‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 105 sur 197 · VIEUX USAGES · texte numérisé non relu

VIEUX USAGES

Pendant ces temps de calamités, les faibles lamières que n'avaient point encore ëtouffë, ni les invasions des barbares^ ni les fréquentes guerres intestines des seigneurs féodaux , n'araient pu se communiquer aux populations, et dix siècles d'i-» gnorance et d'abrutissement avaient donné naissance à une foule de pratiques grossières, dont la plupart se rattachaient aux cérémonies reli^euses. Sans parler.de la fête des fous, de la messe de l'âne, et d'autres extravagances semblables qui avaient lieu dans un assez grand nombre d'églises de France, il existait encore à Soissons pinceurs pratiques particulières. Voici quelques-unes des plus remarquables :

Le jour des Rameaux , au retour de la procession, on faisait une station devant le portail de la cathédrale, pendant laquelle un diacre monté sur la galerie extérieure, chantait la passion. L'évéque

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se teDMt debout au milieu de la pbce; fl ayant des bourses pleines de monnaie pendues à sa ceinture, et les pauvres yeimeat y prendre ce qu'ils toulaient.

On lisait dans un des anciens registres du chapitre de la cathédrale , les deux ordonnances suiyantes't

' « Le jour du mardi gras , les Vêpres seront chantas à'une heure, pour se transporter ensoite à notre hètdlerie de la Grosse Tête, et y yoir pasacar Us masques : il sera dresse, à cet effet, de^ vaut ladite hôtellerie deux tliâtrës ; Tun pour Rous (les chimoinesj et lautre pour notre bas chqeur.

<c Lç jour de la Nativité de la Vierge^ trob cha- Qoiiw^ s^ trsDfll^orteront, accompagnés de oiotre bailli et des officiers de notre jufttice, m TiUage de YillemontQire pour donner un pourpoint (an^ ci^n yéUfnent) à celiii qui fera la plus belle g|imace sur le théâtre de la place!. »

On lisait aussi , dans un vieux recueil du cliapitre de St-Pierrç au Parvis, que le jour de la fête des Prés, les religieuses de l'abbaye de Notre- Dame et les cfaanoiqes de ce chapitre, allaient m

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procession à la croix des Prës de St-Crëpin, et qu'après y avoir Êdt les prières usitées, les chanoines et les religieuses dansaient tous ensemble autour de la croix. A leur retour, chaque chanoine portait sur la tète , en guise de voile , une grande pièce de lard que lui avait donnée Tabbesse de Notre-Dame à titre de rétribution pour son- assistance ^ la procession*

Cet usàgei^ ridieides pt ces étratigea cérémo* nies , qui cachaient peut^tre dans leur origine tm sens mystique , dont Texp^cation n'est point parvenue jusqu'à nous, ont disparu peu à peu, et asA' cessé de profaner la pureté dv clilte et la majesté des rites sacrés.

Maintenant , nous allons arriver à l'un des événeinents les plus dramatiques et les plus dé-» sastreux des annales de Soissons.

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REVOLTE mS SOISSCNmAJS,

SIEGE ET SAC DE hk VILLE EN i4^4.

Jamais ëpoque ne fiitplus funeste pour la France , que le règne de Charles YI ; jamais plus de désastres ne fondirent sur elle, que durant la nrinorité, et plus tard, pendant la démence de cet infortuné monarque. Soissons , comme nous le Terrons bientôt, eut une large part dans ce demî*âècle de calamités publiques. Les trois oncles du prince avaient commencé le désordre par leurs rapines ; tuais qaiad le duc d'Orléans , frfare do roi , fut en âge de prendre part aux affaires du gouvernement , et de faire valoir ses droits à la régence du royaume , sa légèreté et ses dilapidations aggravèrent encore le mal. Il trouva un redoutable adversaire dans la personne de son cousin germain , Jean sans Peur, duc de Bourgogne. On vit bientôt éclater une haine inplacable entre les deux princes. Ils devinrent les fléaux d'une

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monarchie , dont leur naissance deyait les rendre les soutiens. L'ambition et la soif de la vengeance mirent tout en œorre : la ruse , la trahison , l'assassinat même , rien ne coûta pour s'emparer du pouvoir, et chacun déchirait le sein de la patrie au nom d'un roi malheureux , qui servait de jouet aux passions et aux vices de sa cour.

