‹ Histoire de la ville de SoissonsChapitre 179 sur 197 · HIS1X>IR · texte numérisé non relu

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à l'imposante majorité de quatre cent onze m\ contre trente-sept.

La suppression de l'intendance (ut suivie de celles du bureau des finances, de TëlectioD, du grenier à sel , enfin de toutes les administrations financières qui siégeaient à Soissons. Chaque jour voyait de nouvelles réformes , et chaque réforme portait atteinte aux intérêts des habitants.

L'assemblée nationale avait déclaré que tous les citoyens nés français , qui payaient un impôt représentant seulement quelques journées de travail, seraient électeurs municipaux. Une iunoTation aussi hardie qui faisait descendre le cens électoral jusqu'aux derniers artisans, faîte brusquement et sans transition , ne pouTait point ne pas entraîner des conséquences fâcheuses, dzn^ un moment où le vieil édifice social était si fortement ébranlé dans toutes ses parties. La population soissonnaise , jusque-là si calme et si pacifique , vit éclater tout à coup , dans son sein , des rivalités et des cabales. Les classes moyennes, c'est-à-dire , les petits propriétaires , les marchands et les gens de métiers , auxquels se réunirent les avocats , les procureurs, etc., pousser

par des esprits ardents qui rêvaient dëjâ le nivellement de toutes les conditions, manifestèrent des dispositions malveillantes envers la haute bourgeoisie, quoique celle-ci ne se montrât nullement contraire à la reforme des abus , à ce grand principe de la révolution. Mais telle fut la prévention aveugle des partisans de la démocratie que , dans la crainte que la bourgeoisie ne l'emportât aux élections municipales qui devaient avoir lieu très - prochainement , ils demandèrent que les faubourgs fussent séparés de la ville pour former une commune à part. Une pareille demande fut, comme elle devait l'être, repoussée avec dédain par l'assemblée nationale.

Les élections furent tout à l'avantage du parti démocratique. Un M. Gouillard, avocat du roi au bureau des finances , qui , dans plusieurs écrits , s'était fait le champion de ce parti , fut nommé maire, et M. Fiquet procureur de la commune. La haute bourgeoisie, loin de se décourager de cet échec , sentit le besoin de se prémunir contre les mauvaises intentions de ses adversaires ; elle forma une société qui prit le nom de Club patrUh tique et fut installé dans l'église du couvent des

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Cordeliers. Les démocrates eurent aussi, sous le titre des Arnis de la CoHStkuHon , leur société , affiliée à celle de Paris , devenue , depuis , si fameuse sous le nom de Société des jacobius.

Soissons commençait à ressentir TiTeaieot le contre--coup de toutes les réformes que chaque jour voyait opérer, et qui compromettaient le bien-être de beaucoup de familles. La dispersion des corporations religieuses et la suppression des administrations civiles et financières enlevaient à la circulation une masse considérable de capitaux, et cela, dans un moment où le commerce était languissant et le prix du pain élevé. Il s'en suivit naturellement, dans les esprits, une réaction défavorable au nouveau système. Le club patriotique crut devoir en profiter pour renverser une municipalité qui lui était contraire et même hostile. Elle demanda donc la fiision des deux sociétés et la convocation d'une assemblée générale de la commune. Cette assemblée eut lieu le 43 juin 1790. Les officiers nmnictpaux fiirent énerg;iquement attaqués et confondus par leurs adversaires, qui demandèrent une seconde assemblée ponr le surlendemain , comptant bien en finir avec la mu-

uicipalitë, mais elle sut prévenir le coup en refusant la convocation. Le clab patriotique prit alors la résolution de faire contre elle une adresse à rassemblée nationale. Cette adresse était rédigée, on allait se réunir pour la signer, quand des démocrates, suivis d'une troupe de gens du peuple, tirent irruption dans la salle, en chassèrent de force ceux des membres qui s'y trouvaient déjà, et s'emparant de l'adresse, la portèrent en triomphe à l'hôtel de ville. Le maire, sous prétexte d'assurer la tranquillité publique, ordonna la fermeture des clubs ; cet acte de vigueur fut à peu près le seul qui signala son administration (').

Les droits politiques conférés aux classes inférieures n'amélioraient nullement leur condition. Les débats des clubs et de la place publique tenaient, au contraire, les hommes éloignés du travail et tuaient le crédit. Chaque jour l'argent devenait plus rare et les denrées plus chères. Le nombre des indigents s'accroissait d'une manière eifrayante. La bourgeoisie, frappée par les réformes, était forcée elle-même de s'imposer des pri-

{^*) M. (îrouillard eat pour »acceâ.seui\ daiiH ses fonctions dt* maire, MM. l^lièvre, Pioche et Rutel.

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commune de Soissons. Quelque temps après, la populace s'^nt opposée au départ de Toitures chargées de blé, à la destination de Metz, et la municipalité n'ayant pas eu le coinrage de faire respecter le décret qui autorisait la libre circulation des grains, sa mollesse fut dénoncée à TassemMée nationale, Robespierre ne manqua pas de venir à son secours, sous le spécieux prétexte qu'elle avait dû se prêter à la volonté du peuple. Lia suppression générale des pariements, arrivée sur ces entarefaites, entraîna celle de tous les autres corps judiciaires. C'est ainsi que toutes les anciennes institutions s'e&çaient sous le niveau révolutionnaire. Soissons vit substituer à son bailliage provincial, où siégeaient dix-neuf magistrats, portant la robe rouge et jugeant au dvil comme au criminel, un simple tribunal civil composé de cinq juges. Les citoyens, auxquels était conféré le droit de nommer lies membres du nouveau tr3mnal, portèrent leurs suffrages sur MM. Brodieton, dépoté à l'assemblée nationale, Boquet, Decaisne, Brûlé et Petit. Peu de temps après, la juridiction consulaire fut remplacée par un tribunal de commerce : II. 94

