‹ Histoire de la ville de RoyeChapitre 8 sur 37 · V. — RORICON DE ROYE · texte numérisé non relu

V. — RORICON DE ROYE

RoBicoN DE Rote fut continué dans la châtellenie par Philippe de Flandre, comte de Vermandois ; il souscrivit l'exemption accordée par le comte à l'abbaye d'Ourscamp.

Roricon signe la charte de donation de Virey à Notre- Dame de Paris, par le comte Philippe, en 1175, puis l'acte de confirmation de la terre de Gruny aux Frères d'Ourscamp.* Il consentit, en 1188, à la donation que le seigneur de Chilly-en-Santerre fît à l'église de Lihons.

Après la mort de Philippe de Flandre, il signe avec le roi Philippe-Auguste une charte de l'église d'Amiens, par laquelle le chevalier Raoul de Saint-Taurin donne au Chapitre tout ce qu'il pouvait posséder en la terre de

I (jlies (1100), c'est-àrdire la demie de la vicomte et de l'avouerie, qui dépendait du domaine de Roricon de Royc.

C'était une distinction particulière de signer à une charte avec le roi ; cette faveur était réservée aux cinq grands dignitaires de la couronne,

lloricon avait épousé Adeline ou Helvide de Guise, fille de Guy, seigneur de Guise, et d'Adéline de Montmorency.

II eut de son mariage sept enfants, qui sont : 1** Barthélémy de Roye.

2' Raoul, sire de Guerbigny et de Monchy ; au mois do décembre 1202, Raoul confirme la vente d'une rente de grains -sur la dime de Lagny, près de Noyon. Il fut pèro de Jean qui devint seigneur de Roye, et de Raoul, seigneur de Laferté en Ponthieu, du chef de sa femme Marie, dame de Lafeiié, issue des seigneurs de Villesur-IUon.

Ils sont les auteurs de la branche des seigneurs de Laferté et de Vendeuil qui brisait d'un lambel d'azur.

Raoul laissa deux enfants : 1^ Mathieu de Roye, seigneur de Laferté qui épousa Jeanne de Vendeuil ; 2" Marie de Roye.

Mathieu, comme seigneur de Laferté, approuve une donation faite par Idoine, châtelaine de Péronne, du consentement de son mari Nivelon de RonqueroUes, de vingt sols d'argent au couvent de Notre-Dame de Moreaucourt, à prendre sur la ville de Saint-Hilaire mouvant du liof de L^erté-les-Saint-Riquier. (1234).

Comme seigneur d'Eaucourt, il approuve, en 1240, la vente faite au couvent d'Ëpagne de vingt journaux de terre, situés près d'Eaucourt, par Guy de Monflières, qui éUiit son homme-lige.

Mathieu achète, on 1244, la terre de BrevilUers à Aelis de Neuville, veuve de Pierre Huvet, du consentement de son fils Siger, chevalier, sieur de Soyecourt.

Le sire de Laferté eut des contestations avec Henri de Montreuil, chevalier, qui réclamait la possession d'un chemin conduisant de Maisons-en-Ponthieu à Montreuilsur-Mer; un arrêt du Parlement, du 27 mai 1257, se prononça en faveur de Mathieu et le maintint dans la garde et la vicomte de ce chemin.

De nombreuses difficultés s'élevèrent aussi entre Mathieu et les moines de Saint-Riquifer ; ces derniers avaient intercepté, par une clôture, une ruelle contiguë à leur abbaye ; sur la plainte de Mathieu, le bailli d'Amiens avait fait détruire cette clôture, mais les religieux en appelèrent au Parlement. Un arrêt du 9 février 1266 déclara que le Bailli avait outrepassé ses droits ; néanmoins, Mathieu continue à protester et un nouvel arrêt de Tannée suivante défend au Sire de commettre des violences contre l'abbaye, lui enjoint, en outre, de replacer, où il l'avait trouvé, le corps d'un noyé qu'il avait enlevé près de Saint-Riquier et que réclamaient les moines.

Mathieu s'accorde mieux avec l'Echevinage de Sàint- Riquier et donne son consentement aux réparations que le maire avait faites à un chemin appartenant au seigneur, sans cependant que l'Echevinage puisse prétendre y exercer aucun droit de justice. (1269).

