‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 102 sur 197 · LE CHATEAU GAILLARD · texte numérisé non relu

LE CHATEAU GAILLARD

£ST CONVfiaTI EN FORTERESSE.

Charles Y était mort, laissant à ses frères l'administration du royaume, pendant la minorité de son fils, Charles YI. Le peuple était en proie aux rapines et aux exactions de ces régents, et à la tyrannie non moins odieuse des seigneurs, qui profitaient de la faiblesse du gouvernement pour faire revivre leurs vieilles prétentions. Fatigué de ses soufirances et de la dureté de ses maîtres, il ne supportait qu'avec beaucoup de peine et d'impatience une administration aussi déplorable, quand les Gantois, sous la conduite d'Artevelle, obligèrent le comte |de Flandre, leur seigneur, à

se rëfogpier en France. Le succès de leur insurrection devint le signal d'une fermentation générale dans toutes les villes. Les bourgeois manifestaient hautement leur mécontentement, et paraissaient n'attendre que l'occasion de rentrer dans les droits dont on les avait dépouillés par l'abolition du système communal.

Le roi ayant marché, avec la majeure partie de la noblesse et une armée nombreuse, au secours du comte de Flandres, les habitants de Paris et de plusieurs autres villes, et Soissons était probablement de ce nombre, profitèrent de son éloigiiement pour se soulever; mais la dé&ite des Gantois à Rosebecq, qui assurait le triomphe des seigneurs, permit de ramener à la hâte la plus grande partie des troupes. Tout, à leur approche, rentra dans Tordre et se soumit sans faire la moindre résistance. Mais Toccasion d'humilier la bourgeoisie, de lui faire expier ses idées et ses tentatives d'indépendance, paraissait trop favorable pour ne pas être mise à profit par les seigneurs. La plupart des villes, et Paris toute la prenûère, fiirent traitées avec une extrême sévérité : beaucoup de bourgeois portèrent leurs têtes

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sur rëc)ia(acid ; d'autres iangoirent longtemps dans les caphots ; d'énormes amendes inreiit exigées pour remplir les caisses du trésor royal, épuisées par les dilapidations des oncles du roi; en&i les franchises municipales lurent abrogées. On ni 9ion lès privilèges se relever de toutes parts sur les ruines des libertés civiles.

Toutefois ce retour violent vers la féodalité ne fut pas de longue durée. La bonté naturelle dii jeune monarque intervint en faveur de la bourgeoisie^ et mit à ces actes de rigueur et de vengeance^ un terme que commandait aussi Tintérét de son gouvernement. Une expérience chèrement acquise^ par plusieurs siàcles d'aniarchie féodale, avait assez fait conuaitre combien Textension immodérée des privilèges, et la servitude des peuples, qui en est la conséquence inévitable, sont funestes à la sploideur du trône et à la prospérité de rÉtat.

Mais les effets de la modération du roi ne purent s'étradre sur les provinces. La plupart des seigneurs qui y cmnmandaient , abusant de leur autorité, prolongèrent à leur gré le châtiment infUgé à 1^ bourgeoisie. Plusieurs d'entre eux allé-

refit même jusqu'à proclamer hantencsrt le prodiam retour des beauK jours de la fëodafiUt et, dans la vue de s'en assurer la tranquille jouissauce, ils s'empressèrent de Êiire élever, dans les villes, des dtadelles pour cmitraindre les habitants à subir le noureau )ou{; qu'ils youlaient leur imposer.

Le comte Enguerrand, l'un des y^ûnqueurs les plus marquants de Ros^ecq, fit exécuter des travaux considérables au château Gaillard et le rendit capable de tenir en bride la population de S^ssons. Investi du gouveniement de la ville et de la province, et jouissant du plus grand crédit auprès du roi; il put fidre fléchir, à son gré, les franclûses municipales devant ses volontés tyranniques. Si les habitants obtinrent de conserver quelques formes d'institutions libérales , elles étaient à peu près illusoires, sous l'autorité toute militaire et sans bornes du seigneur ; et telle était la force de l'autorité qu'il avait usurpée, qu'elle dura plus de quinze ans après lui. Derrière les tours et les créneaux de sa forteresse , il pouvait se rire impunénent des murmures et des armes de la pauvre bourgeoisie.

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Les augnffltaitions^ Êâtes par les ordres d'Enguerraad au château Gaillard, consistèrent principalement dans une enceinte extérieure de la fonm d'un carre long , enveloppant une superficie d'environ 4,500 mètres carrés. Cette enceinte avait au delà de 1 0 mètres de hauteur sur S d'épaisseur. Elle était surmontée d'un chemin de rondes qui servait à communiquer à des tours circulaires, dont quatre occupaient les angles du carré. S'il iaut en croire un auteur qui a pu voir trois de ces tours, leur hauteur était de 100 pieds (enyiron S3 mètres) , quoique leur diamètre^ pris à l'extérieur, ne lût que d'environ 8 mètres (*).

L'enceinte extérieuriie s'appuyant au petit bras de la rivière qui lui servait de fossé, la muraille de la ville se trouvait interrompue dans cette partie, et u'entourait plus le château. Deux ponts en bois, construits sur lés deux bras de l'Aisne, ouvraient une conununication directe, au travers de l'ile , avec la campagne de la rive droite, au dessous du faubourg St-Vaast ; en sorte qu'on pouvait aller du château de Soissons à celui de Coucy, résidcpce et place d'armes d'Ënguerraiid, sans être obligé de traverser aucune partie de la ville.

LE (llATEAf OAII.I.ARD

lugmentf par Kns^rn*niul «le (onrv virs i>'^82.

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Qaant au bâtiment da chàteaa, il fiit augmenté de toute la partie qui renfeitnait la grande salle , et qui avait été accoUëe sur le côte du nord. Quel- <^es auteurs ont cru que cet agrandissement du château avait eu pour objet de rendre la ville plus forte. C'est une erreur, puisque l'enceinte de celleci restait la même qu'auparavant ; le château gagnait seul aux nouvelles constructions, et ses épaisses murailles, ainsi que ses hautes tours étaient plus menaçantes que rassurantes pour les bourgeois. Us ont aussi prétendu que cet agrandissement était l'ouvrage du duc d'Orléans, frère du roi Charles VI, qui acquit , en 1 àO&^ de Marie de Coucy, fille du comte Ënguerrand, la moitié du comté de Soissons. Mais ce prince ne fiit jamais mis en possession du château Gaillard; car après la mort d'Ënguerrand, arrivée en 1 397, ce château était devenu la résidence de sa veuve, en secondes noces, Isabelle de Lorraine , et de la fille issue de cette union. Celle-ci épousa, en H 10, le comte de Réthel ; et le mariage fut célébré, dans ce même château, avec toute la pompe du temps; mais alors la veuve d'Ënguerrand cessa de l'habiter. D'ailleurs, on trouve dans un édit de l'an 1d07, que le

chdteau fiU bdti par Enguerrand qui » pour sa commodité, fit rompre la muraUle de la faille , y fit fiûre une sortie, et construire un pont sûr la rivière, pour aller de son chdteau en sa terre de Coucy, sans passer par la 0iUe.

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