II
114 HISTOiaK
sous les ordres du comte de Clermont. Elle prit sa route par Soissons, afin de se porter sur la rive droite de l'Aisne, où était situe le château de Choisy. Le pont de Soissons était le seul point de passage qui existât sur la rinère. Le gouverneur Bournel lui refusa d'ouvrir les portes de la ville. Jeanne ^ vit obligée de remonter l'Aisne, espérant pouvoir la franchir à gué ; mais le pays était complètement ruiné, et sa petite année, manquant de vivres, refusa de marcher plus loin. Il fallut abandonner l'entreprise : le comte de Clermont rebroussa chemin vers Paris avec ses troupes; mais l'intrépide guerrière, voulant sauver au moins Compiègne, prit la résolution, malgré les funestes pressentiments dont elle était frappée, d'aller s'enfermer dans cette ville. Là devait finir le cours de ses succès. Faite prisonnière dans une sortie, elle fut odieusement vendue et livrée aux Anglais par le comte de Ligny. Tout le monde connaît sa fin et la cruelle lâcheté des Anglais, qui espéraient laver dans le sang de l'héroïne la honte de leurs défaites et des terreurs qu'elle leur avait inspirées.
L'infâme de Bournel, compromis par son refus
de donner passage à Jeanne, au travers de Soissons, ne tarda pas à mettre le comble à sa perfidie, en livrant au comte de Ligny ta ville que le roi avait confiée à sa fidélité. On peut croire que le général bourguignon, qui avait vendu Jeanne d'Arc aux Anglais, ne fut pas moins rigoureux envers les habitants de Soissons, et quil leur fit payer cher l'acte de rébellion dont ils s'étaient rendus coupables en se donnant, l'année précédente, à Charles VII ; car, pour lui, le roi de France était Henri VI d'Angleterre. D'ailleurs la faction bourguignonne n'affectait plus de se porter la protectrice des intérêts populaires; son chef actuel, Philippe le Bon, était trop puissant pour avoir besoin de recourir au mensonge; il puisait tous les motifs de sa révolte contre son roi légitime, dans la mort de son père, Jean sans Peur, égorgé sur le pont de Montereau par les gens et sous les yeux de Charles VII, encore dauphin; et de leur côté tous les seigneurs, dans l'un comme dans l'autre parti, ne songeaient qu'à l'agrandissement de leur fortune .
Soissons resta dans la possession du comte de Ligny, ou de son neveu, le comte de St-Paul, qui
116 HI5TOIBE
épousa, en 1435, la fille de Robert de Bar, jusqu'après Tëpoque où Charles VH parvint à reconquérir sa capitale, en 1436. Ces seigneurs persistant dans l'alliance des Anglais, malgré le traité de paix signé l'année précédente à Arras, entre le roi et le duc de Bourgogne, un corps de troupes françaises, sous les ordres de la Hire , nommé grand bailli de Yermandois, emporta Soissons d'emblée, où commandait le seigneur de Muret. Le roi s'y rendit le 3 juin de la même année et fut accueilli avec de grands transports de joie.
RETABLISSEMENT
Dt l'autorité municipale.
Charles Vil, devenu une seconde fois maître de Soissons* y institua, pour commander en son nom, un officier permanent avec le titre de capitaine-gouverneur de la ville et du château. Cet officier était placé sous les ordres directs et immédiats du gouverneur de la province de l'Ile de
France. Le château Gaillard reçut alors pour destination spéciale, de servir au logement des officiers et des troupes du roi. C'était une confiscation; mais elle se trouvait justifiée parla continuation de l'alliance qui existait entre Louis de Luxembourg, comte de St-Paul et de Soissons, et les Anglais.
Dans le même temps Charles VII, reconnaissant de Tempressement que les habitants de Soissons avsûent mis à faire leur soumission, en 1 4â9, ainsi que du bon accueil qu'il en avait reçu, leur accorda le rétablissement de leurs institutions et franchises municipales, telles qu'elles avaient été déterminées par les lettres patentes des rois Charles lY et Philippe VI. Depuis 1383, mais plus particulièrement depuis le désastre de H14, le pouvoir civil était anéanti ; l'autorité toute entière avait toujours été dans les mains des chefs des différents partis qui avaient successivement dominé.
Le rétablissement de l'autorité municipale, des droits et des franchises de la bourgeoisie, était un premier pas vers la réparation des maux qui avaient accablé Soissons : mais il fallait de Ion-
1 90 HISTOIBE
de ce prélat, qui fut garde des sceaux de LomsXJ, dura 60 ans. Cette longue période fut employée à réparer, autant que possible, les maux qui avaient affligé l'Église de Soissons. Il consacra la plus grande partie de sa fortune personnelle et des revenus de son évéché, à la restauration des édifices. Son exemple et ses exhortations excitèrent le zèle des fidèles, et chacun s'empressa de le seconder dans ses pieux desseins. La restauration de l'église cathédrale étant terminée, il en fit la dédi* cace, comme d'une église nouvelle, le second di« manche après Pâques, S5 avril 1 449 , cinq ans après avoir pris possession de son évèchét L'église paroissiale de St-Remy , détruite par les Soissonnais, en 1414, parce qu!elle pouvait nuire à la défense de la ville, fut reconstruite, mais dans l'intérieur des murs, presque vis-à-vis la rue du Puits Herlin, aujourd'hui la rue St-Gaudin.
La cathédrale avait fait des pertes énormes ; les châsses, les vases sacrés, les ornements précieux, tout en un mot avait été pillé ; mais jamais évêque ne fit plus de riches dons à son église. On peut même dire que, grâce à sa libéralité, les pertes fiirent réparées.
DE SOISSOKS. 191