COLLINE ME SAINT-JEAN
Après avoir examine en quoi pouvaient consister les monuments de guerre des Romains, dont l'existence a jusqu'à présent ëté reconnue ou seulement indiquée , il reste à rechercher s'il n'y en atait pas d'autres ayant la même destination , mais dout les vestiges auraient échappe aux regards des générations et aux souvenirs de la tradition.
La proximité de la colline de Saint-Jean rendait ce point tellement redoutable à la sûreté de la ▼ille, qu'on ne peut guère supposer que les Romains auraient négligé d'y construire un château, pour s'en assurer la possession en cas d'attaque, quand ils avaient fait disparaître une partie de la plaine du nord sous des masses de fortifications et de constructions militaires. On doit plutôt croire que tous les édifices qu'ils firent élever sur cette colline, quelle que fût d'ailleurs la nature de leur construction, ont emporté avec eux, dans leur
destruction, jusqu'à la mémoire de leur existence. Outre l'importance militaire de cette position, son éléyation au-dessus.de la ville et de la campagne, présentait un site trop favorable pour que les Romains n'y eussent pas aussi placé des monuments religieux ou des maisons de plaisance.
lin 576, lorsque le roi Chilpéric fit faire un cirque à Soissons , toute la partie orientale du sommet de la colline fut enlevée, jusqu'à plusieurs mètres de profondeur, pour fournir les terres dont on avait besoin, et cette excavation dut nécessairement faire disparaître tous les restes de constructions romaines qui se trouvaient sur cette partie du sommet, la plus rapprochée de la ville, et par conséquent la plus susceptible d'être occupée.
CHATEAU DE CROICY,
Le château de Croicy qui fiit la première résidence des rois de France, et qui devint plus tard la célèbre abbaye de Saint-Médard, était aussi un monument des Romains.
On ne possède aucnn renseignement sur l'époque ou le genre de sa construction ; il serait inutile de vouloir interroger le sol à cet ëgard. Il n'a jamais cessé, en cet endroit, d'être couvert de grands édifices qui s'y sont succèdes sans interruption, et dont les nombreux débris ont ëtë tour à tour engloutis dans les masses des constructions suivantes. Mais la distance de ce château à la ville dont il se trouvait encore séparé par l'Aisne, et les agréments de son site, dans un des coudes de cette rivière, peuvent faire présumer qu'il fat
coQstmit, dans l'origine, pour servir de maison de plaisance aux gouverneurs romains. Du moins il est à peu près certain qu'il fat habité par Syagrios, le dernier de ces gouverneurs, comme on le Terra plus tard.
En admettant que telle fût sa destination primitive, rien n'empêchait qu'il eût été disposé de manière à servir de forteresse au besoin, et surtout dans les derniers temps de la domination romaine, où les Barbares faisaient des incursions continuelles dans les Gaules. Il est à remarquer que ce château était assis sur une petite élévation qm donûne encore aujourd'hui, de 2 à 3 mètres.
toute la plaine d'alentour ; cette position indiquerait assez qu'il pouvait avoir une forme dëfensive. Place d'ailleurs en tête du faubourg de la rive droite, il est à croire qu'il avait pour but de le protéger; ce château se trouvait en effet place, ainsi qu'on a déjà eu l'occasion de le dire , sur le prolongement du pont de l'Aisne et de la grande communication qui traversait la ville de l'ouest à l'est , en sorte que la route qui partait du pont pour se rendre dans la partie supérieure de la vallée, et qui formait alors la grande rue du faubourg, allait en ligne directe jusqu'à la porte du château, où elle Êdsait un coude pour se <Mriger vers Saint-Paul et de là vers Bucy le Long.
Tel dut être, à peu près, l'ensemble des constructions militaires exécutées à Soissons par les Romains, pendant la période de 543 ans qu'ils ont possédé cette ville. Je dis à peu prë», car il existe si peu de documents historiques sur ce point, qu'il y aurait de la présomption à prétendre atteindre la vérité quand il faut , pour ainsi dire , se traîner péniblement dans la voie Ionfours incert^dne des conjectures et de& inductions, afin de parvenir à coordomter, dans un sy&-
DE âOISSOMS. 107
(ème de probabilité, des notions vagues et décousues, dont la plupart ne sont arrivées jusqu'à nous qu'au travers d'antiques traditions et de récits populaires.
Espérons toutefois que si l'on exécute un jour des ouvrages avancés dans la plaine du nord, on sera conduit à quelques découvertes qui pourront senrir à rectifier une partie des erreurs où l'on a dà tomber infidllibleinent. Comment se garantir , en effet, de toute erreur, dans la recherche des monmnents de l'antiquité, et rester toujours dans le mi, quand on n'a pour guides que des vestiges de fondations qu'il fiiut aller explorer dans les entrailles de la terre?
Les détails dans lesquels nous somipes entrés pourront paraître longs; mais outre le charme qd nous attache aux mifies de l'antiquité et à tous les débris du passé que recèle le sol qui nous a vu naître, ces détails étaient indispensables pour offrir un aperçu de l'importance raiUtaire que les Romains avaient donnée à la place de Soissons qui (ut le dernier rempart de leur puissance dans le nord des Gaules.
AMPHITHEATRE.
