DESORDRES
K LOœASION DU CALTI!1ISH£.
La réforme reGgieuse entreprise, en Allemagne, par Luther , et ensmte en France par Calvin , ne commença goëre à £ûre son apparition , dans la tille de Soissons , que sur la fin de 1 560 , quoiqu'elle Sa déjà fort répandue dans phiMeurs protiDces du royaume. Les rois François V et Henri n, ataient cru poutoir l'étouffer, dès sa naissauoe , en Msant condamner ses prosélytes aux suppHces les plus cruels ; mais la persécution n'anut aerri qu'à redoubler la ferveur des uotateurs, qm ii« manquaient jamais de se comparer aux preavers chrétiens persécutés par les empereurs romains-.
Tandis que le bras sécuHer s'armait de tonte sa rigueur, le clergé ne négligeait aucun des moyens qu'il avait en son pouvoir pour combattre et repousser la Réforme : prônes, exhortations, pro-
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cesaioos ^ cxcommnmcatioas ^ reprëMaUtions théâtrales des Mystères , toat fîit mis en iisa|;e , à Soissons, pendant les années 1 559, 1 560 et 1 561 , pour éloigner l'hérésie ; mais toutes ces précautions et l'influence d'un clergé nombreux et opulent , dans une ville de huit à dix mille âmes , ne purent empéchw l'invasion de ce qu'il appréhendait avec tant d'efiroi.
D^à, sous le règne de Henri II , quelques Sois- ^onnais avaient payé de leur vie leur adhé^on aux nouvelles doctrines. Thomas de St-Pol fut brûlé vif, à Paris, en 1551 ; trois ans iq^rès , un rieur Simon Laloé fut exécuté à IKjon ; d'autres qui cherchaient à propager ces doctrines dans les environs de Soissotts, avaient été arrêtés et jetés dans les prisons de la ville , où l'histoire les a oubliés. Mais après la mort de ce prince (1559) , son fils et successeur, François II, ne voient point déployer contre ses sujets une sévérité qui , tout en faisant beaucoup de victimes , n'arrêtait point le mal. Bientôt le nombre des Réformés , auxquels les Catholiques donnaient aussi les noms de Huguenots et de Calvinistes, parut s'accroître rapidement, surtout parmi les classes éclairées de
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terîaation 4e la rayante, et enharfis d'ailleurs par leur succès du 98 décembre , youlorent a?oir im prêche dans rintërieur ménie de la cite. On n^porte qu'ils portèrent leurs prëtenlioiis jusqu'à vouloir le temr 4aiis l'ëftlise cathédrale. S'ils eureot « en effet , cette [Rétention , ce serait une preuve positive que les nouvelles doctrines comptaient alors, dans Soissons, ua nombre considérable de pairUsans, comparativement à la force de la population. Quoiqu'il en soit, leur projet rencontra une très^vive opposition de la part des Catholiques , et donna lieu à une rixe aaseas sérieuse; mais sur l'intervention de M. d'Ëstrées, sdigneur de CcBuvresi homme fort considéré dans les deux partis, on convint que le prêche se tiendrait à Belleu , bien que ce village appartint à l'évéque , qin aima mieux y voir le culte de l'hérésie établi , que dans sa vâle épiscopale. Aim les RéfomK^ n'eurent point de temple à Soissons; mais ils n'en pratiquaient pas mmns, dans llntérieur de leurs maisons, toutes les cérémonies des baptêmes, mariages, funérailles. Les convob se faisaient aussi osteBsibleraenl que ceux des Catholiques.
Ces progrès û rapides de la Râbrme à Seîs^ sons, maigre tous les efforts et tout le aèlc du clergé pour l'en tenir éloigné, forent dus, en grande partie, à la présence du prince de Gondë à la tète du parti calviniste. Ce priiMce, fils pi:^é de Quaies, duc de Yendème, Ton des homn^s les plus distingués de son époque, avait hérité du comté de Soissons« Sa hante naissance, la ttémoire de scm père, chère aux Soissonnais , son mariage avec Ëléonore de Roye, qui loi avait apporté les seigneuries de Mmrt, de Nanthenil, de Buzancy, d'Ëspagny, de Germiny, de Blé et de Breteuil, toutes situées aux environs de Soiasons; enfin Tacquisition qu'il fit, vers ce même temps, des jus^ tices seigneuriales des corporations religieuses de la ville, tout concourait à lui donner une très-grande influence. Ses officiers, et les personnes qui lui appartenaîoit, à titre qudcon* que, s'étaient empressés de se ranger de son parti , qui semblait être ausri celui de la reine régente, et d'embrasser la religion nouveUe. L'exemple donné par les finniUes attachées au prince, et c'étaient les pfais considérables du
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pajs^ avait trouyë un grand nombre d'imitateurs.
La réunion de toutes les justices des corporations relieuses à celle du comte était sans doute une mesure avantageuse, puisqu'on pouvait attendre plus d'uniformité dans l'ad* ministration de b justice ; nneuz eût valu pourtaitf qu'elles eussent été réunies à celle du prévôt. Mais cette réunion n'eut qu'une trèscourte durée. L'aliénation de ces justices ayant été faite par ordre du roi, pour subvenir aux besoins de l'État, le clergé ne s'y était pas opposé, dans la persuasion que les fonds qu'elle produirait, serviraient à faire la guerre aux Huguenots. Peu d'années après, il les reprit, en versant une somme au trésor du roi.
