‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 101 sur 197 · ENGUERRAND DE COUCY · texte numérisé non relu

ENGUERRAND DE COUCY

La fille posthume du dernier comte de Soissons, hëritière de ce comtd, avait épousé, en 1395, Jean de Haynault. Une fille unique, issue de cette union, fiit mariée à Louis de Chatillon, comte de Biois, qui périt, quelques années après, à la bataiHe de Grécy, laissant trois fiils en bas âge. Le second, nommé Gui, hérita du comté de Soissons à la mort de sa mère.

Ge )e«Be seigneur était en Atage, en Angleterre, pour le roi Jean, depuis près de six années, lors^ que le comté de Soissons lui échut en partage. S'ennuyant d'une captivité dont il ne pouvait prévoir le terme, il prit le parti de racheter sa liberté aux dépens de sa fortune : il donna, pour sa rançon, au roi d'Angleterre, Edouard III, le comté de Soissons, dont ce monarque, par un acte du 17 juillet 1367, fit cession au seigneur de Goucy,.

56 msTOiRE

Ënguerrand YjEI, en remplacement d'une rente de quatre mille livres qu'il lui devait sur la dot de la princesse sa fiUe qu'il venait de lui donner en mariage. Ainsi finit la première lignée des comtes de Soissons , laquelle , descendant de Charlemagne « par les comtes de Yermandois, avait successivement passe dans les maisons de Normandie, de Nesle, de Haynault et de Chatillon par les femmes.

Le nouveau comte de Soissons, fort de la haute estime dont jouissait sa maison, de ses grands domaines et de sa réputation de bon et vaillant homme de guerre, ne voulut prendre aucune part dans les querelles qui eurent lieu entre le roi de France, Charles V, sota souverain, et le roi d'Angleterre, son beau-père. Cette neutralité, admise par les deux monarques, mit, pour un temps, la ville de ScMSSons à l'abri des ravages qui désolèrent quelques-unes des provinces vobines. Cependant plusieurs corps de troupes anglsûses, traversant la France pour se rendre de Calais en Guyenne, pénétrèrent dans le Soissonnais et y commirent des dégâts. En 1373, un de leurs partis, fort de cent vingt lances, environ 600 hommes, s'était avancé entre Vailly et Soissons; il fut

défait dans une embuscade que lui avaient dressée plusieurs seigneurs du pays à la tête de leurs vassaux. En 1380 et 1381, un autre corps d*armëe passa sous les murs de la ville, brûla quelques maisons des faubourgs et ravagea les environs. Mais les habitants de boissons payèrent cher la tranquillitë dont ils avaient été redevables à leur comte. Enguerrand ayant obtenu du roi le gouvernement militaire de la ville et de la province, fit bientôt peser sur la bourgeoisie un despotisme intolérable.

COMPAGNIE DE UARBALETE.

Dès les premières années du XIII* siècle, il s'opëra un changement important dans les armes offensives dont on se servait dans les armëes firançaises. L usage de Tarbalète, d'abord introduit sous Louis le Gros, et depuis abandonne sous son fils, Louis le Jeune, fiit repris de 1210 à 1214, pendant le règne de Philippe-Auguste, son suc-

58 HISTOIIU

cesseur. Cette arme ëtait, ayant l'iaveiitioii de b pottdre et des bouches à feo, uoe de celles qm offiraient le plus d'ayaiitages pour la défense des yilles, parce qu'il y avait des arbalètes à jalet qui lançaient de grosses balles ou de forts traits à une assez grande distance. Chaque yille, fennée de murs, était tenue d'avoir de ces machines, avec un certain nombre d'hommes, pris dans la classe des artisans, pour les construire et les réparer, ainsi que pour les servir. On leur donnait le nom d'artillers, et ils formaient une compagnie à part, en dehors des compagnies de la milice bourgeoise. Les artillers et les machines étaient sons la direction d'un officier appelé maître de l'artillerie, lequel recevait les ordres du grand-maitre des arbalétriers de France, qui prit dans la suite le titre de grand-maître de l'artillerie.

Les compagnies d'artillers ou d'arbalétriers, reçurent souvent des encouragements des rois qui accordèrent, en divers temps, des exemptions d'impôts à ceux qui en faisaient partie. Mais ce fat sous le règne de Charles V que ces compa-* gnies furent régulièrement organisées. Enguerrand de Coucy, devenu comte de Soissons et gouver-*

neur militaire de la province, fit don à la compaguie de la ville d une couronne d'argent, à ses armes, pour couronner son roi; c'était celui qui remportait le prix du tir.

L'invention des armes à feu ayant fait abandonner l'usage de l'arbalète, et l'établissement d'un corps de troupes régulières pour le service de l'artillerie du roi, rendirent les compagnies d^ar-^ balétriers des villes sans utilité. Cependant celle de Soissons se maintint encore pendant plus de deux siècles, comme association bourgeoise, soUs la dénomination des Chevaliers de l'Arbalète. Elle assistait en armes à toutes les cérémonies publiques; mais au lieu d'arbalètes pesantes et propres au combat, les chevaliers ue portaient plus que des arbalètes légères de luxe et de fantaisie, ornées, selon leurs moyens, d'incrustations en ivoire, en nacre, en aident et même en or; car alors ce n'étaient plus les artisans qui la composaient exclusivement, les bourgeois les plus riches tenaient à honneur d'y être admis. La compagnie avait son jardin, ou champ de tir dans la rue Bara, et sur la porte d'entrée on voyait un écusson avec trois arbalètes en sautoir. C*est dans cet

endroit qu elle donnait des repas et des fêtes. A certains jours de Tannée, elle assistait en corps à l'office dans la chapelle du Petit St-Crépin, où lé service funèbre de ses membres était célébré.

Page 1