En novembre 1407, le duc d'Orlëans tombe sous les poignards des satellites de Jean sans Peur , et sa mort devient le signal d'une suite de crimes qui , des marches du trône , où ils ont pris naissance , s'étendent avec une effrayante rapidité sur toutes les classes de la nation. Deux grandes factions se formèrent dans l'État et divisèrent tous les esprits : celle des enfimts du duc d'Orléans , appelée plus communément la faction des Armagnacs, et celle du duc de Bourgogne. On pouvait reconnaître , dans la première , ce parti de la noblesse qui avait triomphé à Rosebecq des Gantois et de la bourgeoisie, et qui s'opposait de tout son pouvoir à ce que les franchises fussent rendues aux villes dépouillées à la suite de la victoire des seigneurs. Le duc de Bourgogne, au contraire, possédant, du chef de sa femme, les provinces flamandes, où les bourgeois jouissaient

4'dtt«) lil^trfeé. foit ët«s^^ fit mon-

trer i 4aw toutes les ooca$îoiiS) le dâenseur des iotéréls populaires. Cette conduite « en lui assur rsint rattachement et la soumission des Flamands, peuple difficile ^ (;ouTemer« lui donnait un grand crédit dans les villes de France , dont les habitants voyaient en lui leur seul appiu, leur unique Qspoir. Après le meurtre de son rival, il s'était reiidu maitre du gouvernement , et le peuple respirait, quoique toutes les injustices dont il avait à se plaindre n'eussent pas été , à beaucoup près, redressées; mais en Tannée 1413^ le dauphin, auquel le duc avait fait épouser sa fille, voulut enfin s'afiranchir de l'espèce de tutelle dans laquelle il le retenait, et prendre lui-même , au nom de son père , les rênes de l'État ; il se réunit aux Armagnacs. Cette déoiarche har(fi0 et inattendue entraîne le roi et la cour. Le duc de Bourgoçoe t qui ne se croit plus en sûreté à Paris, s'éloigoe et 6e retire dans ses états de Flandre, Peu de temps après, le dauphin , sur le point de se réconcilier avec son beau-père 4 eisde aux spUicitationa de h reine, et fait défimdre au duc , au nom du roi, de sortir de ses états.

. Jean sans Peur ne tient aucun compte ^ r«6

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derniers ordres, et malgré la ri{;aeur de la saifeon, il se met en marche , an commencement de fé^ Trier t avec une petite armée, composée de ses meilleures troapes, faisant annoncer partout qull ne vient que pour délivrer le roi et le dauphin de la captivité dans laquelle ils étaient rrtenus. La plupart des villes de la Picardie lui ouvrent leiirs portes* U vient à Soissons , où les bourgeois le reçoivent comme un libérateur. Poursuivant sa marche sans obstacles , il arrive jusque sous les mur^ de la c^itale , dont les habitants l'appelaient de tous leurs vœux ; mais les Annagdàcs, qui s'y trouvent en grand nombre , surveiUeilt si bien Ips Parisiens, qu'ils n'oftent remuer. Le due, après avoir tenté , à pli^ieurs rqirièes « mab tou* jours sans succès, d'entamer une n^odatioil, et trop faible pour risquer ime attaque» prit le parti de se retirer.

Les habitants de Soissons , depuis près de trente ans , supportaient impatiemment la perte de la plus grande partie de leurs frandbises , confisquées au profit d'Ënguerrand et de ses mccesseurs. lis voyaient , avec douleur, au sein de leurs murailles , cette forteresse du comte qui leur était

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tout eapoir d'être dëlivrës jamais de Topi^essioû du seigneur, et de rentrer dans la jouissance de leurs droits. L'occasion leur parut favorable. S'étant rendus maîtres du château psor surprise, ils incendièrent d'abord les deux ponts sur la rivière et murèrent la porte qui y communiquait. Puis ils démolirent la plus grande partie de Tenceinte extérieure de la forteresse qui faisait fiice à la ville ; en sorte que le château , proprement dit, se trouvait renfermé de nouveau dans Tintérieur de la ville , sans pouvoir communiquer avec le dehors.

Si les habitants ne poussèrent pas plus loin l'œuvre de destruction d'une forteresse élevée contre leur liberté , il fimt l'attribuer au temps qui leur manqua. Peut-être leur dessein se bor* nai^4l à remettre le château dans le même état où il était avant Enguerrand , respectant l'ancien édifice , qui était la propriété d'un puissant seigneur.

Le duc de Bourgogne, passant par Compiègne, lors de son retour en Flandre , conclut un traité avec les bourgeois de cette ville et de Soissons. Par ce traité, ces derniers s'engageaient à ne

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point reconnaître les ordres do roi , aussi longtemps que ce monarque et le dauphin seraient dans la dépendance des Armagnacs. Us s'engageaient aussi à soutenir les efforts du duc , pour obtenir la libertë complète de ces deux princes ; et le duc , de son cMë, promettait de recourir les deux Tilles de Compiègne et de Soissons , dont les habitants avaient rëtal^ les firanchises «t institutions municipales. En conséquence de ce traite , il envoya à ScHSSons Enguerraud de Bournonville, réputé le plus brave et le meilleur de ses capitaines , avec un corps de troupes , composé de Bourguignons , de Picards et d'une quarantaine d'^Anglais.

