‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 110 sur 197 · CONCILE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

CONCILE DE SOISSONS

Quelque grand que fût le mal physique qui pesait alors sqr la France, il était presque ëgalë par le mal moral. Si, pendant trente ans les ravages de la guerre avaient appauvri, ruine les peuples , la violence des factions avait brise le frein des lois et ouvert un champ libre à toutes les mau* , vaises passions. Le désordre était partout, dans les mœurs comme dans les institutions. Le clergé lui-même n'était pas exempt de la contagion : à Soissons , des chanoines vivaient publiquement avec des femmes, qu'ils entretenaient dans leurs maisons, ainsi que les enfants qu'ils en avaient. La licence était si grande et si générale dans ce corps , que pour s'assurer au moins de la continence du chanoine de semaine , pendant la durée de son service , on avait disposé , dans la galerie conduisant au sépulcre , une petite chambre dont

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les fenêtres étaient grillées , et dans laquelle il était obligé de coucher.

L'éTéque Milet , malgré l'ascendant c|ue lui donnaient son rang et son mérite , ne put venir à bout de réprimer ce scandale . Il s'adressa à l'archevêque de Rheims , Juvénal des Ursins , qui , sur sa demande , convoqua un concile provincial à Soissons même, quoique cette ville oflHt bien peu de ressources, pour recevoir une assemblée aussi nombreuse. Tous les suffiragants de l'archevêque de Rheims s'y rendirent avec deux cent dix-huit députés des chapitres et des autres corporations ecclésiastiques. Le chapitre de Soissons, craignant que les prélats ne voulussent profiter du discrédit dans lequel ses membres étaient tombés par leurs dérèglements , pour diminuer les nombreux droits et privilèges des chanoines, dont Tépiscopat eut souvent à se plaindre, fit présenter, à l'ouverture du concile , par son prévôt et son doyen , une protestation contre toute décision qui pourrait porter atteinte aux prérogatives de la corporation, La protestation fut admise par les cvêques, et les droits du chapitre furent respectés.

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Les actes de ce concile n'ont pas ëtë conservés; maïs le chanoine Cabaret a rapporte, dans ses Mémoires, quelques prescriptioos d'un règlement du chapitre , qui pourrait bien avoir été fait en exécution des décisions de ce concile , par lequel on menaçait de punir, selon le décret de publias concubinis , et sous peine de privation de bénéfice, ceux qui se livreraient à une vie dér^lée.

« Et s'il y a chanoines qui aient chambrières , que celles-ci ne portent habits dissolus , ni couleur de pourpre, etc.. quelles se contentent d'aller à leur paroisse , sans assister aux procèssions de céans, parmi les honnêtes matrones. »

Vers le même temps , un chanoine, nommé Henneton, fit faire, à ses firais, sur les murs de la cathédrale , au-dessous de l'orgue , une grande peinture représentant , d'un côté , le jugement dernier, et de l'autre, les tourments de l'enfer. Ce même chanoine fit don à l'église d'une grosse cloche , d'une châsse d'argent doré pour les reliques de St-Ansery , et de plusieurs ornements.

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