mais là H n'y eut guère de changé que le nom. Au milieu de cette impitoyable destmciioa de rancien. urdve de chose», il ne resitait plus debout que. le «iége épiKopal. Les chapitres^, lea ordres moiiasttqpe» eti les commuo»uti^ abolis par le décret du 3 novembre 1 789, s'étvept dî^^sés ou .étakojt sur le point de le faire, mais les chauoiues- n'avaient point quitté leur sanctuaire sans proteste!? avec la plus vive énergie contre le serment qu'on exigeait des prêtres/ L'évéqae, M. de BpupdeîUes, protesta de son cèté contre la nouvelle constitution civile du cler;^ ^ contre Umk& les suppressions fakes/dans son église sans sa participation. Il reAisafonneUement le serment prescrit .et< préféra, malgré son grand ige et S(e$ iufi^ mités, l'eiil à la conservation de son si<^e^ achetée au prix d'une formaUté qu'il croyait contraire aux libertés de l'Eglise et à sa conscience. -Sur son refus, le.consml générai de l'Aisne d^lara le si^e vacant et convoqua les élevtevsc du d^^partemeat pour .choi«r un autre évoque; car l'assemblée conafituante avait décrété que la nomination aux dignités et fonctipns ecclésiastiques appartenait aux cijtoyens qui y procéderaient, par la voie de

rëlection, comme pour les fonctions civiles et îa* diciaires.

On fit choix de M. MaroUes, cure d'une des paroisses de St-Quentin et député à l'assemblée nationale. Le nouveau prélat, après s'être bit sacrer à Paris par le célèbre évéque d'Autun, M. de Talleyrand, vint à Soissons, où il fut reçu avec enthousiasme : la garde nationale se porta à sa rencontre, il y eut des feux de joie et des illumi-^ nations; mais c'était moins au ministre de Dieu qu'à l'homme politique que tons ces honneurs étaient rendus. M. MaroUes fot installé le 5 février 1 791, et les Amis de lu Constitution, dont le chib venait de se rouvrir, lui décemèreot l'honneur de la présidence, qu'il s'4smpressa d'accepter. Il avait pris pour sceau épiscopai une couronne d'épines avec ces mots : Foi, pair, chon rite.

Le reste de l'anoée 1 791 s'écoula sans amener aucun événement digne de remarque. L'assemblée constituante se retira, après avoir presque achevé de battre en ruines la vieille monarchie, qu'elle avait .mission de rajeunir, et donné à la France une constitution si imparfaite qu'elle ne pouvait

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gaère servir que de transition pour arriTer à la république. Elle (ut remplacée, le 1^ octobre, par une nouvelle assemblée appelée la LégislaUpt. MM. Quinette et Fiquet, portés par les Soissonnais, firent partie de la députation de TAisne. Ils siégèrent ensuite à la convention et au conseil des Cinq Cents C).

Les puissances étrangères, effirayées des progrès de la révolution, faisaient des armements considérables. Le 20 avril 1 799, l'assemblée v»tionale déclara la guerre à l'Autriche, et au mois tie juillet un camp fut établi à Soissons, dans b plaine de St-Oépin en Chaye. U avait pour objet d'exercer les bataillons de volontaires avant de les envoyer à l'année. La plupart des édifices rtligîeux furent remis à l'adminbtration de la guerre et tonvertis en hôpitaux, capables de recevoir an besoin sept à huit cents malades, et en magasins d'approvisionnements de toute espèce, non-seulement pour les besoins du camp de Soissons, mais

(') M. Quinette fax minûitre de Tintéiieilr sons le directoire , prcM de la Somme , conteiUer d^Etat et directeur général de la comptabilîK des coomMinea et des hospices sons TEmpire; pair de France pendsn' les cent jours et membre de la commission du gouvernement profitoirt après k deuxième abdication de Nap<^ébn.

aussi pour ceux de I*armée des Ardenncs, cornmandëe par la Fayette. L'abbaye de St-Jean des Vignes, affectée spécialement au service des vivres, reçut une grande manutention ; Tatelier des pétrins fiit établi dans sa belle église.

Le 2 août, quelques soldats ayant trouvé dans leur pain des parcelles de verre, bientôt tout le camp, fort d'environ cinq mille hommes, fut en rumeur. Ces hommes exaltés se persuadent que c'est Teffet d'un complot pour les empoisonner, et se portent en tumulte dans la ville, poussant des cris de vengeance et de mort contre les agents des subsistances. Les officiers municipaux, dont le patriotisme leur est heureusement bien connu, parviennent cependant à les apaiser, avec la promesse qu'une dénonciation sera envoyée sur-lechamp à l'assemblée nationale, et le soir même, une dépêche, aussi irréfléchie que la conduite des soldats, part pour Paris. Trois commissaires de cette assemblée : Camot, Gasparin et Lacombe St-Michel, envoyés pour s'assurer de l'état du camp, étant arrivés dans la nuit suivante, procédèrent, sans perte de temps, à une enquête en présence de membres du district, de la munidpa-

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traite desfiUes du Seigneur /Comment tenir contre vsx argpiment de cette force » présenté par Fun des lë^slateurs de la France ? Les reUgieuses furent expulsées du monastère où elles comptaient finir leprs jours dans la paix et la prière. Le hennissement des cheyaux (car on en fit un quartier de cavalerie \ des jwements, d'impudiques chansons se firent entendre sous ces voûtes cpii ne retenâ3sûent , depuis douze siècles ». que des chants sacrés des vierges.

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