La retraite du duc de Bourgogne assura le triomphe de ses ennemis. IVofitant de la mauvaise issue de son entreprise , ils firent les plus grands efforts pour l'accabler : ils obtinrent d'abord du parlement plusieurs arrêts par lesquels ce prince, petit-fils de France, était déclaré assassin, voleur, brigand, traître, criminel de lèze-majesté. Dans le même temps , on remuait tout le royaume pour lever une grande armée, à la tète de laquelle on voyait , au milieu d'une foule de nobles , le

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roi , le dauphin , les ducs d'Orléans et de Bourbon , les comtes d' Aleuçon , d'Eu et de Yendôu^, et le bâtard Hector de Bourbon , tous du sang royal; le duc de Bar, petit-fib d'Enguerrand de Coucy et comte de Soîssons, le connétable d'Âl* bret, et enfin le comte d'Armagnac, Tàmedu parti. C'était lui qui devait diriger toutes les opérations de la guerre ; et par hm condescendance tout à fait digne de cette époque d^lovable, toute l'armée, les princes et le roi lui-même, portaient l'écharpe blanche de ce seigneur, (l'édlarpe royale était alors azur). Exemple firappant du vertige et de l'aveuglement de Tesparit de paria qui couvrait la majesté royale des couleurs d'un chef de faction!

L'armée se trouvant réunie, vers le commencement d'avril, dans les environs de Paris, le roi fit sommer, par des hérauts d'armes, toutes les villes qui avaient embrassé le parti du due de Bourgogne, et notamment Graupiègne et Sim^ sons, de rentrer dans le devoir, avec ordre au troupes qui s'y trouvaient d'en sortir sur-lechamp. A Soissons, ces sommations fiirent reçues avec hauteur, par Ënguerrand de Boumonville.

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Il répondit, aa nom des bourgeois et de la gariftson : a Qu*iU tenaient la ville pour le roi, qu'ils « étaient prêts à lui en ouvrir les portes, ain^ « qu'au dauphin et à leurs maisons seulement; c< mais qu'ils ne voulaient pas recevoir les prin- « ces et seigneurs ennemis du duc de Bourgo- <f gne, parce qu'ils les regardaient comme des <c traîtres. » Compiègne ayant fait une réponse à peu près semblable, l'armée royale ouvrit la campagne pflur le siège de cette viUe. La garnison se défen(fit, pendant quelques )ours, avec beaucoup de résolution, et obtint, pour eHe et pour les habitants, des conditions honorables.

Dès que Compiègne eut fait sa sounussiqn, l'avant-garde de l'armée, sous la conduite du coimétable^ du comte d'Armagnac, du duc de Bar et d'JIector de Bourbon, se porta devant Soissons, où elle arriva le 5 mai 1414. Elle ét^jt accompagnée de députés, chargés par le roi de &ire entendre raison aux So^sonnais et de les amener à se soumettre. Ce ne lut qu'avec beaucoup de peine que ces envoyés du monarque purent obtenir d'être admis jusqu'à la première porte, pour conférer avec le gouverneur et les

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magistrats de la ville. Ils les sommèrent de rentrer sur-le-champ dans Tobëissance et d'ouvrir leur portes , non seulement au roi et au dauphin , mais aux princes, aux seigneurs et à toutes les troupes qui étaient à son service : donnant l'assurance que le roi accordait, sans restriction aucune, le pardon du passe, comme il l'avait accorde aux villes de Compiëgne et de Noyon, où personne n'avait été inquiëtë ni poursuivi. I!$ leur représentèrent tous les malheurs qu'ils s'atlîreraient infailliblement s'ils s'obstinaient dans la révolte. Mais, ni les exhortations et les mena* ces des envoyés du roi, ni la reddition de Compiègne et de Noyon, ni l'arrivée prochaine de toute l'armée, ne purent ébranler les audacieux bourgeois et la garnison que renfermait la viHe. Boumonville répondit ce qu'il avait déjà répondu au héraut d'armes. Et à peine les députés se fttrent-ils retirés, qu'il commença les hostilités par une vigoureuse sortie, dans laquelle l'avantgarde de l'armée du roi, prise à l'improvistc, fut assez maltraitée. Enhardie par ce premier succès, la garnison renouvela ses attaques les jours suivants. Dans une de ces sorties, Hector de Bour-

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boQ, Tiin des chefs de I avant-garde royale, voyant ses troupes reculer en désordre devant ceux de la ville, accourut à leur secours, parvint à rétablir le combat et repoussa les assaillants. Entraîne par son courage, il les poursuivit l'épëe dans les reins jusque sur le bord du iossé, ou il fut atteint d'un coup d'arbalète que lui tira un des archers du gouverneur. La blessure fut mortelle, et la perte de ce chef, distingue par sa valeur et par ses qualités personnelles, fut vivement regrettée de toute l'armée. Elle devint un grand sujet de ressentiment contre les Soissonnais et leur valut bien des rigueurs Q).

