SIÈGE DE SENS
par le Prince de Wurtemljerg" en 1 S t <^
La triste campagne de France, la dernière de Napoléon P"". allait commencer. Le 4 Septembre 1813, la Grande Armée était à peu près détruite et il ne restait plus qu'environ 40.000 hommes sur les 100.000 hommes qu'elle comprenait; la différence, soit 60.000 hommes avaient péri accablés par la misère. Napoléon toutefois, après les brillants succès de Lulzen et de Dresde, aurait pu accepter les propositions du Congrès des puissances réunies à Prague, mais dominé par la confiance qu'il avait dans son étoile, il s'attira une déclaration de guerre de la part de l'Autriche (i).
Dès lors la coalition fut complète. L'ai'mée du Nord se dirigea sur la Belgique ; Blucker à la tête de l'armée de Silésie franchit le Rhin entre Manheim et Coblentz. La grande armée Austro-Russe, sous les ordres de Schwarizemberg passa le Rhin à Shafi"ouse et à Bàle les 21, 22, 23 et 24 Décembre 1813 et marcha parle Jura sur Besançon, Langres et Dijon; déborda sur l'Ain et la Saône à gauche, et sur Belfort et les Vosges à droite. Cette armée était forte de 200.000 hommes qui allaient envahir la France.
Pour mettre à l'abri la ville de Sens, qui nous occupe spécialement, le Ministre de la Police générale avait ordonné le 19 Janrier 1814 à M. de Latour du Pin, de prendre les mesures nécessaires; le 25 les cosaques se montrèrent aux environs de Joigny, Bar-sur- Seine et Sens, tandis que les corps autrichiens qui les suivaient, occupaient Colombey et Bar-sur-Aube, Les habitants de Sens se trouvaient en proie à une légitime émotion.
Le général Allix avait reçu du Ministre de la Guerre, le 28 Janvier, ordre de quitter Paris pour se rendre à Auxerre prendre le commandement des troupes de la région et il arriva à Sens à la tête de 500 hommes et de 2 pièces de campagne.
Jacques-Alexandre-François Allix, né le 22 Décembre 1768 au hameau de la Renaudiére, commune de Percy, arrondissement de Coutances (Manche), fut nommé ssus-lieutenant le l'-''" Mars 1792,
(1) Siège de Sens par M. Joseph Perrin, président de la Société archéologigue de Sens.
puis lieiilenant le P'" Septembre suivant. Il atteignit de 179*2 à 1800 le gracie de colonel. Il fit les campagnes de 1792, 1793 et 1794 à l'armpe de la .Moselle. Capitaine le 28 Vendémiaire an II (20 Octobre 1793). il fut nommé ctief de bataillon le 20 Juin 1894 au combat de Trippsiadi. Il faillit périr sur l'échafaud et ne dut la vie qu'à son général, Moreaiix des Ardennes. qui refusa d'exécuter Tordre d'arrestation de Fouquier-Tinville. Le général Allix mourut le 26 Janvier 1836 et fut inhumé dans le cimetière de Clamecy, transformé de nos jours en place publique.
En arrivant à Sens, le général Allix fit élever les vannes de de l'Yonne, ordonna de couper tous les ponts de la Vanne ; il menaça de faire fusiller, pour l'exemple, vingt lâches sénonais dans le cas où il ne marcheraient pas et déclara en outre qu'il ferait conduire l'adjoint Soûlas à Vincennes s'il venait à broncher. Mais il ne tarda pas à s'attirer, par ses menaces, le mécontentement de la population civile, Le général Allix prit ensuite l'offensive, lorsque f'ennemi se retira et gagna Villeneuve-le-Roi. Plusieurs jours se passèrent sans combat et le 3 Février, Sens fut mis à l'abri d'un coup de main de la part des cosaques, lorsque le surlendemain l'ennemi lui réserva une vive alerte et parut subitement à la porte Dàuphine. Mais on l'y chassa bientôt et Sens tint bon contre le général ennemi Plotow qui renonça à prendre Sens par la force et lança ses cosaques sur Fontainebleau.
Le général Allix pensait qu'avec 400 hommes de troupes il suffirait à la défense de Sens, et il ordonna à tous les anciens militaires de se présenter à la sous-préfecture, pui^ il se rendit à Auxerre où il reçut la mission de Napoléon P"" de défendre spécialement la ville de Sens, Le général Allix s'imaginait en outre que l'Yonne formait par sa nature une barrière infranchissable au gros de l'armée d'invasion, tant qu'elle ne se serait pas emparé de la route de Montargis par Sens, Nemours et Fontainebleau et de la route, par Auxerre, de Briare et d'Orléans. Il ordonna par suite au général Pajol de s'établir entre Sens et Nogent, de le secourir au besoin et de garder communication entre Sens et Nogent. Vingt-mille français devaient contenir plus de cent-mille Austro-Russes. Le général Pajol venait de faire passer 200 coups de canons au général Allix qui apprit que 1 500 hommes de cavalerie ennemie venaient d'occuper Villeneuve-rArchevêque. ville voisine de Sens.
Le général Allix avait répondu du reste au\ intentions de l'Em. reur en lui disant : Je me cliarfje de la dé/ense de Sens : je dois dire que je trouve peu de dispositions à m'appuyer ; je jeriii cependant ce qui me sera possible.