Le 6 janvier suivant, Mathieu consent à ce que les sergents qu'il prépose à la garde de la vicomte de Centule prêtent serment, avant d'entrer en fonctions, entre les mains des maire et échevins, de garder fidèlement la vicomte, conformément à la loi, et accorde à l'Echevinage le droit de justicier pour la taille, dans ses fiefs de la banlieue. Mais des abus ayant été commis à propos du curage du ruisseau de la Bonne-Fontaine^ en rompant le vivier et en construisant un pont dans son fief; les échevins furent condamnés à l'amende et à détruire leur

l*ont, Mathieu retira, dès lors, le droit de percevoir la taille ; TEchevinage en appela au Parlement qui, en 1285, autorisa les maire et échevins de Saint-Riquier à tailler les bourgeois et les taillables demeurant dans les possessions de Mathieu, et même à poursuivre ceux qui, ayant quitté la ville pour se réfugier sur les terres du seigneur, n'auraient pas acquitté les charges de la commune.

Mathieu, en 4282, approuve, *comme seigneur de Laferté, la vente faite aux Chapelains d'Amiens par Adrien Chevalier, sire de Saint-Léger.

Dû son mariage avec Jeanne de Vendeuil, Mathieu de Iloyo eut un fils dont nous parlerons tout-à-l'heure.

Marie de Rote, fille de Raoul, fut mariée en premières noces i\ Aubert de Ilangest, troisième du nom, seigneur do I langest, de Genlis et de Neuville ; en secondes noces, elle épousa Bouchard, comte de Vendôme ; de ce deuxième mariage est issu, par divers degrés, le roi Henri IV. Elle eut do sa première union Aubert IV de Hangest et Mario, alliée à Jean, seigneur de Valencourt.

Une partie des terres provenant de Marie de Roye fut vendue par Bouchard, pour le produit, formant environ soixante livres do rentes parisis, être destiné aux écoliers étudiants à Paris, natifs de la ville ou du diocèse d*Arras,

Mathieu II de Roye, mai^chal de France, fut aussi seigneur de Laferté ; il reçut un mandement du bsdlli d'Amiens maintenant le maire et les échevins de Saint- Riquier dans le dix)it de faire payer aux bourgeois qui quitteraient la ville* pour s'établir sur ses terres, leur part dos dettes communales.

Mathieu opousit, en avril 1291, Mai^erite de Picquigny qui lui apiK^rta en dot six mille li\Tes tournois ; il mourut a>*iuU $;i nuuv Jeanne de VendeuiK laissant une fille du

nom de Lyénor, qui épousa Jean de Châtillon-sur-Marne, sire de Gandelu.

Mathieu, en mourant, fonda par testament plusieurs chapelles, entr'autres celle de la Trinité dans le château de Laferté ; pour cette fondation, Marguerite sa veuve, avait acheté douze livres de rentes du fief de Laferté, qu'elle échangea contre quarante journaux de terre sis à Cromont. Jean de Châtillon et Lyenor sa femme, ratifièrent cette acquisition, en 1314. Après la ruine du château, cette chapelle fut transférée dans Téglise paroissiale de Saint-Riquier.

Marguerite fonda aussi une chapelle dans la collégiale de Picquigny, et en 1342, une autre au village de Vauchelles, sous le titre de Saint- Jacques-le-Grand, pour laquelle elle donna des terres à Vauchelles ; le titulaire était chargé de trois messes par semaine, pour le repos de son âme et pour celle de Mathieu.

Je^mne de Vendeuil, la femme de Mathieu I", fut condamnée par un arrêt du Parlement de 1311 à garantir à la demoiselle Marguerite de Picquigny, une somme de deux mille huit cents livres parisis qui était réclamée à celle-ci par demoiselle Marie de Roye.

3* Robert de Roye, fils de Roricon, frère de Raoul et de Barthélémy, fut grand prévôt de l'église de Cambrai, en 1220.

4^ PiEKRE de Roye, chevaUer, portait ses armes : échiquetées i argent et de sable au chef fretté. Il mourut le 2 mars 1248 et Ait enterré dans l'abbaye de Joyenval, sous une tombe qui portait cette épitaphe :

Lans patrîœ, flos militiœ^ fons nobilitatis Lux generis, probus innumeris signis probitatis Petrus de Rou, miles, tumulo jacet isto Pro quo dat Christo laudes pia Virgo Maria.

Pierre de Boye laissa six enfants : I « Pierre ; 2fi Robert ; 3^ Thibaut ; 4^ Nicolas ; 5° Barthélémy ; 6<» Guillaume.

Tous morts sans postérité. Nous en parlerons.

©> Jean de Roye.

7* Marie de Roye, dame de Boulers, qui épousa Jean de Poissy ; elle en eut un fils appelé Simon de Poissy, auquel on fit l'épithaphe suivante :

Hic de Pissiaco Simon jacet inclitus

Virtate compar regibus, nihil modo morte sécante

Laus patria, lux militia^ rosa dapsilitatis

Gonsiliis fons, auxiliis mens, fons probitatis.

Les enfants de Pierre de Roye furent :

1" Pierre de Roye, archidiacre de la cathédrale de Noyon, qui fut enterré à l'abbaye de Joyenral.