La force pouvait seule vaincre l'opiniâtreté des révoltés. On investit la ville tout d'abord, afin de couper toute communication avec le dehors. Yainement la garnison voulut-elle, par de fréquentes sorties, s'opposer à une opération exécutée par quatre-vingt mille hommes (^). Le gros de l'armée, ou la bataille, prit position sur la rive gauche de l'Aisne. L'avant-garde, composée en grande partie de cavalerie, et la réserve ou arrière-garde, sous le commandement du duc de Bourbon, passèrent sur la rive droite, pour faire

tête aux secours que le duc de Bourgogne aurait pu envoyer, et qui ne pouvaient arriver que par ce côté. Le corps de réserve ftit aussi chargé de l'attaque du faubourg St-Vaast et de l'abbaye àt St-Médard, oà les Soissonnais avaient mis une petite garnison.

Le quartier du roi fut étabH dans Tabbaye de St-Jean des Vignes. Celai du dauphin et du duc d'Orléans, dans l'abbaye de St-€répin en Chaye. Le duc de Bourbon occupait l'abbaye de St- Etienne, et tous les autres chefs étaient répandus autour de la ville, à protimît^ de leurs troupes.

De leur côté, les assiégés n'avaient rien négligé pour augmenter leurs moyens de dâense. L'armée royale faisait encore le siège de Compiègne, que déjà ils avaient démoli et incendié tous les édifices qui avoisinaient, à l'extérieur, tes muralHed de la ville, afin d'en mieux découvrir les abords, et d'ôter à l'ennemi tout couvert qm pouvait favoriser ses approches : églises, mona^ tères, maisons, cabanes, tout avait été rasé |u^ qu'au sol , et ce qui restait des anciens faubourgs fut enveloppé dans la même ruine. Tous les villages, à plusieurs lieues à la ronde, avaient été pil-

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les pour approviflioaner la viile et priver rarmée royale des ressources qu'elle aurait pu eu tirer. En un mot, rien n'avait été négligé pour assurer la défense, souteiûr un long siège, et rebuter Tarmée du roi. On avait fidt sortir de la ville beaucoup de bouches inutiles. L'évêque et son chapitre s'étaient retira au Mont Notre-Dame, soit qu'ils désapprouvassent la révolte des Soissonnais, soit qu'ils voulussent s'éloigner du théâtre de la guerre.

Avant de commencer les travaux du siège, le roi, toujours porté à la clémence, quand sa maladie le rendait à Im-méme, voulut encore essayer des moyens de douceur pour fléchir l'indomptoble obstination des habitants. Il leur envoya une troisième sommation, avec menaces d'user envers eux de la plus grande rigueur s'ils n'obéissaient pas sur-le-champ à ses ordres. Mais telle était l'illusion qu'ils se faisaient sur leur courage et sur leurs moyens de résistance que cette sommation ne lut pas mieux accueillie que les deux premières. Bournon ville, parlant toujours au nom de tous, fit une réponse semblable aux précédentes; ajoutant que la garnison, rx)mposée de trou-

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pes au service du duc de Bourgo^e, tenait, par le droit de la guerre, une ville qui appartenait au duc d'Orléans, son mortel ennemi O-

Alors on décida, dans le eanq[> royal, qpie le siège serait poussé avec toute la vigueur possible, afin que l'armée pût ensuite profiter de la belle saison, et porter la guerre en Flandre. Cettç résolution fut saluée par des cris de joie : les seigneurs, indignés de la manière dont on les avait traités, voulaient, par un grand exemple de rigueur, ôter aux autres villes, qui tenaient encore pour le duc de Bourgogne, l'envie d'imiter Soissons; et les troupes jouissaient aussi par avance du pillage de la ville rebelle.

Il j eut plusieurs attaques. La principale fiit dirigée contre la partie de l'enceinte, à gauche de la porte Bara, ou se trouvait une grosse tour, sur laquelle était peint un ange. Le 1S mai, on commença à faire jouer l'artillerie. Cette arme, encore dans son enfance, ne se composait que d'un très-petit nombre de pièces de gros calibre, appelées Bombardes. Les assiégeants placèrent ta plus forte de leurs bombardes, nommée la Bourgeoise, à l'attaque principale» où elle fit

d'autant plus de ravages, que lesassiëgës n'avaient point de bouches à feu pour la contre*battre. En huit jours une brèche considérable fot pratiquée dans la muraille, et la grosse tour fortement endommagée.

