AGRANDISSEMENT DE LA VILLE
Henri II, en succédant à son père, François P' , trois ans seulement après Tinvasion de Charles-Q^i^t 9 eut aussi à soutenir la lutte contre Tambition et la puissance colossale de cet empereur, qui pouvait dire, avec tout autant de raison que son fils , Philippe II , que le soleil ne se couchait jamais dans ses États.
Un des premiers soins du nouveau roi, (ut de fortifier quelques points des frontières les plus exposées aux attaques de l'ennemi , et surtout les points qui pouvaient le mieux couvrir la capitale. Soissons était dans cette position, se trouvant placée sur plusieurs routes venant de la frontière la plus rapprochée de Paris.
La force de la ville était bien loin de répondre
1 54 msTouiE
à l'importance de sa position , depuis que les armées traînaient à lear soite une artillerie capable de renverser les meilleures murailles. La sienne, qui n'avait que 3 ou 4 pieds d'ëpaisseur, et se trouvait dominée par la colline de St-Jean , dont le sommet , éloigné de 300 mètres seulement , la commandait par un exhaussement de 9 à 1 0 mètres, la mettait hors d'état de soutenir un siège. Quelques pièces de canon auraient suffi pour la renverser en peu d'heures. D'un autre côté, la surface de la ville ne permettait pas d'y avoir une forte garnison, et cet inconvénient se trouvait encore augmenté par la facilité qu'il donnait à l'ennemi de pouvoir la bloquer avec an corps 'de troupes peu considérable. Dans la vue de remédier à tous ces désavantages , et de faire de cette ville une place de guerre en état de remplir , dans la défense du royaume, le rôle que sa position indiquait , il fut arrêté , dans le conseil du roi , qu'elle serait fortifiée, suivant le nouveau système, d'une enceinte terrassée et bastionnée , et qu'on l'agrandirait, en portant cette nouvelle enceinte sur la colline de St-Jean , de manière à pouvoir cil découvrir et commander le sommet , que sa
trop grande étendue ne permett^t pas de renfermer dans les fortifications.
On rapporte qu'on eut d'abord l'intention de démolir l'abbaye de St-Jean des Yi^es, dont remplacement devait être traversé par la nouvelle circonvallation ; mais que sur les vives instances de M. de Longuejoue, évêque de Soissoïis (*), il fut décidé que l'abbaye serait renfermée dans la ville. Le célèbre amiral de Coligny, qui venait d'obtenir le gouvernement de la province de l'Ile de France , dont Soissons faisait partie , se rendit sur les lieux pour déterminer le tracé des nouvelles fortifications, d'après la modification apportée au projet primitif. La condescendance qu'on voulut témoigner aux chanoines de St-Jean , eut le doid)le inconvénient de faire donner trop d'étendue à la nouvelle enceinte, et de la porter dans le revers de la colline, où elle se trouve trop h découvert aux coups partant de la hauteur des Vignes Porales , et même du mont Macret, ou Marion, au-dessus de Presle.
(*'') M. de Longnejone, nommé garde des sceanx en f538, et ayaoi été chargé de pluûenn amlMaaadea en Italie, eu Espagne et en Angleterre, joaissait d*un grand crédit dans le conseil.
156 HISTCMBE
Quant à la vidUe enceiiite, sur les côtés est, nord et ooest de la ville , elle fut conseirëe dans sa position , et il fut arrêté qu'elle serait renforcée de quelques ouvrages neufs et de reconstructions partielles, a6n de diminuer la dépense actuelle, en attendant qu'on pût la refaire en totalité, d'après le nouveau mode appliqué à la défense des places de guerre.:
Les travaux entrepris en Tannée 1551 , furent poursuivis avec une grande activité.
Le câté de l'est se trouvant couvert par la rivière , on se contenta de terrasser la muraille en amont du pont et en aval, du château ; et pour flanquer la tour de l'île, on 6t une casemate avec deux embrasures dans le ressaut, ou crochet , qui était derrière le jardin de l'abbaye de St* Léger.
Le côté du nord fiit également conservé et terrassé, malgré sa forme irrégulière et défectueuse. La porte Bara fiit supprimée, et la muraille qui l'avoisinait reconstruite sur une assez grande éteiidue. On creusa un fossé de 40 à 60 mètres de largeur, sur 5 à 6 mètres de profondeur. Un glacis de 4 à 5 mètres augmentait encore cette pro-
fondeur. C'est en creusant cet énorme fossé, qu'on découvrit les restes de monuments romains dont nous avons parlé à l'occasion du château d'Albâtre.