2"* Robert, inhumé dans la même abbaye, sous une tombe sur laquelle son frère Guillaume fit graver l'inscription suivante :

Robsrtus dictus hoc q[ui sum in limine pief as Hic sunt juncta très lœtitans in limine fratres. 0 firatrer, caye sub celi ne lumine perces, Da nobis preces multum eis relevar.

Quisquis eris lector, pro nobis quinque peccare Ut nos, cum superis Christus relis associare.

3* Thibaut {Armiger)^ aussi enterré à Joyenval, mort avant Robert.

4® Barthélémy, archidiacre de l'église de Noyon, abbé do l'abbaye d'Ârrouaise.

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TOMHK KN UK<.)NZK IJ1-: NICOLAK UK ROYE

S** Guillaume de Roye, archidiacre de Noyon après son frère, enterré dans l'abbaye de Joyenval, où Ton voyait son épitaphe ainsi conçue :

Certus, discretus, ommi virtute repletus Largos in expensis, Guillblmus noYiomensis Corporis à vita sustollitur cerabile vita Qui legis hoc dubita, nam tibi fiet ita.

©* Nicolas de Rote. Après avoir embrassé la carrière des armes il échangea Tépée contre la crosse, et fut élu soixante-troisième évèque de Noyon, en 1228. « Ce prélat, c dit Jacques Levasseur, était de la noble extraction des c seigneurs de Roye qui ont leur bonne part dans nos c histoires de France, où leurs prouesses sont gravées c dans Vairain de V immortalité. ]>

Nicolas de Roye succéda à Gérard de Basoche ; il se fit remarquer par sa modération et sut mettre fm à certains conflits qui existaient entre TEvèché et l'Echevinage. C'est sous son épiscopat que Téglise Saint-Jean-Baptiste de Beaulieu fut rétablie à neuf, rendue paroissiale et séparée de la cure d'Ecttvilly, moyennant douze muids de blé à payer au curé. (1223).

Au mois de mai 1230, l'évèque de Noyon assista à la célèbre exécution de cent quatre-vingt-trois Bulgares ou Manichéens, qui eut lieu à Montaimé, en Champagne; ces malheureux furent brûlés vifs. Nicolas était accompagné de son métropolitain et des autres suffiragants de Rheims.

Nicolas de Roye eut des démêlés avec le Chapitre de Saint-Fursy de Péronne, au sujet de la juridiction que TEvêque prétendait avoir sur ce chapitre et sur chacun de

ses membres. La place de doyen étant vacante, Nicolas de Roye crut l'occasion favorable pour faire prévaloir ses droits ; il arrive à Péronne, prend ses habits pontificaux, entre dans l'église de Saint-Fursy, va droit à la chaire pour donner lecture d'une bulle du Pape. Les chanoines s'opposent à sa prédication et défendent au peuple de l'écouter sous peine d'excommunication. L'évèque taàt monter en chaire un des prêtres de sa suite, on arrête le nouveau prédicateur. Nicolas de Roye, élevant la voix, prononce l'interdit sur les opposants et leur défend l'entrée de leur collégiale. Les deux partis en appellent à Rome ; le Pape nomme un arbitre à la décision duquel se soumettent l'évèque et les chanoines. (1233). {Cartulaire de Noyon.)

C'est sous Nicolas de Roye qu'un incendie terrible détruisit une partie de la ville de Noyon, à l'exception des églises (1238) ; c'était le troisième depuis le commencement du siècle.

Nicolas assista à plusieurs conciles, à celui de Noyon, en 1233 ; puis au jugement rendu par les Pairs de France, à Compiègne, touchant la manière dont Thomas de Savoie et Jeanne, comtesse de Flandre sa femme, devaient prêter leur serment au roi Philippe- Auguste.

11 fonda le double de SaintrMartin et contribua, par quatre-vingts livres parisis, à la donation de la magnifique châsse de Sainte-Geneviève de Paris.

Nicolas mourut dans la capitale, le 13 février 1239 ; il fut transporté à l'abbaye de Joyenval et inhumé auprès de son oncle Barthélémy de Roye.

Sur sa tombe était une épitaphe ainsi conçue :

Jlntur nuIUsinur hh ttnUrvui imitiM

Son annirersaire se célébrait dans la cathédrale de Noyon, le 16 des calendes de février.

Nicolas de Roye portait : échiqtteté d'or et de gueules^ au chef d'argent fretté d'azur.

Son sceau, en ogive, représentait un évêque mitre tenant la crosse, puis ces mots : S. Nicolai episcopi noviomensts : le contre-sceau représentait un homme en prière, vu à mi-corps, de profil, à droite, et sur lequel s'abaisse une main bénissante, et en légende: Gratid Dei 8um id quod sfim.

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