Pendant que la ville était vivement battue, et que ses murailles entamées ouvraient plusieurs passages à Tennemi, la garnison de St-Médard se rendait à discrétion, sans avoir presque soutenu de combat, quoique Tabbaye eût pu faire une bonne défense. Le duc de Bourbon fait ensuite attaquer, par escalade, le faubourg St-Yaast. Brûlant de venger la mort de son frère, il prend lui-même une échelle et parvient, l'un des premiers, au haut de la muraille ; mais au moment où il va saisir les crénaux, une flèche l'atteint à la gorge et le renverse dans le fossé, d'où ses gens le retirent tout froissé et baigné dans son sang. La chute du général, ses blessures redoublent la fureur des troupes. L'enceinte du faubourg est escaladée de toutes parts. Au nombre et à l'acharnement de leurs ennemis, les assiégés opposent un admirable courage, presque tous se font tuer à leur poste . Le faubourg est emporté

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après une lutte des plas menrtrièreai et ie9 faibles dëbris de la garnison se retirent dans la ville ywr la porte du Chàtelet qui prot^ lewr retraite et arrête le Tainqueur.

La perte du faubourg porta un coup mortel aux rëroltés. Bon nombre 4e leurs meiUeùrs soldats y avaient pari ; elle leur enlevait aussi tonte espérance de secours, dans le cas ménie, où k duc de Bourgogne voudnût remplir la promesse qu'il leur avait faite. En effet, Tannée royale étant maîtresse du faubourg, il CaïUait, pour pénétrer jusqu'à la ville, une bataille suivie d'une victoire complète , et cette bataille, il n'était pas en état de la risquer. Dès lors les assiégés se convainquirent que tous leurs effcMts ne pouvaient plus que retarder de quelcpies heures la prise de la nlle. Us dépéchèrent un messager vers le duc de Bourgogne ; mais il fut pris par les troupes royales, et l'on trouva sur lui plusieurs lettres dans lesquelles les bourgeois mandaient au duc: « Vous saurez. Monseigneur, que nos ennemis « nous tiennent étroitement asuégés de toutes « parts, et que nous ne pouvons pas longtemps ^ réîrister contre eux. C'est pourquoi nous vous

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<« supplions de né plus tarder à nom secovir, « comme Tottft Ivez aotrefais promis. *«

BoumonviUe^ le plus courageux, et le pkis dé^ termine des capitaines de la faction bour^m*^

gnonne, sentait, arec raison^ que riuDlence de

ses réponses aux sommations du roi, aûsi que TopiniAtretë de sa résistance, devait attirer sur lui des châtiments séyères. Il conçut le dessein de sortir la nuit, à k tête de ses troupes, et de se frayer \m passage, Tëpëe k la main, au trarers de l'armée royale. Cette résolution désespél*ée, mais digne d*an chef de parti, qui ne doit jamais balancer entre une mort honorable et la perspective d'une fin ignominieuse, échoua au moment même où elle allait être mise à exécution : iMerre de Meneau, major de la milice bourgeoise, et Antoine de Craon, chargé, suivant quelques auteurs, du gouvernement civil (vraisemblablement prévôt), eurent avis du projet de Boumonville. Ils se rendirent, avec bon nombre de leurs gens, à la porte, par laquelle il devait sortir, et s'opposèrent fermentent à son passage. En vain soutenait41 , pour leur donner le change , que sa sortie n'avait d'autre objet que de chasser quel-

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que» postes enûeBus trop rapproches de la muraille ; ils persisterait dMS leur refiis de lui ouyrir la porte , dont les clefs âaient dans leurs mains. Us Im reprochèrent de vouloir les abaor donner, après les avoir amen^ au bord de Tabime : la tentative qu'il mëditait, et dont ils étaient parfaitement instruits , n'ëtait conçue que dans son intérêt personnel; elle devait entraîner, après elle , la ruine totale de la vill« , pour laquelle il restait encore, quelques lueurs d'espérance par telle ca|tttulation qu on pourrait obtenir de la bonté du roi ; enfin , quel<^ fût le sort réservé aux bourgeois de Soissons, il était de son devoir et de son honneur de le partager, et en tei hanap qu^ils beunUent, qu'il beurait aussi.

Boumonville se révoltait à toute idée de capitulation ; de là une mésintelligence fort vive entre lui et ses Bourguignons d'une part , et les bourgeois et les Picards de l'autre. A la pointe du jour, des officiers de la bourgeoisie s'empressèrent d'arborer , sur là partie de la muraille qui faisait face au quartier du dauphin, le signal par lequel ils demandaient à capituler , et déjà même on était entré en pourparler , quand des Bour-

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guignons accoureût , abattent le signal et s'oppo^ sent violemment à tonte négociation. La rupture éclate entre les deux partis ; les tètes s'échauffent; on se fait réciproquement d'amers reproches et des menaces , et peu s'en faut qpie les malheureux assiégés ne tournent leurs armes les uns contre les autres.

Instruits de ce qui se passe dans la ville , les assiégeants demandent l'assaut. Le roi voyant les bourgeois disposés à s'abandonner à sa merci , s'y refusa d'abord , en le promettant pour le jour suivant ; mais vivement pressé par les instances réitérées des che& et les clameurs des troupes, qui craignaient que le pillage ne leur échappât, il fut contraint de céder, et l'attaque générale fut ordonnée pour avoir lieu immédiatement.