L'édit de janvier, qui accordait la liberté de conscience, fut révoqué par un autre édit du â6 mai suivant. Par ce dernier, l'exerdce de la rdigion Réformée était défendu dans l'intâneur des viHeSy avec ordre formel aux mimstres Calvinistes, et même à tous les Réformés, en général, d'en sortir. Dès que le nouvd édit fut publié, les magistrats de Soissoos mandèrent le ministre en leur présence et lui signifièrent inn
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përatÎYeinent l'ordre de qiiHter la ville sur-lechamp. Même injonction fut faite à tons les Cal* yinistes, on leur accorda seulement pour s'ëloigner jusqu'à la fin du mois de juin. Les plus marquants d'entre eux jugèrent prudent , pour leur sûretë personnelle , de partir de suite : la guerre civile ayant éclaté , dans rintervallé , sur divers points du royaume , les Catholiques désarmèrent les autres et les contraignirent à quitter la ville dans le délai fixé , sans vouloir écouter aucune excuse, ni admettre aucune exception. L'expulsion fut générale et complète.
A peine les Calvinistes eurent-ils été bannis, que tous leurs biens furent saisis et vendus à l'encan , sous le prétexte de subvenir aux frais de la guerre qu'on faisait à leurs co-relîgionnaires , et peut-être aussi pour leur ôter toute envie de revenir dans une ville où ils ne possédaient plus rien. Cette mesure inique avait été inspirée par la frayeur qui dominait les Catholiques. Quiconque embrassait la Réforme, fût-ce un ami, un proche même , était regardé comme un réprouvé , comme un hérétique détestable , dont le contact devait être évité à l'égal des plus grands fléaux.
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Msus il ne soffisait pas de les aToir diassés de la
ville , il fallait encore se mettre en ^xtèt contre
leur vengeance.
Les reKques de saint Grépin et de saint Grëpi-
nien furent apportées en grande pompe de l'abbaye de St*Crëpin le Grand et déposées dans l'église de l'abbaye de Notre-Dame. Cette translation eut Heu en vertu d'une délibération du corps de ville. On e^érait obtenir , par la présence de ces reliques dans la ville « l'éloignement de l'hérésie et de ses fauteurs , en même temps qu'elles seraient soustraites aux outrages des Huguenots , dans le cas où ils viendraient à s'empar rer^ par un coup de main, de l'abbaye de StOéfm ; car ik étaient encore en grand nombre dans les environs. On exigea de tous les habitants de la ville et des faubourgs , sans distinctioii « une profession de foi publique, faite devant une commission composée du gouverneur , du procureur du roi et de plusieurs chanoines.
On enrôla tous les hommes , sans en excepter les chanoines, les prêtres et les religieux , et dans la vue de les exercer au maniement des armes et de les tenir en haleine, ou doiuia plusieurs (aus-
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ses alertes y dans lesquelles on voyait accourir la ndiice sacerdotale, dont les soldats pliant sous Taccoatrement militaire , maudissaient les hérétiques et se sentaient animés d'une haine plvs ardente.
Mais au ndUeu de cette efTerrescenre belliqueuse , un nouvel édit de pacification (17 avril 1 563 ) , qui remettait en v^ueur celui de janvier , vint obliger les Catholiques à déposer les «imes et à recevoir , dans la viUe , ceox des bannis qû voulurent bien y reveair. Suivant cet édit , les Calvinistes ne pouvaient point avoir d'exercice public de leur culte dans la ville , et les Catiioliques, en les admettant , pour obëir suix <irdres du roi , exigèrent d'eux qu'ils ne travailleraient point les jours de £ète. On ignore conmient ils furent indemnisés de la perte de leurs biens , et de quelle manière les deux partis vécurent ensem- Ue : mais il est à présumer que les Réformés ei^ rent à supporter à Soissous, comme partout ail^ leurs, beaucoup d'avanies.
A peine la tranquillité publique fut-elle rétablie , au moins en apparence , (]ue la ville fut alfligée d'une maladie pestilentielle qui fit beaucoup
de victimes. Pour se d^ttvr^r de ce fléau « oq eiU recoui» au repiède d'usage : ou fit uue procession gëoërale des reUques» à laquelle tous les bourgeois a^istèâreqt ep armf^.. Cette calasûté fut suivie d'un grand débordement de l'Aisne t qui couvrit toute h campagne et inonda le £iubourg St-Vaast.
Le gouvernement « qm ne souffrait les Bugue* nots que parce qu'il était hors d'état de les exterminer, encourageait hautement k mauvaise foi
des Catiioliques envers eux; mais au mois de
septembre i 567 , une . catastrophe terrible vint fcmdre sur l'église de Soiasons, et apprit aux Cadioliques à connaître , à leur tour , toute l'amer* tume dont on abreuve toujours le parti le plus faible dans les dissensions religieuaes. L'ambition des grands et Us intrigues d'une cour voivptueuse et corrompue , tourmentairàt l'État plus encore que la Réforme, qui n'était, en réalité, que l'auxiliaire de la politique et le prétexte dont les deux partis se servaient avec le même avantage : les Guises pour armer les Catholiques en leur faveur , et le prince de Condé pour rallier sous ses drapeaux tous les rcligionnaires du royaume et
s'assurer l'appui des États protestants de TAllemagae. Les ëdits de pacification n'étaient d'aucun secours pour les Reformée : les supplices , les assassinats, les bannissements , les spoliations continuaient toujours impunément ; on les regardait comme des actes pieux et méritoires. La cour, au lieu d'écouter les plaintes de tant de malheureux , faisait au contraire de grands préparatifs militaires. Voyant b France en paix avec tous ses voisins , les Réformés se sentirent menacés et prirent la résolution de prérenir l'attaque de leurs ennemis , en commençant eux-mêmes la guerre .