Les Romains ayaient aussi fait construire, à Soissons, un amphithéâtre pour les jeux et les spectacles publics. Ce yaste monument était situé au sud-ouest de la yille, entre la grande chaussée et la colline de Saint-Jean dans laquelle il se trouyait encaissé ; on en reconnaît encore l'emplacement à un indice certain : c'est un enfoncement du terrain, en forme d'hémicycle, dans le jardin du séminaire. Cet enfoncement doit proyenir, suiyant toute probabilité, du massif en maçonnerie des gradins de l'amphithéâtre, lequel massif paraît ayoir été recouvert, dans le VI* siècle, comme on le yerra ci-après, d'une couche de terre de plusieurs pieds d'épaisseur.
Les restes de cet amphithéâtre avaient échappé, jusque dans ces derniers temps, à l'œil des observateurs. Des fouilles, malheureusement trop peu étendues, on fait découvrir quelques portions des gradins et les bases de trois petites tours. Celles-
ci, placées au-dessous du cavalier dit des Capudos, occupaient presque toute Textrëoiitë occidentale de rhëmicycle, ce qui a fait croire qu'elles serraient à renfermer les animaux destinés aux combats de l'amphithëàtre, et quelques médailles romaines en bronze, trouvées dans leur iulérieur, ont fait penser que leur construction était Toravre des Romains. Vers le même temps ( 1830-1823 ), on a découvert, à environ 2 mètres an^essous du sol actuel du jardin, Tarène au fond de Vamphithéàtre. Cette arène se composait d'une aire en argile et tuileaux bien battue, et au-dessus d'une couche épaisse de sable très-fin. En 1829 , on reconnut que l'enfoncement concave formé dans le flanc de la colline était entouré, sur un développement d'environ 200 mètres, par un gros mur en moellons et mortier de chaux. Ce mur, totalement enterré, avait 1 mètre 25 c. d'épaisseur à sa partie supérieure qui se trouvait élevée de 1 6 mètres au-dessus du niveau de l'arène. Enfin on fient de mettre à découvert, en 1 836, une portion de mur composée de deux rangs d'arceaux construits en plan, et qui fait aile ou retour sur celui reconnu en 1829.
n y a tout lieu de prësumer que le mur circulaire formait l'enveloppe extérieure contre laquelle s'appuyaient les gradins de l'amphithéâtre. Mais ces gradins s'ëtendaient41s sur tout le pourtour de l'arène du cirque qui devait avoir la figure d'un ovale, ou bien formaient-ils seulement un amphithéâtre semi-circulaire? cette seconde hypothèse paraît la plus vraisemblable; le cirque, alors, aurait été fermé, sur le reste de son pourtour, par un simple mur ou par une barrière. D'après cette disposition, les spectateurs tournaient le dos aux rayons du soleil et aux vents de pluie contre lesquels les abritait encore la colline où l'amphithéâtre s'encaissait de toute sa hauteur. D'ailleurs la grande solidité du mur construit en aile sur celui d'enveloppe, prouve assez que là se terminait l'amphithéâtre ; car ce mur en aile devait avoir pour objet de soutenir les terres de la colline, à l'endroit où se terminait le massif des gradins.
U est assez vraisemblable que les Romuns furent déterminés dans le choix de cet emplacement, pour leur amphithéâtre, dans le ianc de la coBine, par la grande excavation qui avait été fiiite sur ce
même point, par suite de renlèvement des terres uéces&aires à la constniction de la grande terrasse ele?ee par César.
Nous croyons être à même de démontrer en
temps et lieu, que les restes encore subsistant de
ce monument furent enfouis dans la terre, en 576,
sous le règne de Chilpëric, et qu'ils forent ainsi
soustraits à une destruction totale, que le
temps et les hommes n'eussent pas manque d'ac-
comptir. U serait fort à désirer qu'on dégageât
ces vestiges des terres qui les recouvrent. Cette
opéra&oo, faite en grand et avec soin, pourrait
coodoire à quelque découverte intéressante, et
donner en outre des notions plus exactes sur la
grandeur, ainsi que sur la construction de cet
aiqiliithéàtre ; néauunoins les découvertes qui
ont eu Ueu dans ces derniers temps, quoique tris-
impariaites et dues seulement au hasard, ont eu
cependant un résultat satisfaisant ; elles ont fixé
la véritaUe position d'un monument sur lequel les
historiens de la ville de Soissons, étaient tombés
dans l'erreur en le plaçant, au nord, entre l'ab^
baye de SaintCrépin en Chaye et la rivière.
Le sol, en cet endroit, n'oiTrait aucun indice
qui vint à Tappui de cette opinion. Comme il fallait, à toute force, s'appuyer sur une preuve, on la trouva tout naturellement dans le mot latin caçea. Évidemment Chaye vient de caçea; or, ce mot, chez les Latins, désigne le lieu où les spectateurs étaient assis; un amphithéâtre romain devait donc avoir existé auprès de Tabbaye de Saint-Crépin en Chaye.
Le raisonnement est tout à fait ingénieux ; mais, pour le rendre plus solide, il faudrait admettre que les Romains avaient deux monuments de ce genre à Soissons, et ce fait, s'il n'est pas invraisemblable , est du moins fort douteux.
Quant au mot Chaye, il serait facile d'en donner une autre interprétation, tout en conservant l'étymolo^e supposée. Caçea peut se traduire aussi par caverne, souterrain; et ne pourrait-on pas avancer que l'abbaye prit ce nom du cachot où avait été enfermé saint Crépin? d'autant plus qu'elle fut effectivement bâtie sur les lieux consacrés par la prison du saint martyr. Cette explication semble préférable à la première.
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