L'assaut se donna vers midi , le 91 mai 1 41 i , sur cinq points à la fois , soit par des brèches , soit en escaladant la muraille. Les assiégés faisant alors trêve à leurs discordes, ne songent plus qu'à chercher une mort glorieuse. Ils volent sur leurs remparts ; le désespoir double leurs forces et leur courage , et de toutes parts les assaillants sont repoussés avec une perte énorme , principalement en noblesse.

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Cfp«nâattt les troupes: royttM étiÂeut parfeimies à pénétrer dans la grsade br^e, ptèa^ la porte Bara; mais un retnMche^aittitf éleyé à ijpiet- ^es pas en arrière , arrête leur coloniie. L'esr paee ne permet pas à ses yast«s flancs^ 4^ se déplayer ; Tutillerie et les armes 4e jet sont inutiles ; la lance et Tépée vont seules décider de U inlctoité. La tète de la colonne aborde le retcancfaement : ses premiers rangs sont renversés; d'aur très les saivent ; ik éptouvent' le méipe sort , et pendant {dus de deux heures, de nouveaux rangs monteoft à l'assaut sur les corps an^oncel^ des morts et des mouranlait dont i\^ yiennent grossir le nooftire.

Les assiégés, attaqué^ sur plusieurs points à la fois, avaient été obligés de dégarnir la partie de Tenceinte que l'Aisne semblait mettre à l'abiri de toute insidte ; mais les trqupçs royales qui occupaient le fitttbourg StrVaast, prflfitapt de l'pccaaion, pas^rent la rivière à gué, abordèrent daqs l'He du Mail, et viiv^ent aUsHPier la porte St-Q|iqpitin. Elle ne put rési^r et fut enfoncée. Qqel^es auteurs j^étendent qu'elle lut ouverte par des Anglais à la solde du duc de Bourgogne , qui tournèrent ensuite leurs armes contre ceux qu'ils ve-

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naient de traldr. Quoiqu'il en soit de k coodliite de ces merrenaires, les troupes du comte d'Anaa-' gnac, suivies de celles du duc de Bar, pëuëtrërent dans la TÎHe sans rencontrer d'opposition. Le Chàtelet tombe tout d'abord en leur pouvoir, les rend maîtres du pont et de la porte, et la ban^ nière blanche d'Armagnac flotte aussitôt sur la tour du beffroi pour annoncer à toute rannëe la chute de la ville.

C'est donc à Soissons qu'une armée française arbora, pour la première fois, le drapeau blanc en signe de victoire. Il n'ëtait encore que le dra* peau de la ligue des privilèges contre les fran-* chises de la bourgeoisie. Quelques années plus tard, le dauphin, depuis Charles VU, l'adopta pour se distinguer des Anglais, qui, ayant fait couronner leur jeune roi Henri YI, roi de Fra&ee, avec l'aide de la reine et du duc de Bourgogne, avaient pris la couleur royale. Ainsi, même dans son malheur, Soissons voyait encore grandir ses titres à la cAtbnté : le drapeau blanc faisait son apparition triomphale sur ces m«mes murs où, dix siècles auparavant, Glovis avait inauguré, dans la victoire, celui de sa monarchie.

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Bonrnonrille, à la noavdle que ramemi pâiètre dam la ville, par le cAté de la rinère, se hiâe d'y courir, à la télé de qudi^Ms troopes, pour s'opposer à llrraption, s'il en est temps encore ; mais son cheval reste suspendu sur une des chahies fermant une rue, qu'il avait voulu frandur, et il est fait prisonnier par Ramond de Guères , qai commandait les troupes du comte d'Âima^^nac. Ces troupes se portent raj^dement sur les der* rières àe la grande brèche, où l'on se battait toujours avec un acharnement sans exemple. Leur venue mit un terme à la résistance. Elles fondirent sur les assiégés en criant çiUe prise. Ces malheureux pris à dos, épuisés de fatigue, accabla par le nombre, sont bientôt taillés en pièces. Toute l'armée royale «ivaUt la ville ; les vainqueurs s'abandonnent alors aux excès les plus affreux. L'âge, le rang, le sexe ont perdu leurs droits : les hommes sont passés au fil de l'épée ou pendus aux gouttières des maisons ; d'autres se précipitent du haut des murailles ou se noyent dans l'Aisne, en cherchant à gagner la campagne ; mais toutes les issues sont gardées ; un mur de fer refoule tous ces infortunés au sein de la ville , où

