‹ Histoire de la ville de SensChapitre 33 sur 37 · SIÈGES DE SENS PAR HENRI IV · texte numérisé non relu

SIÈGES DE SENS PAR HENRI IV

Premier siège : 1 ^' Mai 1 590

La ligue était une sorte de confédération du parti catholique fondée par le duc de Guise en 1576, dans le but apparent de défendre la religion catholique contre les calvinistes, mais qui n'avait en vue, en réalité, que de renverser Henii III et mettre le duc de Guise à sa place.

En 1585, le duc de Guise, alors tout puissant en France, se rendit à Sens avec son armée et prétendit pouvoir traverser la ville et d'y séjourner avec ses Lansquenets. Mais les habitants qui étaient toujours restés fidèles à leur roi. s'y opposèrent et refusèrent de lui ouvrir leurs portes sans avoir préalablement obtenu l'autorisation du roi Henri III. C'est ce qu'ils firent. Le duc de Guise tint rancune ii la population de cette attitude, et il laissa pour ce motif, ses troupes commettre dans la ville des exactions de toutes espèces.

Depuis la Saint-Barlhélemy (22 et 24 août 1572), les (iuises ne cessaient d'autre part d'irriter le peuple et jusqu'au T'oi lui-même, par leurs insolences journalières. Henri III qui s'était rendu au château de Blois pour assister aux Etals généraux convoqués le 16 Octobre 1588, j-ésolut d'en finir et de faire assassiner le (!uc de Guise. Il chargea six genlilhommes de sa cour de faire cette triste besogne, et ayant fait demander celui que l'on appelait à juste titre •' le roi des Halles'', ce dernier s'y rendit; il fut aussitôt assassiné au pied du lit de Henri III le 23 Décembre 1588. Le lendemain, le cardinal de Guise subit le môme sort que son frère.

La nouvelle de ce double assassinat jeta dans les esprits de I Sens, comme un peu partout une consternation et un élonnement tels (jue le cardinal Nicolas de Pellevé, 100« archevêque de Sens (1563-1591), un des plus grands ligueurs de son temps, ne put les maintenir dan> leur fidélité au roi, malgré ses instances, ses discours et sa persuasion.

Henri III, à la suite de ses meurtres, tomba lui-même sous le couteau liomicide de Jacques Clément, religieux du couvent des Jacobins, le l^-" Août 158'J et Henri IV, surnommé le '' Béharnais ", roi de Navarre fut appelé à lui succéder.

Le duc de Mayenne, lieutenant-général du royaume, qui arrivait de Lyon pour se rendre à Paris, passa à Sens et engagea les habitants à se prononcer contre le roi et les invita à acquiescer au piicie d'union contre la royauté. A son appel, ils refusèrent non seulement de reconnaître l'autorité royale, mais encore donnèrent un banquet au duc de Mayenne en souvenir et en réjouissance de cet acte.

Henri IV, tout préoccupé de Paris qui était le centre de ses opérations, ne s'en éloignait guère et presque toutes ses troupes s'efforçaient de s'en emparer.

Le 19 Décembre 1589, le capitaine Sauteur vint néanmoins avec un détachement de troupes royales jusqu'au bourg de Màlay-le- Vicomle, dans le canton noi'd de Sens, et résolut d'affamer la population en arrêtant les cours de la Vanne et les moulins qui alimentaient Sens. Les dépradations opérées au détriment des habitants autour de la ville déterminèrent Harlay de Champvallon, gouverneur, et de la Barquerie venu de Troyes, à se mettre à la tête des troupes sénonaises pour attaquer le capitaine Saulour. Mais ce dernier ne voulant pas s'exposer à un échec, résolut de se retirer et quitta M càlay-le- Vicomte. Diverses attaques de ce. genre se succédèrent sans succès autour de Sens, et LIarlay de Champvallon dut luimême se retirer.