Le 10 Février le général Allix n'était a la tète que de 1500 combattants, lorsque le prince de Wurtemberg. (|uittant brusquement Villeneuve-l'ArcbevOque, se présenta sur la route de Sens, entouré de son avant-garde et de la brigade du général Slocivmeier. Dans l'après-midi du, môme jour, le piince de Wurtemberg parut devant la ville de Sens à la tête de 4000 hommes et somma le général Allix de rendre la place. Celui-ci répondit qu'il était décidé à se défendre et fit aussitôt sortir des troupes dans les faubourgs St-Antoine et de Notre-Dame attaqués. Le prince de Wurtemberg fit transporter une batterie d'aiiillerie sui' les baulems de Saint-Pieire-le-Vif et fit lancer sur la ville des boulets et des obus. Le général Allix fit ensuite murer une petite polerne (jui avait été pratiquée dans l'enceinte du bàlimpnt du collège.
Enfin, le 1i Février 1814, le prince royal de Wurtemberg décidé à en finir par la force, ordonna à tout son coips de troupes de se masser entre la ville de Sens et de Pont-sur- Yonne, et fit reprendre le bombaidement avec une grande intensité ; néanmoins il tîouva tQutes les portes de la ville fermées. L'ennemi prit pour point de mire les bâtiments de l'ancien archevêché qui, à cette époque abritaient la Mairie. Enfin un obus vint briser le beau vitrail représentant la Sy bille de Tibuice de Jean Cousin.
Voyant toutefois que le tir restait sans elîet, le prince royal de Wurtemberg disposa ces troupes ainsi qu'il suit :
1o Sa cavalerie d'avant-garde, couvrant sa droite, surveillait la route de Pont-sur- Yonne et de Bray ;
2» Le comte de Lippe occupait le faubourg Nolre-Darae avec le 9"" régiment d'artillerie :
3° Le général Stockmeier se tenait au faubourg Saint-Didier avec le 10^ régiment, ainsi que le faubourg Saint-Antoine.
4» Le quartier général fut installé à l'hôpital Saint-Jean.
Sur ces entrefaits, un colonel autrichien du nom de comte Baiilet de Latour. raconte le général de Bangold, témoin oculaire de la chose, découvrit l'existence d'une pdterne abandonnée qui faisait
commiiniiiiier les caves fin collège avec la promenade du Mail. Le prince roval de Wiirlemberg accourut aussitôt pour se rendre comple de ce fait, fit avancer un d»'Machemenl de pionniers pi'ês de la poterne signalée et ordonna au prince de Tlolienloë de se tenir prêt à enlrer dans le collège avec le 4*^ régiment commandé pai" le colonel Imhoir.
Celte version, donnée par le général de Bangold, paraît vraisemblal)le; toiilefois la suivante, racontée parles vieux: habitants de Sens, semble être tout aussi véridique.
Il y avait à cette époque au faubourg Notre-Dame, un misérable estropié nommé " Antoine- Jean-Baptiste Deline, dit Larose ". et surnommé depuis *'- Larose le Cosaque ", qui indiqua la porte au colonel autrichien de Latour. Ce fut cette sorte de connivence entre ces deux personnages qui parait la plus réelle el la plus plausible . un traître seul pouvait fournir un tel renseignement et Larose le Cosaque fut dés lors taxé de félonie.
Quoiqu'il en soit, l'ouverture fut reconnue praticable par l'ennemi et le général Allix aussitôt prévenu, donna l'oidre au colonel Lallemand, son chef d'Elat-Major el au capitaine Hadel, de marcher avec sa compagnie de réserve vers l'endroit menacé. Le prince de Wuitemberg. fit de son côté déployer sur la promenade, la tête du 4« régiment pour répondre au feu des assiégés. Enfin la colonne Hohenloë s'ouvrit par là un passage, s'empara du collège ; le colonel Lallemand tomba mortellement blessé et fut pris par l'ennemi ainsi que les papiers qu'il portait sur lui. L'ennemi fit irruption dans la rue de la Parcheminerie (aujourd'hui appelée rue Thénard) et força la petite garnison, trop faible poui- résister, à se replier. Elle se mit en retraite vers la (Grande-Rue en se repliant en bon ordre, tenant tète à l'ennemi qui s'était ainsi emparé de la place. La ville de Sens fut livrée au pillage pendant la durée de deux heures. Les alliés évacuèrent Sens le 19 Février 1814.
Il est juste de rappeler ici un fait dont Madame Bénard fut l'héroïne. Celte femme, née à Sens en 1766 était la fille de Jean Pierron et de Anne Jolly ; elle avait épousé en Août 1782, François Bénard. orfèvre à Sens. Or, M. et Mme Bénard habitaient au moment du siège de 1814. le n» 58 delà rue Dauphine, actuellement 62 rue de la République. Cette courageuse femme, au moment de l'entrée des alliés dans Sens, s'était jetée aux pieds du prince royal de
— tes —
Wurtemberg, implorant la cessation du feu en faveur des habitants. Sa prière fut exhaussée et elle obtint en ouli'eque le pillage ne durât que deux heures. Honneur à cette héroïne (jui ne craignit pas d'implorer en faveur de ses compatriotes j La ville a donné son nom à Tune de ses rues, en souvenir de ce fait.
Le général de Bangold réduit la perte entière des Wiirtemburgeois à un homme tué et 22 blessés dans la journée du 10 Février 1814 et à 34 tués et 164 blessés dont 6 officiers pour la journée du 11 du même mois.
Quant aux pertes du côté de l'armée française, le général. Allix accuse seulement la perte du colonel Lallemand et une cinquantaine de blessés.
Un peu plus tard, le 5 Mars 1814. le prince de Wurtemberg revint à Sens qui se trouvait gardé seulement par un sergent-major, un caporal et quatre gendarmes, sous les ordres du commandant Herch, envoyé de Joigny par le général Allix. Le prince lit son entrée vers trois heures de l'après-midi, à la tête de 1500 hommes de cavalerie et plusieurs pièces de canons. Il n'y eut aucun siège et l'adjoint Cornisset lança dans la ville et la banlieue, une proclamation rassurante.