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1m attendait une mort certainfe. Les icmiaes et les fiUes scMit impitoyadUeiaent nolées am les corps palj^lants de leurs époux, de leurs pères. Les re* ligpiettses partagent le même sort : groupées sur les marches de Vafutel qui reçut leurs yœux, elles po..^e»t s'y c«rire à lahri des fureurs de la guerre. Vain e^oir! la sainteté du lieu, leur innocence, leurs prières, leurs larmes, rien ne peut k^ sauver d'un cruel outrage ; et les vierges du seigneur ne sont pas pins (^argnées que lesfiUes de la bourgeoisie. Les officiers, donnant euxmêmes Texemi^e de la plus brutale débauche, livraient ensuite leurs malheweuses victiboies à leurs valets et à une si^datesque effrénée. Image frappante de la grosstèrrté des tbmps et des fureurs où l'esprit de parti peut porter des citoyens armés contre levs concitoyens I

Cependant un petit noinbre de femmes échappèrent au déshonneur, grâce au généreux dévouaDuent de quelques amis qu'elles avaient dans ks rangs de l'armée royale, qui parvinrent à les conduire aux quartiers du roi et du dauphin, où elles trouvèrent de l'appui et de la commisération. Là, n'ayant plus à trembler pour elles-mé-

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mts, eUes purent s'abonâoniier à t«ate ramertaae de la dooleuf , sur les malhevs de Soiasoas, où régnaient le carnage, la dévastation^ rincariir. Rien ne put échaf^er à un vsdnquew aiide de sang et de dëposilles : les ëglises, les nonastères, tout fut pille et saccage. La profanation et k sacrilège devaient mettre le sceau à ce hideux te* blenu de vengeaBces civiles.

Près de dix heures s'étaient écoulées daas c^ scènes de 4ésolation quaB4 la nuit vint étwdre sou voile. Les tristes victiiues qui lottaicttl. encore entre rignomiine et la tombe pouvaient espâ:«r que rennc»if cédant aux Itfigaes des combats^ et rassasié d'excès, s'abandçnaenût enfin ao soismeSiy et les laisserait cacher cbns l'ombre leurs larmes et leurs angoisses ; mais la. rage dg& vaioqueur» n'était pas éteinte, et cette denûère espérance leurfot encore rane. L'embrasement de l'hôtel-^e-ville (rancienne maison de la commune), vint éclairer leur horrible agonie. Ce lugdk^ Suial guidait les soldats dans lemr fiirie et leur Evrait de nouvelles victimes. Les flammes qui dévoraient les titres, où les droits de la bourgeoisie avaient été consacrés par la main des rois ^ servaient de

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kBÛnaire à ses (imératUes! Le ^nie du mal ne cessa de planer sur Soissons qit'aprës treote^sU hevres de ratages et lorsqall ae trouva plus rien à d<Torer.

Cependant le roi atait, à pbaieurs reprises, donné les ordrtô les {rfos sërères^ pour mettre wi trnne à toutes ces tiolotces. Le comte d'Anna^ gnac et d'autres seigneurs, entradnés par son exempie, firent les pins grands efibrts, et counah rent même des damgera pour seconder les inten- ' tioBs do monarque : ils se portaient au plus fort du carnage, criant, mab presque toujours en vain: par wârê dm roi, samez le tnenu peuple f Paroles de miséricorde et de proscripâon tout ensemUe, qm ne laissaient que trop aperceroir que le bot tééi de la guerre était une nouvelle croisade de la noblesse contre la bourgeoisie et ses libertés. De pins il fiit remarqué, ati ndHeu même de ce décbàtMnent de toutes les passions de haine et de Tendance contre les bourgeois de Soissons, que les plus grands excès furent comnus par les troupes du duc de Bar, comte de Soissons,, ce qui pourrait finre croire que ce jeune seigneur Toulait veiiger Vinyare fiûtc à ht forteresse élerée par son

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àifeul Eiiguerraiid , et 4{àe sm* troupes fiiraitf ciiiefies par ordre.

f>ou2e cents hommes enrlron/ mbI dâwisde la bourgeoisie et d'une garnison nombreuse^ ayaient survécu au cannage ; les uns^ accaUés par ie grand nombre de l'ememi, n'araieot pu trouTer use mort qii^iis cherchaient les armes àla main; dTautres renfermés dans le château ou dans les tours de de l'enceinte de la ville s'étaient litres, savs cmiditions. Tons forent chaargé» de fer-Gepaidaut, iant de malheurs accumulés sur la population de Soissons , n'ayaieni; point encore assoun la haine et ses ennepis, à ia tète deaquek étalfc le duc de BiMurbon, toujours forieux de la mort de son frère; Husirars miykrs d'habitants aYsûént péri ; il n'était pas une seule £unille qui n'eût à plevrer la perte de quelques-uns de ses membres, et l'on demandait encore du sang l 11 fallait nnj»nulatre de justice et la main du Itomreau pour flétrir la mémoire de ces audacien: bourgeois qui aTaie^t préféré la mort à la perte de leurs firanchises» qu!ils croyaient en péril.