La bataille d'Ivry, où Henri IV sut rallier ses cornettes à son panache blanc, eut lieu quelque temps après, le 14 Mars 1590, et le roi se porta ensuite vers Lagny, Provins, Melun et Montereau, puis de là vers Sens qu'il investit le l^'" Mai 1590, à la tète de 1500 hommes. Il dirigea ses batteries sur les portes Saint-Hilaire et ^ormeau et fit une brèche dans la rue Champfeuillard. Cette partie de la ville était défendue parla corporation dite des Sabotiws (i) qui envoya un coup de fauconneau adroitement dirigé vers le roi qui faiUit être tué. Llenri IV, voyant qu'il ne pouvait réduire la ville de Sens avec ses 1200 hommes, se retira et se dirigea sur Paris, but constant de ses pensées, et dont il commença le siège.

(!) Siège dejSens par Henri IV, de Larcher-Lavernarde

Deuxième sièj»e de Sens par Henri IV

Les guerres de religion ([ai Jiv;iieiil assombri les règnes de François II, de Charles IX et de Henri III. continuèrent sous celui d'Henri IV. Le duc de Mayenne, de concert avec les Espagnols dont le roi Philippe II revendiquait le Irôue de Frince pour l'infante d'Espagne, conliniiait à s'empai-er d'un grand nombre de vdies et avait fait son entrée à Pai'is le 12 Septembre 1592. Là, il dominait les Seize dans le conseil de la Ligue et exerçait dans la capitale du royaume une autorité toule royale. La ville de Sens qui ne [»ouvait soulïiir les Huguenots, était favoi'able au duc de Mayenne, et Henri IV se décida à en faire le siège afin de la réduire sous son autorité. Le maréchal d'Aumont, lieutenant du roi, adressa une sommation aux habitants ou de se rendre ou de reconnaître la loyauté. La réception de cet acle. le 23 Aviil 1590, jeta le trouble paimi les sénonais qui demandèrent pour donner la réponse un sursis jusqu'après les fêtes de Pâques qu'ils célébraient en ce moment. Mais la ville, repienant bientôt courage grâce à la prédication des prêtres de l'archevêché, décida de répondre en proposant diverses conventions peu acceptables. Le 25 Avril, les habitants fixèrent au roi de nouvelles conditions que le maréchal d'Aumont ne pouvait admettre et qui furent transmises à Heni'i IV. Le gouverneur de Sens, Harlay de Champvallon, penchait pour se rendre, lorsque le marquis Forlunat, son ennemi personnel, lit connaître qu'il ne trahirait jamais et proposa de défendre la ville avec une quarantaine d'hommes dévoués à sa cause. Le capitaine Piloze opta également pour la résistance plutôt que de servir le Béharnais et le gouverneur ne put échapper à une mort cei'taine qu'en se réfugiant à l'archevêché.

Le maréchal d'Aumont informa Henri IV de ce qui se passait et et l'invita à venir lui-même réduire la place insoumise. Le roi arriva aussitôt avec de nouvelles troupes et plusieurs pièces de canons. Les sénonais montrèrent une résistance opiniâtre ; malgré les cuii] cents boulets lancés sur la ville, les assiégeants durent reculer. Le comte d'Avanligny qu'Henri IV arfeclioiinail beaucoup fut tué et Charles de Choiseul-Praslin, moui'ut (juekpies jours après d'une grave blessure rerue dniis l'aine: les iissièL-ès n'eurent (pie neuf hommes tués.

Toutefois Henri IV ne pat ré.liiire la ville sénonaise, et pressé de reprend le le siège de Paris, il dut abandonner celui de Sens, en donnant pour prétexte que '' de même qu'il n'avait abandonné le te sièfiede Dreux que pour j/afjner la bataille d'Ivry, de même Une li'Vtiil celui de Sen^ que pour aller prendre Paris ".

Henii IV tit sa protestation de foi catholique et rentra dans le giion de celle religion, en présence de ratclievèque de Bourges, et lut sacré loi à Cliai-tres le 27 Février 1594 par l'évèque Nicolas de Thou. Celle conversion lui attira de nombreux partisans, ainsi que les villes de France qui se décidèrent alors à rentrer sous son autorité. Tel fut le cas de la ville de Sens.

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