Un cavalier en terre, qui dominait de 8à9 mètres toute la plaine de St-Crépin en Chaye , fut élevé sur l'emplacement du prieuré de St-Pierre à la Chaux , qui fut démoli ^ ainsi que son église , à l'exception du cul-de-lampe. Cette dernière partie n'a été démolie qu'en 1832. Elle portait le millésime de 1591 : ce qui semblerait prouver qiie sa construction était de cette époque, et qu'on s'est étrangement trompé quand on a cru voir, dans ce reste d'église, un ouvrage des Romains. Pour tlanquer, par la gauche, ce côté nord, on construisit un grand bastion sur l'emplacement de l'église de Notre-Dame des Vignes , la plus ancienne des paroisses de Soissons. Les travaux étaient poussés avec une telle rapidité , qu'on ne prit pas le temps de démolir entièrement cet édifice et de tirer parti des matériaux qu'il aurait pu fournir : la partie inférieure des murs et des piliers, jusqu'à une hauteur d'environ 6 à 7 mètres au-dessus du sol , ainsi que les débris
158 fiififioiiUE:
dos Toutes qui avaient âé sapées et raiTenées en niasse, se trouyent encore enfouis dans le terre-plein du bastion ; on laissa même subsister une tour , dite la Tour de FÉpanple, qui dépassait le parapet de 7 à 8 mètres. Cette tour a été rasée en 1898 (?).
Ce bastion, destiné à port» des feux de revers sur les deux c6tés de la vieille enceinte, avait été placé fort en avant de cette encdnte , à laquelle il était rattaché par plusieurs ressauts , formant crânaUlère , mais qui devaient disparaître lors de la reconstruction totale de cette portion de vielles murailles. Le bastion en formait , pour aina dire, la pierre angulaire.
Le terrassem^t de la mur^lle et un lafge fossé , renforçait le côté de Tooest. Les pentes Ozanne et St^Remy forent supprimées, et ceUe de Paris, ou St-Christophe, qui n'était défendue que par un petit chfttelet à deux tourelles , fot couverte par un ravelin en maçonnerie. A Textrémité de ce côté de la vieille enceinte , on cousimisit un d^ni-bastion , dit de St-Remy , du nom de Tancienne église démolie en 1414, doat il couvrait remplacement, ainsi qu'on le reconnut par
DE SOIfiSOMS. 159
la décoaverte des fondationa de cet é^ce. Ce petit bastion arait deux casemates, et il formait le point de jonction de la nouyelle enceinte avec la vieille. Plusieurs auteurs ont écrit, fort mal à pro* pos, que ce bastion avait été élevë, en 1414, par les Soissonnais, lorsqu'ils se disposaient à se dé^ fendre contre Tarmëe de Charles YI. L'usage des bastions ne fut introduit qu'un siècle plus tard, et le premier fot construit à Vérone , en 1525.
La nouvelle enceinte, destinée à remplacer l'ancien côté du sud de la ville , fut construite , telle qu'elle existait en 1 81 5, depuis le bastion St*Re** my jusqu'à la tour du Diable , ou Lardier , sur le bord de l'Aisne ; comprenant les cinq bastions de St'Jàemy , de Myon , de St-Jean , de la Bergerie ou de Crise ^ et de ShCrépin ou de \ Arquebuse. Un ravelin en maçonnerie , couvrant la porte de Rheims ou de St-Martin , servait à partager en deux fronts de fortification le grand côté sud-est de la nouvelle enceinte, qui eût été beaucoup trop long sans cet ouvrage.
£n arrière du flanc droit du bastion de Myon , on éleva un cavalier , destiné à dominer le som* met de la colline de St-Jean , lequel était resté en
1 60 msTOiBE
dehors de l'enceinte, et dont la hauteur égalait presque celle du parapet du bastion.
Des six portes de l'ancienne ville ^ pour communiquer avec la campagne de la rive gauche de l'Aisne , quatre furent supprimées ; elles étaient devenues à peu près inutiles depuis la destruction des faubourgs auxquels elles correspondaient. On ne conserva que deux communications avec l'extérieur : la porte de Paris et la porte de Rheims ; celle-*ci remplaçait la porte Neuve. Il y avait encore , à la vérité , une autre porte placée en face de l'entrée de l'abbaye de St^^Jèan des Vignes ; mais il reste à savoir si cette porte , supprimée dans le siècle dernier , n'aurait pas été pratiquée pour le service particulier de Tabbaye, qui était propriétaire de la plus grande partie des terres environnant la colline , et qui renfermait , dans son enceinte , un corps de ferme avec ses accessoires. Peut-être aussi fut-elle ouverte au commencement dn XVII' siècle , lors de l'établissement d'mi ouvrage à cornes sur le sommet de la colline. Quoiqu'il en soit, il ne parait pas , d'après le genre de construction de cette porte , dont on voit encore les pied-droits et la baie