< Boomonrille, tout couvert de blessures, lut décapité; sa tête resta €xpolée,penda»l; plusl^evs

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\mit%s 2tt bontd'oBe piqoe, et éoh eorps fut swpendu an gibet. Quatre geutilshommes de Ift vîllf et ou avocat, nôjmsé Baswel, foceut exëcutëB avec lui, dans la plaine de St-Mëdard, près du quartier du duc de BouriMm. Des bouq^bis, des militaires de la garnison, et parmi eux quelques Anglais furent pendus en dirers endroits autour de la ¥ille. Cinquante et un prisonniers, dont un seigneur du Hessis, fiurent conduits à Paris et exécutes aux halles; enfin on pendk à Laon, arec plusieurs de ses concitoyens , Jean Tiret, homme distingué par son mérite, et précédemment l'un des mag^bstrats de Soissons. On ignore le nombre exact des indiridus mis à mort après le combat ; mais on peut croire que les malheureux échappés au carnage forent décimés par la main du bourreau.

Mais la rictime la plus héroïque de cette san* glante catastrophe fut Pierre de Menau, capitaine d^ la rille, on major de la bourgeoisie. Son vieux père, le seigneur de Menau, était accusé d'avoir été Tun des plus ardents moteurs de la révolte des Soissonnais; son arrêt de mort était prononcé, et Ton s'apprêtait à le traîner au supplice,

lefi

qwid sou ék obtint, par ms ioitaaoM et ats prieras, d€ niiMrir à m pface : aifimMUrt qpieM seol 8'était raadu coupable éa arime reprockë à son père. Son dëironenent int accepte, et ea tête tomba sons la même Imdie qm Tenait d'«baitlre celle de BonrnonTflle.

là Pierre de Menau n'avait pas été destiné au suf^lice, qnoiqoe sa «piaUtë de iaa}or de la milioe botti^geoise le signalât comme Ton des priacipanx rëToItës^ on ne peut attribuer Tindalgeace des Armagioacs, à son ëgard, qu'à Toppoûtion qu'il avait mise au d^art de Bournonrille; avoir ainsi conserve à leur vaigeanc^ le reprësentant dn duc de Bourgogne, et l'officier insolent qui les avait traités avec tant de hauteur pouvait être un litre de grâce à leurs yeux C). Antoine de Craon, autre chef important, qui se trouvait dans le même cas^ eut la vie sauve ; il rentra même en iavear auprès du roi.

Plusieurs che& de la garnison en forent quittes

pour de grosses amendes; d'autres, mais en très^ petit nombre, furent encore plus heureuai : des amis qu'ils avaient dans l'armée royale leur procurèrent des moyens d'évasion. Quant aux gen*

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tilshcumaes et mx bovfgeois de b tîUt qa'oo atait épargnes, ib faroat tous condamnes ai masse à la ndsère, qnelqne filt d'aiHeurs la part qa'ik araient prise dans la rétolte : on les frappa d'amendes énormes et de la confiscation de tous leurs biens, qui furent distribués, sur-le-champ, à des officiers de l'armée royale.

Ce dernier coup mit le comble à tons les nuuuL qui avaient accablé Soissons. Le petit nombre de ceui qui araieot échappé à la mort, s'éloignèrent d'une patrie, où ils n'avaient plus de foyers, et qui ne leur offrait que les souvenirs déchirants de le«r fortune passée, et des outrages dont on les avait si cmeUèment abreuvés dans leurs affec^ lions les pins chères. La phipart se réfiigièrent en Flandre, dans les états du duc de Bomr-* gogne.

Tant d%iiortunes, et le spectacle d'une dté naguère florissante, diangée tout à coup en un vaste champ de deuil, émut la pitié du roi. U tou* lut réparer une partie des maux qu'on avait faits en son nom *, il ordonna que les maisons particulières fussent réparées à ses frais, et qu'on y employât les matériaux des édifices publics et des

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murs de la YÎUe; mais ia confiiftioo qui nouait dans l'administration des aJBairès de l'État^ empè^ cha rexëctttiôn de ces ordres. D'aittears, cet acte de générosité du monarque eût été tout à l'avan* tage de ceux qui avaient profité de la confiscation.

On devait aussi, selon la volonté du rot, rendre aux églises toutes les reliques et tous les objets précieux qui leur avaient été enlevés. La restibi* tion se borna seulement à des ossements dont les pillards se souciaient fort peu sans doute. A l'égard des vases sacrée) rdiquaires et autres dbjets, q«i avaient de la valeur, ils les regaundèrent comme étant de bonne prise, et ne craigoireBtpaSy eales conservant, de braver les ordres du roi et les censures de rÉ^e. On ne peut expliquer rachamement des troupes royales à dévaster les édificesrelif^eux, à régal des maisons des bourgeois, que par la soif du butin. La religion n'était cependant pour rien dans cette guerre, et les gens d'Eglise étaient, en général, demeurés, étrangers à lar^ volte des Soissonnais , pour laquelle ils ne devaient avoir d'ailleurs aucune sympathie.

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