fut envoyée vers Ham, au pont d'Allemagne les Prussiens furent accueillis par une fusillade d'avant-postes français ; ils rebroussèrent chemin et arrivèrent à Roye vers cinq heures. Alors ils recommencèrent leurs procédés, c'est-à-dire que sans billets de logement, ils pénétraient par groupes et de vive force dans les maisons, ils paraissaient fort inquiets, les canons étaient sur la Place, les postes étaient nombreux, de fortes patrouilles battaient la ville et les environs ; ils craignaient ime attaque, cent vingt hommes campèrent dans les salles de la mairie et les soldats couchèrent habillés. (11 décembre).
La nuit se passa sans incident, le matin ils décampèrent par la route d'Amiens, emmenant des voitures de réquisition pour les éclopés, qui étaient en grand nombre. Ils s'arrêtèrent à Mézières ; le soir, des uhlans vinrent encore à Roye, parcourant la vUle dans tous les sens, explorant tous les chemins : on annonçait des troupes françaises. Avec les soldats, s'éloignèrent les chariots des voituriers qui depuis quinze jours, encombraient la Place. Afin de ne pas loger chez les particuliers ces voituriers qui étaient tous des voleurs, la Mairie leur donnait deux francs par jour, plus la nourriture de leurs chevaux, ce qui occasion^ nait une dépense journalière de trois cents francs. La nuit, ils rôdaient par les rues, et pénétrait dans les maisons pour voler ; quelques-uns reçurent la schlague.
Il ne restait plus dans la Tille que les médecins et les soldats d'ambulance, pour soigner les soixante blessés qui étaient à l'hôpital.
Depuis quelque temps, on annonçait la présence des troupes françaises ; en effet, le 14, vers quatre heures, quinze dragons en iépi, assez mal montés, arrivent sur la Place, leur premier soin est de désarmer les médecins et les soldats d'ambulance. Après une heure de séjour ils se retirent * vers Gruny, emmenant des chevaux et des voitures pris aux Prussiens, ils annoncent que des colonnes françaises logent à Rethonvillers, à Marché et aux environs. Le lendemain jeudi, vers neuf heures, arriva un bataillon du 91® de ligne. Ces troupes bien organisées, pourvues de tentes de campement et du matériel de campagne, firent une halte de deux heures; elles furent vivement accueillies par la population qui se disputait le plaisir de les recevoir : puis elles reprirent la route de Péronne, se dirigeant sur lihons.
Ce n'était pas sans de vives appréhensions que les halntants virent s'éloigner les troupes françaises, ils craignaient des représailles, dans le cas d'un retour offensif des Prussiens. Néanmoins on était plein d'espérance, les cloches qu'il était interdit de sonner, furent mises en branle pour les besoins du service religieux ; on était rentré sous la domination française. Mais il y avait à peine une heure que les derniers soldats en patrouille autour de Roye, avaient quitté la ville, lorsque deux uhians vinrent en éclaireurs jusques sur la Place, s'informant de la présence des Français. En même temps, on en apercevait d'autres au haut du faubourg de Saint-Médard ; aussitôt un courrier fut expédié vers les Français.
Vendredi, pendant le marché, arrivent dix uhians qui, traversant la Place, se rendent chez le maire ; en son
absence, ils vont demander à la Mairie des renseignements sur la marche et le nombre des troupes françaises. Une heure après, ils quittent la ville et se dirigent vers Mont- 4idier.
Un lieutenant prussien sortant de l'Ecole des Cadets, du nom de Wedel, Français réfugié, mourut à Roye des suites de blessures reçues au combat de Domart. Son enterrement se fit avec une grande pompe, une compagnie d'infanterie, musique en tète, l'accompagna au' cimetière.
Le lendemain 49, à dix heures, arrive le 68* de ligne allemand, il s'empare de la ville, les soldats pénètrent de yive force chez les habitants et se logent à leur gré. Le colonel fait publier l'avis que MM. Bertin, Catoire, Perret et .Leroy sont pris comme otages, et rendus responsables des violences qui pourraient être exercées contre ses soldats. Heureusement, ils quittent bientôt la ville et se dirigent vers le sud*ouest. On entend le canon dans la direction d'Amiens.
Le 25, on répand le bruit d'une victoire dans les environs de cette ville, la nouvelle prend de la consistance ; une dépèche du préfet du Nord annonce un succès des troupes françaises à Pont-Noyelles, en même temps leur retraite vers le Nord, ce qui laisse supposer que la victoire n*a pas été complète.
Dans la nuit, un incendie est signalé à Carrépuits, des cavaliers prussiens avaient mis le feu dans l'écurie d'une ferme ; trois de leurs chevaux forent brûlés.
On entend le canon dans la direction de Péronne, c'est le bombardement de cette ville, qui capitule le 10 janvier après avoir soutenu, pendant treize jours, un siège héroïque.
Le lendemain, des officiers mobiUsés venant de Péronne confirment cette nouvelle ; les officiers étaient libres sur
parole, les soldats prisonniers de guerre étaient emmenés en Allemagne, beaucoup s'échappèrent et revinrent dans leurs foyers.
L'autorité prussienne fait afficher l'abolition des contributions directes et indirectes, et de la conscription. Le lundi 30 janvier arrive le 19® régiment d'infanterie avec de la cavalerie. Ces troupes logent par billets, elles apprennent la capitulation de Paris et la signature d'un armistice de vingt-un jours, on refuse de croire à cette nouvelle ; mais elle est confirmée par une circulaire .du préfet prussien, qui donne les articles de la Convention et annonce la convooation des électeurs pour la nomination de députés. Cet événement accueilli avec tristesse par la population, est reçu avec joie par les soldats allemands qui manifestent hautement leur satisfaction, ils font de la musique sur la Place ; néanmoins ils continuent leurs réquisitions, et frappent la ville d'une taxe de mille francs, pour le retard d'une heure apporté par une voiture réquisitionnée.
Le 8 février 1871 eut lieu, sans bruit, Télection de onze députés ; neuf candidats du comité libéral et deux d'une autre liste furent élus. M. Félix de Beauvillé fut nommé pour l'arrondissement de Montdidier.
La ville est frappée d'une contribution de guerre de deux cent mille francs, cinquante francs par habitant; cette charge énorme exaspère les Royens, et le premier mouvement est de refuser de payer. Enfin, à force de démarches, on obtient une réduction de moitié ; les contribuables sont convoqués à la Mairie, quelques personnes invoquant l'armistice, sont d'avis de résister à ces exigences. Le bruit se répand que la ville sera livrée au pillage, la peur s'empare des esprits ; le colonel fait des menaces d'exécution. Ces moyens d'intimidation réus-
sissent, des valeurs de toute nature sont déposées entre les mains du maire.
Depuis rinvasion, une épidémie de petite vérole sévissait sur la population Royenne et faisait beaucoup de victimes ; on comptait cinquante décès depuis . le commen-* cernent de l'année 1871 . La maladie firappait surtout les femmes et les adultes. Quant aux causes déterminantes, il semble qu'on les puisse retrouver dans les commotions morales produites par les événements.
Sous la même influence, la mortalité suivit une période croissante ; le nombre des décès qui avait été, en 1870, de cent trente (dont cinq Prussiens), s'éleva à cent soixante-trois en 1871, alors que la moyenne des années précédentes était de cent environ, c'est-à-dire au lieu d'un mort sur trente -neuf habitants, c'était un sur vingt- sept.
La promulgation de la nouvelle loi municipale en prononçant la dissolution des commissions provisoires, nécessitait de nouvelles élections. M. P. Véret, premier conseiller municipal inscrit, remplit les fonctions de maire jusqu'au 30 avril, époque à laquelle eut lieu l'élection. L'ancien conseil fut réélu à l'exception d'un membre ; le choix du maire était réservé à la municipalité, M. Bertin reprit ses anciennes fonctions.
Depuis que la ville avait cessé d'être occupée d'une façon permanente, les affaires reprenaient un peu, les marchés étaient mieux pourvus ; le marché au blé était le moins approvisionné, cette denrée était fort cher et valait cinquante-cinq à soixante francs le sac. La récolte en terre était mauvaise, les blés de saison avaient manqué* on les avait remplacés par des mars, qui présentaient une mauvaise apparence ; le temps était sec, froid, un peu plus doux vers la mi-juin.
Des élections complémentaires pom* deux députés eurent lieu le 2 juillet, le général Faidherbe et M. René Goblet obtinrent à Roye, la presque unanimité des votants.
Le 21 juillet, la ville eut à loger encore deux cent cinquante hommes et cent cinquante chevaux du 1^ régiment de pontonniers ; le 23, passage continuel d'équipages, de cavalerie, d'artillerie et logement de deux mille deux cents soldats, qui partent le 24, à la grande satisfaction publique, car ils étaient les derniers.
Telle fut pour la ville de Roye, l'occupation allemande, faible épisode d'une guerre désastreuse, follement entreprise et qui coûta tant de sang à la France. (Les Prussiens d Roye, par E. Coët.)